Août, le bilan

Par défaut

          Il paraît que le mauvais temps a fait lire cet été, il semblerait que ce soit assez vrai dans mon cas. 9 livres lus et presque autant de bonnes surprises ce mois-ci. Uniquement des romans. D’ailleurs cette année je me suis plongée assez tôt dans une rentrée littéraire qui me semble des plus enthousiasmante. J’ai beaucoup apprécié Chrysis de Jim Fergus, une biographie romancée particulièrement intéressante, et Peine perdue d’Olivier Adam, un style abrupt et une histoire forte qui remuent leur lecteur. Mais aussi le tome 3 de la géniale série de Sabri Louatah, Les sauvages, toujours aussi addictive.

          Un mois assez pauvre côté cinéma en revanche. Je me suis exilée pour un mois à la montagne et le cinéma le plus proche est à 40 km, avec une programmation limitée et souvent axée très grand public (surtout en été). A moins que le cinéma itinérant qui passe tous les vendredi ne propose un film que je n’ai pas encore vu, il me faut faire 120 km si je veux voir des films d’art et essai. Autant vous dire que je ne fais pas le déplacement tous les jours (ni toutes les semaines d’ailleurs). Je n’ai donc vu que 4 films ce mois-ci mais je les ai tous appréciés plus ou moins. Boyhood s’est avéré intéressant et Les combattants assez drôle et réussi. J’ai également rattrapé certains films ratés l’année dernière mais moins que prévu, la lecture m’occupait déjà bien assez !

v2 sig

          Comme pour le cinéma, les spectacles sont rares au fin fond de mes montagnes. J’ai quand même découvert une librairie/bibliothèque très sympathique (je vous en reparlerai bientôt) et, malgré le mauvais temps, j’ai eu la chance de pouvoir faire quelques randonnées. J’ai également mis à profit les jours de brouillard pour cuisiner un peu. Pas de voyages non plus, n’étant pas très en forme, je me suis contentée d’aller me faire chouchouter chez mes parents.
Un mois d’août assez calme donc mais étant donné le nombre de pièces faramineux qui m’attend à la rentrée, un peu de repos avant de se remettre à la vie culturelle parisienne ne semblait pas de trop. J’ai également rejoint ce mois-ci la rédaction du site cinéma Cinéphilia. Voilà qui va me pousser à suivre un peu plus encore les sorties ciné !

Et vous, quelles belles découvertes vous attendaient en ce mois d’août ?

Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand signe un premier roman agréable

Par défaut

         Quand Diane perd sa fille et son mari dans un accident de voiture, son monde s’arrête de tourner. Elle finit par fuir en Irlande la compassion de ses proches trop prévenants. Dans l’espoir de pouvoir s’adonner tout entière à son chagrin, loin des regards. Mais un jour ou l’autre, la vie finit toujours par reprendre ses droits.

81gus9kzxgl-_sl1500_

          Voilà un roman dont la couverture et le titre me tentaient depuis bien longtemps. Pourtant, je n’en avais pas entendu dire que du bien et son grand succès populaire m’avait rendue quelque peu méfiante (oui, je fais partie de ces gens qui se méfient des succès fulgurant en littérature). Et puis j’avais entendu dire qu’il s’agissait d’une histoire d’amour et les histoires d’amour et moi ça se termine mal, en général… Mais quand même, ce titre, il me tentait vraiment, je m’y retrouvais un peu dedans (même si je préfère le thé, mais on s’en fiche). J’en étais donc là de mes hésitations quand j’ai gagné le concours de l’été chez Pocket et reçu les 34 titres de la sélection estivale, dont celui-ci. Voilà qui réglait mon problème et me donnait une bonne occasion de le lire. Un peu par hasard, c’est d’ailleurs le premier roman de la sélection que j’ai lu et j’ai été plutôt agréablement surprise.

          J’ai eu beaucoup de mal avec les premières pages. Je trouvais ça terriblement mal écrit. Pas que le style soit incorrect mais fade, convenu. Des phrases toutes faites qui sonnaient creux, le genre qui me repousse d’emblée. Et puis le personnage, enfermée chez elle et fumant clope sur clope, m’a té immédiatement antipathique. J’ai quand même un peu insisté, le livre et court, ça ne valait pas vraiment le coup de le lâcher. J’ai plutôt bien fait d’être patiente. Après les 10 ou 20 premières pages, ça s’arrange. L’histoire devient plus intéressante, le personnage reprend un peu vie et devient plus sympathique par la même occasion, et j’ai même trouvé l’écriture plus fluide. Pas exceptionnelle certes mais plutôt agréable. J’ai également bien aimé la galerie de personnages qui entrent en scène. On peut leur reprocher d’être sans doute un peu stéréotypés mais j’ai trouvé que ça fonctionnait bien.

          On pourrait trouver certains aspects de l’histoire convenus, toutefois, ça ne m’a pas trop dérangée dans la mesure où tout est plausible et où l’auteur n’en fait pas trop. L’air de rien, on ne tombe pas dans les gros clichés et c’est appréciable. Finalement, j’ai pris plaisir à cette lecture qui n’est pas franchement le style que j’apprécie habituellement. Trop léger à mon goût, j’ai toujours aimé les choses plus denses, moins attendues. Le décor m’a fait rêvé et m’a beaucoup aidé à m’intéresser à l’histoire. Ca m’a donné envie d’aller découvrir l’Irlande illico (les livres me font souvent ça, j’avoue) ! J’ai également apprécié la brièveté de ce texte, qui lui évite de s’enliser dans des lieux communs qui l’auraient alourdi. Si ce livre ne sort pas vraiment du lot, il est loin d’être ce que j’ai lu de plus mauvais dans le genre, dommage que l’écriture ne soit pas un peu plus forte pour donner du corps à l’histoire. Un roman léger, sans grande prétention, mais agréable à lire. Une bonne détente.

913954_152620361579833_167525421_o

J’étais simplement capable de profiter des petits bonheurs simples. C’était déjà ça, c’était déjà mieux.

_______________

Je devais réussir à m’échapper, lui couper l’herbe sous le pied, le rassurer tout en me débarrassant de lui. Rester chez moi était exclu. Partir, quitter définitivement Paris, c’était finalement la solution. Trouver un coin perdu où il ne me suivrait pas.

_______________

Retour à la case départ. Rien n’avait changé; les citadins pressés, la circulation infernale, l’agitation des commerces. J’avais oublié à quel point les Parisiens faisaient la gueule en permanence. Un stage de chaleur humaine irlandaise devrait être obligatoire au programme scolaire? Je pensais ça, mais je savais pertinemment que, dans moins de deux jours, j’aurais le même visage blafard et peu avenant qu’eux.

Une journée au château de Pommard

Par défaut

DSC_0008 DSC_0123 DSC_0110

          Au début de l’été, j’ai été conviée à passer une journée au Château de Pommard. Au programme, le vernissage d’une exposition de photographies, la présentation de robes évoquant les grands crus mais aussi visite du domaine et dégustation. Voici donc un petit résumé de cette journée.

 DSC_0015 DSC_0014 DSC_0020

          Le Château de Pommard est un nom célèbre qui parlera aux amateurs de vin et plus particulièrement de Bourgogne. Le domaine a été créé vers 1650 et appartient depuis 2004 à Maurice Giraud. J’étais invitée à l’occasion des 10 événements organisés pour les 10 ans du rachat dont je vous parlais ici. Le matin, nous avons commencé par la visite de ce très beau domaine de 20 ha parfaitement restauré et de sa magnifique cave avec explications détaillées sur les terroirs, les vignes et la vinification : passionnant ! Je remercie au passage l’équipe du domaine pour son accueil, sa patience et sa bonne humeur. Elle nous a fait passer une journée magnifique malgré le temps capricieux.

DSC_0032 DSC_0035 DSC_0036

          Nous sommes ensuite passés à la dégustation. Depuis 2005, la vente se fait uniquement en direct. Pommard, ce sont 60 000 bouteilles de grands vins et 35 000 visiteurs en 2013 dont beaucoup d’américains. Seul le vin roue porte l’appellation "Château de Pommard" même si le domaine vinifie du blanc sous d’autres appellations (Chassagne-Montrachet notamment). Pour les grands crus, le choix a été fait de recourir à une bouteille du XVIII° s. dont le modèle est déposé et qui donne à ce vin une identité forte. Je ne suis pas férue de rouge, en revanche le vin blanc était absolument délicieux et j’ai apprécié d’avoir la chance de goûter ces grands crus autrement hors de ma portée.

 DSC_0078 DSC_0083 DSC_0103

          Après un repas à l’extérieur (le restaurant du domaine a l’air à tomber, il faudra que je l’essaie à l’occasion), nous avons assisté au vernissage de l’exposition Peter Knapp sur la vigne. Je ne connaissais pas ce monsieur et cette rencontre fut passionnante. Nous avons terminé la journée par la présentation des robes. Le château propose des dégustations qui font appel au toucher pour décrire la robe du vin : velouté, satiné, etc… Un concept que je trouve très intéressant et permet de découvrir ce milieu parfois un peu impressionnant autrement. Le domaine propose aussi une galerie d’art intéressante avec en particulier des sculptures et lithographies de Dali. Un endroit plein de charme qui séduira les amateurs de vin et de patrimoine. 

DSC_0186 DSC_0009 DSC_0179

Château de Pommard

15 Rue Marey Monge

21630 Pommard

Ouvert tls de 9h30 à 18h30 sans RDV

Visite et dégustation : 21€

DSC_0213 DSC_0219 DSC_0207

Les combattants, un premier long métrage prometteur

Par défaut

Comédie, romance française de Thomas Cailley avec Adèle Haenel, Kevin Azaïs, William Lebghil

        Arnaud travaille dans l’entreprise familiale avec son frère. Madeleine, elle, s’entraîne dur pour entrer dans un corps d’élite de l’armée. Leur rencontre va être explosive. Elle se prépare à survivre, il se contente de se laisser porter. Ils ne semblaient pas faits pour se rencontrer, et encore mois pour s’entendre mais la vie réserve parfois quelques surprises.

309669.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

          J’avais bien aimé la bande-annonce de ce film mais ne savait absolument rien d’autre sur le contenu que ce qu’elle en disait, n’ayant eu aucun article avant sa sortie. Quand je suis allée le voir, j’ai donc été très surprise de constater qu’il s’agissait d’une comédie. Je dois avouer que même si je ne suis pas une inconditionnelle du genre, ayant une certaine tendance à préférer les drames ou en tout cas les films un peu sombres, j’ai beaucoup apprécié celle-ci. Nombreux sont les passages qui m’ont fait rire, ce qui est d’autant plus surprenant que le sujet comme les situations ne s’y prêtent pas toujours et que le résultat est pourtant très naturel. Les répliques sont souvent aussi justes que percutantes et j’ai beaucoup apprécié l’énergie qui se dégage des dialogues et semble habiter ces adolescents. Le personnage de Madeleine est très fort. Excessive, dure, tranchante, entière, et touchante aussi d’une certaine manière. A côté, ? paraît solaire. Plus calme, plus terre à terre, plus ouvert à la vie, il est rayonnant et se positionne comme son parfait opposé qui va s’avérer complémentaire pourtant. Bien sûr, on sent arriver de loin le rapprochement entre ses deux-là, qui ne semblent au premier abord pas faits pour s’entendre. Mais bien qu’elle n’ait rien de surprenant, cette relation sonne plutôt juste et au fond le plus fort n’est peut-être pas celui qu’on croit.

645391-les-combattants

 

          Il y a beaucoup de très bonnes choses dans ce film. Le réalisateur semble avoir une grande capacité d’observation et un vrai talent pour nous transmettre ce qui en résulte. Je ne connais pas grand chose à l’armée mais je pense que ce qu’il nous en montre à travers les stages de préparation est assez proche de la réalité. Certains adolescents se retrouvent là un peu par hasard, d’autres par réelle envie de faire carrière. Pourtant, la plus motivée ne s’avère pas la plus adaptée à ce milieu-là : trop grande gueule, trop cérébrale, pas assez axée sur le collectif. Le commandement la perçoit immédiatement comme un élément perturbateur. Ca donne lieu a des scènes très drôles d’incompréhension totale d’une part et d’embarras de l’autre. La première partie est assez dynamique. Souvent, le démarrage est un peu lent le temps que les choses se mettent en place, ici ce n’est pas réellement le cas. On rit dès le début, et on aime de suite ces jeunes un peu paumés. Puis viennent les passages chez les militaires qui sont à mes yeux les plus réussis. La deuxième moitié du film est plus lente et m’a paru d’un intérêt moindre. Le temps s’étire et l’histoire perd un peu de sa vraisemblance. C’est un peu dommage. On sort de cet épisode un peu longuet dont certains aspects sont très convenus par une scène quasi-apocalyptique qui peut paraître un peu exagérée mais ne manque pas de style. J’ai trouvé que le réalisateur y allait un peu fort mais c’est tellement beau que je lui ai immédiatement pardonné.

Les-Combattants-VF_reference

          La force de ce film doit beaucoup à son casting irréprochable. Adèle Haenel est parfaite dans ce rôle, convaincante de bout en bout. Quant à Kevin Azaïs, il a été pour moi une véritable révélation, d’un naturel désarmant. Les second rôles sont également très bien choisis avec notamment William Lebghil en comique de service Nicolas Wanczycki en lieutenant autoritaire. Un choix d’acteurs judicieux où chacun semble parfaitement à l’aise dans son personnage. Sans aller jusqu’à dire que Thomas Cailley signe un chef-d’oeuvre pour son premier long-métrage, je trouve qu’il a réussi a donner à son film un ton intéressant, juste et léger à la fois. Malgré quelques défauts dans la construction, il est criant de vérité et ce naturel lui donne un charme indéniable. La deuxième partie n’est pas tout à fait à la hauteur du début et la fin risque d’en décevoir certains. Pour ma part, même si je l’ai trouvée un peu faible, j’ai tout de même apprécié de me retrouver face à une fin ouverte qui permet d’échapper aux clichés de la romance. Un premier long-métrage réussi dont j’ai beaucoup apprécié la fraîcheur. Thomas Cailley trouve le ton juste pour nous séduire et s’impose comme un réalisateur à suivre. 

Peine perdue, un très beau roman d’Olivier Adam

Par défaut

         Sur la Côte d’Azur, après les beaux jours les touristes ont quitté la petite station balnéaire où vivent Antoine et les autres. Une vie en apparence paisible où vont pourtant survenir des événements qui vont bouleverser les habitants. Chacun va alors être confronté à ses peurs, ses espoirs et ses échecs.

9782081314214_PeinePerdue_JaqHD

          Je n’avais pas lu grand chose d’Olivier Adam et je dois avouer que mes dernières lectures de ses romans dataient un peu. J’avais trouvé les deux romans que j’avais lus pas mal, sans plus. Une écriture un peu sèche à mon goût, avec laquelle j’avais un peu de mal à accrocher. Une écriture qui ne m’émeut pas outre mesure malgré la force des histoires qu’il raconte. Un peu trop sobre à mon goût sans doute. On m’avait dit le plus grand bien de son dernier roman, paru il y a deux ans, bien au-dessus du lot paraît-il. Et puis je ne sais pas, le temps est passé, je ne l’ai pas lu. Pourtant, quand celui-ci est sorti, j’ai eu une soudaine envie de l’acheter en le voyant sur les étals des libraires. Et c’est par ce roman que j’ai commencé mes lectures de cette rentrée littéraire. Quelle riche idée n’ai-je pas eue là !

          Dès les premières lignes, j’ai été happée par ce style si particulier. Toujours haché mais plus rond que dans mon souvenir, plus travaillé. Je n’y ai pas retrouvé la sécheresse qui m’avait gênée dans ses premiers ouvrages mais au contraire, une écriture comme un souffle, riche et pleine. On le retrouve pourtant, il a simplement mûri, semblant façonner ses phrases avec une énergie nouvelle. Une écriture qui déroute. Une ponctuation parfois absente, des mots durs qui semblent par moments se chevaucher dans un ordre incertain, comme heurtés, et qui paraissent aller de soi pourtant. C’est simple, c’est juste, et c’est terriblement beau. Tout comme l’histoire qu’il raconte d’ailleurs.

          Ce roman polyphonique raconte la vie d’une petite station balnéaire du sud-est à l’approche d’une tempête. L’histoire avance en multipliant les points de vues, donnant la parole tour à tour à une vingtaine d’habitants qui en plus du drame collectif, ont leurs blessures propres. Le tout crée un mélange saisissant, étrangement juste et touchant. A travers ces portraits de gens un peu perdus, c’est de la société qu’Olivier Adam nous parle avec brio. Il y a un air de vécu dans la détresse de ces gens, dans leurs tracas quotidien où chacun se retrouve un peu. J’ai trouvé la fin assez noire, elle aurait peut-être mérité d’être plus lumineuse pour donner du relief au récit. C’est un peu dommage mais reste cohérent avec le reste du texte et ne gâche en rien la qualité de l’ensemble. Un roman à l’écriture puissante qui possède un pouvoir d’évocation remarquable. Une fresque sociale juste et touchante. Un très beau texte.

Photo : David IGNASZEWSKI pour Flammarion

Photo : David IGNASZEWSKI pour Flammarion

Au final ici l’été ce n’est pas seulement le mercure. C’est surtout les gens. La manière dont ils remplissent les lieux, les silences, les paysages.

_______________

Mais c’était une autre époque. Il a mis du temps à le comprendre. Le fossé qui se creuse entre deux générations. C’est un truc difficile à intégrer. A se figurer. Que les choses puissent changer à ce point en si peu de temps. Qu’au même âge ont ait plus le même âge à vingt-cinq ans d’intervalle. Et que la vie elle-même ne soit plus la même vie. Le décor. Les mots. Les gestes. Les façons de se tenir. Les sentiments.