Berezina, le dernier pari fou de Sylvain Tesson

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          Sylvain Tesson revient avec un nouveau récit de voyage. Cette fois, il a décidé avec quelques copains de partir sur les traces de Napoléon et de refaire le trajet de la retraite de Russie… en side-car. Toute une expédition où la petite histoire rejoint la grande.

          Ce n’est un secret pour personne, j’adore Sylvain Tesson. Les récits de voyages en général, les siens en particulier. J’aime son style un peu âpre et son amour des grands espaces à la Jack London (un de mes auteurs favoris), son cynisme, sa culture et sa sensibilité. Oui oui, tout ça. C’est l’homme idéal, ni plus ni moins (je sais, j’ai une drôle de vision de l’homme idéal mais on s’en fiche, là n’est pas le sujet). Cet été, j’ai eu une peur bleue de perdre un de mes auteurs contemporains préférés lorsqu’il est tombé d’un toit en escaladant un chalet juste après avoir déposé ce manuscrit chez son éditeur. Dix jours de coma et pas mal de séquelles mais si le physique est meurtri, son intelligence reste intacte et c’est bien là l’essentiel. Après une longue rééducation, on retrouvera sans doute l’aventurier acharné dans de nouveaux récits, forts nombreux je l’espère. En attentant, il revient avec ce livre un peu particulier, qui mêle aventure et histoire.

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          J’avoue ne pas être très calée en histoire et je ne sais à peu près rien de la bataille de Russie. Tout ce que j’en sais, je l’ai découvert dans Guerre et Paix. J’avoue qu’heureusement que j’avais quelques vagues souvenirs du roman parce que sinon j’aurais peut-être eu un peu de mal à suivre. Sylvain Tesson a toujours été un personnage atypique mais dans ce récit on atteint des sommets ! Cet homme est complètement barré ! J’apprécie, notez, mais j’ai parfois eu un peu de mal à rentrer dans le délire. Le side-car, j’adhère totalement, par contre le mec qui se prend pour Napoléon en pleine retraite euh… comment dire ? Je sais qu’entre copains on peut aller très loin dans ses divagations mais le grand public pourrait trouver ça un poil mégalo quand même. Ou juste complètement fou. Il vaut mieux donc être adepte de l’originalité (et d’histoire napoléonienne) pour se lancer dans cette lecture au risque d’être un peu paumé.

          Après une rapide présentation du projet et de a préparation, on suit le périple au jour le jour. Je dois avouer que ce n’est pas le récit de l’auteur auquel j’ai le plus accroché. Tesson et ses amis se sont lancé sur les traces de Napoléon 200 ans après lui. L’auteur fait donc un constant parallèle entre leurs expériences pourtant si dissemblables. J’ai beaucoup aimé le côté aventureux et un peu fou de l’expérience. En revanche, j’avoue avoir parfois avoir un peu décroché avec le côté historique, très présent et parfois de manière un peu décousue. J’ai à la fois été ravie d’apprendre plein de choses sur la retraite de Russie, et par moments un peu lassée de ne pas saisir toutes les références. Je pense que la lecture aurait été particulièrement difficile si Guerre et paix ne m’avait pas un peu éduquée en la matière. J’ai donc été un peu mitigée sur ce livre intéressant par certains aspects mais dans lequel je me suis un peu perdue parfois. Sylvain Tesson ne nous livre pas ici son livre le plus abouti, tant dans sa forme – un peu brouillon – que dans son style -assez brut, mais l’idée est originale (trop ?) et le fond historique solide. Une lecture qui m’a un peu égarée parfois mais qui dans l’ensemble s’est avérée agréable. Les amateurs d’histoire seront sans doute enchantés.

Sylvain Tesson et Cédric Gras passent devant le monastère de Borodino.

L’homme n’est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l’esprit de contradiction, se propulse hors de l’instant. L’insatisfaction est le moteur de ses actes.

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Moi qui aime par-dessus tout la contemplation des atlas, je me disais que les stratèges exercent un beau métier. Ils vivent, penchés sur les cartes, à piqueter des épingles et dessiner des flèches, en s’offusquant que le mouvement des troupes ne suit pas les tracés.

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La retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe, pressenti par Koutouzov, unique dans l’Histoire des Hommes: une armée marcha, de victoire en victoire, vers son anéantissement total !

Le lien vers son passage dans La grande Librairie et la vidéo d’On n’est pas couché (désolée pour les pubs incessantes, un vrai fléau).

Le chant de la terre à la Garnier

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          Suite de mon abonnement à l’opéra de Paris, exclusivement composé de ballet. Cette fois, je suis allée voir Le chant de la terre à l’opéra Garnier. Un ballet contemporain de John Neumeier. Je dois admettre que je ne savais absolument pas à quoi m’attendre avant d’y aller et que j’ai particulièrement fatiguée ce soir-là et donc assez peu réceptive. Rien à voir avec le spectacle (mais en fait si quand même un peu) mais chaque fois que je rentre à Garnier, c’est la même émotion. Cet endroit est tellement beau et chargé d’histoire, je me sens chaque fois aussi privilégiée de pouvoir y entrer. Cette parenthèse étant refermée, je dois dire qu’assez vite, ce ballet m’a laissée un peu perplexe. Pas ou peu de décor, même combat pour les costumes absolument pas tape à l’œil. Disons que c’est… épuré. Assez banal pour du contemporain mais c’est vrai que je suis toujours plus à l’aise avec les choses plus classiques. J’ai toutefois beaucoup apprécié le jeu de lumières qui semble reproduire la course du soleil ainsi que certains costumes, très sobres mais élégants.

©Ann Ray/OnP

©Ann Ray/OnP

          Si par moments j’ai trouvé ce ballet très beau, avec de grands moments de danse et une esthétique pleine de sensibilité, à d’autres j’ai eu plus de mal à en saisir le sens et j’ai parfois un peu décroché. Dans l’ensemble, j’ai trouvé que c’était plein de poésie, avec une belle musique et un équilibre intéressant entre performance et moments qui semblent plus se rapprocher de l’improvisation. Pourtant, si cette chorégraphie a tout pour séduire, j’ai eu du mal à accrocher vraiment et il m’a manqué le petit quelque chose en plus qui fait toute la différence. Il faut dire aussi qu’étant novice en la matière, j’ai souvent l’impression de manquer de références. Il y a des passages magnifiques et une belle diversité mais il manque parfois peut-être un peu de cohésion à l’ensemble, ce qui empêche sans doute de l’apprécier pleinement. En écoutant les commentaires à la sortie, visiblement je n’étais pas la seule à ne pas trop savoir que reprocher à ce spectacle sans pour autant avoir été emballée outre mesure. C’est vraiment dommage étant donné les beaux moments qu’il recèle qu’il s’en dégage parfois comme un léger parfum de confusion. Beau mais parfois décousu, un ballet poétique qui m’a un peu laissée sur ma faim.

©Ann Ray/OnP

©Ann Ray/OnP

Un livre et un film pour parler de l’exclusion

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          Dernièrement, j’ai gagné sur le blog de Filou un livre que je me suis empressée de commencer sur une immigrée qui arrive à Santorin et connaît l’exclusion, la faim et l’insécurité. La mesure de la dérive d’Alexander Maksik est un livre magnifique qui m’a bouleversée. Par le plus grand des hasards, alors que je lisais ce roman, je suis allée un soir au cinéma et les films qui m’intéressaient étant complets, je suis allée voir Au bord du monde, un titre aussi joli qu’énigmatique. Je n’avais pas la moindre idée de ce que c’était. C’est ma méthode « à la Breton », je rentre dans une salle au hasard (enfin, je choisis surtout le film qui passe à l’heure qui m’arrange), une méthode choix surréaliste qui offre parfois de belles surprises. Je dois avouer que pour la peine j’ai été franchement étonnée de tomber sur un documentaire consacré aux SDF parisiens. Moi qui allait au cinéma pour me remonter le moral ce soir-là, ç’a été un ratage complet. Mais je dois admette que j’ai quand même trouvé que la hasard faisait bien les choses puisque je restais totalement dans le thème de ma lecture du moment. Je vais donc en profiter pour vous parler des deux en même temps.

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           A la mesure de la dérive d’Alexander Maksik a été un énorme coup de cœur. On suit l’errance d’une jeune femme seule et sans le sous à Santorin. Elle doit lutter pour manger ou trouver un coin où dormir. On vit son histoire de l’intérieur et on apprend peu à peu à la connaître, par bribes. Ainsi, on découvre comment elle en est arrivée là. Des révélations qui s’avèrent souvent surprenantes. Je ne vais pas vous dévoiler ses origines et de son parcours étant donné que ses souvenirs qui reviennent peu à peu sont un fil conducteur du récit. L’écriture est fluide et très agréable. Ca m’a un peu rappelé une écriture de roman noir, efficace et qui met en place un certain suspens, ici autour du passé de son héroïne. Le récit est très émouvant. Le fait de se mettre à la place de cette jeune femme débarquée dans un pays inconnu sans la moindre ressource est troublant. Je crois qu’on peut dire que c’est la honte qui ressort le plus de ces pages, une volonté farouche de préserver un semblant de fierté malgré tout. La psychologie du personnage est très intéressante et on s’attache réellement à cette jeune femme qu’on regrette de quitter en refermant ce livre qui ne saurait laisser indifférent. Un roman fort et émouvant, manifique.

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          Dans un style très différent le documentaire Au bord du monde de Claus Drexel traite en grande partie du même sujet. Une autre forme d’exclusion mais les mêmes difficultés pour trouver où dormir et comment manger. Ce documentaire suit plusieurs SDF parisiens dans leur quotidien. Des profils très différents, des gens de tous les âges et visiblement de tous les milieux. Certains sont fous, d’autres étonnement cultivés. On ne sait pas comment ils sont arrivés là, quelle a été leur vie. On aimerait les connaître un peu mieux, c’est un peu dommage que cet aspect n’ait pas été évoqué avec eux. Malgré tout ce documentaire a le mérite de mettre en lumière des gens à qui la plupart du temps on jette à peine un regard. Il n’y a pas de jugement dans ce film, il se contente de donner la parole à ceux qui l’ont trop rarement et de montrer leur quotidien tel qu’il est, avec ses difficultés et ses moments de bonheur. On en ressort en regardant d’un peu plus près ceux qui nous entourent. Malgré ses défauts, un documentaire édifiant qui aurait mérité une diffusion bien plus large.

Des albums jeunesse à la pelle

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          Une petite sélection de livres jeunesse lus ces derniers mois et dont je ne vous ai pas parlé. Il y en a un peu pour tous les âges et dans tous les styles. Faites votre choix !

32694383_7020524- La belle et la bête : J’aime bien ce conte mais je ne l’avais jamais lu, je n’en connaissais finalement que les adaptations cinématographiques. Quand on m’a offert ce petit livre, j’ai été ravie de pouvoir découvrir la version originale. Je dois dire que j’ai été assez surprise par le côté hyper moralisateur de ce conte. Pas vraiment ma tasse de thé mais ça ne fait pas de mal de connaître ses classiques. J’ai beaucoup aimé les illustrations, vraiment très belles.

BOUCLE-D-OR-A-TOUCHER_ouvrage_large- Boucle d’or : cette histoire me fascinait quand j’étais petite. J’aurais tellement voulu goûter à la bouillie des ours moi aussi ! J’ai donc été ravie de relire ce grand classique. Les illustration ne m’enchantaient pas outre mesure, en revanche, les textures différentes à chaque page sont extrêmement inventives et réussies. J’aurais adoré avoir le même !

couv_haikus- Il était une fois… Contes en haïkus : les contes traditionnels revisités sous formes de haïkus, saurez-vous les reconnaître ? Pour la peine ce n’est pas vraiment un album mais ça reste un livre illustré. Il y en a que j’ai eu un peu de mal à trouver mais condenser les contes en 17 syllabes est un tour de force que l’auteur réussit à merveille. Une bonne initiations à l’art du haïku et une révision ludique de nos classiques.

la-legende-du-cerf-volant- La légende du cerf-volant : ce livre est juste splendide. Les illustrations sont très belles, elles sont à la fois douces et colorées. Comme les dessins, l’histoire est tout ce que j’aime, une légende empreinte de sagesse et de poésie. Le genre de classique dont on ne se lasse pas. J’ai passé un excellent moment avec ses pages magnifiques.

9782912080615- Papa barque : ce livre qui parle de l’absence du père m’a agréablement surprise. Je n’ai pas vraiment accroché avec les illustrations mais elles font vraiment sens avec le texte et le complètent parfaitement. Un livre émouvant qui parle d’amour et d’absence aux enfants avec justesse et sensibilité.

9782748512861FS- Sato lapin et la lune : je dois admettre que ce n’est pas mon album préféré mais il faut dire que je préfère généralement les livres pour les un peu plus grands. Les illustrations ne m’ont pas emballée, j’avoue préférer les choses un peu plus classiques. Toutefois l’histoire est pleine de poésie et plaira surement aux plus petits.

ZOU- Zou : Zou, c’est un petit zèbre tout mignon. Les illustrations sont très jolies et toutes douces, je les aime vraiment énormément. L’histoire quant à elle est particulièrement mignonne et les parents l’apprécieront surement autant que les enfants. Un très joli livre plein d’humour et de tendresse à offrir aux jeunes parents. Un gros coup de cœur.

9782226040558-X- Le premier œuf de maman poule : ce livre a été un gros de coup de coeur. Un de mes chouchous que j’ai lu et relu. Les illustrations sont sympa, il y a plein de textures différentes pour les petits avec des volets à soulever et autres choses du genre. Le texte est plein d’humour et de tendresse. Un vrai bonheur !

caroline-aux-sports-d-hiver-242955-250-400- Caroline aux sports d’hiver : un de mes préférés de la série Caroline que j’aimais tellement quand j’étais enfant. J’aimais tellement suivre les frasques de ces adorables petits chiens et je pouvais passer des heures à regarder les illustrations pour inventer des détails à l’histoire. Sans doute mes premiers fous rire de lecture – et ils sont encore bien rares ! Je me le suis fait offrir à Noël et même si j’ai été déçue de trouver l’histoire plus courte que dans  mon souvenir, ça reste un énorme plaisir de lecture.

Chez Léon, une adresse à retenir rue Legendre

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          Ce week-end, mon papa était à Paris et je cherchais un resto sympa où l’amener dans mon quartier (à savoir les Batignolles grosso modo). Plusieurs me tentaient mais étaient complets. Je me suis alors décidée à sortir mon Guide Michelin de Paris (2008 parce que je suis vachement à jour…). Et là, je suis tombée sur cette adresse. Pas trop loin de chez moi – même si je ne traverse à peu près jamais la voie ferrée, je veux bien faire un effort – dans mon budget et visiblement du genre bistrot avec une pointe d’originalité. Ca semblait parfait. Et pour tout vous dire : ça l’était !

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          La première impression fut excellente avec un accueil chaleureux, assez surprenant pour Paris. La salle est plutôt agréable, avec son immense comptoir en zinc et ses belles chaises. Du côté de la carte, la plupart des plats semblent classique mais avec de-ci de-là une petite touche de fantaisie. Nous avons opté pour un carpaccio de poulpe et un cabillaud en croûte d’amande d’un côté (enfin il me semble) et un crumble de cabécou suivi d’un cochon de lait en deux textures de l’autre.

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          La carpaccio était juste magnifique et la mousse de piment doux qui l’accompagnait était magique. De mon côté, pas de surprises avec le crumble (très bon au demeurant) mais la sauce salade était carrément une tuerie. Il y avait un beau monceau de verdure et je n’en ai pas laissé une miette. Je soupçonne une note de combawa dans la vinaigrette mais je ne suis pas certaine. En tout cas c’était à tomber. Le poisson avait l’air très bon et mon cochon était absolument parfait. Croustillant dessus et tellement fondant à l’intérieur qu’il se coupait tout seul. Magique. En accompagnement, des légumes de saison. En dessert, nous avons pris une tarte au citron pas mal revisitée, un peu comme un cheesecake très aérien. Vraiment bonne.

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          J’ai beaucoup aimé cette adresse. Ce n’est pas une grande table mais c’est quand même bien mieux que la première brasserie venue. Il y a dans les plats de petites touches d’originalité très appréciables et tout est impeccablement réalisé. Dans des quantités fort raisonnables qui plus est. Le service est vraiment top, très avenant et agréable. Côté prix, ce n’est pas donné en l’absence de menu mais les plats sont presque raisonnables pour la capitale, un jour il faudra que je m’habitue aux prix parisiens quand même… Franchement, je ne trouve rien à redire sur ce restaurant. J’ai même envie de tester leur brunch un dimanche matin ! Une bonne table qui offre une cuisine généreuse et impeccablement réalisée avec un service tout sourire.

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Chez Léon

32 rue Legendre

75017 Paris

01 42 27 06 82

Comptez 35€ entrée – plat -dessert