Archives de Catégorie: Musique

Les nuits de l’Alligator

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           Ceux qui me suivent le savent sans doute, bien que vivant à Paris où l’offre ne manque pas, j’assiste à très peu de concerts. C’est sans doute un tort, mais je suis un peu noyée sous l’offre, les prix sont parfois prohibitifs, je n’arrive pas toujours à me faire accompagner, autant de raisons de me tourner vers des formes de culture qui me sont plus familières. J’essaie pourtant de profiter d’être dans la capitale pour faire un effort de temps en temps. Ainsi, j’ai participé il y a peu à un concours organisé par les Inrocks et contre toute attente, j’ai eu l’immense chance de gagner deux places pour les Nuits de l’Alligator à la Maroquinerie.

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          Au programme des festivités, Sarah McCoy (c’est en espérant voir cette drôle de femme à la voix belle et puissante que j’avais participé) et Bror Gunna Jansson. The Strusts étaient également au programme mais n’étant pas restée jusqu’à la fin, je ne vous en parlerai pas. J’attendais avec impatience Sarah McCoy, chanteuse hors normes, et j’ai un peu regretté qu’elle partage la scène ce soir-là avec des gens dont je n’avais jamais entendu parler. Et puis Bror Gunna Jansson est arrivé. Seul sur scène avec une batterie et une guitare. Véritable homme orchestre à lui tout seul, il a une voix un rien éraillée qui ne laisse pas indifférent. Une performance que je ne suis pas prête d’oublier ! Le suédois propose un univers folk assez sombre et d’une rare beauté. J’ai été totalement subjuguée par son talent. J’aurais bien acheté son CD à la sortie (d’autant qu’il le vendait lui-même, certains vont encore dire que je ne suis décidément jamais sur les bons coups…) mais je n’avais malheureusement pas de monnaie sur moi. Maintenant que je sais qu’il n’est pas sur Deezer et que ces disques sont parus respectivement à 100 et 50 exemplaires, je m’en mords les doigts !

          Sarah McCoy a encore fait monter le niveau d’un cran si cela est possible. La chanteuse originaire de la Nouvelle-Orléans a une voix à couper le souffle. Bien que connaissant un peu son univers, je me suis laissée surprendre par les premières notes et j’ai vu ceux qui n’étaient pas préparés retenir leur souffle quelques instants face à la puissance de sa voix. La jeune femme est de plus une bête de scène : elle sait accaparer son auditoire comme personne ! Le temps passe à toute vitesse en sa compagnie et on a envie d’en redemander encore et encore tant elle est fascinante. Une prestation de haute volée qui laisse muet d’admiration ! Nous sommes partis ensuite, d’une part parce que la faim nous tenaillait, d’autre part parce que nous ne voyions pas comment le groupe suivant aurait pu avoir ne serait-ce que la moitié du talent de ces deux-là. Merci aux Inrocks de m’avoir permis d’assister à ce concert aussi rare qu’exceptionnel. 

Chantecler Tango

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         Un cabaret délabré de Buenos Aires change de mains. C’est le Chanteclair, un lieu mythique de la capitale du tango. L’occasion pour le vieil homme contraint de le céder de se plonger dans ses souvenirs. Souvenirs d’amour et de danse, la passion de toute une vie.

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        J’attendais avec impatience cette comédie musicale autour du tango qui se présentait comme l’événement 2013 de la programmation du théâtre du Châtelet. La promotion était énorme : très belles affiches partout dans le métro, jolie bande-annonce. Après hésitation nous n’avons pas lésiné sur les moyens et nous sommes payé des places en 2° catégorie afin d’être bien placées. Le jour J, j’avais hâte d’enfin découvrir ce spectacle dont on parle tant. Première déception, comme toujours au Châtelet – à moins peut-être d’être en 1° catégorie – on ne se trouve jamais assez bien placé pour le prix payé ! Nous étions au 1° rang du 2° étage ce qui donne certes une bonne vue sur la scène mais est aussi très haut. Mais tracasseries techniques mises à part, ce ne fut bizarrement pas la seule déception de la soirée.

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         Présenté comme une comédie musicale, ce spectacle est plutôt du tango traditionnel très théâtralisé. La mise en scène est très belle, avec des décors travaillés, tout comme les costumes d’ailleurs. J’ai trouvé que ça mettait un peu de temps à démarrer. Quant au fait qu’il y ait une véritable histoire, c’est une excellente idée, mais qui toutefois s’est avérée moins exaltante que prévu. En effet, la trame est extrêmement complexe et il n’est pas toujours simple d’en comprendre tous les ressorts en l’absence de paroles. Les premières grosses scènes de danse m’ont semblé longues à arriver. Même si on avait déjà quelques petits moments de danse, j’avais hâte d’en prendre plein les yeux et quand ça arrive enfin, j’étais déjà un peu ailleurs.

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           Ce spectacle m’a laissé une impression étrange. Mis à part le début qui est un peu lent, le reste est très beau. Des scènes impressionnantes, de beaux décors, des danseurs impeccables : on en prend plein la vue. Pourtant à aucun moment je n’ai été touchée, émue. J’ai trouvé cela assez lisse et sans âme tout en voyant la beauté pourtant. Je crois finalement que j’aime les choses moins sophistiquées. J’ai tendance à préférer les tableaux conviviaux où tous dansent ensemble plutôt que les couples qui entrent en scène les uns après les autres pour démontrer leur talent. Ici, se sont surtout les portés qui sont mis en valeur, toujours très impressionnants mais qui cassent le rythme lorsqu’on en abuse. Finalement, je suppose que je les spectacles plus traditionnels me conviennent mieux par leur simplicité et leur chaleur. Un très beau spectacle, impeccablement exécuté et impressionnant mais auquel il a manqué pour moi le petit plus qui fait toute la différence.

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Chantecler Tango

Théâtre du Châtelet

2 rue Edouard Colonne

75 001 Paris

Du 9 octobre au 3 novembre

22 à 82 €

Culture occitane : Eric Fraj

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          Après quelques présentations avec les grands moments qui ont marqué la culture occitane et les grands noms qui ont fait sa littérature, changement total de registre avec un artiste contemporain qui chante en occitan bien sûr, mais aussi en catalan et en espagnol. 

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          On ne le sait pas forcément quand on ne fréquente pas ce milieu là mais la culture occitane vit encore, notamment à travers sa musique. De nombreux groupes souvent méconnus chantent encore en langue d’oc. Certains rencontrent un joli succès, auprès d’un public de tous âges et parviennent à vivre de leur musique. En effet, beaucoup de jeunes souhaitent revenir vers leurs racines et sont souvent les plus fervents défenseurs de cette culture vivante. Eric Fraj fait partie de ces chanteurs qui contribuent à faire vivre la langue et la culture à travers la musique. Si sa musique peut plutôt être qualifiée de "traditionnelle", son répertoire est varié et il met souvent en musique des texte célèbres comme ceux des troubadours, de Joan Bodon ou d’un auteur contemporain, Claude Marti.

          Si je ne m’abuse, Eric Fraj est habituellement accompagné de trois musiciens : un pianiste, un batteur et un saxophoniste qui joue  l’occasion d’autres instruments à vent. Lui-même joue de la guitare ce qui permet d’avoir accès à un assez large panel de la chanson. Son répertoire s’inspire des deux rive de la méditerranée et sent bon le soleil. On y trouve aussi bien des inspirations espagnoles, occitanes, catalanes ou arabes. Un mélange des cultures que j’aime bien. S’il y a bien sûr des choses que j’aime moins que d’autres dans ce que fait Eric Fraj, j’aime beaucoup la variété de son répertoire et l’énergie de certaines de ses musiques. J’aime aussi énormément la poésie de certains de des textes en occitans qu’il a mis en musique et que je ne me lasse pas d’écouter ! L’un des chanteurs occitans que j’écoute avec le plus de plaisir grâce à la beauté des textes qu’il choisit et la diversité de ses mélodies.

Le caveau de la Huchette

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          Le caveau de la Huchette fait partie des institutions parisiennes. Ce lieu mythique propose des concerts de swing ou de jazz et on s’y réunit pour venir écouter mais aussi et surtout pour danser sur des rythmes endiablés jusqu’au bout de la nuit.

          Il faut bien le dire, j’ai toujours été une bien piètre danseuse. Ma grâce naturelle semble quelque peu défectueuse et j’ai un sens du rythme très personnel. Quant à ma capacité à suivre mon partenaire, elle semble tout simplement incompatible avec ma soif d’indépendance. Ajoutez à ça une bonne part de timidité et inutile de vous préciser qu’il ne faut pas compter sur moi pour enflammer la piste ! Il se trouve que je n’écoute pas énormément de jazz, bien que j’aime ça, qu’il y a peu d’adeptes de ce type de musique dans mon entourage et que les rares danseurs que je connais se cantonnent à la salsa et ne fréquentent donc pas le lieu. Fort heureusement, ma cousine qui a des talents de danseuse bien plus développés que les miens est venue me rendre visite et m’a entraînée dans son sillage vers cet endroit si particulier.

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          Au premier étage se trouve le bar, totalement déserté, mais toutefois utile pour se rafraîchir entre deux rocks exaltés. L’orchestre joue au sous-sol, dans une cave voûtée (une caveau donc) qui n’a rien perdu de son charme au fil des siècles. Ce fut un rendez-vous des Templiers, puis de la franc-maçonnerie. Deux souterrains partaient de là, et pendant la Révolution, cette cave appelée Caveau de la Terreur abritait le club des Cordeliers et celui des Montagnards. Danton, Marat, Saint-Just ou Robespierre s’y sont réunis et de nombreux jugements y ont été rendus. Mais l’endroit tel qu’on le connaît, avec ses concerts de jazz, a ouvert après la guerre, en 1946. L’orchestre joue dans un coin de la salle, de taille moyenne, autour de laquelle sont installées quelques banquettes et bancs et bois. Pas de décoration mais un endroit où on se sent de suite bien.

          Un grand espace est laissé libre au milieu pour les danseurs, et si lors des premiers morceaux, personne n’ose se lancer, cela ne dure guère et très vite la piste de danse fourmille de couples. La plupart des gens présents sont des habitués et de bons danseurs mais l’ambiance est très bon enfant et nombreux ont été ceux qui m’ont invitée à danser et m’ont appris quelques rudiment de rock pour briller lors de mes futures sorties. Tous ont rivaliser d’ingéniosité pour me mettre à l’aise voyant ma peur de ne pas savoir comment m’y prendre et j’ai finalement passé une excellente soirée. On retrouve un peu tous les âges dans cet endroit très métissé qui respire la joie de vivre. Un endroit un peu magique et hors du temps où on est très bien accueilli et où on peut sans peine faire ses premiers pas sur la piste de danse ou simplement venir écouter un peu de jazz dans la joie et la bonne humeur.

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Le Caveau de la Huchette

5 rue de la Huchette

75005 Paris

Tous les soirs à partir de 21h30, concert à 22h15

Jusqu’à 2h30 du dimanche au mercredi

Jusqu’à l’aube du jeudi au samedi

Entrée 12 €

Roger Hogdson à l’Olympia

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          Roger Hogdson, une légende vivante du rock anglais. Jamais entendu parler ? Et si je vous dit "Supertramp" ? Les années 70, une musique légère et enlevé, une voix unique : celle de Roger Hodgson. 25 après avoir quitté le groupe, il chante toujours les tubes de sa jeunesse, et quelques uns plus récents. Présentations.

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          Quand j’ai vu que l’ancien chanteur de Supertramp passait à Paris, je me suis jetée sur les places tout à fait hors de prix. Après de longs mois d’attente, le grand jour est enfin arrivé. Le concert avait lieu à l’Olympia, salle tout aussi mythique que le chanteur qui s’y produisait, et où je n’avais jamais mis les pieds. Je dois admettre que le lieu est démesuré et assez impressionnant, surtout quand on pense à tous les grands noms qui ont foulé cette scène. En parlant de scène j’ai été un peu surprise du côté très kitch de ce qui se trouvait dessus : tapis, plantes, synthés et le nom de l’artiste écrit en gros dans une police franchement moche. On aurait dit un groupe qui s’apprêtait à chanter pour un mariage.


          Ce côté un peu démodé s’oublie dès que Roger Hugdson rentre sur scène. Cet homme a une prestance incroyable ! Et cette voix ! Certes, il n’a pas un coffre d’enfer, on ne peut pas parler vraiment de voix exceptionnelle, simplement il a un timbre clair et extrêmement agréable qui fait de chaque chanson un vrai régal. Certaines de ses chansons, dont une en particulier, m’ont fait frissonner tant elles étaient émouvantes. Je crois bien que jamais une voix de chanteur de variété ne m’avait à ce point donné la chair de poule. Mais le vrai point fort de ce chanteur, c’est son amour de la scène, du public, de son métier. On sent qu’après 45 ans sur les planches, il y prend toujours autant de plaisir. Il chante ses vieux tubes des étoiles plein les yeux et le sourire jusqu’aux oreilles. Loin d’être blasé, il semble tout étonné et heureux de voir le public hystérique en écoutant ses succès. On dirait qu’il prend plus de plaisir encore que s’il chantait pour la première fois. Ses musiciens paraissent s’amuser tout autant.

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          Roger Hodgson est particulièrement sympathique : il fait l’effort de parler dans un français hésitant, raconte des anecdotes entre ses chansons, fait de l’humour à la moindre occasion, on le sent heureux d’être là, ce qui ne fait que décupler notre propre plaisir. Cet homme a un charme incroyable et une énergie folle ! Il arrive à nous donner l’impression qu’il vit avec nous un moment unique. On l’écoute avec bonheur chanter ses tubes à tue tête, ou nous faire découvrir des compositions plus intimistes. Son programme est très bien construit et alterne intelligemment différents styles. Il nous embarque dans son univers décalé, à la fois léger et poétique. Deux heures de pur bonheur.