Archives du Tag: drame

Detachment, de Tony KAYE

Detachment, de Tony KAYE

          Drame américain de Tony Kaye avec Adrian Brody, Marcia Gay Harden, James Caan.

          L’histoire d’un professeur remplaçant qui arrive dans un nouveau lycée, avec de nouveaux monstres à supporter pendant un mois. Des adolescents difficiles, parfois violents et souvent profondément malheureux. Il fait de son mieux pour les aider et les intéresser à la littérature classique, sans pour autant se faire beaucoup d’illusions. C’est d’autant plus compliqué qu’il a lui-même une vie un peu chaotique. Au fond n’est-il pas aussi paumé que ceux qu’il essaie de sauver ?

          Autant le dire de suite : LE chef-d’oeuvre de ce début d’année. Ce film est magnifique, profond, bouleversant. La critique lui a reproché un trop grand idéalisme. Certes, le personnage principal est un homme bien comme il n’en existe (presque) que dans les films (oui, je veux croire qu’il existe aussi des hommes bien pour de vrai) mais il est suffisamment désabusé et torturé pour être crédible. Quand on connaît mon peu de complaisance avec les histoires larmoyantes, je crois qu’on peut raisonnablement supposer que si je n’y ai pas vu de mièvrerie c’est qu’elle doit être très bien cachée… ou que le critique était amer face à la perfection d’Adrian Brody, au choix.

          Parce que oui, Brody est exceptionnel. On a dit que c’était son meilleur rôle depuis Le pianiste, eh bien oui ! Le rôle est magnifique et il est parfait dedans. Son interprétation est d’une intensité rare. Cet homme est incroyable, j’étais déjà sous le charme mais là je suis totalement bouche-bée devant un tel talent. J’ai trouvé cette histoire très sensible. Les questions posées sont universelles et il n’y a pas de volonté d’imposer de réponses préfabriquées, simplement d’ouvrir à la réflexion. La mise en scène est très réussie, originale et inventive. A vrai dire je n’ai rien à reprocher à ce film (j’ai juste noté une incohérence dans une scène, histoire de chipoter un peu) : on frôle la perfection. J’ai été au bord des larmes du début à la fin, pas que ce soit particulièrement triste ou larmoyant mais c’est poignant. Ca m’a un peu rappelé un film sorti il y a quelques années, Half Nelson, en mieux encore. Un film bouleversant qui aurait mérité qu’on en parle plus et mieux.

Luis Alfredo GARCIA-ROZA, Bon anniversaire Gabriel !

Luis Alfredo GARCIA-ROZA, Bon anniversaire Gabriel !

Gabriel est un jeune homme discret sans problèmes mais le jour de son anniversaire, un inconnu lui fait une étrange prédiction : il tuera quelqu’un avant son prochain anniversaire. La date fatidique approchant, son angoisse va augmentant et il décide de demander l’aide du commissaire Espinosa. Mais comment enquêter sur un meurtre qui n’a pas encore été commis ?

Une idée de départ originale qui fait tout le charme de ce roman policier brésilien. Les personnages sont attachants et bien construits. L’auteur arrive à créer du suspens et un malaise croissant. La fin (que je ne peux bien sûr pas vous raconter) est assez surprenante. Un livre qui détonne dans la production de polars et arrive à renouveler le genre en lui donnant une dimension différente. Je ne suis pas sure que ce décalage me convainque tout à fait (au final, une histoire plus traditionnelle m’aurait sans doute plus satisfaite) mais cet effort est louable et le résultat est réussi. Un livre bien écrit et bien construit, qui vaut le détour par son originalité.

J. Edgar, de Clint EASTWOOD

J. Edgar, de Clint EASTWOOD

Drame, biopic américain de Clint Eatswood avec Leonardo Di Caprio, Naomi Watts, Armie Hammer.

          L’histoire de J. Edgar Hoover, fondateur du FBI et directeur de la célèbre institution pendant près d’un demi-siècle. Un homme aussi puissant qu’énigmatique et controversé. Le film retrace plus de soixante ans de la vie de Hoover, du début de sa carrière à la fin des années 20 jusqu’à sa mort en 1972. Un parcours fascinant.

          Ce film avait tout pour plaire : un grand réalisateur, un acteur principal surdoué et un sujet en or massif. Malheureusement, la mayonnaise de prend pas. Leonardo DiCaprio tient le film a lui tout seul. Il est plus ou moins seul à l’écran durant plus de 2h. Face à lui les autres semblent faire de la figuration. Une performance d’acteur remarquable mais la belle gueule de DiCaprio ne saurait suffire à nous tenir en haleine aussi longtemps. Et malgré une très bonne prestation, j’ai eu beaucoup de mal à voir le personnage derrière l’acteur. Aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai trouvé cet Hoover là trop charismatique pour être vrai. En même temps, je ne suis pas une spécialiste de la question. Le doute persiste donc.

Ensuite j’ai trouvé que tout était trop axé sur J. Edgar. Certes, il est le sujet du film mais certains faits cruciaux sont survolés à une vitesse surprenante. Pour ne vous citer qu’un exemple : la mort de Kennedy, 2 minutes montre en main. Et encore, je ne sais pas si je ne vois pas large. C’est un peu déroutant de voir les grands évènements du XX° siècles traités comme des détails. Question de point de vue peut-être mais tout de même, l’assassinat du président devait toucher le directeur du FBI d’assez près, ça aurait dû le tourmenter au moins quelques minutes. Gros moins sur l’aspect historique donc, ne comptez pas top vous cultiver avec ce film qui fait plutôt dans le culte de la personnalité.

          Bien sûr, Clint Eastwood n’est quand même pas le premier venu, il y a donc un certain nombre de points positifs. Les jeux de lumière pour commencer sont très réussis. Un univers sombre, un peu passé, qui n’est pas sans rappeler les vieux films de gangsters. D’ailleurs on peut noter pas mal de références à des grands noms du cinéma. Les scènes d’arrestations sont autant de clins d’oeil (d’yeux ?) à des chefs d’oeuvres du 7° art. La mise en scène est propre et efficace, on passe sans cesse de la jeunesse à la vieillesse d’Hoover (va et viens incessant qui m’a parfois fatiguée d’ailleurs) avec une grande fluidité et des procédés variés.

          On pourrait aussi parler des costumes, très soignés. Du maquillage incroyable des acteurs pour leur faire prendre 40 ans. Techniquement tout est parfait. Trop peut-être. Si ce film est très esthétique, il est un peu lisse. On lui a reproché de trop se pencher sur la possible homosexualité du personnage. Cela ne m’a gênée qu’à la fin où on assiste à une scène ridicule avec des orgues et des chants angéliques. On s’en serait passé, fort heureusement, c’est de courte durée. Un film propret qui ne convainc pas vraiment. Bien, mais sans plus. On a connu Clint plus en forme.

Dai SIGIE, Trois vies chinoises

Dai SIGIE, Trois vies chinoises

          Trois histoires qui se déroulent en parallèle, dans un même temps et un même lieu, sans jamais se croiser et qui pourtant, ont bien des similitudes. Trois destins tragiques : celui d’un adolescent atteint d’une maladie rare, d’une jeune fille qui pense que son père a assassiné sa mère et d’une ancienne forgeronne dont le fils perd la raison. Le décor ? l’île de la Noblesse où sont recyclés les déchets électriques de tout le pays.

          Ces trois nouvelles sont fortes et marquantes. Des histoires tragiques, à la fois inattendues et touchantes. Il y a quelque chose de Maupassant dans ces textes (si, si, je vous assure) : la même cruauté et la même justesse. Malheureusement, l’écriture n’est pas aussi incisive que chez l’illustre auteur. Si elle est agréable, elle est un peu lisse à mon goût. Ces histoires ont un incroyable potentiel, pour les rendre géniales, il y manque paradoxalement un soupçon de banalité. Ici l’auteur va droit au but, on aimerait qu’il nous ballade un peu plus, qu’il nous endorme avec une histoire triviale avant de nous asséner la chute brutalement. Ca fonctionne plutôt bien sur la deuxième nouvelle, dont on ne voit pas venir le coup final, très réussi. Toutefois, ce n’est qu’un détail, un léger manque de verve qui n’occulte pas le plaisir de la lecture et de la découverte de ce sombre univers.

Au jour de sa retraite définitive, avant de rendre l’âme, le vieux conteneur rougira encore, avec raison, de l’échange qui eut lieu devant sa porte.

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Ce qu’elle aimait dans le patinage, c’était la danse. Elle préférait me voir tourner, tourner, sur un seul pied, et dessiner, d’un seul trait de lame sur la glace, une colombe d’un mètre cinquante.

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Comme jamais dans sa vie, il ressentit à la poitrine une douleur qui secoua ses flancs maigres à les faire éclater. La clé lui échappa, tomba à terre et rebondit.

Même la pluie, d’Iciar BOLLAIN

Même la pluie, d’Iciar BOLLAIN

          Drame historique franco-hispano-mexicain de Iciar Bollain avec Gael Garcia Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri.

          Sebastian, jeune réalisateur passionné et son équipe arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. 

          Un film qui me tentait beaucoup et que j’avais bêtement raté au moment de sa sortie. Fort heureusement, Canal + m’a permis de réparer cette grave erreur ! J’attendais beaucoup de ce film dont on m’avait beaucoup parlé. J’aime généralement assez le cinéma sud-américain, surtout quand il est engagé (ce qui est assez souvent le cas). Je trouvais de plus l’idée de la mise en abîme très intéressante. Et puis il y a Gael Garcia Bernal. Qui dit mieux ?

          Avec pareil point de départ, difficile de ne pas ressortir déçu, et pourtant, c’est un pari réussi. Ce film est impressionnant. Le parallèle entre les indiens du temps de Colomb et le traitement qu’on leur inflige aujourd’hui, s’il demeure subtil, est particulièrement éloquent. On n’est pas dans une bête opposition gentils/méchants, courageux/couards, etc, etc. S’il y a forcément un peu de ça, parce que tout de même il y en a qui sont plus responsables que d’autres dans les atrocités commises, les personnages sont contrastés. Là encore, c’est valable tant pour les personnages que pour ce qu’on entraperçoit  à travers le film des hommes qui ont fait l’Histoire.

           Un film intelligent et bien mené. L’histoire, assez complexe, est efficace. Les acteurs sont très bons. Mais on savait déjà que Gael Garcia Bernal frôlait la perfection, je ne vous apprend donc rien. Je n’ai pas grand chose à redire à ce film. Sur la fin, c’est sans doute un peu tiré par les cheveux. Il y a une scène où on se croirait presque dans un film de zombis où le héros reste seul dans une ville dévastée. Cette fin pourrait être dommageable. Après tant de saloperies dites ou faites pour l’amour de l’art, se découvrir une conscience sur la fin est une concession aux normes hollywoodiennes dont le réalisateur aurait peut-être pu se passer. Cela dit, on lui pardonne parce que 1) il reste assez de protagonistes lâches et sans pitié pour que l’équilibre du monde soit préservé, 2) on a beau dire, au fond, on aime bien quand même les “belles” histoires quand elles sont bien racontées.

          J’ai beaucoup aimé ce film. Assez inhabituel dans la manière dont il est construit, avec une mise en abîme habilement réalisée. Il aborde la question épineuse du massacre des indiens assez intelligemment, tentant de présenter le sujet dans toute sa complexité. Le parallèle fait avec la manière dont sont actuellement traités les indiens est également intéressant. On peut peut-être toutefois regretter qu’il ne soit pas un peu plus appuyé et que le réalisateur ne prenne pas une position plus marquée. Cela dit, malgré mon amour pour les films engagés, cela aurait vite pu sombrer dans la caricature. Arrêtons donc de chipoter et concluons en disant que ce film a tout pour lui. Un grand moment de cinéma.