Archives du Tag: drame

Hiroshima mon amour

Hiroshima mon amour

          Texte de Marguerite Duras. Mise en scène, Christine Letailleur. Avec Valérie Lang et Hiroshi Ota.

          Le théâtre de la ville propose dans son annexe de la rue des Abbesses une adaptation du célèbre texte de Marguerite Duras. Deux acteurs seuls en scène dans la pénombre, une mise en scène à la fois épurée et imaginative et le texte scandée. Une pièce pour le moins surprenante.

          Voir Duras au théâtre, c’est toujours une expérience déroutante. Ses textes, qui s’apparente souvent à de longs monologues décousus, sont particulièrement difficiles à adapter, ce qui laisse le champ aux meilleures surprises… comme au pire. J’ai donc eu envie d’aller voir cette pièce, histoire de voir ce que ça donnait. Deux acteurs seuls en scène, nus, dans une obscurité presque totale. Seuls les visages sont éclairés, ils sont sur un lit et parlent d’Hiroshima.

          La manière dont le texte est récité est assez gênante au début, le débit est haché et plutôt agaçant. Les premières minutes laissent assez mal présager de la suite… Heureusement, on s’habitue peu à peu à ce jeu inhabituel. Au fur et à mesure qu’on avance dans le texte, le jeu se fait plus naturel et plus vivant. Des images du film sont projetés, ainsi que du bombardement d’Hiroshima. Une mise en scène très forte et par moment extrêmement perturbante.

          J’ai eu du mal à la sortie du théâtre à décider si j’avais ou non aimé cette pièce. Je crois que l’expérience dépasse ces banales considérations tant elle est intense. La performance d’acteurs est indéniable et la mise en scène époustouflante. Sans doute l’une des plus belles mises en scènes qu’il m’ait été donné de voir, sophistiquée et épurée à la fois. Les images projetées sont très fortes et l’intensité de la  pièce est parfois à la limite du supportable. Éprouvant et intense, un moment de théâtre hors normes.

Hiroshima mon amour

Théâtre de la Ville (annexe des Abbesses)

31, rue des Abbesses

75018 Paris

L’étrange histoire de Benjamin Buton

L’étrange histoire de Benjamin Buton

          Drame fantastique américain de David Fincher avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond.

          Benjamin est atteint d’une étrange maladie : il est né vieux. On a d’abord pensé qu’il allait mourir bientôt mais non, Benjamin est unique, alors que chacun vieillit, lui va rajeunissant. Il va peu à peu voir son corps retrouver sa jeunesse avant de rétrécir à nouveau et de voir son esprit s’étioler, redevant impotent. Une belle fable sur les âges de la vie.

          La nouvelle dont est extraite ce film est courte, trop courte. Bien que passionnante par les idées qu’elle met en avant (le parallèle entre l’enfance et la vieillesse notamment), j’aurais aimé qu’elle prenne plus le temps de les développer pour que tout l’arôme puisse s’en dégager. Dans le film, c’est un peu l’inverse. On eut apprécié plus de concision. C’est long long long. Et malheureusement, les ajouts n’ont pas été faits avec un grand discernement.

          Il y a de plus quelques incohérences dans le déroulement de l’histoire (le personnage principal semble rajeunir plus rapidement que les autres ne vieillissent). Le jeu d’acteur est inégal. Plutôt satisfaisant pour Brad Pitt qu’on a tout de même connu plus en forme, Cate Blanchett insupportable. Un film interminable auquel j’ai pris un plaisir très mitigé. 

Ecrire pour exister, de Ichard LAGRAVANESE

Ecrire pour exister, de Ichard LAGRAVANESE

          Comédie dramatique américaine de Richard LaGravenese avec  Hilary Swank, Patrick Dempsey, Ricardo Molina

          Une jeune femme inexpérimentée choisit de débuter sa carrière d’enseignante dans un collège malfamé. Bien vite, elle va perdre ses illusions et se rendre compte que la littérature est bien le dernier des soucis de ces jeunes qui nagent en pleine guerre des gangs. Professeurs et élèves vivent dans deux mondes totalement différents mais elle va tout faire pour tenter d’aller à leur rencontre.

          L’absence de télé m’a permis de regarder quelques uns des DVD que j’avais en stock, dont celui-ci. On a déjà vu ce genre de films très idéalistes de nombreuses fois. Rien de bien original. A la différence près peut-être que celui-ci est tiré d’une histoire vrai. Je n’ai toutefois pu m’empêcher de penser qu’on avait dû en rajouter une couche dans la guimauve en cours de route. Il me semble en effet pour le moins improbable qu’en deux ans ‘aucun de ces jeunes ne se soit rebellé en cours de route, n’ait abandonné, ne soit mort tué par balle… Je reste donc un peu septique sur tout cet amour. Et je suis quasiment certaine que sur le moment les élèves n’étaient pas suivis en permanence par des violons. Cette manie d’en rajouter dans le pathos avec de la mauvaise musique me tape décidément de plus en plus sur les nerfs.

          Mis à part un léger problème de crédibilité (tout se passe trop bien pour sembler réel) dû sans doute à des raccourcis un peu rapides et cette manie de tout noyer dans de la musique mièvre, le film est plutôt prenant. L’histoire est forte. Tout d’abord, les incursions dans le système scolaire américain sont toujours surprenantes. Ensuite, bien qu’un brin idéaliste, cette histoire marche assez bien. La guerre des gangs est abordée d’un point de vue extérieur, en mettant en avant les personnalités de ces adolescents. Malgré les évidents défauts de réalisation (bien trop hollywoodienne pour faire réellement un bon film), ce film demeure assez convainquant et m’a donné envie d’en savoir plus sur l’histoire de ces jeunes. Un film moyen mais une histoire qui fonctionne. Un peu trop mélo mais agréable à regarder.

La bella gente, d’Ivano de MATTEO

La bella gente, d’Ivano de MATTEO

Drame italien d’Ivano de Matteo avec Monica Guerritore, Antonio Catania, Victoria Larchenko.

          Susanna et Alfredo sont un couple d’intellectuels aisés aux idées larges. Ils passent tranquillement l’été dans leur maison de campagne. Un jour, Susanna voit une très jeune prostituée se faire maltraiter sur le bord d’une route et décide lui venir en aide. Mais pourra-t-elle se défaire de ce lourd fardeaux ? et eux, sauront-ils oublier leurs préjugés ?

          Je suis assez mitigée sur ce film. J’ai trouvé l’idée de départ assez peu crédible, surtout de la manière dont elle est amené. Le sujet est intéressant mais introduit de manière artificielle. Heureusement, ça a tendance à s’améliorer par la suite. Le film flirte parfois avec les clichés mais parvient (plus ou moins bien en fonction des moments) à ne pas trop s’y enliser. Plus on avance dans l’histoire, plus les personnages montrent leur complexité, ce qui donne une certaine profondeur au tout. Dommage que la jeune réfugiée demeure quelque peu en retrait, le personnage  semble quelque peu laissé pour compte et aurait mérité d’être un peu plus travaillé.

          J’ai longtemps craint que ce film ne sombre dans la mièvrerie la plus totale. Il nous emmène finalement sur de fausses pistes pour nous offrir une fin quelque peu pessimiste mais assez réussie. Malgré quelques faiblesses, un film qui dans l’ensemble présente un certain intérêt. Le très bon jeu d’acteurs porte le tout pour nous offrir un agréable moment. Avec quelques tâtonnements, le réalisateur parvient finalement à argumenter son propos de manière relativement convaincante. Un résultat en demi-teinte mais malgré une certaine naïveté dans le traitement de ce sujet, le film parvient à apporter un regard intéressant, à la fois lucide et cruel, sur notre société.

Miral, de Julian SCHNABEL

Miral, de Julian SCHNABEL

          Drame palestinien de Julian Schnabel avec Hiam Abbass, Freida Pinto, Yasmine Elmasr.

          Miral est une adolescente Palestinienne. Comme beaucoup de ses concitoyens, elle rêve de vivre dans un état reconnu, qu’il soit ou non partagé avec les israëliens. Peu à peu, l’occupation militaire et les violences vont radicaliser ses propos. Elle va alors rencontrer un jeune homme qui appartient à l’intifada. Une rencontre qui va changer sa vie.

          Comment devient-t-on extrémiste ? C’est la question que pose ce film. Il raconte l’histoire de cette jeune fille intelligente et bien élevée. L’histoire de sa mère d’abord, puis de la rencontre de ses parents, et enfin, la sienne. Un passé dur à porter, une enfance un peu mouvementée, des rencontres inattendues… tout le monde ne peut-il pas sombrer dans la violence ? Quand le pacifisme semble sans issue, n’est-on pas tenté de prendre les armes ? La question est intéressante.

          Je voulais voir ce film à sa sortie mais les critiques étaient tellement pourries que j’y avais renoncé. J’ai donc attendu sa diffusion sur Canal et profité d’une belle grippe pour rattraper mon retard. Et j’avoue que je suis perplexe. J’ai plutôt aimé ce film. J’ai pris plaisir à le regarder : une belle histoire, de belles images… Pourtant, je ne peut décemment pas dire que c’est un bon film. Il est traité de manière trop grossière. Dans la vraie vie il n’y a pas autant de gens gentils qui croient au retour de la paix par la seule force de l’éducation. En vrai les gens sont un peu plus haineux. Ce film se veut très esthétisant, le moins qu’on puisse dire, c’est que les images sont belles, trop peut-être en comparaison de ce qu’elles racontent. J’ai bien aimé la mise en scène, qui reprend le destin de3 femmes d’une même famille. Malheureusement, elle évite le coeur du sujet.

          J’ai aimé la légèreté de ce film, son esthétisme. Qu’on montre le conflit sous un jour différent aussi. Un peu d’espoir ne fait pas de mal. Malheureusement, on en oublie presque l’histoire réelle du pays, bien plus sanglante. Cette vision positive des choses semble quelque peu déconnectée de la réalité. Elle aurait mérité d’être confrontée à d’autres regards, à peine esquissés dans le film. Pour une fois, je serai moins méchante que la critique, je n’irais pas jusqu’à parler de navet. Simplement le réalisateur passe un peu à côté de son sujet en ne l’abordant pas de manière frontale. En choisissant une approche esthétique et teintée de romantisme, il en oublie un peu la dure réalité. Un film qui avait beaucoup de potentiel mais reste trop lisse. Dommage.