Archives de Tag: épistolaire

La servante du Seigneur – Jean-Louis Fournier

Par défaut

          Quand on a une fille qui rencontre Dieu, elle change forcément. Elle troque l’humour noir pour une nouvelle vie pleine de couleurs pastel. Difficile d’accepter cette personnalité nouvelle qui se fait jour et l’éloignement grandissant.

          Le thème de ce livre me tentait beaucoup et si je n’avais jamais rien lu de cet auteur, j’en avais toujours entendu dire le plus grand bien. Ce livre est autobiographique. Il se présente comme une lettre ouverte d’un père à sa fille dans laquelle il lui dit tout l’amour qu’il a pour elle, l’inquiétude qui le ronge et ses interrogations quant à leurs relations qui s’étiolent avec le temps. Un autre à pris toute la place, les certitudes ont changé, la manière de penser, la manière de vivre, on ne se comprend plus vraiment alors qu’on a été si proches.

          J’ai beaucoup aimé ce texte à l’écriture léger mais qui touche à des choses profondes. La peine qu’éprouve l’auteur et ses doutes constants sont très touchants. On le ressent dans le style, parfois un peu décousu, qui semble avancer comme par tâtonnements. Un texte comme un appel au secours ou une bouteille à la mer lancée à cette fille encore là et pourtant d’une certaine manière un peu perdue, n’étant plus tout à fait la même. A la fin, cinq pages qui sont un droit de réponse et ajoutent encore à l’intérêt du texte, donnant de donner un aperçu de ressenti de l’autre partie. Un texte court qui se lit comme dans un souffle : émouvant. 

41kwcVfdUWL

Maintenant elle ne doute de rien.

Oscar Wilde a écrit que le cerveau de celui qui n’a que des certitudes arrête de fonctionner, "croire est tellement médiocre". Je ne veux pas que son cerveau arrête de fonctionner. Un cerveau en marche cherche à comprendre et, forcément, il doute.

_______________

Sectaire, ça commence comme sécateur, ça coupe.

L’art de choisir sa maîtresse – Benjamin FRANKLIN

Par défaut

          Dans ce recueil de courts textes, le rédacteur de la Constitution américaine et inventeur du paratonnerre nous livre des conseils aussi loufoques qu’indispensables sur des sujets divers et variés de la vie quotidienne. Vous apprendrez ainsi comment bien choisir votre maîtresse, pourrez lire la touchante supplique de la main gauche ou vous initier avec humour au commérage, entre autres utiles fantaisies.

          J’avais acheté ce livre en raison de son titre racoleur et de sa très jolie édition à la mise en page soignée imprimée sur un très beau papier. Un objet de très bonne facture, comme on en trouve trop peu à des tarifs encore relativement raisonnables. C’était donc l’objet plus encore que son contenu qui m’avait attirée. Je pense d’ailleurs aller voir d’un peu plus près le catalogue des éditions finitude… Cette lecture fut un plaisir. Je connaissais peu Benjamin Franklin et j’ai appris nombre de choses très intéressantes à son sujet dans l’introduction qui lui est consacrée. Quand à ses textes, ils sont des plus savoureux ! On y trouve un humour délectable qui n’a bien souvent pas pris une ride. J’ai beaucoup aimé cette lecture divertissante qui instruit et amuse tout à la fois.

9782912667953_1_75

Les Commérages, comme toute vertu, portent en eux-mêmes leur propre récompense en nous donnant la satisfaction de paraître meilleure que les autres, tout en constatant qu’ils ne nous sont réellement pas supérieurs.

Cher Monsieur Queneau

Par défaut

          Cet ouvrage rassemble des lettres reçues par Raymond Queneau, éditeur chez Gallimard, en accompagnement de manuscrits. Certaines sont droles, d’autres touchantes. Tous les genres s’y cotoient dans une galerie d’auteurs méconnus qui n’ont pas eu la chance de voir leurs écrits publiés.

          J’ai trouvé l’idée de ce livre très bonne et en ai fait mon livre de chevet dès qu’il a rejoint ma bibliothèque. Petite frustration toutefois car si nous avons les lettres de ceux qui espèrent devenir de célèbres auteurs, nous n’avons ni les réponses qui leurs sont adressées, ni les textes qui les accompagnaient. Ainsi sorties de leur contexte, si certaines restent amusantes, on regrette de ne pouvoir en savoir plus. Un livre intéressant donc mais auquel il manque toutefois un petit quelque chose pour nous tenir vraiment en halène. En revanche, l’objet en lui-même est très réussi, avec une belle couverture et des reproductions de lettres qui viennent agréablement ponctuer la lecture.

Cher Monsieur,

Il y a belle lurette que je meurs d’envie de vous écrire, seulement deux raisons m’en ont toujours empêché ! Une raison mineure : ma timidité, une raison majeure : je n’arrivais pas à trouver votre adresse…

Christine FÉRET-FLEURY, La tour du silence

Par défaut

          Au milieu du XVIII° siècle, Madeleine, une jeune fille de quinze ans, est emprisonnée dans une tour sombre pour pratiquer un culte qui n’est pas celui du roi. En effet, elle et ses codétenues sont protestantes. Il va falloir qu’elle choisisse  entre sa religion et la liberté.

          J’avais lu un excellent livre jeunesse sur le sujet (dont j’ai bien sûr totalement oublié le nom) il y a quelques temps. J’avais donc des attentes assez importantes en ouvrant ce livre. Dans l’ensemble, je n’ai pas été déçue. C’est bien écrit, l’histoire est plutôt intéressante, le personnage est attachant. Un livre assez réussi donc. On est dans un roman épistolaire. On ne connaît l’histoire que par les lettres écrites par Madeleine à sa soeur de lait. L’Histoire (avec un grand H) se mêle habilement au questionnement intérieur de la jeune fille.

          Le personnage ne tombe pas dans la caricature. Ses doutes, ses peurs, rendent la lecture intéressante. Le style est soutenu, ce qui est appréciable, bien qu’on puisse se demander si ça colle vraiment avec le langage d’une jeune fille certes instruite mais de milieu très modeste… Passons sur ce détail qui après tout ne dérange nullement la lecture. Un petit livre agréable et intelligent.

 

Sarah, je sais que tu me pardonneras mon silence : il ne m’a pas fallu moins de trois semaines pour sortir de la prostration où j’étais tombée depuis mon incarcération, rassembler mon courage et t’écrire à nouveau.

________________

Chaque fois que l’une d’entre nous reçoit une lettre, nous la lisons à haute voix, pour que chacune ait sa part de nouvelles du pays. Celles-ci sont meilleures qu’elles ne l’ont été de longtemps. Il semble que la surveillance étroite où l’on tenait les protestants se soit un peu relâchée. Des assemblées ont eu lieu en plein jour, ce qui était inconcevable il y a seulement un an. Est-ce le cas chez nous ?