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Top ten tuesday (24/04)

Top ten tuesday (24/04)

          Top Ten Tuesday, un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Initialement créé par The Broke and the Bookish, il est désormais repris en français par Iani et son carnet de lecture.

Cette semaine, le thème est :

Les 10 livres que vous avez lus en une journée (ou plus rapidement que d’habitude)

          Je vais choisir ceux que j’ai lus plus vite que d’habitude parce qu’en une journée, il y en a plein, souvent des livres courts, des jours de désoeuvrement. Je vais donc plutôt me consacrer aux livres que j’ai eu l’impression de dévorer, même si il m’a quand même fallu un certain temps pour en finir certains.

1) Les démons de Dostoïevski. J’ai littéralement dévoré cette fresque en 3 tomes absolument passionnante.

2) La plupart des livres de Ruth Rendell. Surtout ses romans psychologiques, très prenants, une fois entamés on ne peut plus les lâcher.

3) Harry Potter de J. K. Rolling. Je les ai lu plus rapidement les uns que les autres, longue attente oblige.

4) L’espoir est une terre lontaine de Colleen Mc Cullough. Le titre ne paie pas de mine mais l’histoire de ce forçat envoyé pour coloniser l’Australie est tout bonnement passionnante.

5) Tous les Michel Folco. Le premier a été une révélation. J’ai lu Même le mal se fait bien quasiment d’une traite, y passant 2 nuit quasi-blanches à me tordre de rire. Deux critiques disponibles ici et.

6) L’appât de José Carlos Somoza. J’ai eu un peu de mal à démarrer mais le suspens devient vite intenable et pousse à tourner les pages aussi vite que possible. 

7) Le pacte de Minuit de David Whitley. Un roman pour adolescent très réussi dans lequel on se laisse facilement prendre.

8) Le royaume de Tobin de Lynn Flewelling. Une fresque médiéval fantasy inégale et parfois un peu facile mais dont l’histoire donne envie d’avancer vite vers le dénouement incertain.

9) Martin Eden. Mon premier Jack London. Un grand moment de littérature.

10) A la croisée des mondes. Une série que j’ai adorée !

          Une liste pas très représentative… J’ai l’impression d’avoir oublié l’essentiel mais ça ne me revient pas. En tout cas, dans l’ensemble, les livres que je lis vite sont ceux qui ont une histoire forte, parfois au détriment du style. Je dévore avant tout des romans aux personnages forts qui vivent de grandes aventures. Ca me donne envie de lire tout ça !

Une vie inutile, Maxime Gorki

Une vie inutile, Maxime Gorki

           Un jeune orphelin grandit avec son oncle et sa tante. Chétif et disons-le, franchement moche, il est la risée de ses camarades. Quand il se verra obligé d’aller en ville commencer un apprentissage chez un libraire, les choses ne vont pas vraiment changer. Une vie solitaire qui va par hasard le mener à devenir un mouchard. Si cela va vaguement arranger ses relations avec autrui, ça ne va pas sans lui amener un certain nombre de problèmes.

           J’ai beaucoup aimé le début de ce livre, l’enfance assez malheureuse chez un oncle pourtant bienveillant. Le personnage principal est franchement antipathique mais sa souffrance est touchante. Après ce début des plus prometteurs, la suite m’a moins convaincue. L’arrivée en ville a fini de m’ôter toute compassion pour cette espèce de têtard sur pattes (je sais, je m’attache trop à l’histoire…). Je me suis donc un peu ennuyée dans la deuxième partie de ce roman. Heureusement, vers les 2/3 du livre, la révolte à commencer à gronder dans les classes populaires, ce qui a donné bien du travail à nos mouchards. Un peu d’action bienvenue.

           A partir de là, le livre se fait plus politique et a de nouveau capté mon attention. On est en 1905 et les différentes mouvances politiques sont ici représentées. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un ouvrage politique. Le personnage principal n’ayant pas vraiment d’avis propre et défendant l’ordre établit, on a l’impression de suivre ce bouillonnement d’idées du point de vue de quelqu’un qui les observe sans vraiment les comprendre. C’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre, ce point de vue si particulier qui rend peut-être la situation plus forte encore, allant jusqu’à perturber les esprits les plus obtus. La fin est surprenante et très très sombre mais ne fait qu’augmenter la valeur de ce texte. Une belle découverte.

Pensées secrètes, au Théâtre Montparnasse

Pensées secrètes, au Théâtre Montparnasse

          Pensées secrètes, c’est d’abord et avant tout un roman génial de David Lodge, drôle et enlevé, grinçant juste ce qu’il faut, une perle d’humour anglais. C’est l’histoire d’un professeur de faculté qui entame une relation extra-conjugale avec une collègue fraîchement débarquée. Il va faire preuve de trésors d’ingéniosité pour la séduire et nous dévoilera à travers l’étude qu’il mène sur l’inconscient ses pensées les plus secrètes et inavouables.

          Adapté par Gérald Sibleyras, on peut découvrir ce texte au Théâtre Montparnasse dans une mise en scène de Christophe Lidon avec Samuel Labarthe et Isabelle Carré. Les décors sont extrêmement réussis, avec une mise en scène très inventive. Il y a notamment des jeux de lumière intéressants. Les deux acteurs restent en permanence sur scène, même lorsque leurs personnages ne sont pas sensée se croiser, les acteurs sont côte à côte. Ca marche très bien, on ne s’y perd pas (le récit marche essentiellement par monologues, ce qui fait gagner en clarté) et ça donne l’impression que les personnages continuent leur vie en dehors de l’histoire.

          La pièce est un peu longue à démarrer, nous faisant craindre le pire pendant quelques interminables minutes. Et puis ça se met en place peu à peu. Une fois le décor posé, l’histoire prend forme et on retrouve l’humour irrésistible de David Lodge. Les comédiens sont très convaincants, particulièrement Samuel Labarthe à qui le rôle va parfaitement. Finalement on rit et on prend plaisir à voir les personnages se démener dans cette histoire d’adultère. S’il manque peut-être un petit quelque chose pour en faire un grand moment ce théâtre, cette pièce est toutefois réussie et retranscrit bien l’univers d’un roman pourtant difficile à adapter. Décors et mise en scène à eux seuls valent le détour. On aimerait que toutes les pièces soient de ce niveau. A voir.

Pensée secrètes

A l’affiche jusqu’au 31 mars 2012 (ou plus)

Du mardi au samedi 20h30, et samedi 17h30

Théâtre Montparnasse

31, rue de La Gaîté

75014 Paris

 http://www.theatremontparnasse.com/

Erik ORSENNA, La chanson de Charles Quint

Erik ORSENNA, La chanson de Charles Quint

          Une autobiographie qui ne s’affiche pas. Du narrateur, on ne sait que peu de choses. Il ne se nomme pas et se dépeint essentiellement par sa relation aux autres. A son frère tout d’abord, qui a aimé une femme toute sa vie, alors que lui en a connu des dizaines sans jamais s’arrêter avec une seule. Et puis sa relation avec une femme justement. Celle avec qui il pensait passer le reste de sa vie enfin et emportée si vite par un cancer. Un livre comme un hommage à la femme aimée.

          Avec ce livre, Erik Orsenna entre dans la sphère de l’intime. On le connaît drôle et avide d’instruire, avec ses livres sur la grammaire et l’orthographe par exemple, plus sérieux avec un ouvrage sur le coton, ou imposant avec L’exposition coloniale. Mais jamais on ne l’avait vu ne serait-ce qu’approcher des sujets plus personnels. Un changement d’orientation total et réussi.

          Dès les premières phrases, on retrouve le style léger de l’auteur, si aisément identifiable. La narration est pour le moins surprenante : à la 3° personne, avec un point de vue interne. L’auteur parle de lui-même comme s’il était un personnage qu’il observait de l’extérieur, le ressenti en plus. Etrange et déroutant mais ça donne un style incroyable à ce livre. Pas de long récit détaillé ici. L’auteur semble seulement effleurer les souvenirs, passant de l’un à l’autre sans jamais s’y arrêter vraiment. J’ai trouvé agréable cette manière d’avancer dans l’histoire par petites touches. Cela donne l’impression d’une certaine pudeur dans l’évocation des sentiments qui est touchante. Un très joli texte.

Une carrière, l’idée même de faire une carrière lui ayant toujours semblé le comble de l’appauvrissement personnel, et la curiosité étant, à l’évidence, son unique vocation, il s’était employé à varier les univers à varier ses univers de travail.

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Voilà d’ailleurs comment éduquer ses amis : les habituer à ne jamais s’étonner de vos questions. Et voilà comment il faut s’éduquer soi-même : tout faire pour, néanmoins, continuer d’étonner ses amis.

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La maladie est une présence. La plupart des gens guéris sont des orphelins.

La littérature et le sida

La littérature et le sida

          Comme promis, voici une première page thématique. Pour la première, je ne vais pas faire dans l’originalité mais reprendre le thème qui a marqué mon année 2011 : la littérature et le sida. Je sais, on va encore me dire que c’est déprimant mais pas du tout ! La littérature sur le sida est étonnamment optimiste. L’occasion de revenir un peu sur les livres qui ont marqué mon année et de clôturer ainsi ce travail.

          La littérature sur le sida est née au début des années 90, au moment où la maladie s’est transformée en véritable pandémie et a décimé le milieu homosexuel. C’est aussi à cette époque que des chercheurs français identifient le virus, lui donnent un nom, et que les premiers traitements font leur apparition. Cette maladie, dont on sait alors très peu de choses, crée un véritable vent de panique et est à la naissance d’une forte création artistique. La littérature a voulu dire cette impuissance face à un fléau méconnu. Hervé Guibert fut un des premiers à oser avouer qu’il en était atteint et a placé la maladie au centre de son oeuvre. À l’ami qui ne pas sauvé la vie retrace l’annonce de la maladie et décrit aussi bien les symptômes physiques que la douleur psychologique. Étrangement, il apparaît que si la maladie et la mort certaine qu’elle entraîne fait bien sûr peur, elle est aussi accueillie comme une incitation à profiter d’autant plus du temps qu’il reste pour parachever son oeuvre. Une idée qu’on retrouvera chez bien d’autres artistes. Le protocole compassionnel est la suite du premier et se centre plus sur le traitement, les espoirs, la vie avec la maladie. Deux livres forts, non dénués d’humour, où la maladie apparaît avant tout comme le meilleur des sujets.

          Autre très beau livre, Ce sont amis que vent emporte d’Yves Navarre. Ici la maladie est presque secondaire, elle s’efface devant une fabuleuse histoire d’amour entre deux hommes en phase terminale du sida. Un texte très émouvant et totalement dénué du pathos qu’on pourrait attendre dans ce type de sujet. Un livre que je classe sans hésiter parmi les beaux qu’il m’ait été donné de lire. Plus surprenant encore, un livre drôle. Oui oui, un livre sur le sida qui nous fait rire (jaune, certes, mais tout de même !). Air conditionné est un roman contemporain qui se passe dans la milieu de l’édition. Un homme vient de perdre son compagnon du sida et veut lutter contre l’exclusion qu’il a vécu. Une dénonciation à la fois de la manière dont la société traite ses malades mais aussi et surtout du terrible milieu de l’édition. Le cynisme dont fait preuve l’auteur m’a ravie.

          Inclassable, Alexandre Bergamini avec Sang damné. Un livre d’une grande complexité et d’une rare maîtrise. L’auteur mêle autobiographie, poésie, extraits d’articles ou de procès verbaux. C’est extrêmement bien écrit, on se laisse totalement porter par la force de cette écriture. Un texte très personnel et pour le moins original. On  retrouve une fascination pour la maladie qu’on pouvait déjà voir chez Hervé Guibert. Un texte déroutant qui met à mal bien des préjugés. Il permet également d’informer sur l’avancée des traitement et la vie d’un séropositif aujourd’hui. Une dédramatisation qui peut surprendre. Un texte un peu difficile sans doute mais qui mérite le détour, pour un livre qui peut se comparer aux plus grands.

          Voilà pour mes coups de coeur. Il y a d’autres livres qui m’ont moins convaincue. Parmi eux Les quartiers d’hiver de Jean-Noël Pancrazi, qui a reçu le prix Médicis. Ecrit au début des années 90, il retrace l’histoire d’un homme dont les amis meurent les uns après les autres du sida. Un texte tout en retenu que j’ai trouvé un peu ampoulé. Dans un tout autre genre, un témoignage, celui de Barbara Samson, On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Le récit d’une écervelée inconsciente qui se victimise à souhait. Un livre qui a cependant beaucoup ému et semble continuer aujourd’hui. Enfin, un livre que j’ai aimé mais dans lequel le sida me semble très en retrait par rapport à l’histoire d’amitié qui constitue le fil conducteur de l’histoire, Kyoko, de Ryû Murakami.

          En définitive, le sida en littérature est souvent un prétexte à l’écriture. Les autobiographies ont souvent tendance à se pencher sur l’aspect médical, ce qui leur donne un aspect informatif. Mais ce sont aussi dans ces textes personnels qui offrent des approches de la maladie souvent surprenantes. On imagine la détresse que doit être l’annonce d’une mort certaine et pourtant, beaucoup de ces auteurs transforment la maladie en “chance”. Elle permet de découvrir des horizons nouveaux, de se dépasser tant qu’il est encore temps. L’écriture devient un exutoire. Etonnamment, ce qui ressort de cette proximité de la mort, c’est avant tout la fureur de vivre.

          Bien sûr cette liste n’est pas exhaustive, je suis loin d’avoir tout lu sur le sujet. Des ouvrages critiques sont également parus sur cette littérature un peu particulière. Le cinéma c’est aussi penché sur le sujet. Je suis plus ignorante encore sur la question. Toutefois, je peux vous signaler le documentaire d’Hervé Guibert, La pudeur ou l’impudeur. Un film extrêmement poignant. Les images sont souvent insoutenables. A ne regarder que si vous n’êtes vraiment pas impressionnable. Côté fiction, le plus connu est Les nuits fauves de de Cyril Collard, que je n’ai malheureusement toujours pas vu. Je pense que le seul film que j’ai sur le sujet est Les témoins d’André Téchiné que j’avais plutôt aimé. J’y avais trouvé quelques longueurs me semble-t-il mais c’est un film qui m’a tout de même marquée.

          Le mois prochain, c’est promis, je choisirai un sujet plus porteur. En attendant, j’espère que vous partirez à la découverte de quelques uns de ces auteurs qui ont illuminé mon année.