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Purge, de Sofi OKSANEN

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          Un matin, la vieille Aliide trouve dans  la cour de sa petite ferme estonienne une jeune fille apeurée, Zara. La jeune fille ne semble pas arrivée là tout à fait par hasard. Fait-elle partie de la mafia ? est-elle venue tendre un piège à la vieille femme ? Et Aliide, est-elle si généreuse qu’il y paraît ? Pourquoi refuse-t-elle de quitter sa maison ? Chacune garde jalousement les secrets que l’autre cherche à découvrir.

          J’avais entendu parler tant et plus de ce livre. Une telle unanimité quant à sa qualité, venant de personnes très différentes (et pas toujours très fiables en matière de jugement littéraire), m’avait quelque peu laissée perplexe. J’avais donc décidé de laisser décanter tout ça avant de m’y mettre moi aussi. La première surprise est venue du style. Un peu sec, bancal parfois, en un mot pas terrible. Pas mauvais non plus cela dit, mais assez banal et un peu âpre. L’histoire quant à elle commence assez mal et sent à plein nez les bons sentiments…

          Et c’est là que ce livre est génial ! L’auteur échappe à toutes les conventions et nous livre un récit aussi inattendu que cruel. On s’attache peu à peu à ces personnages, en même temps qu’on découvre l’horreur des secrets qu’elles gardent jalousement. La nature humaine n’est décidément pas belle à voir. Je ne vous raconte pas l’histoire, ce serait dommage, mais le tableau se noircit peu à peu, nous laissant toujours un peu plus stupéfaits. Les retours en arrière, mêlant différentes époques, est particulièrement agréable. Une histoire brillamment menée qui mérite le Femina étranger.

Elle inspira si profondément qu’elle se fit mal aux poumons. Elle s’était trompée. Le soulagement lui coupa les jambes et elle trébucha sur les marches.

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La veille; Aliide avait rincé ses cheveux au vinaigre, ils brillaient dans la pénombre, et elle essaya de donner à ses yeux l’air innocent du veau nouveau-né, sans défense et sans repère, de nature à allumer tout de suite chez Martin le désir de lui apprendre à voir, pour que Martin trouve en elle un terrain fertile où semer ses paroles.

La mémoire des vaincus, Michel RAGON

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          Fred Barthélémy est un petit vagabond qui survit comme il peut aux Halles. Il y rencontre Flora, une petite fille qui sent le poisson. Les deux adolescents ne se lâcheront plus et vont être recueillis à Belleville par des adultes étranges, liés à une certaine bande à Bonno… La 1° Guerre Mondiale arrive et Fred sera en âge de se battre avant qu’elle ne finisse. Pourtant, il ne connaîtra pas longtemps les tranchées et sera envoyé en Russie pour rendre compte de la Révolution. De nombreuses aventures l’y attendent…

          Une vie incroyable, absolument palpitante, qui ne pouvait que faire un bon livre. C’est l’histoire de l’anarchisme en Europe au XX° siècle que retrace ce livre à travers la vie d’Alfred Barthélémy. On entraperçoit la bande à Bono, on vit de l’intérieur le règne de Staline, on suit de près la guerre d’Espagne et on côtoie les grands noms du XX° siècle. Alfred Barthélémy, dont je n’avais jamais entendu parler, a connu les plus grand. Une vie incroyablement riche, qu’il a dévoué à la politique et plus particulièrement aux idée anarchistes (même s’il s’est un moment rallié aux socialistes).

          Ce livre m’avait été conseillé par le libraire du Livre écarlate et il attendait sagement dans ma bibliothèque depuis des mois. Je me suis finalement décidée à l’ouvrir, avec quelques réticences, n’étant pas très à l’aise avec les romans historiques et autres biographies. Pourtant ce livre est particulièrement réussi. La vie du personnage est tellement incroyable qu’on se laisse totalement prendre dans ses aventures. Le contexte historique, pourtant riche, n’est pas trop pesant étant donné qu’on le découvre en même temps de que le personnage qu’on suit. Le style est fluide et si certains passages sont moins dynamiques, l’ensemble reste assez équilibré.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui nous fait traverser le siècle dernier. Malgré mes notions d’histoire relativement vagues, je n’ai pas eu de mal à suivre les évènements. J’ai apprécié le regard porté sur la révolution russe. Ni complaisant, ni diabolisant, il décortique les mécanismes de la radicalisation du pouvoir, ou comment on est passé d’un idéal de liberté à un régime totalitaire. Un livre passionnant qui m’a donné envie de découvrir d’autres auteurs de cette période, notamment Victor Serge (qui dormait également dans ma bibliothèque depuis un moment) et Maxime Gorki, que vous retrouverez bientôt ici même. Un de ses ouvrages trop rares qui non seulement nous cultivent et nous passionnent mais nous ouvrent aussi des horizons nouveaux.