Mathieu LINDON, Ce qu’aimer veut dire

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          Mathieu Lindon a grandi à l’ombre d’un père qui a côtoyé les plus grand écrivains. Il est en effet le fils de Jérôme Lindon, le créateur des célèbres Editions de Minuit qui ont publié Duras, Deleuze, Robbe-Grillet, Beckett (ami si cher de Jérôme) et bien d’autres ! Adolescent renfermé, passionné de littérature, il aura du mal à s’émanciper de ce nom parfois lourd à porter. C’était sans compter sur sa rencontre avec Michel Foucault. Une amitié qui durera 6 ans, jusqu’à ce le philosophe soit emporté par le sida. Une relation hors normes, arrosée de whisky et de LSD, dans laquelle Mathieu Lindon s’est épanoui et à partir de laquelle il bâtira le reste de sa vie.

          Un livre magnifique sur le rapport au père mais aussi et surtout sur l’amitié. Celle avec Michel Foucault, si forte et unique, mais aussi celles qui se sont construites autour, notamment avec Hervé Guibert. Un livre sur la vie et l’amour, sous toutes ses formes. Sur le drame qu’a été l’arrivée du sida dans cette jeunesse insouciante, la confrontant trop tôt à une mort inéluctable. On est ému dès le début, avec la lettre que Jérôme Lindon a laissée à son fils en mourant. Dès les premières lignes, on est happés par l’incroyable beauté de ce texte, par sa force et sa vitalité. Un très bel hommage au père, et surtout aux amis disparus. sans pathos. Les passages sur l’oeuvre de Guibert me seront d’une aide précieuse pour mon mémoire, ce qui n’a fait qu’accroître mon engouement pour ce livre. Je rejoins l’avis de Carmadou : on est sans doute dès janvier face au grand livre de l’année 2011. Si vous ne deviez lire qu’un livre cette année, il faudrait que ce soit celui-là.

Mon père ayant survécu à une grave opération, ma mère m’avait dit : « Je lui suis reconnaissante de ne pas être mort », et j’avais raconté ce trait à Michel qui l’avait trouvé joli. Est-ce que je lui en veut d’être mort ? Ca demeure le seul défaut que je lui trouve mais il est de taille.

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Désormais il faut espérer moins de l’existence. Je croyais avoir accédé à quelque chose d’éternel et cet éternel s’est dérobé. Je croyais que c’était la vie et c’était la jeunesse.

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Lorsque j’étais jeune, je trouvais que j’étais intelligent. Puis je me suis rendu compte que j’étais bête, aussi, mais cette constatation m’a parue un signe d’intelligence. puis je n’ai pu faire autrement que de découvrir  que quand j’étais bête, j’étais bête, le savoir n’y changeait rien.

Pour en savoir plus, la critique (approximative) du Monde, celle (très juste) de Télérama, celle (assez complète) de Bibliobs ou celle scandaleuse de L’Express (ont-ils seulement lu le livre ???).

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    • J’ai vu cet auteur à l’émission « La grande librairie » et il m’avait moins emballé que ton article, comme quoi, il ne faut pas se fier uniquement à une seule critique même si elle est faite par l’écrivain lui-même.

      • Comme quoi ! Je n’ai pas vu l’émission. J’irai y jeter un oeil. Ca ne m’étonne pas trop qu’il ne soit pas très doué pour faire la promo de ses livres. En tout, moi qui ne suis pas férue d’autobiographies, j’ai adoré !

    • J’ai beaucoup aimé, surement en partie pour guibert et pour Lindon père, il faut l’admettre. Je ne connaissais rien de Mathieu Lindon et ç’a été une très bonne surprise !

  1. Je suis tout à fait d’accord avec la critique de l’Express, ce livre n’a aucun intérêt. Les critiques élogieuses laissent songeur et rappellent si besoin qu’il fait bon être un fils à papa avec un bon carnet d’adresse pour réussir. En plus, c’est très mal écrit…

    • Pardon pour ma lenteur à répondre.
      Le style de Lindon ne m’a pas choquée. Ce n’est pas du Balzac mais ça n’en a pas non plus la prétention, on lit bien pire à longueur d’année.
      Je peux comprendre un certain agacement face à cette jeunesse dorée totalement déconnectée de la réalité mais honnêtement, pouvait-on s’attendre à autre chose ? On sait que c’est un gosse de riche et c’est une autobiographie, si on veut lire l’histoire de Cosette, on ne va pas la chercher rue de Vaugirard. Pourquoi donc prendre la peine de lire un livre quand on sait par avance qu’on ne va pas y trouver son compte ?

      • D’excellentes critiques m’ont donné envie d’acheter le livre. J’aurais du m’arrêter à l’interview de M. Lindon dans les inrocks: tout est dit, et elle est bien plus intéressante que le livre.

        La jeunesse dorée peut être un passionnant sujet: il suffit de lire « moins que zéro » ou « les lois de l’attraction » de breat easton ellis, romans largements autobiographiques, pour s’en convaincre. Mais dans Ellis, il y a un style dépouillé mais percutant (l’inverse de l’écriture maladroite et ampoulée de Lindon) et surtout un regard cru et lucide sur des êtres, une époque, bref il y a une vision du monde et pour moi c’est ce qui fait les grandes œuvres et même les œuvres d’art tout court.

        Ce qui est consternant, c’est bien de voir comment Lindon ruine un sujet pourtant en or. Ce qui s’annonçait passionnant (entrer dans l’intimité d’un grand philosophe) se révèle d’une platitude déprimante. Pire, non seulement ce qui se veut comme un hommage ne m’a rien appris sur Michel Foucault, mais ça me l’a rendu presque antipathique:le genre vieux gourou qui s’entoure de petits jeunes qui le vénèrent et qui crée des relations fusionnelles autour du LSD – quand il ne fait pas de vieux bad trip. C’est quand même d’une tristesse…
        Idem pour Lindon, qui dresse un portrait de lui involontairement peu flatteur, et qui se révèle incapable de nous donner à connaître les gens passionnants qu’il a côtoyé et qu’il a tant aimé. La faute au manque de talent?

      • C’est vrai que les critiques élogieuses peuvent induire en erreur… Personnellement, j’ai aimé ce livre, mais je vois très bien pourquoi on peut le détester.
        Les gens que Lindon a cotoyés étaient sans doute passionnants, mais je ne sais pas si dans le vie privée ils étaient aussi brillants qu’en public. Ils étaient tous assez particuliers quand même, l’envers du décor ne devait pas être toujours rose. Quand on lit les témoignages des uns et des autres, ce qui s’en dégage n’est pas vraiment reluisant…

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