Noces éphémères, de Reza SERKANIAN

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          Drame franco-iranien de Reza Serkanian avec Mahnaz Mohammadi, Hossein Farzi Zadeh, Javad Taheri.

          En Iran, une tradition surprenante a cours : le mariage éphémère. Pour « patienter » avant le mariage officiel et définitif, les jeunes hommes peuvent se marier pour une durée déterminée, pour une année ou un simple quart d’heure.

          L’idée de ce film m’a franchement séduite. Je ne connaissais pas l’existence de cette tradition et j’étais curieuse d’en savoir plus. Les relations sexuelles hors mariage étant interdites, une solution simple existe : le mariage en CDD (voire en intérim). On se marie uniquement pour le temps nécessaire, il suffit que les deux partenaires soient d’accord et que l’imam approuve. Et pouf, plus de relations hors mariage. C’est magique. Ca arrange bien les hommes, les mariages sont longs à organiser et la patience n’est pas leur fort. Du côté des femmes, ça concerne essentiellement les veuves (les jeunes filles devant être vierges le jour du mariage « définitif », elles ne peuvent être concernées sans compromettre fortement leur avenir). En effet, c’est un péché pour une femme, à plus forte raison avec des enfants, de rester célibataire, les veuves ont ainsi tout intérêt à se trouver rapidement un protecteur. Une solution qui avantage évidement les hommes mais que j’ai trouvé fort astucieuse.

          Le film aurait pu avec un sujet pareil verser dans la comédie aussi bien que dans le pamphlet politique. Il n’en est rien. La première scène est splendide. J’ai été happée par le raffinement des plans et la beauté des images dès les premières secondes. La lumière est très bien captée et le film commence et finit sur un clin d’oeil à la peinture aussi intéressant que réussi. Le réalisateur nous immerge dans une famille traditionnelle provinciale. Hommes et femmes vivent des vies séparées et ne font que se croiser. Cependant, la bonne humeur règne et si chacun vit dans des sphères différentes, c’est dans le respect de l’autre. Les traditions ont cours, mais avec sans doute moins de virulence que dans la capitale ou les grandes métropoles.

          Kazem est sur le point de se marier. Maryam, la veuve de son frère, vient de la ville pour assister à l’évènement. Tout ne va pas se passer comme prévu et va naître entre eux une complicité nouvelle. Contrairement à ce qu’on pourrait craindre, on ne tombe jamais dans la romance. La trame est d’une grande finesse et habilement mise en scène. J’ai vu un certain nombre de films iraniens et celui-là sort vraiment du lot : ni métaphorique, ni engagé. Le réalisateur filme les traditions iraniennes sans porter de jugement arrêté, il montre simplement un état de fait, et si une légère critique transparaît parfois, c’est toujours avec beaucoup de subtilité et de tendresses. C’est d’ailleurs sans doute ce qui lui a permis de pouvoir tourner librement en Iran tout en recevant les éloges de la critique occidentale. Un pari osé et amplement réussi. On découvre un visage de l’Iran qu’on ne voit que trop rarement : certes, la condition de la femme n’y est pas glorieuse, surtout en ville, mais tout n’est peut-être pas si noir, comme partout, la joie de vivre et l’espoir existent aussi.

          Un premier film dont j’ai beaucoup apprécié la retenue. La tendresse qui transparaît à travers chacune de ses images. Les sentiments sont toujours évoqués avec pudeur : amour naissant, fuite de l’extrémisme, réflexion sur la condition de la femme, amitiés profondes et amour des siens et de sa patrie. Un mélange tout en retenue qui rend compte d’une réalité bouleversante. J’ai été très surprise de voir que c’était un homme qui était à la réalisation (a priori stupide, je le sais, mais j’étais persuadée que seule une femme pouvait filmer de la sorte). Ce film est un petit miracle : bien filmé, bien construit, bien joué (les acteurs, pourtant peu ou pas expérimentés pour la plupart, sont impressionnants) : beau et intelligent à la fois. On en redemande !

          Pour en savoir plus, le site du réalisateur.

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  1. Pingback: Cinéma et condition de la femme | Madimado's Blog

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