Cargo vie – Pascal de Duve

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          En 1992, Pascal de Duve se sait atteint du sida. La maladie est déclarée et il ne lui reste que quelques mois à vivre. Il décide alors de faire un dernier voyage et s’embarque sur un cargo pour traverser l’Atlantique dans les deux sens. Il nous livre son journal, carnet de bord aussi bien de sa traversée que de la maladie. Un véritable hymne à la vie.

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        Il y avait longtemps que je voulais lire ce texte. Comme certains le savent déjà, j’ai écrit un mémoire sur Hervé Guibert et son rapport à la maladie. Dans les nombreux ouvrages consacrés à la littérature sur le sida, le nom de Pascal de Duve revient souvent et les extraits que j’en avais lu me semblaient très prometteurs. Je n’ai pas pu me procurer le livre à temps pour l’intégrer à mon travail mais je comptais bien le lire un jour où l’autre et j’ai été ravie quand je l’ai enfin trouvé. Je me suis vite lancée dans cette lecture que j’attendais depuis si longtemps ! Bien qu’en ayant beaucoup entendu parler, j’ai été surprise par la forme, ne sachant pas qu’il s’agissait d’un journal. Il  se présente en courts paragraphes qui se succèdent parfois sans lien direct, au fil de la pensée. Une spontanéité qui donne des choses très intéressantes.

          Ce texte est une vraie merveille. Pascal de Duve nous livre ses états d’âmes et, comme souvent avec les auteurs du sida, c’est l’incroyable goût de vivre que lui donne la maladie qui surprend le lecteur. Pas d’abattement, pas d’apitoiement, chaque minute est consacrée à profiter encore un peu de la vie et à faire partager ce regard nouveau sur les choses. Une approche de la vie très émouvante et pleine de poésie. On ne peut qu’admirer la force dont fait preuve l’auteur et son optimisme. Une grande sensibilité qui donne naissance à des passages bouleversants. J’ai beaucoup apprécié la finesse des analyses, la subtilité de l’écriture et l’humour qui se glisse malgré tout entre ces pages. Un de ces trop rares textes qui donnent à réfléchir et font du bien malgré tout le malheur qu’ils transportent. Un livre plein de sagesse, simple et beau à la fois, emportant tout sur son passage. Une lecture essentielle.

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A l’écriture souveraine, splendide, et mystérieuse, s’oppose l’écrivanité. Celui qui écrit devrait penser plus souvent à l’ultime page blanche qui clôt ses livres. Elle symbolise tout ce qui manque, tout ce qu’il y a en trop, tout ce qui est mal fait. Chaque livre se termine par une page blanche.

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Sida mon amour, je t’aime. Je t’adore autant que je t’abhorre. Je t’aime parce que tu es mien, à nul autre pareil. Je t’aime parce que tu t’occupes méticuleusement de moi, sans relâche. Je t’aime parce que nous mourrons ensemble. Et enfin, je t’aime surtout parce que, grâce à toi, ma écourtée devient chaque jour plus extraordinaire. Avant, je ne pleurais pas d’émotion en regardant la beauté du ciel ; je ne le voyais même pas. Grâce à toi, ma vie ne s’étirera pas mollement jusqu’à une vieillesse indifférente et blasée.

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