Un dernier adieu…

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          Aujourd’hui, je publie sur ce blog le 1 000° article en un peu plus de trois ans d’existence. Même si bien sûr certains n’avaient pas de réel contenu et n’étaient que de petits messages en passant, je dois avouer que ce nombre m’impressionne tout de même un peu et que je n’aurais jamais cru l’atteindre. Vous êtes 150 à me suivre régulièrement ici et environ le triple sur les réseaux sociaux. Plus de 150 000 visites et 3 500 commentaires (dont près de la moitié sont mes réponses, il est vrai). Des chiffres certes loin d’égaler ceux des blogs mode ou cuisine mais qui pour un blog culturel auquel je ne croyais guère au départ me donnent un peu le tournis et, je dois bien l’admettre, m’emplissent à la fois de joie et d’une pointe de fierté. Je voulais donc vous remercier une fois de plus pour votre soutien, vos visites, vos commentaires, les découvertes que vous me faites faire et les belles rencontres qui se succèdent grâce à ces pages.

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          J’avais prévu un article ciné, qui d’ailleurs me convenait moyennement pour l’occasion, étant donné que j’avais trouvé le film un peu moyen et que j’aurais aimé marquer le coup. Et puis, malheureusement, une amie de ma famille, une vieille dame que je connais depuis toujours, s’est éteinte ce matin. Il m’a donc semblé tout naturel de lui laisser la place pour ce 1 000° article en un dernier hommage. Yvonne avait 90 ans et malgré nos 64 ans d’écart, je crois pouvoir dire qu’elle était mon amie, comme elle a été celle de ma mère, et de ma grand-mère aussi, sans distinction d’âge. L’amie que trois générations de femmes d’une même famille se sont partagée toute une vie durant. Elle a été près de nous dans les moments difficiles et nous aura fait rire plus d’une fois. Un sacré personnage, comme on dit ! Jambes nues et en chemisier quasiment toute l’année, tête en l’air, à toujours oublier quelque chose. De l’énergie à revendre, un intérêt prononcé pour l’actualité et des anecdotes à raconter pour chaque occasion. Et toujours ses étourderies : la fois où elle a oublié un œuf dur dans la casserole sur le gaz et qu’il a fini par exploser et repeindre toute la cuisine, sa manie de partir en plein concert à l’opéra pour vérifier si elle a bien éteint le feu sous la cocotte ou encore son habitude de prendre son Temesta avec du café. Un côté girouette absolument irrésistible qui nous aura valu bien des fous rires et qui à 90 ans en faisait encore une jeune fille un peu insouciante.

          Ma belle Yvonne, je crois bien avoir ri chaque fois que je t’ai vue et même sur ton lit de mort, tes dernières paroles m’auront arraché un sourire ; ce n’est pas là le moindre de tes exploits. Chaque moment passé ensemble aura été un moment de joie et ton rire emplit ma mémoire. Pourtant derrière cette façade de bonheur, se cachent bien des blessures et une réalité plus complexe que j’ai à peine effleurée et que jamais sans doute je ne comprendrai à présent, malgré toutes les traces que nous a laissées. Jamais je ne t’ai dit à quel point j’appréciais ces moments partagés, comme j’admirais ton humour et ton esprit curieux de tout, à quel point je t’aimais, tout simplement. Pas de regrets pourtant, je n’ai jamais été douée pour les effusions, et toutes deux, nous avons toujours préféré nous raconter des blagues et de jolies histoires plutôt que de s’embarquer sur ce terrain-là ; le rire, comme moyen de montrer son affection, voilà à quoi nous excellions toi et moi. Mes derniers mots pour toi, ceux que tu ne peux plus entendre, je les laisse ici, pour que d’autres qui ne te connaissaient pas puissent les lire à ta place. Tu as toujours aimé La Fontaine, ses Fables ont été ton livre de chevet, en voici une dernière pour le grand voyage (elle est un peu tronquée, tu m’en vois désolée mais elle était longue et je n’aimais pas le milieu) : La mort et le mourant.

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La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S’étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n’en est point qu’il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière,
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse,
La mort ravit tout sans pudeur
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n’est rien de moins ignoré,
Et puisqu’il faut que je le die,
Rien où l’on soit moins préparé.

[…] Je voudrais qu’à cet âge
On sortît de la vie ainsi que d’un banquet,
Remerciant son hôte, et qu’on fit son paquet ;
Car de combien peut-on retarder le voyage ?

"

    • Il n’y a pas à me remercier, elle a toujours été là quand j’ai eu le moindre petit bobo, ce n’est qu’un juste retour des choses, même si dans ces cas-là on est forcément impuissant. Je ne suis pas très douée pour dire ces choses là à haute voix alors je les ai écrites là où d’autres pourront les lire, ça allège un peu la peine de mettre des mots dessus je crois.

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