Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

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          Deux rescapés reviennent de la grande Guerre plus ou moins amochés, avec chacun leurs traumatismes, et vivotent tant bien que mal. Ils vont pourtant avoir leur revanche et panser leurs blessures à leur manière en montant une arnaque pour le moins ambitieuse et dépourvue du moindre scrupule. Pendant ce temps, un fantôme de leur passé, sous la forme d’un jeune capitaine, s’enrichit allègrement d’affaires louches en coups fumeux. Mais comment tout cela finira-t-il ?

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           Ce roman est l’un des rares de la rentrée littéraire qui faisait l’unanimité. Je crois bien ne pas avoir lu une seule mauvaise critique à son sujet : tous ceux qui l’ont lu semblent l’avoir apprécié. Si je me méfie de ce genre de consensus, je dois toutefois admettre que ça m’intriguait, d’autant plus que l’auteur n’avait écrit jusque-là que quelques polars qui avaient bonne presse, que le sujet me tentait bien et que mon libraire plaçait lui aussi le livre parmi ses coups de cœur. Quelques nominations sur les listes des grands prix littéraires de la rentrée, il ne m’en fallait pas plus pour que je me lance. Dès le premier chapitre, j’ai été embarquée au cœur de la Grande Guerre. Les personnages sont extrêmement bien brossés, pas toujours courageux, maladroits bien souvent, ils sont terriblement humains.

          J’ai été assez surprise par la force de l’écriture. Si elle n’est pas très « technique », ne fait fait pas dans les grandes envolées lyriques, la phrase ciselée ou le verbe rare, elle possède en revanche une incroyable force d’évocation par la richesse de ses descriptions et la vitalité de ses dialogues. Les images s’imposent d’elles-même à cette lecture et on saisit par la vigueur de certaines d’entre elles. Quant au choix des personnages, je l’ai trouvé très intéressant. Ce ne sont pas des héros mais des hommes comme les autres. On y croise aussi bien de vrais salauds que des gars un peu paumés ou au contraire des têtes sympathiques, comme dans la vraie vie quoi. On est loin des clichés sur la guerre et ce côté-là m’a un peu rappelé un de mes grands coups de cœur de la rentrée littéraire de l’année dernière sur la guerre de 39-45, Les fidélités successives.

          Le roman de Pierre Lemaitre ne manque pas de surprises. On suit en parallèle l’histoire d’Albert et Edouard, et celle du capitaine d’Aulnay-Pradelle. Deux univers que tout semble opposer et que la guerre a fait se rencontrer pourtant. Il est bon de prendre le temps de s’installer dans la vie quotidienne de ces hommes mais on n’en prend pas moins un malin plaisir à suivre leurs déboires, ou bonnes fortunes, forcément en nombre étant données les magouilles dans lesquelles ils trempent. Ce livre est avant tout un excellent roman populaire, avec ce qu’il faut de rebondissements pour tenir le lecteur en haleine de bout en bout en bout. Et ce fut mon cas ! Difficile de le lâcher tant cette lecture est un régal ! Un Goncourt à offrir sans modération.

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Avant guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvait banale vue de face, mais très jolie vue de dot.

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Le cœur affolé dans la poitrine, le voici dans le hall haut comme une cathédrale, des miroirs partout, tout est beau même la bonne, une brune aux cheveux courts, rayonnante, mon Dieu, ces lèvres, ces yeux, tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres.

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 A la guerre, on veut des morts franches, héroïques et définitives, c’est pour cette raison que les blessés, on les supporte, mais qu’au fond, on ne les aime pas.

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  1. J’ai dans ma bibliothèque les cadres noirs du même auteur. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire. Le film Violette m’a donné envie de découvrir l’écriture de Violette Leduc.

    • Je pense que j’irai voir ce qu’il a écrit comme polars, j’ai bien aimé son style assez vif et saisissant. Je n’ai rien lu de Violette Leduc mais rien que la bande-annonce me donnait envie de voir le film et de découvrir ses livres !

  2. Pas le temps de lire quand on enseigne le français… c’est scandaleux! Je compte bien le lire à Noël bien que la correction des bacs blancs soit déjà prévue. Le prix Goncourt des lycéens ne doit pas être mal non plus!

    • C’est quand même dommage de ne pas s’accorder le temps de lire ! Il faut que je me penche de plus près sur le Goncourt des lycéens, il est souvent bien mais cette année je dois avouer que j’ai entendu le titre mais je ne connaissais pas, il faut que je regarde ça.

  3. Pour parler des critiques parues dans la presse : j’avais écouté un « Le masque et la plume » où les intervenants étaient loin d’être unanimes sur ce roman. J’avais donc décidé de faire l’impasse. Merci donc de me permettre de remettre ce livre dans ma liste « A lire »…

    D’ailleurs, j’ai fini hier « La vérité sur l’affaire Harry Québert », Prix Goncourt des Lycéens de l’année dernière, et suis un peu déçu par le côté alambiqué (certes comme dans tout roman « policier ») et l’usage à mon avis fatiguant à force du « flashback » ou des déplacements dans le temps. Je pense que c’est une volonté délibérée, mais c’est épuisant (comme d’ailleurs la caméra sur l’épaule et le cadrage serré sont épuisants dans le superbe film « La vie d’Adèle »)…

    • « La vérité sur l’affaire Harry Québert » m’attend toujours dans ma bibliothèque. J’avoue que j’avais hâte de le lire sur le moment et que maintenant j’hésite un peu tant j’ai entendu d’échos différents sur ce roman.
      Je comprends qu’on puisse ne pas aimer ce Goncourt, il est vraiment dans la lignée des grands romans populaires du XIX° s. Personnellement j’adore ça et je trouve qu’il est dommage que ce goût de l’histoire et de l’aventure se soit un peu perdu au profit du verbiage même s’il est bon de varier les plaisirs ! Je pense que nombreux seront ceux qui ne sont pas de grands lecteurs et prendront plaisir à lire ce roman bien écrit, bien construit, bien documenté. Belle ambition je trouve pour un prix littéraire que de donner du plaisir avec de la qualité.

  4. J’ai hâte de voir si le tant célébré Goncourt de cette année est aussi bien que celui de l’année dernière… À lire ta chronique (et les critiques en général), ça promet ! (Et hop, réservé à la bibli)

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