Les trois soeurs du Yunnan

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Documentaire franco-hongkongais de Wang Bing

          Trois sœurs de 10, 6 et 4 ans, dans une contrée reculée de la Chine, grandissent dans des conditions précaires. Leur père se voit dans l’obligation d’aller travailler en ville pour survivre. Elles sont filmées dans leur quotidien. 

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          Dans l’idée, aller voir ce documentaire me tentait assez. C’est typiquement le genre de cinéma que j’affectionne, celui qui enrichit et ouvre de nouveaux horizons. Et puis les critiques étaient tellement bonnes, la presse s’est enflammée pour ce petit documentaire sur la vie dans les campagnes chinoises. Pourtant, je n’ai pas du tout, mais alors, pas du tout aimé ce film. Je me sens horrible de ne pas m’y être intéressée une seconde, après tout, la vie de ses petites filles est bien réelle et ça aurait dû m’interpeller, me toucher, me faire réagir d’une façon ou d’une autre. Mais non, ça m’a laissée de marbre. Totalement. A tel point que j’ai plongé du nez à plusieurs reprises et ai fini par fuir avant la fin.

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          Sans grande surprise, leurs conditions de vie sont extrêmement difficiles : une grande pauvreté, des travaux continuels et de la boue absolument partout. Bien sûr, c’est important de savoir que des gens vivent encore comme ça de nos jours mais j’en avais déjà conscience et je pense même que c’est bien moins rare qu’on ne le croit. La pauvreté est présente partout et dès qu’on s’éloigne un peu des villes, que ce soit en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud, on trouve des familles dans un pareil dénuement. En Europe aussi d’ailleurs, même si c’est sans doute moins fréquent. Ca nous semble d’un autre âge mais il y a 50 ans de cela – ou à peine plus, cette manière de vivre très chiche et basée sur les travaux de la ferme était également courante dans certaines régions françaises. On s’étonne aujourd’hui, mais n’est-ce pas parce qu’on est totalement déconnecté de nos propres racines et coupé du monde depuis nos appartements surchauffés ?

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          Mais ce n’est pas cela qui m’a dérangée, simplement, ça ne m’a pas suffit suffit pour être éblouie, comme le critique parisien plein de bons sentiments qui n’a jamais vu le cul d’une vache et se laisse impressionner par le premier brin d’herbe venu. Le pittoresque ne me parle guère si rien ne vient en prime me faire rêver ou réagir. D’autant plus qu’il n’y a rien de très bucolique dans ces images baignées d’un épais brouillard (ceci dit, quand il ne pleut pas, ce qui est visiblement rare, le Yunnan doit être splendide). C’est vraiment une histoire de vision du cinéma qui entre en jeu dans l’appréciation de ce film. Pour moi, un documentaire doit amener une réflexion. Il doit enrichir le spectateur, lui donner des clefs pour comprendre ce qu’il voit ; et ici, la vie de ces fillettes est montrée nue, sans artifices mais sans explications non plus. Sans valeur ajoutée. Il m’a manqué le regard du cinéaste ou du journaliste pour aimer ce documentaire.

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          Ce sont restées pour moi des images vides de sens. J’ai regardé la vie de ses enfants et j’aurais aimé que que quelqu’un m’aide à comprendre leur quotidien, connaître leurs rêves. Au lieu de cela, je n’ai vu qu’une succession de scènes de ce qui est le quotidien de bien des familles et je me suis vite ennuyée à périr. J’ai eu la terrible impression d’être dans un épisode de Strip tease, où on ne sait jamais s’il faut rire des sujets ou en avoir pitié. Ici bien sûr, rien ne porte à rire, mais j’aurais voulu pouvoir aimer un peu ses gens, ne pas avoir la désagréable impression qu’on étalait simplement leur misère. C’est toujours difficile de trouver le juste milieu entre les images brutes – comme ici – et des documentaires qui à force de bons sentiments tirent presque sur la fiction et perdent de leur portée. Pourtant, j’ai le sentiment (tout personnel) qu’au cinéma comme en littérature, la réalité ne suffit pas, et l’artiste doit y amener sa touche, si infime soit-elle. A grand regret, j’ai trouvé ce documentaire totalement dénué d’intérêt, le réalisateur ne parvenant pas à transmettre ce qui l’a touché chez ces enfants et lui a donné envie de nous les faire connaître. 

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  1. Et voilà ce pauvre cinéaste servi! C’est bien une critique assassine! Je n’ai pas éprouvé de réelles émotions non plus! Par contre on a tendance à réduire la Chine à cette invasion de produits de pacotille qui nous asphyxie, et le monde rural nous ne l’imaginons même pas. J’étais loin de penser à un tel dénuement. Même sur mes montagnes ariégeoises je n’ai pas eu de telles conditions de vie il y a plus de 50 ans!

    • J’ai eu beau essayer, je n’ai pas vu où il voulait en venir. Si le but c’est juste de montrer des enfants pauvres traîner dans la boue, je trouve que ça frôle le voyeurisme, c’est juste malsain.
      C’est peut-être moi qui suis bizarre mais c’est vrai que j’imaginais déjà les campagnes chinoises comme ça (avec un peu moins de brouillard et de boue, même si en y réfléchissant il faut de l’eau pour la culture du thé et du riz). Sans doute parce que j’ai vu pas mal de films chinois ou de reportages sur le pays. Peut-être aussi parce que c’est cette Chine là qui m’a toujours fait rêver et que c’est la démesure des villes que j’ai du mal à imaginer.
      Si les villes nous inondent de produits mal façonnés, c’est justement parce que les ouvriers sont sous payés et vivent très mal. Ca s’améliore petit à petit mais c’est un pays immense et donc forcément très contrasté. Ce sont les soi-disant infos et les reportages choc qui nous donnent cette image totalement fausse d’un pays qui est bien plus complexe que ce qu’on nous en dit généralement.

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