Trois textes courts et forts

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          Voici trois textes lus récemment dont je n’avais pas encore eu le temps de vous parler. Trois textes très courts mais qui ne sont pas moins percutants pour autant. Outre leur format, ils se distinguent par la qualité de leur style. Tous trois se présentent comme des souvenirs et n’en sont que plus poignants. Présentation.

L’expérience, Christophe Bataille

          En avril 1961 se tiennent des essais atomiques dans le désert algérien. Un jeune soldat y assiste, à 3 km de la bombe. Des années plus tard, il raconte. J’ai bien aimé ce texte un peu aride qui se présente comme des bribes de souvenirs. On alterne entre le présent du narrateur alors âgé et son passé de jeune soldat qui a assisté sans vraiment les comprendre aux essais atomiques. Le récit se veut assez objectif quant aux faits, utilisant le point de vue de quelqu’un qui en sait assez peu. En revanche, il met en avant les émotions, les interrogations et les conséquences de cette journée pour cet homme. Des conséquences aussi bien physiques que psychologiques qui sont évoquées sans détours mais avec une certaine pudeur. Je dois admettre que je ne m’étais jamais réellement penchée sur la question des essais atomiques et que j’étais assez ignorante en la matière. Ce texte a le mérite de mettre ce pan de l’histoire sur le devant de la scène. Si le style, pourtant très maîtrisé, ne m’a pas emballée outre mesure, manquant de rondeur à mon goût, j’ai aimé ce sujet qui mérite qu’on s’y intéresse. Une belle découverte.

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Depuis ce jour dans le désert, je ne sais qu’une chose. Peu importe la vie des hommes, puisque la mort ne se combat pas.

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Quel plus grand plaisir que l’obéissance? Bien sûr, cette phrase choquera ma fille, qui croit à la révolte; ou même à la peur, qui nourrit le révolte. C’est qu’elle a vécu dans la douce pensée. Et dans la paix de n’avoir rien vu.

L’incendie, Antoine Choplin et Hubert Mingarelli

          Deux hommes correspondent après des années de silence, à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Peu à peu, leur passé resurgit et avec lui de douloureux souvenirs de la guerre en ex-Yougoslavie. Je ne connaissais Antoine Choplin que de nom, en revanche, j’aime beaucoup la délicatesse d’Hubert Mingarelli, auteur que je suis maintenant depuis une dizaine d’années, je ne pouvais donc qu’être intriguée par ce texte à 4 mains. Sans grande surprise, j’ai beaucoup aimé. Le style est admirable, sobre et efficace, tout en finesse. L’histoire ne démérite pas non plus. On découvre le nœud de l’intrigue au fur et à mesure de l’avancée de la correspondance de ces deux amis qui s’étaient depuis longtemps perdus de vue. J’ai trouvé la construction assez habile. Le texte est prenant et j’ai été surprise par les révélations contenues dans cet échange épistolaire, même si on pouvait se douter dès le début qu’il y avait anguille sous roche. Un joli texte, court mais terriblement efficace que j’ai pris plaisir à lire. 

Lincendie

Regarder le monde comme il est, ce n’est pas si facile mais surtout, je me dis que ce n’est qu’une occupation parmi toutes celles qu’on peut avoir. Je trouve que c’est bien aussi de regarder le monde comme il pourrait être, ou comme on voudrait qu’il soit. Et c’est bien aussi de ne rien regarder du tout.

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Chacun agit comme il peut pour vivre et s’arranger, et sans doute avons-nous fait de notre mieux jusqu’à aujourd’hui.

Cannibale, Didier Daeninckx

          En 1931 se tient à Paris l’Exposition Coloniale. Quand les crocodiles meurent subitement, un cirque de de Francfort-sur-le-Main propose de leur prêter les siens. En échange, il devront expédier autant de leurs Canaques. Il me semblait avoir lu ce livre quand j’étais lycéenne mais à part son sujet, je n’en gardais aucun souvenir, j’ai donc décidé de me rafraîchir un peu la mémoire. Je dois avouer que j’ai été très agréablement surprise. J’ai beaucoup aimé ce texte qui met en avant un des morceaux de notre histoire les moins glorieux. En peu de mot, l’auteur parvient à nous plonger dans l’univers particulier de l’Exposition Coloniale et à évoquer la culture kanak. J’ai beau être plus ou moins au fait des horreurs qu’a pu engendrer le colonialisme, j’ai été choquée plus d’une fois au cours de cette lecture pourtant assez brève. Très bien écrit, ce texte m’a beaucoup plu par sa justesse de ton ; il donne la parole aux premiers concernés sans tomber dans le misérabilisme. Un court texte qui ne manque pas de force et mérite d’être largement diffusé.

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Le respect, chez nous en pays Kanak, il ne vient pas à la naissance comme la couleur des yeux. Il se mérite tout au long de la vie.

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Vous tous qui dites « hommes de couleur », seriez-vous donc des hommes sans couleur ?

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