Archives d’Auteur: Madimado

À propos de Madimado

Des livres, des films, des spectacles, des expos : de la culture !

Une famille comme il faut, Rosa Ventrella

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          Dans la ville de Bari, au sud de l’Italie, tout le monde connaît Maria sous le nom de « Malacarne », un surnom que lui a donné sa grand-mère en raison de sa peau foncée et de sa nature impulsive qui la distinguent des filles de son âge. En 1984, Maria a neuf ans et grandit dans une famille pauvre, entourée de sa mère douce mais effacée et de son père violent et autoritaire. C’est auprès de son ami Michele, lui aussi en retrait de la vie de son quartier , qu’elle trouve refuge. Entre vieilles rancunes familiales et déterminisme social, Maria va devoir se battre pour s’affranchir et réaliser ses rêves.

          Encore une jolie surprise aux éditions Les Escales. Elles se multiplient en ce moment. J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui m’a un peu rappelé dans l’esprit Maria Vittoria, lu il y a quelques temps, que j’avais également beaucoup apprécié. L’histoire est très différente pourtant. On est dans le Sud de l’Italie, dans les années 80. On suit une fillette au fort caractère qui doit se démener pour s’extraire de son milieu et réaliser son rêve d’étudier. Mais évidemment cela ne se fait pas sans quelques concessions, parfois bien difficiles à encaisser.

Couverture d'Une famille comme il faut

          J’ai beaucoup aimé le ton de ce livre, assez abrupt parfois, qui nous plonge dans une Italie pauvre et assez sombre, qui semble d’un autre temps. Mais où la vie de quartier et l’amitié tiennent toutefois une place importance. Une image assez éloignée de la « dolce vita » à l’italienne ! J’ai beaucoup aimé la manière dont le quartier et ses habitants sont décrits, avec une certaine dureté mais aussi de la tendresse qui se cache derrière la pudeur. Cette petite fille butée est attachante et j’ai aimé découvrir la galerie de personnages qui l’entourent.

          Les envies contradictoires qui l’animent sont, je trouve, très bien rendues et on ressent avec elle les doutes, les peurs, les hésitations. Tout aussi réussie, la peinture des relations de famille compliquées entre la violence du père, la douceur de la grand-mère et la lassitude de sa mère. Les amitiés enfantines tiennent également une place très importante ici et apporte une certaine douceur au récit. Faire des choix, grandir, c’est loin d’être chose aisée et je trouve que ce roman rend très bien tout cela. J’ai aimé le réalisme un peu âpre de ce texte. Une jolie découverte que ce roman touchant sur la fin de l’enfance.

Portrait de Rosa Ventrella

Il y avait de nombreux pères sans travail, même si mille réalités différentes se cachaient derrière le mot «chômeur»

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J’avais déjà appris à ne pas trop jubiler parce que le destin, tricheur et maléfique, était toujours prêt à nous faire faux bond.

 

Sélection de trois textes courts

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La peste écarlate, de Jack London

 

          Un ancien professeur d’université erre en compagnie de ses petits-enfants, revêtus de peaux de bêtes, dans un pays désolé. Celui de la baie de San Francisco, ravagée soixante ans auparavant par un terrible fléau. Nous sommes en 2013. Quelques hordes subsistent, et de rares survivants tentent de raconter le monde d’avant.

La peste écarlate, Jack LondonCeux qui me suivent depuis longtemps le savent, je suis une inconditionnelle de Jack London, notamment ses écrits sur le Grand Nord. Je ne connaissais pas du tout ce texte, il n’en fallait pas plus pour m’intriguer. Je dois avouer avoir été extrêmement surprise. Ce texte est assez déroutant dans l’œuvre de London même si on y retrouve certains de ses thèmes de prédilection. J’ai eu du mal à accrocher avec le style qui est très particulier. C’est assez haché. Cela dit c’est fait exprès, on est dans un monde post apocalyptique où le langage est tombé en déliquescence et on le vit ainsi un peu de l’intérieur (enfin jusqu’à un certain point, ça reste London, il a toujours tendance à être assez bavard). Le texte n’est pas  hyper optimiste sur l’humanité mais on ne peut que lui reconnaître un certain réalisme. Je ne doute pas qu’en cas d’épidémie qui tuerait tout le monde ou presque les gens ne seraient guère enclins au partage et à la bonté. Déjà qu’en temps normal c’est compliqué… S’il y a une certaine dose de réalisme dans ce texte, certains aspects m’ont gênée sur « la vie après ». Le retour à la nature, la tendance de l’homme à répéter ses erreurs… Ca aurait parfois mérité d’être un peu plus fouillé. Ce n’est sans doute pas le meilleur texte de London ni ce qui se fait de plus construit en littérature post-apocalyptique mais l’auteur livre un roman au réalisme saisissant qui nous pousse à réfléchir sur notre condition.

La race humaine est vouée à retourner de plus en plus loin en arrière dans la nuit primitive avant de reprendre encore une fois son ascension sanguinaire vers la civilisation.

Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti

 

          Jacob, un jeune Juif de Constantine, est enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignorent tout. Ces gens très modestes, pauvres et frustes, attendent avec impatience le retour de celui qui est leur fierté, un valeureux. Ils ignorent aussi que l’accélération de l’Histoire ne va pas tarder à entraîner leur propre déracinement.

Couverture de Jacob, JacobGros coup de cœur pour ce court roman. J’en avais entendu dire le plus grand bien au moment de sa sortie mais comme toujours au moment de la rentrée littéraire, il avait fallu faire des choix et c’est donc avec un peu de retard que je le découvre. J’ai trouvé ce texte absolument splendide. L’écriture m’a parfois un peu fait penser à Camus, mais sans doute est-ce en partie parce cela raconte plus ou moins une même époque et un même pays. Il se dégage à la fois une certaines âpreté et de la douceur de ces lignes. Un style sec, précis et efficace. On s’attache à Jacob, à sa famille. On a envie de connaître leur histoire, on a le sentiment de la vivre un peu avec eux. On alterne entre celle de Jacob, parti à la guerre, et celle de ceux qui sont restés au pays, espérant son retour. On se met à leur place sans peine : de part et d’autre l’angoisse, la peur, le manque… Et pour Jacob, la découverte des horreurs de la guerre. Mais aussi quelques beaux moments malgré tout, des amitiés, ses premiers pas en France, l’amour. J’ai trouvé ce texte extrêmement touchant. Il est très court alors je ne saurais que vous inciter à le lire, cela vaudra mieux qu’un long discours maladroit. Un texte magnifique, dur et tendre à la fois, qui m’a laissé le cœur en miettes.

On a fait de lui un soldat, le mot contient une autre façon de bouger, s’habiller, manger et dormir, utiliser son corps et ses forces, et bientôt, il voudra dire tuer ou être tué.

La septième fille du diable, d’Alain Surget

 

          Guernesey, 1337. Dans le village de Lésia, les soldats du roi font régner la terreur auprès des habitants. Le jour où elle assiste au massacre de ses parents, et que Pierre, le garçon dont elle est amoureuse disparaît, Lésia jure de se venger. Même au prix d’un pacte avec les forces obscures…

Couverture de la Septième fille du diableVoici un roman jeunesse (plutôt destiné aux ados) qui traînait depuis bien trop longtemps dans ma bibliothèque, comme tant d’autres livres… Mais allez savoir pourquoi je me suis soudainement dit qu’il serait grand temps de l’en sortir. Je dois avouer que je ne m’attendais à rien de particulier. Souvent les romans pour ados ne sont pas trop ma tasse de thé et quand ça parle sorcellerie. Pourtant j’ai été très agréablement surprise par ce livre. Déjà parce que c’est très bien écrit. Le style est vraiment beau et travaillé, avec un vocabulaire soutenu qui n’alourdit pas trop le tout. C’est très agréable à lire. L’auteur parvient à dresser un portrait intéressant tant des personnages que de leur époque en peu de mots ce que j’ai trouvé fort appréciable. Je me suis beaucoup attachée au personnage principal et j’ai bien aimé la manière dont l’aspect ésotérique/mythologique est amené. Il est avant tout une plongée dans les croyances de l’époque. Ce court roman a finalement été une très bonne surprise et m’a donné envie de découvrir la suite.

Désert solitaire

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          À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah. Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, véritable chant d’amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la Clef à Molette.

          Mon amour pour Edward Abbey a commencé il y a bien longtemps déjà, lors de mes premières années de fac, avec son fameux Gang de la clef à molette. Depuis j’ai lu quelques autres ouvrages de cet écologiste convaincu et grand amoureux de sa terre natale, jamais il ne m’a déçue. Et chaque fois, j’ai refermé ses romans avec l’envie d’aller découvrir les paysages arides qu’il décrit avec tant d’amour. Quand j’ai ce texte à la librairie, j’ai donc sauté dessus. Toujours édité chez Gallmeister, évidemment, ce qui ne gâche rien au plaisir (si vous ne les connaissez pas et que vous aimez les grands espaces, piochez n’importe quel livre dans leur collection, vous avez bien peu de chances d’être déçus).

Couverture de Désert solitaire d'Edward Abbey

          Présenté comme l’ouvrage qui a fait découvrir l’auteur et qui serait depuis devenu un classique du genre, je n’en avais jamais entendu parler. En même temps, je suis loin d’être une spécialiste. Toujours est-il que j’étais curieuse. Ca pouvait vraiment être plus percutant que le Gang de la clef à molette ? Je ne demandais qu’à être convaincue. Bon, je vous le dis de suite, ça n’a en réalité que peu de rapport surtout. Le premier est un roman à l’humour grinçant, le texte ici présent est plutôt un journal mélancolique et assez peu optimiste quant à l’avenir (ah Edward Abbey, ce fameux boute en train !).

          J’ai trouvé certains passages splendides, d’autres un peu arides (sans mauvais jeu de mots). C’est un peu inégal. Il faut dire que le texte a été écrit à différents moments et constitue grosso modo un assemblage de journaux tenus par l’auteur lorsqu’il était ranger dans le parc des Arches, avec quelques réflexions ajoutées a posteriori, au moment de l’édition (soit 10 ans après l’écriture de la plupart des passages). Le tout est un genre d’essai écologiste assez visionnaire et plutôt pessimiste. J’ai beaucoup aimé le début de ce texte. Même si l’écriture est moins travaillée que pour les romans de l’auteur j’ai retrouvé avec grand plaisir sa manière si minutieuse et pleine d’émerveillement de décrire le paysage qui l’entoure. On peut difficilement imaginer plus belle déclaration d’amour au désert.

          De suite, peut-être plus encore que dans ses autres textes, ce livre m’a donné envie de partir illico découvrir les paysages décrits. Sauf que bien rapidement la prise de conscience tombe : l’univers que nous décrit Edward Abbey n’existe plus vraiment. Ce qu’il nous raconte avec fort peu d’optimisme quant à l’avenir, c’est un monde sur le déclin, que le tourisme de masse (alors en devenir aux Arches) est amené à détruire. A moins que ce ne soit l’industrie minière ou les barrages hydro-électriques qui s’en chargent. Toujours est-il qu’il y a 50 ans déjà, cet écosystème très fragile et encore préservé était mis à mal. L’auteur nous raconte avec tout la mélancolie dont il est capable – une forte dose donc – un monde sur le point de disparaître.

Portrait d'Edward Abbey

          Page après page, ce texte m’a plongée dans un état assez douloureux. Il m’a filé un sacré bourdon. On ne peut pas dire qu’il transmettre la joie de vivre, ça donne plutôt l’envie d’aller se terrer dans un coin aussi éloigné que possible de l’humanité. L’auteur n’est pas exactement un optimiste né mais j’ai bien peur qu’il ait tapé assez juste concernant ses prévisions (il faut dire que pas mal d’aménagements étaient déjà en cours à l’époque et ça ne se présentait pas exactement bien). Ca pose pas mal de questions sur le développement touristique et/ou économique des régions les plus préservées dont on ne peut pas dire que l’auteur en soit un fervent défenseur. Il est plutôt très conservateur en matière d’environnement. Si je partage bon nombre de ses idées, je trouve le sujet assez complexe et son point de vue est intéressant à défaut d’être complet. L’arrivée massive de touristes signe forcément la fin d’un monde, au moins en partie.

          Je me suis demandée ce que ça me ferait si un jour mon petit coin de montagne devenait plus accessible. Le cerf ne viendrait certainement plus brouter dans le jardin, ce serait plus bruyant, lumineux et peuplé. Ce ne serait plus rien qu’à moi ou presque. Ca me rendrait profondément triste. Mais j’ai également conscience d’être privilégiée et je comprends que d’autres veuillent avoir accès à la nature, tout comme je comprends – mais n’approuve pas franchement – les enjeux économiques qui peuvent pousser à un développement touristique qui laisse bien souvent de côté l’aspect environnemental. Peut-être qu’un jour j’aurai la chance d’aller admirer les Arches, mais je ne les verrai jamais sauvages et quasi vierges de toute présence humaine. Ce texte m’a rendue profondément nostalgique d’un monde que je ne connaîtrai jamais autrement que par les mots. Ca m’a fendu le cœur. Beau et déchirant.

Parc des Arches, Utah

Nous avons besoin de la nature, que nous y mettions le pied ou non. Il nous faut un refuge même si nous n’aurons peut-être jamais besoin d’y aller. Je n’irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l’Alaska soit là.

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Lorsqu’un homme ne peut que craindre de boire l’eau des rivières et des torrents de son pays, alors ce pays ne vaut plus la peine qu’on y vive.

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Le Congrès répond toujours présent lorsqu’il s’agit de dégager des fonds pour toujours plus de routes plus grandes partout, surtout si elles forment des circuits.
L’industrie pétrolière adore les circuits, qui ramènent l’automobiliste exactement à la station-service d’où il était parti.

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La spéculation: là était le vrai filon. Et l’argent se déversait à flots de tout le pays; l’argent de ceux, toujours nombreux dans notre société, qui brûlent de vivre du travail des autres, qui brûlent de récolter ce qu’ils n’ont pas semé.

Mars, le bilan

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          Un mois de mars pas bien brillant. Je n’ai pas du tout lu autant que je l’espérais. En partie parce que je me suis lancée dans des lectures longues et parfois difficiles. Au final, 5 livres lus. J’ai été contente de retrouver la plume de Catherine Bardon et Reste aussi longtemps que tu voudras de Mélanie Taquet a été une excellente surprise. Je vais essayer de faire mieux en avril parce que j’ai beaucoup, beaucoup de nouveautés qui m’attendent !

          Pas de sorties ciné en mars. Heureusement que je voulais voir plus de films ! Pas grand chose vu depuis chez moi non plus. Quelques films sans grand intérêt, dont un regardé en anglais ce qui m’a bien fait galérer à tout réécouter 3 fois pour être sure d’avoir à peu près compris (oui, je suis nulle en anglais…).

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Peu de séries également. Il faut dire que j’ai relancé l’intégrale de The good wife et il y a quelques épisodes quand même…
Également peu de jeux. Mais j’ai acheté la première extension de Civ VI et ça m’a bien occupée.

          Côté sorties… calme aussi ! Pas de concerts, théâtre, cirque… Décidément ce mois de mars n’aura pas été très rempli !
J’ai quand même découvert l’exposition Océanie au Quai Branly. Je me suis également rendue à Lyon pour Quai du Polar et j’en ai profité pour visiter le musée des Beaux Arts.
Pour le moment, pas vraiment de spectacles prévus en avril non plus mais il y a beaucoup d’expos qui me tentent bien, je vais essayer d’aller en voir une ou deux. Verdict le mois prochain.

Bohemian Rhapsody

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Biopic américain de Bryan Singer avec Rami Malek, Gwilym Lee, Lucy Boynton

          Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez sa vie exceptionnelle.

Affiche du film Bohemian Rhapsody

          Un film dont on a beaucoup parlé. J’aime généralement bien les biopics de musiciens, je suis très bon public pour ce type de cinéma. J’ai donc fini par aller le voir, puisque contre toute attente il passait encore la dernière fois que je suis allée au cinéma. Je dois bien admettre que ça n’a pas été le coup de cœur attendu, loin s’en faut. Et je n’ai en prime pas grand chose à raconter dessus, ayant trouvé l’ensemble plutôt insipide. Cet article s’annonce donc pour le moins bref.

Image extraite du film Bohemian Rhapsody

          Je pourrais faire une liste exhaustive de ce qui ne va pas dans ce film mais franchement j’aurais du mal tant elle est longue. C’est mal film, mal écrit, mal monté et très passablement interprété. Les acteurs en font des caisses, on dirait une parodie et on peine à leur accorder la moindre sympathie. Le scénario est d’une platitude sans non. Et encore, fort heureusement je connais très mal Queen donc pour l’essentiel je découvrais l’histoire.

Image extraite du film Bohemian Rhapsody

          C’est terriblement lisse. J’ai connu des téléfilms des années 90 plus inspirés que ça… Bref, on s’ennuie. C’est d’un vide abyssal. Je suis presque sure qu’il y avait bien plus à dire sur Freddy Mercury et son parcours, mais surtout de manière autrement plus subtile. Finalement, la seule chose qui sauve à peu près le film, c’est la musique, omniprésente (trop à vrai dire, le film est interminable). Ca m’a donné envie de réécouter Queen. Pour le reste, si vous ne l’avez pas vu, vous avez bien fait de passer votre chemin.