Mes lectures

La grande épreuve, Etienne de Montety

Un couple sans histoire, Laure et François Berteau. Leur fils adoptif, David, adolescent enjoué qui se pose des questions sur ses origines. Le père Georges Tellier, un prêtre qui s’arc-boute à sa foi, dans une Eglise qui s’étiole. Frédéric Nguyen, flic résolu à l’action et au silence, pour préserver sa vie privée. Hicham, que le goût du risque et de la frime finit par conduire en prison. Des remarques blessantes, de mauvaises rencontres. Une emprise croissante de l’islamisme et une colère de plus en plus radicale. Et tout se précipite. Vers cette petite église d’un village du Sud-Ouest de la France, la tragédie attire comme un aimant explosif des hommes que rien ne prédestinait à se rencontrer.

Couvertur de La grande épreuve d'Etienne de Montety

Après Un jour viendra couleur d’orange, voici un autre roman qui prend pour thème un sujet d’actualité. Tristement remise sur le tapis ces derniers jours. En effet, le récit retrace un attentat commis dans une église qui m’a semblé s’inspirer de celui commis en 2016, bien qu’il s’agisse ici purement d’une œuvre de fiction. On suit différents protagonistes : le prêtre, les deux terroristes, un des flics qui se rendra sur place…

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Impossible, Erri de Luca

On part en montagne pour éprouver la solitude, pour se sentir minuscule face à l’immensité de la nature. Nombreux sont les imprévus qui peuvent se présenter, d’une rencontre avec un cerf au franchissement d’une forêt déracinée par le vent. Sur un sentier escarpé des Dolomites, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l’alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Rencontre improbable, impossible coïncidence surtout, pour le magistrat chargé de l’affaire, qui tente de faire avouer au suspect un meurtre prémédité.

Couverture du roman Impossible de Erri de Luca

J’avais lu un roman de Eri de Luca il y a très très longtemps, au moins 15 ans je dirais, je n’avais pas du tout accroché avec son style. Mais quelques années après, je l’ai redécouvert à travers son amour pour l’escalade et cela me l’a rendu très sympathique, je me suis dit qu’il faudrait que je retente de le lire un jour. Ca s’est fait attendre mais son dernier roman me tentait beaucoup, je me suis dit que c’était l’occasion de se lancer : un polar sur fond d’alpinisme, comment ça pourrait ne pas me plaire ? J’étais conquise d’avance.

Et c’est ainsi que l’on se rend compte qu’il y a des auteurs qui avec toute la meilleure volonté du monde ne sont pas faits pour nous. J’ai très vite déchanté et immédiatement détesté ce texte d’un ennui mortel. Vraiment, je ne sais même pas comment c’est possible de rendre la montagne aussi peu sexy et d’enlever tout suspense à une enquête policière pour transformer le tout en espèce d’interminable monologue verbeux. J’exagère, parfois il y a un policier qui pose des questions, techniquement, c’est donc un semblant de dialogue.

C’est ultra intello et pédant. C’est pas possible de mettre aussi peu d’émotion dans un texte, j’ai connu des essais de linguistique plus excitants que ça… Heureusement, c’est très court. Mais ça m’est tout de même apparu comme un long calvaire. J’ai commencé par sauter un paragraphe, puis une page, puis 10, pour aller directement à la fin et me dire « tout ça pour ça ». Soupir. Vous l’aurez compris, je n’ai pas franchement été emballée par ce texte hautement soporifique, de loin ma plus grande déception de la rentrée. 

Portrait de Erri de Luca

C’est le parfait objectif du pouvoir, arriver au plus haut degré d’incompétence et décider de tout. Je vois la société comme une construction faite de matériaux de plus en plus mauvais au fur et à mesure qu’elle progresse vers le haut.

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Impossible, c’est la définition d’un évènement jusqu’au moment où il se produit. Vous aurez beau mettre tous les zéros que vous voulez, la statistique et vous ne pouvez nier les coïncidences. Elles existent en dépit des zéros.Quantités de découverte en ont été les conséquences, et quantité de désastres.

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Du côté des indiens, Isabelle Carré

Ziad, 10 ans, ses parents, Anne et Bertrand, la voisine, Muriel, grandissent, chutent, traversent des tempêtes, s’éloignent pour mieux se retrouver. Comme les Indiens, ils se sont laissé surprendre ; comme eux, ils n’ont pas les bonnes armes. Leur imagination saura-t-elle changer le cours des choses ? La ronde vertigineuse d’êtres qui cherchent désespérément la lumière.

J’aime beaucoup Isabelle Carré comme actrice au jeu sensible. Je l’ai découverte comme autrice il y a un an ou deux. J’avais quelques doutes en entamant ma lecture, les romans d’acteurs ou chanteurs étant assez rarement de grandes réussites. Mais j’avais été mauvaise langue : je suis tombée instantanément sous le charme. J’ai retrouvé dans ce texte tout ce que j’aime chez l’actrice, et chez la personne en général, la douceur, la discrétion, une pointe d’autodérision aussi. C’avait été un grand coup de cœur que ce premier roman intime et sensible. Mon avis complet est à découvrir ici. J’attendais donc avec impatience son second roman, sorti cette rentrée.

Couverture du roman Du côté des indiens d'Isabelle Carré
Couverture

Malheureusement, cette fois le charme n’a pas aussi bien opéré. Sa plume est toujours agréable, même si je n’y ai pas retrouvé cette petite touche d’humour, ce côté léger que j’avais tellement apprécié et m’a manqué ici. Ca reste toutefois bien écrit, pas de réelle fausse note de ce côté-là. En revanche je n’ai pas trop accroché avec l’histoire. Ca commence par un petit garçon qui découvre que son père couche avec la voisine. Non seulement je ne suis pas parvenue à m’y intéresser mais je ne voyais pas non plus où elle voulait en venir avec cette histoire ni comment elle allait tenir tout un roman là-dessus.

D’ailleurs ce n’est pas le cas puisqu’on s’intéresse ensuite au passé de ladite voisine. Mais j’ai trouvé l’introduction particulièrement longue et pour tout dire inutile. Ca aurait pu devenir intéressant, assez vite le problème des agressions sexuelles dans le milieu du cinéma est abordé. Et on est là dans un sujet qui m’intéresse au plus haut point, mon intérêt était enfin éveillé. Il est question d’un réalisateur bien plus âgé que son actrice et qui lui fait des avances. Elle ne dit pas non alors qu’elle aurait voulu. Il est question de pourquoi on ne réagit pas, de comment cela nous ronge. Le texte donne l’impression qu’il y a beaucoup du propre vécu de l’autrice là-dedans.

La manière dont c’est traité m’a laissée assez froide et m’a parfois gênée par la forme de naïveté qui s’en dégage. Je ne saurais expliquer pourquoi certains passages m’ont un peu mise mal à l’aise. Le sujet est très sensible et il est difficile de trouver les mots justes, le bon ton, j’ai par moments eu le sentiment d’un décalage entre l’histoire et le récit, comme si ça ne disait pas tout, n’allait pas au fond des choses. J’ai aussi eu l’impression que l’autrice essayait de noyer le poisson, faisait des digressions pour diluer un récit sans doute douloureux. Je ne suis pas venue à bout de ce texte qui est loin d’être mauvais mais n’a jamais totalement réussi à me convaincre, pour des raisons que je m’explique mal. Sur le même sujet, j’ai repensé à autre texte qui lui m’avait touchée en plein cœur : La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon. Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher les deux, qui dans des styles différents, m’ont semblé se faire écho.

Portrait d'Isabelle Carré

Le visage de Ziad s’éclaira d’un grand sourire en demi-lune, aussi large et élastique que celui d’un personnage de manga, même s’il avait encore du mal à y croire. En grandissant, il avait appris à se méfier des promesses des adultes. Leur sempiternel « on ira », qui n’arrivait jamais.

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Est-ce qu’elle continuait de sourire bêtement, ou était-elle devenue blème, si vulnérable tout à coup qu’il préférait ne pas s’attarder, n’y accorder aucune importance ?

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L’arrachée belle, Lou Darsan

Au centre de cette histoire, il y a le corps d’une femme, ses hantises et ses obsessions, et il y a la nature. C’est l’histoire d’une échappée belle, d’une femme qui quitte, presque du jour au lendemain, tout ce qui déterminait son identité sociale. Elle sort de stase et se met en mouvement. Son départ est d’abord une pulsion, une sorte de fuite vers l’avant qui tient du road movie, avec de longues traversées de paysages en voiture, en auto-stop, puis à pied. De la fuite et l’errance du départ, cette échappée va se transformer en nomadisme et en un voyage vers la réalisation de soi.

Couverture du roman L'arrachée belle, Lou Darsan

Clairement, l’OVNI de ma rentrée littéraire. J’ai acheté ce livre parfaitement par hasard. J’ai demandé conseil à un libraire inconnu parmi les premiers romans de la rentrée, dans le genre original si possible. Il m’en a proposé deux. Le premier me tentait énormément, je l’ai donc pris. Pour celui-ci, j’étais un peu moins sure mais par le plus grand des hasard, l’autrice était là et je me retrouvais beaucoup dans ce qu’elle racontait. Ca a suffi à me convaincre. On a discuté un bon moment et je garde un excellent souvenir de cette rencontre.

Aussitôt acheté, aussitôt lu (l’article quant à lui s’est fait attendre, histoire de changer je ne suis pas exactement en avance sur mes articles…) ! Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce texte est surprenant. Je l’ai trouvé très poétique. C’est assez décousu dans un langage soutenu, qui fait beaucoup appel à des images, des sensations. Soyons honnêtes, ce n’est pas du tout mon genre, je suis bien trop terre à terre pour ce type de littérature. Mais j’ai quand même trouvé que ça avait le mérite de se démarquer. Ca m’a par moments rappelé la plume de Cloé Delaume, avec un sens de la formule moins marqué et un brin plus de douceur à la place.

Le récit est décousu mais ça retranscrit bien la confusion de cette jeune femme qui se cherche. Son changement de vie m’a fait penser à une mue particulièrement difficile. Elle semble s’arracher à elle-même. C’est brutal, confus parfois, mais beau aussi. Si souvent j’ai eu du mal à accrocher avec ce style si particulier, je lui ai aussi trouvé une certaine beauté. Même si je n’ai pas totalement été séduite, je suis contente d’avoir découvert ce premier roman si particulier. Je me suis sentie sans cesse bousculée, dérangée. Un texte dur et poétique, que j’ai eu beaucoup de mal à le lire mais sans nul doute une voix singulière.

Portrait de Lou Darsan

Dans la baignoire fermée, l’eau coule, pas plus haut que ses jambes étendues. Elle ne sait pas ce qu’elle écrirait si elle voulait évoquer l’eau, les mollets, la peau nue, le triangle noir. Les jambes tendues ou parfois repliées, la pointe des pieds.

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Elle aimerait qu’un regard la saisisse. Que cette femme qui lui ressemble soit vue, intégrale. Elle pense qu’elle est la seule spectatrice de son corps et que cela la rend plus forte. Aucune émotion n’est liée à cette image, seulement le sentiment d’existence, d’être concrète, d’être corps.

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La société des belles personnes, Tobie Nathan

Né pauvre dans le quartier juif du vieux Caire, le jeune homme flamboyant, dont les clubs et bars attirent la haute société cairote, débarque sans famille, sans ami, sans un sou. Seul l’accompagne le fantôme de Dieter Boehm, son tortionnaire nazi. Zohar fuit un pays à feu et à sang, une société malade à l’image de son roi, Farouk, ramolli de luxure et détesté par son peuple. En France, son obsession va se lier à celle d’Aaron, Lucien et Paulette, trio soudé dans l’envie d’en découdre avec le passé qui les hante. C’est l’histoire que son fils François va découvrir, celle qui lui fera comprendre la mystérieuse promesse faite par son père à la Société des Belles Personnes.

Couverture du roman La société des belles personnes de Tobie Nathan

J’aimais bien le titre de ce roman et le sujet m’intriguait, je me suis donc lancée dans la lecture de cet auteur que je ne connaissais pas. Je dois dire que j’ai été assez mitigée. Pour commencer, point très positif, le style est agréable. Assez soutenu également, parfois presque trop, ça donne un côté un peu désuet à l’ensemble qui a son charme, mais aussi une certaine lourdeur parfois. Toutefois, on ne peut nier des qualités d’écriture, même si j’aurais parfois aimé un style un peu plus vif, c’est bien écrit.

L’histoire est intéressante et j’ai beaucoup aimé le contexte historique dans lequel elle se passe et qui est bien exploité. Malheureusement c’est un peu inégal et j’ai trouvé que ça manquait parfois de crédibilité quant aux personnages et leurs réactions (ce n’est pas avare en rebondissements, improbables pour certains). Mais surtout, il y a pas mal de longueurs qui cassent le rythme du récit et le rendent par moment un peu difficile à suivre. Ca se perd parfois trop dans les détails à mon goût.

Toutefois, dans l’ensemble les personnages sont assez sympathiques et j’ai bien aimé suivre leurs aventures. Même si le narrateur m’a plus d’une fois agacée ! Globalement il y a pas mal de bonnes idées et c’est très bin documenté. Dommage que ça traîne autant en longueur. Globalement, ça reste quand même une lecture agréable et j’y ai notamment appris pas mal de choses sur l’histoire égyptienne que je connais mal. Un roman que j’ai parfois trouvé indigeste et inégal, aussi bien dans le rythme que dans l’histoire mais qui reste intéressant, notamment concernant l’aspect historique.

Portrait de Tobie Nathan

Cette fois, il ne lui restait plus rien, pas un centime. La vie pouvait recommencer de zéro ! Il ne savait pas, l’innocent, que lorsqu’on croit recommencer, on ne fait que répéter, et parfois, ce sont de très anciennes histoires.

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Elle a dit  » Souviens-toi qu’au moment de ta naissance tout le monde était dans la joie et toi dans les pleurs. prends exemple sur ton père. Fais en sorte qu’au moment de la mort, tout le monde soit dans les pleurs et toi dans la joie. »