Archives de Catégorie: Mes lectures

Tous les livres qui me sont passés entre les mains…

Miss Sarajevo, d’Ingrid Thobois

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          Printemps 1993. Joaquim, vingt ans, débarque au milieu de Sarajevo assiégée. Armé de son seul appareil photo, il cherche à échapper à son enfance et à se confronter à la mort. Cette mort que vient de choisir sa jeune sœur Viviane, fatiguée d’expier dans l’anorexie un tabou familial jamais levé. Été 2017. Joaquim apprend le décès de son père. Le temps d’un Paris-Rouen, lui reviennent en rafales les souvenirs de sa famille bourgeoise, apparemment sans défaut, verrouillée autour de son secret. Mais peut-on réellement se libérer du fardeau familial ? Quel est, au bout du compte, le prix du non-dit ?

Couverture de Miss Sarajevo d'Ingrid Thobois

          Je ne sais pas trop raconter sur ce roman qui dans l’ensemble m’a plutôt ennuyée. Le style n’est pas désagréable mais est loin d’être transcendant (ce qui est visiblement le leitmotiv de cette rentrée…). Quant à l’histoire… ça aurait pu être intéressant ce mec qui raconte ses souvenirs à Sarajevo, ses rapports à sa famille, le lien entre tout ça. Sauf que c’est terriblement décousu et au final assez banal. Après quelques pages de découverte du style et de l’univers de l’auteur, je me suis ennuyée (surtout dans les passages qui se passent en France). Le personnage manque de profondeur et n’est guère plus qu’un ado mal dégrossi, même si on doit lui reconnaître des circonstances atténuantes, c’est assez vite lassant.

          J’ai trouvé que la psychologie du personnage aurait méritée d’être un peu plus fouillée. Ca reste dans l’ensemble assez superficiel dans le traitement des émotions et des mécanismes de défenses mis en place. C’est dommage parce que je trouve que cette histoire avait un joli potentiel mais elle reste au final trop à la surface des choses. Il y a quelques jolis passages et des pistes de réflexions pas inintéressantes mais ça manque cruellement de corps. J’ai eu du mal à voir où l’auteur voulait en venir avec cette histoire qui s’avérait prometteuse et s’avère assez brouillon. De belles intentions mais un résultat assez mitigé. Si ça reste agréable à lire malgré quelques lourdeurs, ça manque de profondeur et l’auteur ne semble jamais aller au bout de sa réflexion. Dommage.

Portrait d'Ingrid Thobois

L’imminence du départ, ce spasme entre la certitude d’un quai et le doute d’une destination, déstabilise un grand nombre de voyageurs. On a beau avoir lu les panneaux d’affichage, vérifié les écrans, rien n’y fait: le parallélisme des quais et des trains semble une invite à se tromper de voie, à se tromper de vie.

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Choisir de cesser de vivre, ce n’est pas forcément choisir de mourir.

Ma rentrée littéraire : espoirs et désillusions

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          Malgré son côté trop marketing et tabassage médiatique, je reste une amoureuse de la rentrée littéraire. C’est le moment de l’année où on entend le plus parler de livres, où il en sort le plus et j’avoue que je trouve à cette effervescence un charme tout particulier. J’alterne entre les ouvrages de mes auteurs favoris (ils sont relativement rares), les « incontournables » qui se retrouveront sur les listes des grands prix littéraires et d’illustres inconnus qui tentent d’émerger de la mêlée. Ce sont eux qui ont ma préférence. Pour moi septembre est en littérature le moment de la découverte, celui où je vais bousculer mes habitudes et essayer d’aller dénicher des perles. Et jusque-là, ça m’a toujours réussi.

livres

          Mais pas cette année. J’avais une jolie sélection pourtant (vous pouvez la découvrir ici). Beaucoup de premiers romans ou d’auteurs que je ne connaissais pas, des résumés alléchants, des styles variés, tout était réuni pour une rentrée sous les meilleurs hospices. Seulement voilà, impossible de venir à bout du moindre roman. Panne de lecture en pleine rentrée ? Peut-être. Ou alors simplement beaucoup d’attentes déçues. Pas forcément que les livres soient mauvais, non, simplement ils n’étaient pas pour moi, pas à ce moment-là. Ca ne m’était jamais arrivé, d’arrêter autant de livres en route, d’enchaîner ainsi les déceptions, de n’accrocher avec rien. Moi qui était si fière de ces quelques titres triés sur le volet, qui les attendait avec impatience, voilà que je n’ai même plus envie d’en ouvrir un seul !

          Je me traîne donc d’un roman à l’autre, peinant à les finir, abandonnant parfois. Je reconnais à certains des qualités, mais pas un seul coup de cœur. C’est une première, une rentrée où rien ne me fait vibrer. Il me reste encore 5 ou 6 romans à lire, mon enthousiasme s’étant largement émoussé, je suis d’une lenteur exaspérante, peut-être que parmi eux se cachera une pépite ? En tout cas, pour le moment j’en suis presque au point de me dire que je vais finir par délaisser la littérature contemporaine, moi qui ai toujours adoré ça ! Et vous, vous avez fait de belles découvertes cette rentrée ?

Made in Trenton, Tadzio Koelb

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          New Jersey, 1946. Alors que le monde sort tout juste des horreurs de la guerre, travailler dans l’industrie florissante de Trenton est une des clés de l’émancipation pour les classes populaires de la côte est des États-Unis. Le rêve américain fonctionne à plein, et le mystérieux Abe Kunstler, nouveau venu à l’usine, semble déterminé à en tirer parti. Travailleur obstiné, bon camarade, buveur émérite, Abe est l’archétype du col bleu : sauf qu’Abe est un mirage, un imposteur qui cache un terrible secret.

couverture de made in trenton

          Toujours pas de gros coup de cœur dans cette rentrée littéraire mais voici au moins un roman dont je suis venue (péniblement) à bout. C’est déjà un progrès vu que j’en ai abandonné la plupart. J’avoue que celui-ci à failli subir le même sort mais j’ai tenu bon. J’en avais entendu dire le plus grand bien de ce premier roman singulier mais j’ai immédiatement déchanté aux premières lignes de cette lecture. Je n’ai pas du tout, du tout accroché avec le style froid et impersonnel (même si ça colle assez bien avec le personnage, admettons-le). Je ne sais pas si c’est moi mais à une ou deux exceptions près en ce moment aucun style ne trouve grâce à mes yeux dans les nouveautés : trop sec ou trop intello, il n’y a pas trop de juste milieu.

          Bref, le style donc, pas trop ma tasse de thé. Ensuite, le personnage aurait pu – aurait dû même – être intéressant : une femme qui tue son mari et prend sa place après la guerre en se faisant passer pour un homme, il y a quand même un sacré potentiel côté dramaturgie et psychologie. Sauf que le personnage est extrêmement antipathique. Du genre gros con misogyne plus vrai que nature. On n’accède que très peu à ses pensée et il est totalement impénétrable en plus d’être carrément tordu. Ca se justifie tout à fait par la nécessité de se cacher et de vouloir passer pour « un homme un vrai » avec tout ce que ça peut supposer de violence pour cacher son secret mais n’empêche, niveau zéro de l’empathie en ce qui me concerne.

          Dans un second temps, le roman se consacre au fils du personnage principal. Je vous épargne la manière dont il a réussi à avoir un fils… Le fils a peur de son père qui est déçu que son fils ne soit pas un gros dur. Bonne ambiance à la maison. Il est évidemment question de mensonges, de secrets, de reproches. Le personnage du fils ne m’a guère été plus sympathique, c’est un ado paumé assez peu charismatique. Et le père déjà pas très chaleureux devient en plus alcoolique et violent qu’il ne l’était déjà. C’est pour le moins pesant. Je n’ai pas trop accroché avec ce roman, son style, ses personnages, rien ne m’a franchement emballée même si le point de départ est pour le moins original et que l’ambiance de cette petite ville ouvrière est bien retranscrite. Si je n’ai pas à proprement parlé apprécié cette lecture, je dois toutefois lui reconnaître une certaine originalité, un style à part et un côté dérangeant qui méritent quand même qu’on s’y arrête. Le genre de roman qui ne laisse pas indifférent.

Portrait de Tadzio Koelb

Elle ne ressentit jamais rien de semblable au désespoir larmoyant de sa mère. Elle pensait alors que c’était parce que déjà alors elle était laide et le savait, et que la laideur l’avait protégée de la douleur, pu plutôt que c’était en soi une si grande douleur que toutes les autres semblaient moindre en comparaison.

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Ils n’arrêtent pas de dire que l’armée et la guerre, ça fait de vous un homme, mais à aucun moment je n’ai été un homme là-bas, si par homme on veut dire humain. J’aurais éventré n’importe lequel d’entre vous pour sauver ma propre peau, voilà la vérité.

Mary Shelley et Frankenstein

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Mary Shelley

          Drame historique britannique de Haifaa Al Mansour avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge

          En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.

Affiche du film Mary Shelley

          Je suis assez mitigée sur ce film et ne sais pas trop que penser. J’étais curieuse de le découvrir, ayant lu Frankenstein adolescente et ignorant à peu près tout de son autrice. J’aime généralement les biopics d’auteurs, j’étais donc très curieuse. Je dois avouer que j’ai été assez impressionnée dans l’ensemble par les choix de vie de Mary Shelley, fort peu conventionnels. Et encore le mot est faible, ils étaient tout bonnement scandaleux pour l’époque ! Cela m’a donné envie d’en savoir plus sur elle, elle semblait assez peu soucieuse des convenances, ce qui attire toujours ma sympathie et m’impressionne assez fortement.

Image extraite du film Mary Shelley

          Malheureusement j’ai eu l’impression que le film fournissait une version de sa vie très partiale. Il semblerait que sa relation avec Shelley ait été certes tumultueuse mais surtout assez libre. Dans le film, elle est présentée comme subissant constamment cette relation et comme particulièrement malheureuse du comportement de son amant. Je soupçonne vaguement que la réalité a dû être plus nuancée et plus complexe. L’image de cruche pétrie de romantisme me semble assez mal coller avec les faits, d’où une impression très bizarre durant tout le film d’un personnage dont la psychologie ne collerait jamais avec les actes. On espère un personnage féminin fort et indépendant – ce qu’était a priori Mary Shelley – et on se retrouve dans le schéma de la fille délaissée qui chouine pour obtenir des miettes de l’attention de son amant. Cette vision simpliste des choses m’a révoltée. Ne peut-on pas imaginer que si elle a choisi de s’enfuir en dépit des convenances, de parcourir l’Europe avec son amant et de traîner ses guêtres avec des esprits aussi libres que le fût Lord Byron, malgré les difficultés que cela a pu comporter, elle y trouvait un minimum son compte, au moins d’un point de vue intellectuel ?

Image du film Mary Shelley

          C’était pour l’aspect purement historique et psychologique (un petit tour sur internet m’aura appris par la suite qu’en effet, de nombreuses libertés ont été prises avec la vérité et qu’il y a beaucoup de raccourcis dans cette histoire – probablement beaucoup trop même pour se faire une idée de l’incroyable personnalité de la jeune femme). Malheureusement, la réalisation n’arrange pas les choses. C’est terriblement convenu ! C’est assez plat et très très classique. Ce que j’ai trouvé dommage pour parler de gens au mode de vie si débridé. Ca ne leur rend vraiment pas hommage. Que ce soit sur la forme où sur le fond, le film ne parvient pas à se dépêtrer des codes qu’il devrait pourtant briser. En bref, on s’ennuie un peu. La musique ne m’a guère convaincue (comme toujours me direz-vous), quant aux acteurs, je reste là aussi assez dubitative. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont mauvais mais la nuance n’est pas forcément au rendez-vous. M. Shelley semble incapable de montrer le moindre sentiment quand Mme semble incapable de la moindre fougue.

Image extraite du film Mary Shelley

          Malgré un nombre de défauts assez incroyables pour ce film, il n’est pas aussi soporifique qu’on pourrait le craindre. Bien qu’édulcorée, l’histoire n’en demeure pas moins intéressante et pleine de rebondissements. Si les personnages ont été revus pour coller mieux à l’inconscient collectif pour une raison qui continue à m’échapper (monsieur est un connard, madame une pauvre fille qui s’est fait avoir), ils n’en demeurent pas moins assez intéressants si on essaie de combler les lacunes béantes laissées par l’écriture. L’aspect féministe dont on parlait tant au sujet de ce film m’a échappé. L’idée est bien présente au début dans le ton larmoyant brouille franchement les pistes. Bien que la notion de féminisme soit sans cesse soulignée avec un total manque de subtilité, je n’ai pas vraiment trouvé qu’elle soit particulièrement mise en avant dans l’écriture.

Image extraite du film Mary Shelley

          Il y a toutefois une chose que j’ai particulièrement appréciée dans ce film : il m’a donné terriblement envie de relire Frankenstein dont il éclaire l’écriture d’un jour nouveau. La genèse de la création est absolument passionnante. Ca tombe bien, elle est le fil rouge du film ! C’est de très loin l’aspect le plus réussi, même si là encore, après quelques recherches, de grandes libertés ont été prises avec les faits, à la fois pour simplifier et pour plus de drama (comme s’il n’y en avait pas eu assez dans la vue de cette femme !). Le résultat est toutefois là : si j’ai trouvé pas mal de défauts à ce film, très moyen quant à la réalisation et qui m’a laissé de gros doute quant à l’honnêteté intellectuelle du fond, il m’a donné envie de relire Frankenstein et de me pencher de plus près sur la vie de son auteur (avec une vraie biographie bien austère s’il le faut). Il a attisé ma curiosité, et rien que pour ça, ça valait le coup.

Frankenstein ou le Prométhée moderne

          Victor Frankenstein, scientifique genevois, est recueilli sur la banquise par un équipage faisant route vers le Pôle Nord. Très tourmenté, il livre son histoire au capitaine du bateau : quelque temps auparavant, il est parvenu à donner la vie à une créature surhumaine. Mais celle-ci sème bientôt la terreur autour d’elle…

          Et dooooonc… puisque j’en crevais d’envie et que je voyais tout à coup sa création sous un jour nouveau, je me suis empressée de relire Frankenstein. En fouillant ma bibliothèque, je me suis aperçue qu’à 12 ou 13 ans (voire même avant ? impossible de me rappeler !) j’avais lu la version abrégée. Je me suis donc procuré la version « normale » pour cette relecture. J’ai voulu me procurer une version bilingue pour essayer de le lire en anglais mais la mise en page était super mal foutue. De toute façon vu le niveau de langue en français, en anglais je n’aurais pas compris un traître mot ! Pas de regrets donc. Enfin pas trop en tout cas.

Couverture de Frankenstein

          J’avais beaucoup aimé cette lecture étant adolescente, je l’avais trouvé exaltante, j’avais compati à la solitude du monstre autant qu’à la frayeur de son créateur. Après avoir vu le film, je m’attendais à retrouver toutes ces émotions, en ayant en plus les clefs nécessaires pour mieux les analyser, c’était si prometteur. C’est donc le moment de vous dire que j’ai détesté. J’ai trouvé ce bouquin absolument imbuvable de bout en bout. Le point positif ? le style ! Sans hésiter, c’est beau, mais que c’est beau… On ne croise clairement pas une plume pareille tous les jours, stylistiquement, c’est splendide (et pourtant, j’ai quelques doutes sur la qualité de la traduction de l’époque). Le problème ? Tout le reste.

          Les personnages sont caricaturaux. Ils sont tous beaux, brillants et gentils. Sauf le monstre qui devient méchant parce qu’il n’a pas eu d’amour mais il fallait bien un contre exemple sinon il n’y aurait pas d’histoire. Par contre je trouve qu’il apprend foutrement vite. Je n’ai jamais essayé d’assembler des membres privés de vie dans ma chambre pour m’en faire un copain mais quelque chose me dit qu’il y aurait bien peu de chances que ça devienne un esprit aussi brillant – mais aussi torturé, peut-être bien en revanche. Tous les personnages sans exceptions sont imbus d’eux-mêmes, narcissiques à souhaits et ne semblent s’intéresser qu’à leur petite existence et éventuellement celle de leurs proches quand ils lèvent les yeux 2 secondes pour arrêter de se regarder le nombril. Ils passent alors leur temps à se congratuler mutuellement. Charmant tableau.

Frankenstein's_monster_(Boris_Karloff)

          Ca blablate, ça blablate, tout le monde s’entre-félicite et le roman est terriblement long à en venir aux faits. Vraiment très très très long… J’ai continué ma lecture, attendant avec impatience l’incroyable tirade du monstre. Mais bon, finalement il ressemble à son maître : il s’extasie de sa propre intelligence et chouine quand ça ne va pas comme il veut. Certes, lui au moins a de bonnes raisons mais ça ne le rend pas beaucoup plus sympathiques. C’est presque un exploit finalement, j’ai détesté tous les personnages de ce roman. Sauf le bon copain, lui il est potable, juste un peu con et très mal entouré. Je veux bien croire que c’est sa solitude qui a valu à Mary Shelley d’écrire ça mais son entourage d’intellos ravagés par l’alcool a visiblement bien déteint sur les personnages quand même ce qui nuit fortement à la tension dramatique.

          Pas simple d’apprécier ce texte si on n’est pas un fanatique de romantisme débridé, sauf si on est encore jeune et idéaliste puisque ça semblait fonctionner sur moi quand j’étais pré-ado et qu’après avoir mené ma petite enquête, je ne suis pas la seule à avoir ressenti ce texte très différemment à l’âge adulte. Les amateurs de lyrisme pourraient également y trouver leur compte parce que le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne fait pas dans la dentelle de ce côté-là (mais bordel que c’est beau – insupportable mais beau). Grosse déception que ce Frankenstein malgré une plume splendide. En revanche, ça ne m’a pas fait passer l’envie de me pencher de plus près sur la vie de Mary Shelley.

Portrait de Mary Shelley

Les travaux des hommes de génie, même poursuivis dans de fausses directions, ne manquent presque jamais de se révéler, en fin de compte, nettement bénéfique au genre humain.

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Si je suis méchant, c’est que je suis malheureux. Ne suis-je pas repoussé et haï par tous les hommes ? Toi, mon créateur, tu voudrais me lacérer et triompher de moi ; souviens-t’en et dis-moi pourquoi il me faudrait avoir davantage pitié de l’homme qu’il n’a pitié de moi ?

L’écart, Amy Liptrot

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          Intrépide et avide de passion, elle vacille, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l’on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l’île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l’ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l’appel qui la hante, qui vient toucher cette part d’elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.

          A ce jour, le seul livre de cette rentrée littéraire que j’ai vraiment apprécié. On me l’avait très bien vendu, pourtant si j’ai trouvé beaucoup de qualités à ce roman, ça n’a pas non plus été l’énorme coup de cœur que j’espérais (oui, je sais, je suis blasée en ce moment mais je ne fais pas exprès). J’attendais depuis le début de cette rentrée un roman avec une histoire « qui prend aux tripes ». Celui-ci semblait tout indiqué et d’ailleurs il faut reconnaître que je ne suis pas trop tombée à côté.

Couverture de l'Ecart d'Amy Liptrot

          J’ai de suite bien aimé le style, sobre mais beau. Quant à l’histoire, c’est tout simplement celle de l’auteur et bien qu’elle soit sombre, j’ai apprécié sa manière de raconter tout en simplicité, sans tomber dans le pathos. Si elle évoque les moments difficiles et son alcoolisme, c’est surtout sur son changement de vie et sa reconstruction qu’elle s’appesantit avec beaucoup d’humilité et un bel esprit d’analyse. J’ai trouvé ça beau d’arriver ainsi à se mettre à nu sans que ça ne paraisse jamais gênant. Elle sait trouver le ton juste et son récit est touchant. J’ai aimé découvrir cet univers si particulier des Orcades dont j’ignorais tout et qui m’a fascinée.

          Etant donné que l’auteur parle de son cheminement, on est beaucoup dans l’introspection : quels sont les schémas qui ont fait qu’elle est tombée dans l’alcool ? quelles stratégie elle met en place pour rester sobre. Elle présente son parcours avec beaucoup de délicatesse mais j’ai eu besoin de lire ce texte à petite dose pour l’intégrer, impossible de le dévorer d’une traite, ce sans doute ce qui fait que j’ai connu un petit moment de découragement passée la moitié de ce livre, j’avançais très lentement. Cela dit ça va bien avec la vie qu’elle raconte sur les îles écossaises, qui m’a rappelée par certains aspects celle de mes montagnes et m’a donné envie d’aller les voir un jour. Si ce n’est pas un coup de foudre, ça n’en demeure pas moins un très beau roman, sensible et délicat. Une belle surprise de cette rentrée.

Portrait d'Amy Liptrot

L’alcool que j’avalais depuis des années m’érodait comme le fracas répété des vagues contre les falaises, et ma santé s’en ressentait. Au plus profond de mon système nerveux, quelque chose s’effritait. J’étais parfois saisie de tremblements si violents que je me figeais, bavant et haletant, jusqu’à ce que la crise s’atténue, que je puisse me servir un autre verre, et poursuivre la fête.

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Suivre une cure de désintoxication n’est pas une fin en soi ; c’est le début d’une nouvelle histoire.