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Les annales de la compagnie noire

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          Depuis des siècles, les souvenirs de la Compagnie noire sont consignés dans les présentes annales. Depuis des siècles, la troupe se loue au plus offrant et les batailles qu’elle a livrées ont déjà rempli maints volumes. Jamais pourtant elle n’aura traversé de période aussi trouble. Entrée au service de la Dame et de ses sorciers, la Compagnie participe à l’une des plus sanglantes campagnes de son histoire. Les combats incessants, la magie noire qui empuantit l’air… bientôt les hommes tombent comme des mouches, et ceux qui restent debout se demandent s’ils ont choisi le bon camp. Ce sont des mercenaires dépravés, violents et ignares, sans foi ni loi, mais même eux peuvent avoir peur, très peur…

glen cook

          J’ai lu un peu de fantasy dans mon adolescence mais il y a fort longtemps que j’ai délaissé le genre. Et puis, il y a quelques années, je me suis procuré les 3 premiers tomes de la Compagnie Noire. A vrai dire, je croyais que c’étaient les seuls que comprenait la série et c’est ce qui m’a motivée à me lancer, ce n’était pas trop long, ça fait toujours moins peur. Bon, après avoir commencé le 1° tome, je me suis renseignée et c’est n’est pas 3 mais 13 tomes que compte cette série ! Ils sont tous plus ou moins 400 pages. Pour la lecture rapide, c’est raté ! Qu’à cela ne tienne, une fois cette lecture entamée, impossible de s’arrêter. Toutefois, je ne pouvais pas me permettre de les lire d’une traite (je n’avais pas encore fini mon master à ce moment et les lectures, ce n’était pas ce qui me manquait). Mais la bonne nouvelle, c’est que les tomes fonctionnent par 2 ou 3, avec souvent pas mal de temps écoulé de l’un à l’autre et parfois des changements de narrateur. Il n’est donc pas trop difficile de couper sa lecture, d’autant plus que l’auteur rappelle le passé de manière régulière par petites touches subtiles. J’avais arrêté de vous parler de chaque tome un à un (trop répétitif), voici donc mon avis complet sur la série.

          Cette série a été immédiatement un énorme coup de cœur. Déjà, parce que c’est très bien écrit. Et qui plus est exceptionnellement bien traduit. La richesse de la langue est incroyable (avec quelques expressions typiques du sud dont certaines que je ne connaissais qu’en occitan !) et il n’est pas rare que je doive sortir le dictionnaire pour vérifier tel ou tel vocable. J’ai rarement vu tant de niveaux de langue se côtoyer, c’est un vrai bonheur ! La richesse du vocabulaire est juste exceptionnelle. Ces romans sont d’ailleurs sans doute le meilleur rempart à l’argument – parfois vrai – selon lequel la fantasy serait de la littérature de bas étage mal écrite. Glen Cook jongle avec les mots avec un talent fou. Côté style donc, un énorme coup de foudre. Je rêverais d’être capable d’écrire aussi bien.

glen cook

          Et l’histoire alors ? Ben déjà, avec un style pareil, le mec pourrait me parler de verrues plantaires que je serais au comble de l’admiration donc bon, il pourrait se payer le luxe d’une histoire bateau sans problème. Sauf que non, ça aussi c’est hyper réussi ! Je trouve souvent que les univers « magiques » ne sont pas assez construits et qu’il y a toujours un truc pas assez pensé qui me fait sortir du monde de l’auteur. Rares sont ceux qui trouvent grâce à mes yeux. Là l’univers est assez proche du notre (version plutôt médiévale : on est pied et à cheval et on guerroie avec des épées), la magie vient par petites touches où le mythe côtoie souvent la réalité. Elle prend la forme de déesses maléfiques, de démons invisibles ou de sorciers farceurs. Avec un petit tapis volant d’ici-delà. Et en fonction des régions traversées par nos héros, les croyances varient, laissant toujours traîner une part de mystère. Mais il arrive aussi qu’elle se fasse oublier, ou qu’en tout cas elle soit laissée plus en marge du récit, comme une sourde menace parfois un peu lente à ressurgir.

          La Compagnie noire, c’est grosso modo une troupe de mercenaires à l’éthique discutable mais à laquelle le sens de l’honneur et un certain sens de l’humour ne sont pas étrangers. Sa taille varie d’une poignée d’hommes à une véritable armée en fonction des coups du sort. L’histoire s’étend sur une vaste période (quelque chose que 40 ans je pense) avec donc pour la compagnie des membres et des employeurs changeants. On la voit évoluer, et ses membres avec elle. Sans oublier bien sûr un certain lot de trahisons et d’échecs qui viennent pimenter l’affaire. Parce que l’autre grande réussite de cette série, c’est que tout n’est pas rose pour nos héros. Loin s’en faut ! Il y a quelques sacrés cas sociaux dans ses rangs, certains personnages sont parfaitement antipathiques, ils ne sont pas toujours aussi fins stratèges qu’ils le voudraient (même si à vrai dire, c’est quand même ce qui est sensé leur sauver la mise à peu près tout le temps) et ils jouent parfois de malchance. En bref, ça ressemble assez la vraie vie. Les héros ne s’en sortant pas particulièrement mieux que les autres (enfin juste assez pour que l’histoire continue quand même).

glen cook

          Les livres que nous lisons sont sensés être les annales de la compagnie, où tous ses faits et gestes sont archivés avec plus ou moins de minutie. Celui qui les consigne change donc parfois d’un livre à l’autre avec un changement de style conséquent. Mon favori est indéniablement resté Toubib, celui qui ouvre le récit. Ca tombe bien, c’est au final lui qui a le plus souvent la parole. J’ai bien aimé l’idée qui est de plus assez bien exploitée et crée de la variété dans cette série fleuve. J’avais peur de ne jamais venir à bout de ses 13 tomes mais si j’ai pris tout mon temps, c’est avant tout pour faire durer le plaisir parce que franchement, c’est tellement prenant qu’il faut se faire violence pour ne pas enchaîner les tomes jusqu’au dernier.

          J’avais peu peur d’être déçue par la fin. Ca finit bien ? on se dit que c’est prévisible. Ca finit mal ? on est déçus pour les héros qu’on a suivi si longtemps. Jusqu’à la moitié du dernier tome, je n’ai pas été très sure de savoir comment ça allait finir. Après j’ai cru voir où ça allait et j’ai eu peur qu’en prenant un chemin assez attendu, la fin manque de panache. Alors certes, il y a une partie du dénouement qu’on peut anticiper maaaiiis, il y a des rebondissements jusqu’à la dernière ligne, et pas des moindres. J’ai trouvé que l’auteur ne s’en sortait pas mal du tout avec cette fin à la fois logique et surprenante. J’ai refermé ce livre en me sentant un peu orpheline et avec une grosse envie de jeter un œil à ce que Glen Cook a écrit d’autre (ainsi qu’aux traductions de Frank Reichert). Vous l’aurez compris, cette série aura été un énorme coup de cœur. Bien sûr, il y a des passages qu’on aime plus que d’autres, des moments un peu moins palpitants et des personnages qui ne nous inspirent pas toujours mais l’ensemble est d’excellente qualité et se tient très bien. Les rebondissements ne manquent jamais et le suspens est bien souvent au rendez-vous. Du grand art.

auteur

Le Mal est relatif, annaliste. On ne peut pas lui mettre d’étiquette. On ne peut ni le toucher, ni le goûter, ni l’entailler avec une épée. Le Mal dépend de quel côté on se trouve, de quel côté on pointe son doigt accusateur.

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Tu me connais, gamin. Je suis aussi insaisissable que fiente de chouette vaselinée.

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Avec les rois, on ne peut jamais savoir. Il ne réfléchissent pas comme les gens normaux. Comme s’ils étais plus ou moins hermétiques à la réalité.

The lost city of Z

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Film d’aventure américain de James Gray avec Charlie Hunnam, Sienna Miller, Tom Holland
Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne.

affiche

Je suis assez friande de récits d’aventures. Je suis d’ailleurs un inconditionnelle de Sylvain Tesson et Jack London, un amour qui se retrouve bien sûr aussi au cinéma. Un film sur un explorateur du début du siècle dernier, ça ne pouvait que me parler. J’avais entendu dire que ce film était très esthétique mais pauvre en émotions mais il en fallait plus pour me décourager. Alors, convaincue ou pas par cette petite balade dans la jungle ? Je ne ferait peut-être à ce film les mêmes reproches que ceux que j’ai pu lire mais je ne le trouve pas exempt de défauts pour autant. 2h20 parfois un peu éprouvantes qui m’ont laissée mitigée.

james gray

On m’avait dit que c’était très esthétisant mais franchement (pas très étonnant venant de James Gray), je ne m’attendais pas à cette lumière d’un jaune douteux façon photo sépia qui aurait mal vieilli. Même si je ne les retrouve pas sur les photos – un problème d’écran peut-être ? Honnêtement j’ai trouvé ça perturbant, voire dérangeant, même si on finit par s’y habituer peu ou prou. En tout cas, même si je note un énorme travail sur la lumière, c’est plus raté qu’autre chose. En même temps, ce n’est pas pour ça que j’y allais, moi ce qui m’intéressait, c’est l’histoire. Alors ? on part à l’aventure, on a des sueurs froides face aux cannibales, on est surexcités à l’idée de partir à la recherche de cités perdues ? Bah… oui, non, bof. Bon, déjà, notre héros part à contre-coeur, il faut un peu de temps pour que lui même rentre dans sa propre histoire. On le comprend, aller faire des relevés à l’autre bout du monde dans la jungle alors qu’il a une femme super, ça n’avait pas l’air palpitant. C’est donc un peu long à démarrer mais ça permet de se familiariser avec le personnage.

james gray

Ce qui est plus surprenant, c’est que même une fois qu’il est lancé dans l’aventure, on reste un peu au bord de la route. Pourtant, j’ai été réellement intéressée par ce qu’il se passait. L’histoire a un énorme potentiel que j’ai finalement trouvé assez mal exploité. Il faut dire que l’histoire court sur plusieurs décennies, difficile donc de traiter le sujet en profondeur, on a l’impression que les évènements sont survolés, ce qui n’aide pas trop à rentrer dans le film, aussi intéressante que soit cette histoire. Ce n’est malheureusement pas très axé aventure dans la manière de traiter l’histoire, le parti pris est plutôt scientifique : juste les faits. Cet aspect clinique donne une certaine impression de froideur. On est loin des frasques d’un Indiana Jones. Pas que je me sois attendue à beaucoup d’action mais quand même, c’est un peu mou du genou.

james gray

C’est d’ailleurs à mon sens l’un des gros points faibles de ce film : ça se traîne un peu. Ca manque sérieusement de rythme alors même que ça semble passer trop rapidement sur les évènements. Étrange paradoxe. De plus j’ai trouvé qu’on ne s’attachait pas trop au personnage. Il a certes quelques bons côtés mais il n’est pas particulièrement sympathique. Pourtant, contrairement aux apparences, j’ai plutôt bien aimé ce film. Parmi les points positifs, la musique notamment, assez réussie. Je me suis intéressée à l’histoire, ça m’a même donné envie d’en apprendre plus sur cet homme. C’est juste qu’étant donné le potentiel je m’attendais à quelque chose d’un peu moins lisse, plus nerveux. D’un autre côté, pour une fois, on ne pourra pas dire que ça en fait trop dans le sentiment ! Un film dont l’esthétique léchée ne m’a pas convaincue et au rythme inégal mais dont l’histoire parvient tant bien que mal à nous faire voyager.

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Trois BD historiques

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Communardes ! L’aristocrate fantôme

1871. Élisabeth Dmitrieff, une belle jeune femme russe devient la présidente du premier mouvement officiellement féministe d’Europe. Véritable passionaria socialiste et va-t-en-guerre, elle est envoyée par Karl Marx lui-même ! Sa beauté et sa verve, qui la distinguent des autres insurgées.

Communardes ! L'aristocrate fantomeVoici une BD que j’ai beaucoup aimée. Elle appartient à une série sur les femmes qui en 1871 se sont engagées dans la Commune de Paris. Vous pouvez en apprendre plus sur la naissance de cette série de Wilfrid Lupano ici. Elle compte trois tomes – dont L’aristocrate fantôme – dessinés chaque fois par un dessinateur différent, avec des histoires indépendantes, chacune sur une communarde. Le dessin est assez classique et très travaillé, j’ai vraiment beaucoup aimé (il est ici signé Anthony Jean). Il nous replonge immédiatement dans cette ambiance de révolte. Le personnage de l’aristocrate fantôme est fascinant. Je connais assez mal la période de la Commune et j’ai été ravie d’en apprendre plus à travers ce personnage haut en couleurs. Cette lecture m’a donné très envie de lire les autres tomes de la série, même si les histoires sont indépendantes. Une BD historique et féminine qui m’a pleinement convaincue.

Le maître d’armes

1537. Au fin fond du Jura, un envoyé de l’Église exacerbe la haine religieuse de montagnards catholiques afin qu’ils lancent une chasse à l’homme contre un jeune protestant et son guide. Leur crime ? Vouloir faire passer une Bible traduite en français jusqu’en Suisse pour la faire imprimer. Une hérésie ! Commence une traque impitoyable.

Le maitre d'armesAutre BD, autre contexte avec cette fois une lutte entre rapière et épée. Moi qui suis assez amatrice d’histoires de capes et d’épées, je ne pouvais qu’être séduite par ce récit. J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire signée Joël Parnotte (au dessin) et Xavier Dorison (au scénario). Visuellement, c’est très beau, avec un univers particulièrement riche. Les personnages ne manquent pas de caractère et sont attachants. Le dessin est magnifique, c’est bien écrit et quelle histoire ! De l’action, de l’aventure, ça nous tient en haleine de bout en bout. J’ai été totalement embarquée par ce récit qui nous entraîne dans un autre temps. Outre l’aspect guerrier, le côté historique avec les débuts du protestantisme est absolument passionnant. Pour la peine j’ai vraiment regretté qu’il n’y ait qu’un seul tome, j’aurais bien continué l’aventure en compagnie du maître d’armes moi. Une BD comme je les aime, aussi belle que palpitante, un gros coup de cœur ! 

Les aigles de Rome

À l’heure où Rome et l’histoire antique suscitent à nouveau l’engouement du public, Marini seul aux commandes, nous propose une toute nouvelle série ancrée au cœur de l’Empire romain. Un récit initiatique où l’on retrouve les ingrédients des meilleures aventures : combats, obstacles, rivalité, amitiés, amour.

Les aigles de Rome t1J’ai beaucoup moins accroché avec le premier tome de cette BD de Marini qui dormait depuis longtemps dans ma bibliothèque. Là aussi on est sur un dessin classique mais pour la peine, il l’est trop, même pour moi. Je ne lui trouve absolument aucun charme, aucune poésie. Quant au texte, il est très rare que j’y prête réellement attention dans une BD. Je me dis rarement que c’est bien ou mal écrit, tant que l’histoire fonctionne j’oublie très facilement le style, mais là, j’ai fait exception : c’est très mal écrit. On ne peut pas dire que ce soit criant de vérité. L’histoire avance par à coups, on change sans cesse de lieu, j’ai trouvé que ça empêchait de se plonger dans l’histoire et de s’attacher aux personnages. Ca ne m’a absolument pas donné envie d’aller au bout de cette lecture (et ce n’est que le tome 1) qui plairait peut-être plus à  un public adolescent par les thèmes abordés (la guerre, l’amour, l’amitié). Une BD avec laquelle je n’ai pas du tout accroché, à tous points de vue.

Rentrée littéraire de janvier : littérature française

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          Les rentrées littéraires se suivent et ne se ressemblent pas. Celle de septembre reste la plus courue, avec les prix littéraires à la clef, mais celle de janvier propose aussi de belles choses. On y trouve aussi bien des auteurs confirmés qui ne font pas la course aux prix – pas chaque année du moins – que des débutants qui essaient de ne pas finir engloutis sous la masse des quelques 600 livres qui paraissent chaque automne. Pourtant, avec 476 romans sortis en ce début d’année, difficile de s’y retrouver. Si la rentrée de septembre m’a laissée grandement sur ma faim (la plupart des auteurs que j’aime en étaient absents et j’ai été dans l’ensemble très déçue par mes lectures que vous pouvez retrouver ici), celle-ci me tentait plus avec pas mal de romans qui m’intriguaient. N’ayant pas un rond ces temps-ci, je n’ai acheté qu’un seul roman cette rentrée : les autres m’ont soit été généreusement envoyés en service de presse (oui, ça m’arrive et non, je n’ai pas honte), soit été prêtés par ma maman. Même si pour une fois j’en ai sollicité pas mal, d’autres ont croisé ma route par hasard. Une quinzaine de livres en tout, dans des styles assez différents. Voici pour commencer ce que j’ai pensé de la partie littérature française.

          L’Azirie est tombé sous le joug d’une dictature. Lora Sander décide de fuir le pays. Sa vie de comédienne est devenue impossible. Elle prend le chemin de l’exil et rejoint l’Etat limitrophe de Santarie, munie de son colt 45.

La femme au colt 45, Marie RedonnetJe n’ai pas trop accroché avec l’écriture assez particulière de ce roman. Le mélange entre une narration à la 3° pers et un point de vue interne est assez perturbant. Ca met une distance avec le personnage et donne un côté froid au texte qui m’a beaucoup gênée. Les événements sont décrits de manière succincte et s’enchaînent rapidement. Ils auraient mérité d’être plus développés pour qu’on s’imprègne de l’ambiance et qu’on s’attache un peu plus au personnage. Mais si ce texte ne m’a pas plu, il est loin d’être inintéressant. L’écriture est certes un peu sèche à mon goût mais elle est maîtrisée et la construction originale. L’histoire se passe dans un lieu imaginaire mais qui entre en résonance avec le monde actuel, ses problèmes, ses conflits. On y retrouve d’une certaine manière les problèmes d’immigration et d’intégration qui font l’actualité. Ca donne au texte un aspect universel. Une écriture qui m’a paru trop froide mais un sujet intéressant et un résultat qui, s’il ne m’a pas séduite, sort tout de même du lot.

Il y a des rides sur le front et à la commissure des lèvres. La peau commence à se flétrir. Le teint a perdu son éclat. Le regard est grave et inquiet. Les traits du visage sont harmonieux, des sourcils épais, des lèvres charnues. L’expression est tendue. Cette femme que je ne reconnais pas, sans aucun fard, c’est moi.

          « Je voulais comprendre comment Lorca Horowitz avait mis en place son plan d’anéantissement sans éveiller le moindre soupçon, et avait osé monter une à une, sans jamais reculer ni même hésiter, les marches qui la menaient droit à son crime. Je voulais comprendre pourquoi elle l’avait fait. Mais surtout en quoi cela me concernait, me touchait. Qu’avais-je à voir là-dedans ? »

Appelez-moi Lorca Horowitz, Anne PlantagenetCoup de cœur pour ce roman que j’ai dévoré en à peine 24h (il est court, certes, mais quand même). J’ai été totalement embarquée par cette histoire complètement folle de manipulation et d’usurpation d’identité inspirée d’un fait divers. La tension monte peu à peu et il est fascinant de voir une jeune femme complexée se transformer peu à peu sous nos yeux en femme fatale prête à tout pour réussir. Mais tout autant que cette histoire, j’ai aimé que l’auteur nous parle en parallèle de pourquoi elle a choisi ce sujet, pourquoi il la fascine, et ce que ça dit d’elle – avec parfois une pointe d’humour bienvenue dans cet univers assez sombre. Cette alternance entre le récit lui-même et cette prise de recul de la part de l’auteur est à la fois passionnante et diablement efficace ! Ca nous pousse à nous interroger sur ce que nous-même serions prêts à faire en situation extrême. Un questionnement dérangeant mais qui donne à ce roman toute sa saveur. C’est très bien écrit et l’état d’esprit de la jeune femme est parfaitement bien rendu (bien que totalement supposé). On se prend au jeu de cette histoire malsaine et on en ressort avec une pointe de soulagement mais aussi une certaine frustration de ne pas voir levés tous les doutes sur les motivations du personnage. Un roman un rien malsain et extrêmement prenant.

Je connaissais bien aussi cette douleur de l’exclusion, pire encore, celle du cœur qui se brise et n’en finit pas de se briser, du cœur déjà en miettes et qu’on peut, aussi inconcevable et cruel que cela paraisse, réduire en morceaux toujours plus petits, car il faut de nombreux coups pour arrêter l’amour, il faut le tabasser à plusieurs reprises.

          Étonnant et fulgurant destin que celui de Jeremiah Reynolds : après avoir probablement été le premier homme à poser le pied sur le continent antarctique en 1829, il devint colonel pendant la guerre civile chilienne, chef militaire des armées mapuches, avocat à New York, effectua un demi-tour du monde et écrivit un récit de chasse au cachalot blanc.

Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, de Christian GarcinPetite déception pour ce roman dont j’attendais beaucoup. Bien que très travaillé, le style apparaît comme extrêmement brouillon. L’auteur se perd en digressions incessantes (parfois insupportables mais d’autres fois plutôt amusantes, il faut le reconnaître) et semble ne jamais vraiment toucher au cœur du sujet. Cette histoire avait pourtant un potentiel énorme. Je ne connaissais pas Jeremiah Reynolds et j’espérais découvrir les moindres détails de ses pérégrinations, une vie d’explorateur donne toujours une matière particulièrement riche pour un roman. Malheureusement l’auteur survole les choses. On ne rentre absolument pas dans la peau du personnage. Ses sentiments sont totalement laissés de côté et ses exploits sont relatés de la manière la plus brève qu’il soit. Ce roman n’est qu’accumulation de digressions bien souvent sans grand intérêt. J’ai hésité à l’arrêter plusieurs fois mais me suis abstenue, trouvant ça et là des passages un peu plus prenants. Un style à la fois compliqué et très haché qui est loin de m’avoir emballée et une histoire intéressante à peine esquissée qui m’a laissée sur ma faim pour ce roman qui ne tient pas ses promesses.

Il se disait qu’il n’y avait eu que deux périodes de sa vie qui l’avaient vraiment exalté, et elles étaient liées aux deux chimères qu’il avait poursuivies, ou qu’il aurait voulu poursuivre : la Terre creuse de Symmes et le cachalot blanc de Lewis.

          Aux confins du Grand Nord, dans un paysage de glace et de neige, une bourgade survit autour de l’activité du Terminus : hôtel, bar et bordel. Nul ne sait à qui appartiennent les lieux mais ici se réfugie la lie de l’humanité et ici s’épanouissent les plus bas instincts.

Dedans ce sont des loups, de Stéphane JolibertCe roman est mon deuxième gros coup de cœur de cette rentrée de janvier qui s’avère décidément bien surprenante. Le titre me plaisait bien mais je ne m’attendais à rien de particulier en entamant cette lecture. J’ai vraiment été happée par cette univers très fort, pourtant, je ne sais pas trop comment vous en parler. Etrangement, j’ai souvent un peu de mal à parler des choses que j’aime en ce moment. J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur qui n’a pas été sans me rappeler par certains aspects la plume de Jack London (un de mes auteurs préférés pour ceux qui l’ignorent). Un style un peu âpre et un monde dur et froid que j’ai beaucoup appréciés. Ce monde sans pitié est peuplé de personnages forts – des hommes violents et des prostituées pour la plupart, pas franchement des enfants de cœur. Avec ça, inutile de vous dire que l’histoire n’est pas exactement drôle. On est dans une sorte de thriller avec un suspens qui se met en place autour de l’identité de celui qui contrôle ce bout du monde sans foi ni loi. On pressent que ça peut difficilement bien finir. La violence est au centre du récit avec pourtant de beaux moments d’humanité. Même si j’ai assez vite deviné qui tirait les ficelles, ça ne m’a pas vraiment gâché le plaisir du dénouement. Un roman qui m’a subjuguée de bout en bout par la force de son style et la noirceur de son univers. Glaçant.

C’était sa fierté, au paternel, que ses gosses sachent que la vie était une chienne dépourvue de tendresse et de compassion.

          Pascal a ouvert un restaurant, Le Bout du Monde, à Kaboul. Hommes, femmes, voyageurs aux grandes causes et aux bagages trop lourds s’y retrouvent pour comploter, rire, boire, aimer, oublier… Mais après l’excitation des premières années, ne faut-il pas s’en aller encore ?

Le bout du monde, de Marc VictorJ’ai suivi la série Kaboul kitchen sur Canal+ et malgré quelques faiblesses je dois dire que j’ai bien aimé son humour décalé. J’étais très curieuse de découvrir la suite dans un roman. L’auteur (et scénariste donc) s’inspire de sa vie pour son livre. Et elle a visiblement été très mouvementée ! J’ai beaucoup aimé le style fluide et l’auto-dérision exacerbée. Le narrateur se décrit de manière peu glorieuse -grosso modo comme un lâche et un glandeur – et étrangement ça ne le rend que plus sympathique. Les nombreuses digressions, même si elles semblent nous éloigner parfois pas mal de l’histoire, sont loin d’être inutiles et donnent toute leur profondeur aux personnages. On revient ainsi sur leur enfance et sur la solidité des liens d’amitié qui unissent le narrateur à Corto, son ami d’enfance, qui vit lui aussi en Afghanistan, et dont  la disparition est au centre du récit. Entre les Pyrénées et Kaboul, le récit d’une amitié solide entre deux caractères bien trempés. Ce roman est souvent drôle, parfois émouvant, et s’il traîne un peu en longueur sur la fin, il est entre humour et aventure une lecture pour le moins rafraîchissante.

La route, elle aussi, finit par user. Nous n’étions pas loin d’une overdose d’asphalte. Et même les paysages les plus grandioses n’échappent finalement pas à la monotonie.

          Gabriel, écrivain quadra précaire épuisé par l’amour et la vie, tombe amoureux de Catherine, institutrice de son fils et membre du Parti National…

Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis, de Nicolas ReyJ’avais lu un livre de Nicolas Rey quand j’étais ado, Courir à 30 ans, que j’avais à l’époque bien aimé. Quand j’avais reçu il y a deux ans un roman de l’auteur en service de presse, j’avais donc été très heureuse de le retrouver. Malheureusement, ça ne s’était pas exactement passé comme prévu et j’avais franchement détesté son roman qui n’est pas loin d’être ce que j’ai pu lire de plus plat ces dernières années. Quand j’ai reçu celui-ci, j’étais donc pour le moins circonspecte et j’ai bien dû le laisser traîner un mois sur mes étagères et 3 semaines dans mon sac avant d’oser l’ouvrir. Sans aller jusqu’à dire que j’ai adoré, c’est loin d’avoir été le calvaire que je craignais. Pourtant le sujet – franchement d’actualité – est des plus délicats : le monde qui va mal, la jeunesse (plus si jeune en l’occurrence) désabusée et la montée du FN. Ca fonctionne plutôt bien. Le personnage principal s’avère légèrement agaçant, mais plutôt sympathique dans le fond. La plume est agréable et si j’aurais sans doute aimé un texte avec un peu plus de profondeur, il est loin d’être inintéressant. Avec ses airs de ne pas y toucher, le roman aborde des thèmes forts de manière assez peu conventionnelle. Plutôt réussi.

Je sais que pour l’instant c’est difficile à croire mais ta souffrance va s’atténuer. Au fil du temps, je vais voir ton chagrin disparaître. Voilà peut-être la chose qui nous désole le plus. De voir même le chagrin disparaître.

          Trois frères : des jumeaux, Le Zébré, fou de ses coqs qui risque sa vie en une pirouette au-dessus du vide, Le Rouquin, dans son ombre le suit où qu’il aille et tente de le protéger de lui-même. Et L’Oiseau, le musicien, le poète, le plus jeune aussi, qui oppose à la violence de ses frères le chant d’un oiseau. Peuvent-ils se rejoindre et s’inscrire dans les traces de leurs ancêtres Les Tsiganes-Oiseaux qui, comme le dit la légende, avaient le cœur si limpide qu’ils pouvaient voler ?

Tsigane-oiseau, de Chantal PortilloQuand on m’a proposé de recevoir ce livre, j’avoue avoir pas mal hésité. Lorsque je demande à un éditeur de m’envoyer un ouvrage, je m’engage bien évidemment à en parler mais comme je me fixe également un devoir d’honnêteté, j’essaie autant que possible d’aller vers des choses que je suis à peu près sure d’aimer. Ca m’évite à la fois de me mettre dans la situation embarrassante vis à vis de celui qui me l’a envoyé et d’avoir l’impression de perdre mon temps. Je ne connaissais ni l’auteur ni l’éditeur et c’est vrai que cela me rend généralement assez méfiante. Toutefois, le sujet m’attirait beaucoup et le communiqué de presse était convaincant, j’ai donc décidé de laisser une chance à ce roman. Et j’ai bien fait (comme quoi, les a priori à la con hein…) ! J’ai de suite accroché avec le style tout en simplicité de l’auteur et cette histoire d’une famille de tsigane. On y découvre le quotidien au sein d’un campement, avec ses croyances, ses combats de coqs, ses tensions mais sa solidarité aussi. C’est à la fois simple et universel, la complexité des rapports fraternels, et des rapports humains tout court. J’ai trouvé ce texte très juste et très beau. C’est violent et poétique : c’est vivant. Un très bel hommage à culture gitane.

Et si nous sommes du voyage, nous ne sommes pas des errants, nous sommes les nomades du monde.

          Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

L'arbre du pays Toraja, de Philippe ClaudelDe Philippe Claudel je ne connais pas grand chose. J’avais beaucoup aimé son film Tous les soleils, et en roman j’avais été séduite par Le rapport Brodeck que j’avais trouvé très fort. J’avais envie de lire autre chose de lui et son nouveau roman faisait donc partie de ceux qui me tentaient bien  en cette rentrée de janvier. Je l’ai commencé avec un bel enthousiasme sans même avoir lu quatrième de couverture. J’ai vite déchanté. Certes, le style reste agréable, mais impossible de m’intéresser un tant soit peu à ce qui était écrit. Il faut dire que je ne suis pas très sensible au sujet de la maladie et de la mort. Ca ne m’attire pas particulièrement et il faut vraiment un roman d’une grande sensibilité pour que ça me touche. D’autre part, je commence à me lasser de l’autofiction à laquelle j’ai toujours préféré les romans. La frontière entre réalité et fiction peut-être intéressante mais là j’ai plutôt eu l’impression que l’auteur s’épanchait sur la page sans réel travail littéraire derrière. Ce texte est extrêmement décousu. Ca part dans tous les sens aussi bien chronologiquement que concernant les sujets abordés. Ca n’aide pas franchement à rentrer dedans… J’ai trouvé le tout très brouillon et émaillé de réflexions qui ne m’ont pas emballée outre mesure. Je me suis ennuyée devant ce livre qui manque franchement de tenue. 

Il s’est mis à pleuvoir. On voit la pluie rouler sur les jeunes feuilles des arbres. C’est très beau. Comme des larmes de géant qui tomberaient sur le monde.

          La tentative d’assassinat du président Chaouch a plongé le pays dans une hystérie grandissante. Tout le monde est sur les nerfs. Le président Chaouch est sommé de répondre à l’angoisse nationale par des batteries de mesures sécuritaires tandis que sa légitimité est attaquée de toutes parts et que se précise la menace d’un deuxième attentat imminent…

Les sauvages, tome 4, de Sabri LouatahJ’ai adoré cette série dès les premières lignes. Un style nerveux et incisif qui ne laisse pas indifférent et une histoire on ne peut plus d’actualité. J’ai le souvenir d’avoir eu un peu de mal à m’y remettre lors de la sortie du tome 3 : beaucoup de noms différents, une histoire complexe, des ramifications dans tous les sens… pas toujours simple de s’y retrouver quand il s’est passé du temps entre deux tomes. Et justement, le dernier c’était il y a longtemps, très longtemps… Pourtant, cette fois je n’ai eu aucun mal à me replonger dedans, même si je n’avais évidemment plus tous les détails en tête. J’ai une fois de plus beaucoup aimé retrouver cette univers de magouilles et de complots en tous genres, rempli des personnages les plus hétéroclites. Le sujet de cette saga est on ne peut plus d’actualité et je dois avouer qu’après les attentats je trouve cette lecture est assez perturbante. L’histoire est extrêmement bien construite et a réussi à me tenir en haleine jusqu’au bout. J’avais peur que l’auteur peine à trouver une issue à cette série mais il parvient à la finir en beauté. Un quatrième et dernier tome toujours aussi convaincant pour ses Sauvages qui vont assurément me manquer.

Krim ne pouvait compter que sur sa mémoire pour ne pas sombrer ; mais sa mémoire c’était racornie, comme un tube de dentifrice qu’on a trop enroulé, trop plié et pressuré, jusqu’à ce qu’il n’en dégouline plus le moindre souvenir heureux.

          Tous ces romans sont parus en janvier ou février (bon, certains fin décembre peut-être). Il fallait bien placer la frontière quelque part, je vous parlerai donc des sorties de mars ultérieurement. Je vous parle de ces sorties un peu tard mais je ne lis malheureusement pas assez vite pour suivre le rythme frénétique des parutions, surtout que pour une fois j’ai eu la chance d’en avoir beaucoup à lire. Le hasard a voulu qu’il y ait pas mal de récits d’aventure parmi ces nouveautés, ce qui n’était pas pour me déplaire – loin de là ! J’ai été dans l’ensemble très agréablement surprise par la qualité de ces textes avec de vrais coup de cœur et assez peu de grosses déceptions. Ca m’a rappelé pourquoi j’aime autant la littérature contemporaine. Et vous, avez-vous lu de belles choses en ce début d’année ? On se retrouve dans quelques jours pour la partie littérature étrangère.

Cinéma : 5 films d’action à gros budget

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          Avec un peu de retard pour certains, et beaucoup pour d’autres, voici quelques films à gros budget vus plus ou moins récemment au cinéma : de l’action et du divertissement en perspective.

Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney est laissé pour mort par ses coéquipiers, obligés de décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre.

Seul sur Mars, afficheJe dois avouer que malgré la présence de Matt Damon, j’étais assez mitigée en allant voir ce film dont le casting et la bande-annonce ma rappelaient très étrangement certains aspects d’Interstellar. J’avais peur de m’ennuyer un peu étant donné qu’à part attendre trois plombes sur une planète déserte, notre pauvre héros n’a pas grand chose à faire. La bonne surprise c’est que je me suis plutôt laissée prendre au jeu – malgré une totale absence de suspens qui a rarement atteint un niveau aussi bas dans un film catastrophe. En revanche, bien que des scientifiques ce soient penchés sur la question et assurent que l’essentiel du film est crédible, j’ai de sérieux doutes à émettre sur certains aspects de l’histoire. Je suis très pénible avec la science-fiction, je peux crois à la vie sur Mars, des lézards géants ou des hommes violets mais le moindre détail a priori insignifiant suffit à me faire décrocher.
Ici on commence par une tempête monumentale qui menace de faire se coucher un vaisseau de plusieurs tonnes mais dans laquelle l’équipe de scientifiques gambade allègrement : non mais sérieusement ?! On est quelque part loin sous le niveau 0 de la crédibilité. Mais mon vrai problème est survenu plus tard dans le film. Je sais que je vais passer pour complètement tarée (si ce n’est pas déjà fait depuis le temps) mais le truc qui m’a totalement empêché de croire à l’histoire, c’est la manière dont il fait pousser des patates. En supposant que la terre martienne permette cet exploit, vous avez déjà vu des patates pousser dans 20 cm de terres vous ? Moi non. Voilà, ça m’a perturbé jusqu’à la fin. Bon, quelques soucis de vraisemblance mis à part, c’est bien joué. Le scénario mériterait un peu plus d’originalité mais ça passe. Ca manque de rythme mais la musique disco comble un peu cette lacune et donne une touche décalée au film qui lui va bien. Au final, un film sympathique bien que plutôt moyen ; ça manque d’adrénaline mais se laisse regarder sans déplaisir.

 

Le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock.

Les 8 salopards, afficheLa déception ciné de ce début d’année. J’aime Tarantino, ses excès, son humour trash, ses choix de musicaux improbables et ses références cinématographiques balancées à tout va. Un cinéma fourre tout totalement jouissif. Vu le pitch, je m’attendais à des personnages plus fous les uns que les autres et à beaucoup d’action. Grave erreur. Ce film met un temps fou à démarrer. La première heure et demie est d’un ennui mortel. Certains diront que c’est pour poser le décor, mettre dans l’ambiance, tout ça. Mais une heure et demie quand même… c’est déjà aussi long d’un film normal ! Les personnages m’ont assez peu convaincue. Qu’ils soient profondément antipathiques n’est pas très surprenant étant donné le titre (le contraire aurait même été décevant) mais je me serais bien passée de l’agacement croissant à leur vue.
Il faut dire aussi que je suis tout sauf une adepte des huis clos. Ils ont la fâcheuse tendance à m’angoisser profondément et à me taper sur les nerfs tout à la fois. Rares sont les exemples qui ont su me convaincre (tellement rares qu’il ne m’en vient spontanément aucun). Du côté de l’histoire, j’ai trouvé qu’elle était assez anecdotique, même si ce n’est pas un problème en soi tant l’ambiance prime dans ce film. Ici la violence est gratuite et comme surgie de nulle part. Visuellement, c’est très réussi, comme toujours chez Tarantino. Et comme toujours aussi, les références cinématographiques sont légion. Malheureusement, mes connaissances en westerns sont proches du néant, je n’en ai donc saisi à peu près aucune même si je pouvais sentir leur présence roder. Il m’a manqué dans ce film l’énergie débordante et le côté jouissif des autres Tarantino (vous pouvez retrouver ma critique de Django ici). Un film qui m’a semblé s’adresser plus aux cinéphiles avertis ou aux plans grands fans du réalisateur et m’a laissée un peu sur la touche. Dommage.

 

James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l’envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d’un avion espion américain U-2 qui a été capturé.

Le pont des espions, afficheSi je n’irais pas comme certains jusqu’à mettre ce film tout en haut de la liste des meilleurs films de 2015, je l’ai toutefois énormément apprécié. Le sujet me tentait beaucoup et je n’ai pas été déçue. Le film a beau être aussi long que lent, on ne s’ennuie pas une seconde. Ayant malencontreusement entendu parler de l’histoire (réelle) au moment de la sortie du film, je savais comment cela allait se terminer et pourtant j’ai eu l’impression que ça n’écornait pas le suspens pour un sou. J’ai été tendue jusqu’au dénouement en me demandant comment les choses allaient se dérouler. J’avais oublié à quel point Tom Hanks pouvait être bon acteur. Je ne sais pas pourquoi j’en ai toujours une image d’un acteur un peu fade alors qu’il incarne simplement à la perfection des gens « normaux » au destin exceptionnel. Le reste du casting ne démérite pas.
C’est ce qui m’a accrochée dans ce film, cet avocat spécialisé en assurance et a priori sans histoires qui se retrouve embarqué dans une affaire d’espionnage au cœur de la guerre froide. Un personnage profondément humain et incarné à la perfection dont on parvient sans peine à appréhender les doutes et les craintes. Le film est très bien écrit (sur un scénario signé par les frères Coen) et extrêmement bien réalisé. Les images sont superbes et la tension monte sans jamais nous lâcher jusqu’à la scène finale. Steven Spielberg n’en fait pas trop avec une réalisation tout en sobriété. J’ai beaucoup aimé cette retenue qui met vraiment en valeur les personnages. On peut trouver le film un peu lent mais ça permet de s’installer dans cette ambiance si particulière de la guerre froide. Mais peut-être que tout est un peu trop impeccable dans ce film. Il m’a manqué la petite touche de folie qui fait les grands films. C’est beau, c’est impeccablement réalisé, mais c’est un peu fade. Un très beau film et une histoire intéressante, ça manque sans doute un peu d’émotion mais ça reste tout de même du grand cinéma.

 

Bond réussit à infiltrer une réunion secrète révélant une redoutable organisation baptisée Spectre. Pendant ce temps, à Londres, Max Denbigh, le nouveau directeur du Centre pour la Sécurité Nationale, remet en cause les actions de Bond et l’existence même du MI6.

007, Spectre, affichePlus encore que Les 8 salopards, le nouveau James Bond était pour moi un des films les plus attendus de ces derniers mois. J’avais adoré Skyfall et j’attendais avec impatience la suite. Très vite, les premières critiques m’ont fait déchanter et je ne me suis finalement pas trop précipitée pour aller le voir. J’ai adoré la scène d’introduction pendant le fêtes des morts au Mexique. L’une des plus réussie depuis longtemps je trouve. Malheureusement, c’est à peu près là la seule véritable réussite de ce film qui par la suite se traîne un peu… J’ai un peu de mal à analyser ce que je n’ai pas aimé, ce qui me frustre un peu. Je crois que j’ai juste trouvé ça assez convenu finalement et plutôt plat comme film. Ca manque de suspens, de rythme, de surprise. De vie quoi.
Daniel Craig est toujours parfait – je trouve même qu’il se bonifie avec l’âge – en revanche Léa Seydoux… Bon voilà quoi. Elle est mignonne mais on a connu plus sexy comme James Bond girl. J’ai trouvé louable la tentative de faire une intrigue très actuelle avec la la question du contrôle de l’information mais il y a pas mal d’incohérences et l’histoire tombe souvent dans la facilité. Quant au Spectre, j’ai été mitigée sur le lien fait avec d’autres films de la série qui m’a semblé un peu artificiel. James Bond prenait beaucoup d’épaisseur dans Skyfall, avec une psychologie bien plus poussée que d’habitude dans la franchise et un univers plus sombre. Ici, on revient à quelque chose de bien plus superficiel et on ne peut que le déplorer. Ca m’a un peu donné la même impression de « régression » qu’entre Casino Royale et Quantum of Solace. Malgré de bonnes intentions, un film qui reste à la surface des choses et manque autant de profondeur que d’audace. A défaut d’autre un bon film, il demeure un divertissement plutôt plaisant.

 

L’agent de la CIA Solo et de l’agent du KGB Kuryakin, contraints de laisser de côté leur antagonisme, s’engagent dans une mission conjointe : mettre hors d’état de nuire une organisation criminelle internationale déterminée à ébranler le fragile équilibre mondial.

Agents très spéciaux : code U.N.C.L.E, afficheJe suis allée voir ce film sans grande conviction. Je n’en avais quasiment pas entendu parler et je ne m’attendais à franchement rien d’exceptionnel. Mais je suis bon public pour les films d’espionnage ou leurs parodies et après Kingsman (que j’ai a-do-ré) et Spy (que j’ai beaucoup moins aimé) je ne pouvais pas rater cette sortie dans la même veine humoristique. J’ai finalement été agréablement surprise, malgré des critiques plus que mitigées – et parfois assassines. Je suis de suite rentrée dans cet univers un peu décalé. On retrouve tous les codes du film d’espionnage classique : les américains contre les russes, la jolie fille qui fait perdre la tête, le complot international. Tout y est ! Ca se passe durant la guerre froide et ça m’a rappelé les vieux James Bond par certains aspects. Si l’ironie point dans chaque scène ou presque, ça n’en demeure pas moins un film d’espionnage efficace.
Tant par le scénario que dans le visuel, le film est très années 60 (il est d’ailleurs adapté d’une série de l’époque). Peut-être un poil trop parfois mais j’aime assez ce style surchargé et très coloré. Le duo d’acteur est un peu lisse, mais il fonctionne bien. Les personnages sont caricaturaux et l’intrigue téléphonée mais le réalisateur s’amuse avec les stéréotypes du genre et, au passage, le spectateur aussi. Il manque sans doute l’inventivité débridée d’un Kingsman pour en faire un grand film mais on passe un bon moment et le côté nostalgique a beaucoup de charme. L’intrigue aurait mérité un peu plus de tenue mais l’action, elle, ne manque pas. J’ai souvent souri devant cette parodie assez convenue mais réussie dans son genre. Un film léger et efficace qui fait le plus grand bien.