Archives de Tag: histoire

Rose Mercie

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          Haïti, 1915. Rose-Mercie est mère à seize ans d’une petite fille, après avoir été mariée à un Français mobilisé durant la Première Guerre mondiale. Elle relance une exploitation agricole familiale abandonnée à Milot et soutient la guérilla paysanne et antiaméricaine des cacos.

          Quand on m’a envoyé ce livre, je ne savais pas de quoi il parlait. Peut-être l’ai-je demandé à l’éditeur sans m’en souvenir ? Il s’agit plus probablement d’un envoi spontané. J’ai donc attendu un peu avant de me lancer dans cette lecture, ayant de nombreux autres romans sous la main. J’ai même à un moment hésité à le laisser dans un coin sans le lire. Mais la quatrième de couverture me tentait bien, c’aurait été dommage de ne pas lui laisser sa chance. J’ai franchement bien fait de consentir ce petit effort.

Maggy Belin Biais

          J’ai de suite bien aimé le style de ce roman. Un peu désuet et assez doux, il est très agréable. L’histoire aussi m’a vite conquise. On s’attache aux personnages et on s’immerge peu à peu dans les coutumes et les légendes de ce pays. Je ne connais pas du tout Haïti, je n’y suis jamais allée, j’ai lu peu de livres s’y déroulant et quasiment aucun film. Toute ma culture en la matière reste à faire et c’a été un bonheur de me plonger dans un univers qui m’est étranger avec la colonisation d’une part et le vaudou de l’autre, deux mondes qui se côtoient sans se comprendre. Maggy Belin Biais nous parle de sa culture avec beaucoup de tendresse.

          L’histoire se déroule au début du siècle dernier et à travers elle c’est un pan de l’histoire du pays que l’on découvre. C’est passionnant ! Le personnage principal est attachant et on prend plaisir a suivre l’évolution de cette jeune femme. Ce roman parvient à parler d’amour sans être mièvre et présente une femme forte et indépendante, ce qui n’est pas pour me déplaire. Un beau personnage féminin. Mais surtout il est un bel hommage à son pays et à ses traditions. Si le style mériterait peut-être parfois un peu plus de légèreté, j’ai beaucoup aimé cette lecture qui m’aura permis de découvrir un petit bout de l’âme haïtienne. Un très beau premier roman.

A Cuba Libre

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          L’autre soir j’ai été invitée à une soirée autour de Cuba à l’occasion de la semaine de l’Amérique latine. Au programme, de jeunes artistes qui chantaient des classiques du répertoire puis la présentation d’extraits d’une comédie musicale qui est en train d’être montée. L’occasion d’appâter aussi bien le journaliste que les investisseurs. Alors, cette soirée ?

Affiche de la soirée A cuba libre

          La première partie était un peu inégale mais il y a toutefois eu de jolies choses. Il y a une chanteuse que j’ai beaucoup aimée, tout en délicatesse, mais aussi un groupe plus traditionnel avec un chanteur à la voix incroyable (j’ai d’ailleurs beaucoup apprécié le petit concert improvisé qui s’en est suivi au bar pendant l’entracte). Il y a également eu un peu de danse, j’ai notamment été très impressionnée par un des danseurs et par certains mouvements de groupe très réussis. A l’entracte, de très belles photos de Cuba en noir et blanc étaient exposées ainsi que des affiches que je n’ai malheureusement pas vues tant il y avait de monde.

#Libre

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          Pour la comédie musicale, difficile de juger sans avoir tout vu, même si ça donne une première idée. Dans l’ensemble, j’ai trouvé que c’était plutôt prometteur. J’ai beaucoup aimé les deux acteurs principaux. Dans l’ensemble, il y a de très belles voix dans ce casting et j’ai beaucoup aimé la partie orchestrale. J’ai en revanche trouvé dommage qu’il n’y ait pas plus de parties dansée mais ce sera peut-être le cas dans la versions définitive. Les paroles n’étaient pas toujours faciles à comprendre mais je pense que c’était un simple problème de balance. Enfin, difficile de saisir toutes les subtilités de l’histoire quand on ne l’a pas dans son intégralité mais ça semble prometteur. Ca m’a donné envie d’aller la voir lors de sa sortie.

When we rise

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           When We Rise se présente comme une chronique des luttes personnelles et politiques, les revers et les triomphes, d’hommes et de femmes militants pour les droits LGBT, et plus largement sur l’histoire du mouvement des droits des homosexuels.

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           Quand j’ai commencé à regarder cette série, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Tout ce que je savais, c’est ce que disais le synopsis du 1° épisode et que c’était réalisé par Gus Van Sant (il a  en réalité co-réalisé uniquement les 2 premiers épisodes), ce qui était plutôt prometteur. Les tout premiers épisodes parlent de la lutte pour le droit des homosexuels aux Etats-Unis. Mais très vite, le sida fait son apparition et c’est la lutte pour la reconnaissance de l’épidémie qui prend le dessus, même si les deux sont intimement liées, en grande partie parce que l’arrivée de la maladie met en péril les droits durement acquis et fait ressurgir de vieux relents d’homophobie de manière particulièrement véhémente.

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           Dès le début, j’ai bien aimé cette série. Le sujet, les personnages, la manière dont les choses sont traitées, j’ai beaucoup son côté quasi-documentaire, contestataire et en même temps assez romanesque de par l’intensité qu’elle revêt. Mais j’avoue que la seconde partie m’a plus intéressée encore que la première. Certains le savent peut-être même si ça commence à dater sérieusement mais j’ai fait mon mémoire de master sur Hervé Guibert et la littérature sur le sida. J’en ai gardé un fort intérêt pour tout ce qui touche au sujet, que ce soit en littérature ou au cinéma, même si finalement, quand on ne court pas après, les occasions sont assez rares (n’oublions pas le magnifique Dallas Buyer Club).

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           Je suis assez informée sur le début de l’épidémie – en France du moins – et les premiers traitements. Je me suis surtout penchée sur l’aspect littéraire, à travers de nombreux témoignages. Quelque chose de souvent assez intime donc, loin de l’aspect politique. J’ai été très choquée par ce que raconte cette série. Je ne sais pas trop comment cet aspect des choses avait pu m’échapper (en partie du moins, disons que je n’en avait pas saisi l’ampleur) : on a sciemment laissé mourir des gens. Des centaines de milliers de personnes mortes dans l’indifférence générale. Comme le dit un des personnages, on a affaire à un génocide. J’avoue que la prise de conscience a été brutale.

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           J’ai beaucoup aimé cette série qui gagne en puissance au fil des épisodes. Le sujet est passionnant et la série couvre en peu de temps (8 épisodes) une large période. Ca passe presque trop vite tant il y a à dire mais ça permet de donner du rythme à l’ensemble. Le réalisateur se concentre sur l’essentiel et parvient à mettre en avant les moments clefs de la lutte. L’évolution des causes est très bien cernée et la série ne se disperse pas, tout en parvenant à dépeindre des personnages forts et attachants qu’on suit une grande partie de leur vie et dont on voit l’évolution. Une série engagée comme on aimerait en voir plus souvent : à ne pas rater.

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Pablo, t1 : Max Jacob

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          Ce 1er opus de Pablo commence au Bateau-Lavoir, logement pour bohèmes situé au sommet de la Butte, où Picasso rencontra Fernande, le premier grand amour de sa vie. Il en fera des centaines de portraits. Au cœur de leur existence, il y aura entre autres Max Jacob.

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          Depuis le temps qu’il attend dans ma bibliothèque, ça y est, j’ai enfin lu le tome 1 de Pablo, la BD sur Picasso dont on a tant parlé. J’avais reçu le tome 2 à une occasion dont je ne me souviens plus et devant le chroniquer rapidement, je m’étais retrouvée à le lire en premier, bien que ce ne soit pas l’idéal de prendre les choses dans le désordre. Je n’avais pas du tout accroché avec le dessin, un peu « brouillon » à mon goût, ni avec la police utilisée, qui fait un peu écriture manuscrite version patte de mouche et est assez difficile à lire. Pourtant, même si mon avis était assez mitigé, j’avais été plutôt intéressée par l’histoire qui m’avait appris pas mal de choses. La série compte 4 tomes et je me disais que je verrais si ça valait le coup d’acheter les 2 dernier après avoir lu le premier.

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          Bon, si le deuxième tome m’avait presque convaincue, le premier n’a pas eu le même effet… Évidemment, les reproches sur le dessin et surtout la typo sont les mêmes, mais surtout, on ne peut pas dire que l’arrivée du jeune Pablo à Paris m’ait passionnée. Ca peine à démarrer et il est franchement tête à claque. Autant j’avais trouvé que le tome 2 éclairait bien la vie de l’artiste, autant là j’ai trouvé que ça peinait à trouver une ligne directrice claire : ça part un peu dans tous les sens et j’ai eu le plus grand mal à me passionner pour les frasques d’étudiant du futur maître du cubisme. J’ai trouvé les personnages presque plus insupportables les uns que les autres.

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          Je relis au passage mon article sur le premier tome qui commence à dater sérieusement et je me rends compte que sur le style, j’y disais la même chose quasiment mot pour mot. Mais non, je ne suis pas du tout du genre à avoir des idées arrêtées voyons… Bref, je pense que si j’avais commencé par le tome 1 comme les gens normaux, je n’aurais jamais lu la suite de cette série. Pourtant, l’histoire du 2 et son ambiance m’avaient vraiment séduite. Du coup je suis un peu perdue là. Alors on fait quoi ? Je ne pense pas acheter les deux derniers tomes mais j’espère avoir l’occasion de les emprunter pour les lire et me faire un avis plus tranché sur cette série qui a bien quelques défauts mais dont le sujet n’en reste pas moins prometteur.

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Mes lectures de janvier

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          Pour la rentrée littéraire de janvier, je comptais vous faire de jolis articles thématiques, avec les polars d’un côté, les romans étrangers de l’autre et même peut-être un petit article sur la littérature française. Bref, je voulais faire les choses bien. Tout avait bien commencé, on était à peine mi-janvier que j’avais déjà lu la moitié des titres reçus, j’étais dans les temps, la vie était belle. Et puis, j’ai commencé un nouveau roman sur ma liseuse, sans bien savoir de quoi il s’agissait. Ca me plaisait mais ma lecture semblait ne jamais avancer alors je suis allée voir sur internet de quoi il retournait… 960 pages ! J’avais commencé un monstre de 960 pages en grand format ! C’était il y a 2 semaines et je suis encore bien loin de la fin. Heureusement, j’aime beaucoup, mais ça a ruiné mes chances d’en finir vite avec la rentrée de janvier. Si j’avais su je l’aurais gardé pour la fin, le mal est fait. Je ne me vois pas attendre un mois de plus pour vous parler de livre lus il y a déjà un mois, on va donc revenir à la bonne vieille méthode chronologique : premier arrivé, premier servi. Voici donc mes lectures de janvier.

Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt

Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d’un homme dans une brasserie.
Aussitôt, elle sait.

Danser au bord de l'abîme, couvertureJe n’avais jamais rien lu de Grégoire Delacourt mais j’en avais bien sûr pas mal entendu parler. A vrai dire, ses romans ne m’avaient jamais réellement tentée mais en entendant parler de celui-ci, je me suis dit que ce serait peut-être l’occasion de tenter. Le sujet ne m’inspirait pas plus que ça mais bon, pourquoi pas, on ne sait jamais. J’ai bien aimé le début. L’écriture est agréable et sans que je sache bien pourquoi je me suis attachée à ce personnage et à ses failles. Il y a une certaine fragilité dans ce texte que j’ai trouvée touchante. J’ai un peu moins accroché avec la deuxième partie. Je n’y ai pas retrouvé le même équilibre. Je ne veux pas trop vous en dévoiler mais la fin m’a également un peu déçue, j’ai trouvé que ça manquait de finesse. Dans l’ensemble tout de même, ce roman réserve de bonnes surprises et n’est pas dépourvu de délicatesse. Un peu inégal mais touchant.

Je crois que l’on trébuche amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible. Une faim jamais comblée.

No home, Yaa Gyasi

Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, nées à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Un voyage époustouflant dans trois siècles d’histoire du peuple africain.

No home, couvertureVoici un de mes coups de cœur de cette rentrée de janvier. Le roman suit deux sœurs qui ne se connaissent pas. Deux lignées qui connaîtront des destins bien différents. Le roman alterne les histoires de la famille d’une sœur et de l’autre, passant au fil du temps d’une génération à l’autre. J’ai mis un peu de temps à m’accoutumer au procédé mais finalement ça fonctionne plutôt bien. Ce roman est très ambitieux et le résultat est assez convaincant. A travers ces deux branches d’une même famille, l’auteur revient sur l’esclavage : à la fois ceux qui l’ont subi et les conséquences sur leurs descendants, mais aussi ceux qui y ont contribué et l’impact sur leur culture. C’est tout simplement passionnant ! Bien sûr, étant donnée l’ampleur du sujet, les différents aspects mériteraient parfois d’être approfondis, tout comme on aimerait que certains personnages (la plupart à vrai dire tant ils sont tous réussis) aient plus de place dans l’histoire, il aurait fallu une véritable saga pour cela. On arrive tout de même à saisir les enjeux de ce sujet extrêmement complexe, ce qui est déjà énorme. Un roman passionnant et nécessaire, fort et émouvant.

Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même.

Solovski, Claudio Giunta

Ils étaient trois amis florentins, partis pour cet archipel au nord de la Russie afin de restaurer un monastère pour le compte de l’Unesco. Ils ne sont jamais revenus.

Solovski, couvertureCommencer un polar qui se passe au nord de la Russie un jour de tempête de neige, voilà qui semblait pour le moins adapté. Au moins j’ai de suite été plongée dans l’ambiance ! Le pitch de départ me tentait bien, c’était plutôt alléchant. Quant au résultat… je suis plus mitigée. La bonne nouvelle, c’est que c’est bien écrit, c’est très agréable à lire. Je ne connaissais pas les îles Solovski et j’ai été contente d’en apprendre un peu sur ce petit bout de Russie. En effet, le livre semble bien documenté et j’ai apprécié ses aspects historiques, même s’ils ne sont pas au centre du récit. Dans l’ensemble il ne se passe pas grand chose, il faut bien le dire. Et les personnages ne sont pas très sympathiques, mais ils sont en revanche assez fouillés et « humains » (c’est bien ce qui les rend agaçants d’ailleurs). L’intrigue prend un tout plutôt inhabituel. En effet, plus que le mystère de la disparition de ces trois jeunes hommes, c’est le journaliste qui est au cœur du récit, c’est à peine si l’enquête passe avant ses peines de cœur. Ca donne un roman particulier, qui manque un peu de rythme à mon goût mais parvient à attiser notre curiosité. Pas un grand polar mais un livre assez original qui nous place dans une belle ambiance hivernale.

Comment se fait-il qu’à partir du moment où un être humain montre qu’il a peu ou vraiment besoin d’un de ses semblables, celui-ci s’éloigne ?

Canicule, Jane Harper

Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Terrassée par une sécheresse sans précédent qui désespère les fermiers. Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ? C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste : Luke a menti.

Canicule, couvertureAprès le grand froid, j’ai plongé dans la canicule : changement total d’ambiance. Je ne savais pas trop qu’attendre de ce roman (les a priori hein…) mais ç’a été une très bonne surprise. Je suis de suite rentrée dans cette ambiance de fournaise, dans une petite ville où les rumeurs vont bon train et où tout le monde est sur les dents à cause de la sécheresse. Avec les deux pieds dans la cheminée, je m’y croyais presque. Le point de départ est simple : une famille assassinée, seul le bébé a survécu, le père est accusé d’avoir procédé au carnage avant de se suicider, son meilleur ami vient pour l’enterrement et décide à contre-coeur d’enquêter. J’avoue être très vite rentrée dans cet univers particulier qui regorge de secrets plus ou moins bien cachés. Les personnages sont complexes et ne manquent pas de nous surprendre. Au fil des pages, les pistes se multiplient et il semble de plus en plus difficile de désigner un coupable, d’autant plus que le passé s’en mêle. J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman très bien ficelé qui sait brouiller les pistes : haletant.

La mort modifie rarement les sentiments que l’on éprouve pour quelqu’un. Et quand c’est le cas, la plupart du temps, elle ne fait que les renforcer.