Cinéma·Mes lectures

Histoires de croque-morts

          Je sais, ce titre est bizarre, mais on fait les rapprochements qu’on peut. Et comme le sujet est revenu sur le tapis deux fois de suite, hop, voilà, un article.

Fun home : une tragicomédie familiale, d’Alison Bechde

 

          Bruce Bechdel enseigne l’anglais dans une petite ville de Pennsylvanie tout en dirigeant le  » Fun Home « , le salon funéraire familial. Sa sensibilité, sa passion des livres, son raffinement s’expriment tant dans l’embaumement des corps que dans la restauration obsessionnelle de sa maison et la dictature esthétique à laquelle il soumet sa femme et ses trois enfants. La jeunesse d’Alison, sa fille, est envahie par l’ombre de ce père aux secrets brûlants, ogre des sentiments à la fois distant et infiniment proche.

51s0XKge3yL._SX346_BO1,204,203,200_Ca faisait un moment que je lorgnais sur ce livre sur l’étal de ma librairie et je dois avouer que j’ai été assez surprise, je n’avais pas dû lire attentivement la quatrième de couverture. J’avais retenu l’aspect tragi-comédie familiale (c’est le sous-titre en même temps me direz-vous) mais pas du tout que le père gérait un funérarium. Mais comme j’aime bien les surprises… Et puis il faut bien admettre que ce n’est pas commun au moins ! J’ai beaucoup aimé cette BD qui pourtant était assez différente de mes attentes. J’ai de suite accroché avec le dessin, au crayon, en noir et blanc. Côté écriture, c’est tout aussi bien. J’ai beaucoup aimé l’humour grinçant de l’auteur. Elle parle de sa famille avec un recul et une ironie tout à fait délectables. Il faut dire qu’il y a de quoi raconter, elle n’a pas exactement eu une enfance « classique ». Elle a une manière de parler d’elle-même assez savoureuse. Il se dégage pourtant une certaine tristesse de ce roman graphique plus sérieux qu’il n’y paraît. Une très bonne lecture qui vous rassurera sur votre famille.

Mes frères et moi nous ne pouvions pas rivaliser avec les lampes astrales, les girandoles et les chaises Hepplewhite. Elles étaient parfaites. J’en vins à détester sa façon de traiter ses meubles comme des enfants et ses enfants comme des meubles. Très tôt, une préférence marquée pour l’épuré et le fonctionnel apparut chez moi.

Une belle fin, d’Uberto Pasolini

 

          Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

402409Ce film me tentait bien. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être en raison de ces bonnes critiques. Peut-être aussi parce que je crois que je l’associais un peu à Joyeuses funérailles dont l’humour grinçant m’avait séduite. Je m’attendais à quelque chose de plus… drôle. Allez donc savoir pourquoi ! Ce film est au contraire très sombre. Très sobre aussi. C’est étrange, je me suis ennuyée une bonne partie du temps et pourtant je l’ai trouvé intéressant. Le personnage principal est terne, un petit fonctionnaire à la vie bien rangée. La réalisation est un peu à son image : irréprochable mais franchement tristounette. Un film gris et triste mais qui soulève pourtant des questions intéressantes. Il est remarquablement interprété par Eddie Marsan qui lui donne une certaine profondeur dont il aurait sinon sans doute un peu manqué. Malgré son côté un peu trop sage et morose, ce film s’avère émouvant par moments. Si la forme manque de fantaisie, il n’y a pas grand chose à redire sur le fond. Un beau film sur la solitude.

Cinéma·Mes lectures

Gemma Bovery : un livre, un film

         Martin est boulanger en Normandie. Il est passionné de littérature et Madame Bovary est son roman préféré. Quand des anglais, Charly et Gemma Bovery, s’installent en face de chez lui, il y voit un signe. Leur comportement lui semble inspiré des personnages de Flaubert. Sous le charme de la belle Gemma, il va tout faire pour influer sur son destin.

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         Gemma Bovery, c’est avant tout un roman graphique de Posy Simmonds. Après Tamara Drewe, adapté au cinéma par Stephen Frears en 2010, c’est au tour de cette histoire d’arriver sur nos écrans avec cette fois encore Gemma Atterton dans le premier rôle. L’éditeur m’a gentiment fait parvenir un exemplaire du livre afin que je puisse en parler à l’occasion de la sortie du film. Mon erreur aura été de lire le livre en premier. Ne jamais lire un livre avant d’aller voir le film qui en est tiré ! A moins d’avoir eu le temps de presque tout oublier de l’histoire, c’est s’exposer à une déception quasi-certaine. L’inverse est toujours plus flatteur. Ceci étant dit, voyons quand même ce qu’il en est de cette BD et de son adaptation au cinéma.

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         J’ai été assez surprise par le livre de Posy Simmonds avec lequel le nom de « roman graphique » prend tout son sens. Le texte est extrêmement présent, ce qui m’a franchement déroutée. On est loin de la BD traditionnelle ! Il y a pourtant un poil trop de dessin pour parler de roman illustré. Jamais l’appellation de roman graphique ne m’avait parue aussi limpide tant l’équilibre entre texte et image est fort. Les deux se complètent d’ailleurs parfaitement. Toutefois, je dois avouer qu’au début autant de texte m’a un peu rebutée. Je lis beaucoup de romans, même des pavés, mais quand j’ouvre une BD j’ai envie de quelque chose de léger, rapide, facile – dans une certaine mesure en tout cas. Je dois admettre que j’ai eu un peu de mal à me plonger dedans.

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         Après quelques pages, j’ai été assez prise par cette histoire qui ne manque pas d’humour. Cette réinterprétation d’Emma Bovary est teintée d’une ironie qui lui donne beaucoup de charme. Je me suis finalement laissée prendre au jeu de cette réécriture. A priori, je n’aime pas trop qu’on réécrive, continue ou interprète les classiques (je vous en parlais déjà pour Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary, qui décidément a du succès côté réécriture). Je suis sans doute vieux jeu mais je trouve que les classiques doivent rester à leur place, je suis toujours mal à l’aise devant la vision qu’ont les autres de ces textes qu’on connaît tous et qui souvent diffère de la nôtre. J’ai bien ressenti cette petite gêne ici mais la réécriture est tellement décalée que ça passe finalement plutôt bien.

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         Bien que très dense, le texte va droit au but et réinvente avec beaucoup d’inventivité et d’humour le roman de Flaubert. J’ai trouvé l’idée d’un homme tellement obsédé par son livre préféré qu’il tient absolument à ce que ses voisins vivent les mêmes aventures vraiment très chouette. Ca crée un décalage juste suffisant pour que la référence au texte de départ soit claire sans être pesante. Le dessin apporte souvent des nuances au texte et l’enrichit. Bien que ce ne soit a priori pas le style de BD que je préfère, je l’ai trouvé très agréable et j’ai aimé cette lecture. 

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         Le film est une adaptation très fidèle. Je l’ai vu de suite après avoir fini de lire la BD et la plupart des dialogues sont mot pour mot les mêmes que dans le texte d’origine. C’est d’ailleurs assez déroutant quand on les a encore bien en tête. J’avoue que même si j’adore Gemma Atterton, je ne l’aurai pas spécialement vue dans ce rôle. Au début, Gemma est sensée être grosse et moche du coup choisir une actrice aussi belle et qui serait sublime même avec un sac à patate me semble relativement peu judicieux. Mais bon, comme c’est une actrice que j’aime bien et que je vois finalement assez peu, ça ne m’a pas tellement dérangée.

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         J’ai bien aimé ce film mais j’ai trouvé qu’il n’apportait pas grand chose par rapport à la BD. J’ai trouvé qu’à l’écran les personnages avaient moins de profondeur que sur le papier. Gemma est moins sympathique dans le livre mais ses petits défauts agaçants la rendent aussi plus humaine. Les rares modifications apportées à l’histoire ne m’ont pas franchement convaincue. Il aurait peut-être fallu prendre un peu plus de recul avec le texte pour mieux le mettre en valeur. Je n’ai pas tout à fait retrouvé le même humour et la même fraîcheur dans le film que dans le livre.

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         Les acteurs sont assez convaincants. J’avais peur que comme à son habitude Fabrice Luchini n’en fasse trop mais contre toute attente il est assez crédible en boulanger obsédé par sa jeune voisine. Formellement parlant, le film est assez lisse. J’ai trouvé que l’histoire passait parfois un peu vite sur certains aspects. Le film m’a semblé surtout centré sur l’adultère de Gemma, passant un peu sous silence les problèmes qui font le sel de cette histoire. Je suis toutefois mauvais juge, difficile d’apprécier à sa juste valeur le film quand on a encore autant le livre en tête. Je pense que ceux qui n’ont pas lu la BD l’apprécieront bien mieux. Un livre surprenant et plein de charme et un film assez réussi, extrêmement fidèle et qui se regarde avec plaisir. Gemma Bovery mérite qu’on la découvre.

Mes lectures

Pyongyang, les aventures pleines d’humour de Guy Delisle en Corée du Nord

          Guy Delisle est animateur et son travail l’amène jusqu’à Pyongyang, capitale de la très fermée Corée du Nord. Trois mois dans un autre monde, aux antipodes du mode de vie occidental. Un séjour qui va s’avérer plein de surprises, rarement bonnes. 

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          J’avais beaucoup entendu parler de cet auteur, célèbre pour ses BD pleines d’humour qui relatent ses aventures dans des pays étrangers. Pourtant, le dessin m’avait jusque-l) arrêtée. J’ai toujours aimé les illustrations très travaillées et ici on est plutôt dans du croquis, de l’instantané, ce à quoi j’ai du mal à me faire. Pourtant, quand j’ai demandé un conseil BD (roman graphique en l’occurrence mais on ne va pas chipoter) à mon libraire, c’est celle-ci qu’il m’a proposée, je me suis donc enfin décidée à voir de quoi il retournait.

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          Je dois avouer que mis à part le dessin qui ne m’a guère emballée, j’ai de suite accroché avec cette BD pleine d’humour. L’auteur croque sa vie en Corée du Nord avec une fraîcheur et un recul délectables. Je l’ai trouvé d’une grande justesse. Il a sans nul doute un grand talent d’observateur et sait faire partager ses expériences. Les situations plus cocasses les unes que les autres sont avant tout l’occasion de nous parler d’un pays dont on ignore à peu près tout. Le contraste entre la légèreté de l’auteur et la rigueur de ses hôtes met en avant le climat de terreur qui règne sur le pays.

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          Suivre les aventures de notre « héros » est absolument passionnant. Non seulement on en apprend plus sur ce pays, sa politique, la manière dont vivent les gens (même si ici on voit surtout les expatriés étant donné qu’il est interdit de se mêler à la population), mais l’humour dont fait preuve Guy Delisle est délectable. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup ri. J’ai adoré cette BD qui derrière son humour corrosif s’avère très instructive, j’en ai même oublié que les dessins ne m’inspiraient guère et je n’ai qu’une hâte, lire tout ce que l’auteur a écrit d’autre ! 

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Mes lectures

Lulu femme nue – Une jolie BD d’Etienne Davodeau

          Lulu cherche un travail. Un jour, après s’être rendue une nouvelle fois à un entretien qui n’a pas fonctionné, elle décide de ne pas rentrer chez elle rejoindre son mari et ses enfants. Quelques jours de liberté durant lesquels elle va faire de belles rencontre et retrouver peu à peu le goût de vivre.

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          J’ai beaucoup entendu parler de cette BD mais ne l’avait toujours pas lue. J’ai également raté le film lors de sa sortie. Ma maman l’avait vu et beaucoup aimé, pour la fête des mères, je lui ai donc acheté la BD, bien qu’elle n’en lise pas habituellement. J’en ai profité pour lui emprunter aussi sec et la lire moi aussi (comment ça ça ne se fait pas de piquer les livres qu’on vient juste d’offrir ?). Je dois avouer que j’ai littéralement dévoré cette BD qui se lit vraiment très bien. Pourtant, j’ai eu une pointe déception au début de ma lecture.

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          Je m’attendais à une histoire très émouvante et j’ai été assez surprise par la sobriété du style. Il y a assez peu de texte et j’ai mis un certain temps à m’habituer aux silences qui prennent une grande place dans l’histoire. Mais peu à peu, ce qui m’a d’abord déroutée est finalement apparu comme un des points forts de cette BD tout en sensibilité. Les choses se mettent en place peu à peu et les sentiments sont évoqués avec pudeur et une économie de mots qui finalement lui donne une teinte peut-être un peu nostalgique que j’ai bien aimée. Le dessin, un peu vaporeux et aux couleurs pastel, renforce cette impression.

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          L’histoire de cette femme effacée qui prend goût à la liberté et se redécouvre est touchante. Il y a des moments tantôt drôles, tantôt tendres et la réaction de la famille, entre inquiétude et compréhension, est très bien construite. J’ai de suite imaginé quel film ça pouvait donner, en remplissant les blancs laissés par le texte, ça m’a donné très envie de voir l’adaptation qui en a été faite et qui doit donner une autre dimension à l’histoire. Une BD tout en retenue mais assez touchante dont l’histoire est je pense assez universelle. Une belle découverte.

Mes lectures

La cuisine du diable – Plongez au coeur de la mafia avec Damien Marie et Karl Tollet

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          Le jeune Anthony grandit à Little Italy, à New-York, dans les années 30. En pleine prohibition, la mafia gangrène tout et il voit ses parents mourir sous ses yeux, fauchés par une rafale de mitraillette. Pour sauver sa peau et celle de ses frères, ce gamin va déclencher une véritable guerre des gangs.

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          Je dois avouer que le titre ne m’inspirait guère… Mais cette BD m’avait été très chaudement recommandée, j’ai donc fini par me lancer. Grand bien m’en prit ! Quel régal ! J’ai beaucoup aimé le dessin, fin et précis, à l’aquarelle, un style que j’apprécie et qui m’aide à entrer plus rapidement dans l’histoire. Et celle-ci est passionnante. On plonge dans les bas-fonds de New-York pour découvrir les dessous de la mafia : la cuisine du diable.

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          Anthony est un personnage très attachant, tout comme Candice, sa jeune amie pour qui il serait prêt à tout. L’univers qui est le leur est très sombre : drogue, alcool, prostitution, meurtre et violence sont leur quotidien. L’incroyable détermination de cet adolescent donne envie de suivre jusqu’au bout ses aventures aux nombreux rebondissements. Un dessin accrocheur et un scénario passionnant font de cette BD un grand moment de lecture sur fond historique : une fois qu’on l’a ouverte, impossible de la lâcher !

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