Mes lectures

Martin WINCKLER, Le Choeur des femmes

        Jean est une jeune et brillante interne qui se destine à la chirurgie. Quand elle apprend qu’elle va devoir passer six mois dans le service du Docteur Karma, dans le service de « Médecine de la femme », où le travail consiste essentiellement à écouter et conseiller, elle voit rouge. N’est-ce pas gâcher son talent et ses compétences que d’écouter des problèmes de bonnes femmes ? Mais peu à peu, malgré son agacement, elle va commencer à changer et à remettre en question sa vocation.

        Je ne sais trop que dire de ce livre. Pour commencer, j’ai lu ses 660 pages en moins d’une semaine, ce qui est plutôt bon signe. Les premières pages m’ont quelque peu déstabilisée. Le style est plus que trivial. C’est écrit avec plus de grossièreté que je n’en emploie dans mes jours les plus sombres, ce qui n’est pas peu dire étant donné ma fâcheuse tendance à employer un langage par trop fleuri. J’ai donc eu beaucoup de mal avec la vulgarité qui s’insinue jusque dans la narration. Je suis vieux jeu, la littérature doit rester un lieu où le langage est sublimé (même si de nos jours on peut déjà s’estimer heureux lorsqu’il n’est pas maltraité), au moins en dehors des dialogues. Un style qui m’a donc refroidie.

          J’ai toutefois poursuivi ma lecture à la fois parce que c’était facile à lire, parce que ce livre était un cadeau et parce que j’avais déjà abandonné lâchement deux romans d’affilée et que je me sentais le devoir de ne pas lâcher celui-ci si facilement. Les personnages sont assez attachants. On se laisse vite prendre à l’histoire. J’ai parfois trouvé le milieu médical trop présent. Je sais, ça se passe dans un hôpital, c’est donc normal, mais le compte rendu de chaque consultation dans le détail n’était peut-être pas indispensable. Mais n’oublions pas que l’auteur est médecin, c’est donc pour lui l’occasion de placer des informations sur la contraception, souvent bienvenues.

         Malheureusement, l’aspect informatif prend souvent trop le pas sur le romanesque de manière pas toujours très subtile. J’ai donc sauté pas mal de passages. C’est en plus dégoulinant de bons sentiments qui, comme chacun le sait, ne sont pas mon point fort. Enfin, la fin est totalement tirée par les cheveux, digne du pire nanar américain. Toutefois, malgré ses nombreux défauts, ce livre reste agréable à lire et j’y ai pris plaisir. J’ai appris deux ou trois choses au passage qui plus est. Un peu maladroit mais touchant.

Les filles qui déballent leurs états d’âme pour attendrir les mecs, très peu pour moi, et puis je suis en fin de cinquième année et je suis l’interne la mieux notée du service et même du CHU alors merde.

_______________

Là, j’ai envie (une fois encore) de l’étrangler. C’est le mot « employeur » qui me fait bouillir. Je ne suis employée par personne. Je ne suis le jouet de personne. Je suis mon propre maître. Et si cet abruti pense que…

_______________

Tantôt il me vole dans les plumes, tantôt il m’écoute. Qu’est-ce qu’il veut à la fin ? Il me fait perdre mes moyens. Et moi, j’oublie ma pilule le soir et je fais n’importe quoi, je décide de l’arrêter sans réfléchir aux conséquences. Si j’ai une migraine pas possible, c’est de sa faute !

Mes lectures

Maylis de KERANGAL, Naissance d’un pont

          J’avais beaucoup entendu parler de ce livre l’année dernière (en bien) et me l’étais fait offrir à Noël après qu’il ait reçu le prix Médicis. Ceux de mon entourage qui l’avaient lu ne tarissaient pas d’éloges à son sujet. Après avoir longuement attendu pour une raison indéterminée, je me suis donc lancée dans cette lecture avec enthousiasme à peine mon mémoire présenté.

          Eh bien je serai brève : je n’ai pas du tout accroché, mais alors, PAS-DU-TOUT !!! Le style m’a horripilée dès les premières pages. J’ai eu beau tenter de me raisonner, rien à faire, c’est une réaction épidermique totalement incontrôlable. Le livre présente plusieurs personnages, pensant que c’était peut-être simplement le premier qui me dérangeait, j’ai feuilleté la suite, lisant de longs passages au hasard : non, non et non, rien à faire, cette écriture me crispe, j’ai dû refermer le livre aussitôt ouvert.

          Je vous passerai donc l’histoire (la construction d’un pont à travers l’histoire de plusieurs personnages), et ne citerai qu’un court extrait étant donné que je n’ai même pas réussi à avancer assez pour me faire une idée. Il y avait longtemps qu’une plume ne m’avait pas tant rebutée. La déception de l’année.

_______________

Téléporté ainsi de biotope en biotope, à bord de vols long-courrier finissant bien souvent en coucou biturne, il ne reste guère plus de dix-huit mois sur un site et ne voyage jamais, dégoûté de l’exotisme, de sa trivialité.

Mes lectures

Lutz BASSMANN, Les aigles puent

          Dans une ville ravagée, Gordon Koum cherche les corps de sa femme et ses enfants dans les décombres. Lui-même irradié, au seuil de la mort, il leur rend un dernier hommage à travers la voix d’un pantin trouvé dans les gravas.

          « Lutz Bassmann appartient à une communauté d’auteurs imaginaires » (paroles de l’éditeur), plus connu sous le pseudonyme d’Antoine Volodine. L’année dernière, il avait réalisé l’exploit de publier trois romans, sous trois noms différents (et chez trois éditeurs) pour la rentrée littéraire. J’en parle ici à l’occasion de la lecture de très très bon Écrivains. L’objectif était de montrer que le texte est indépendant de la biographie (Antoine Volodine est notamment connu pour ses thèses formalistes) et que le même homme pouvait écrire trois textes totalement différents. L’objectif est intéressant et j’avais donc acheté les deux autres livres afin de voir ce qu’il en était.

         J’ai été bien moins convaincue par ce texte que par Écrivains. Le texte est sombre, très sombre, trop sombre. Un texte d’anticipation dans un univers sans espoir, genre avec lequel j’ai beaucoup de mal à accrocher. Ce n’est pas que je tienne beaucoup aux histoires joyeuses, mais tout de même… Toutefois, si je n’ai pas du tout adhéré à l’univers, je suis restée éblouie par ce style magistral. D’un point de vue purement stylistique c’est sans doute encore meilleur que l’ouvrage sus-cité qui m’avait laissée muette d’admiration des jours durant.

          Il m’a semblé voir dans ce texte quelques points communs avec le livre précédent (dans l’ordre de mes lectures, en réalité, ils sont parus en même temps). Sans doute est-ce uniquement parce que j’ai inconsciemment cherché cette ressemblance. Quelques vagues réminiscences mises à part, c’est un ouvrage totalement différent de celui que j’avais lu, tant par l’univers que par l’écriture. Bien que je n’aie pas tellement apprécié ce livre, je ne peux que m’incliner devant un tel talent. Reste à savoir si le troisième roman vient confirmer la réussite de l’incroyable entreprise de l’auteur. La réponse bientôt.

_______________

Renoncer à ce qui suscite la protestation des vivants, à leurs petites indignations qui, la plupart du temps, sont insultantes pour les morts. Accepter le contact épuisé, non poétique, avec les morts.

Club lecture·Mes lectures

Club-lecture 9°, octobre : Michel Folco

          Notre club lecture s’est réuni mardi soir, avec deux nouvelles recrues. Nous nous réunissions non pas autour d’un livre mais d’un auteur : Michel Folco, auteur de roman historiques humoristiques. Deux titres au choix : Dieu et nous seuls pouvons, l’histoire d’une lignée de bourreaux ; et Un loup est un loup sur une famille de quintuplés dont un décide de partir vivre avec des loups. Deux histoires improbables donc, mais au contexte hautement documenté. Un mélange inhabituel.

          La grande majorité d’entre nous a choisi Dieu et nous seuls pouvons. Celle qui a choisi l’autre roman l’a trouvé long à démarrer, avec beaucoup de descriptions (de lignées notamment) et de références historiques obscures (que ce soit par le vocabulaire ou les noms de personnages) qui empêchent de comprendre de suite l’humour de l’auteur et surtout où il veut en venir. Un démarrage un peu longuet donc, qui lui a moyennement donné envie de continuer.

           Concernant Dieu et nous seuls pouvons, un démarrage sur les chapeaux de roues au contraire (un infanticide dès la 3° page). Quelques digressions mais dans l’ensemble un rythme très soutenu qui demande une lecture active (pas question de sauter un paragraphe sous peine de ne plus retrouver le fil de l’histoire). Le sujet semble sombre mais est traité avec beaucoup de légèreté et d’humour. C’est cynique, cruel parfois, un rien malsain de temps en temps. On hésite entre dégoût et franche rigolade. 

        Pour ma part, je suis une inconditionnelle ! J’adore cet humour grinçant. Le style léger cache une profonde assise historique. On est loin de l’image poussiéreuse du genre ! Si les personnages sont totalement farfelus, le contexte est lui bien réel, tout comme les lois s’appliquant aux bourreaux. On se cultive donc tout en se délectant de scènes un peu sordides et en souriant aux déboires des personnages. J’ai visiblement fait une nouvelle adepte, prête à son tour à convertir la moitié de son entourage. Mission réussie donc (oui oui, je fais du prosélytisme, j’assume totalement). Les autres n’avaient pas fini leur lecture et s’ils semblaient moins débordants d’enthousiasme, ils appréciaient toutefois leur lecture. Cette lecture me tenait vraiment à coeur étant donné mon amour inconditionnel pour cet auteur qui à mes yeux frôle la perfection et je suis enchantée que dans l’ensemble ces livres aient été plutôt appréciés. J’espère que ça aura donné envie à ceux qui ne le connaissent de découvrir cet auteur à part. 

        Dans quelques jours, vous découvrirez ce que nous lisons le mois prochain. Nous avons choisi 3 classiques de la science-fiction que vous découvrirez ici-même dans quelques jours. En attendant, je voudrais remercier tous les participants du club-lecture pour cette soirée vraiment sympathique. Nous étions nombreux et la conversation a été aussi animée qu’intéressante, un vrai plaisir. Vivement le mois prochain qu’on recommence !


Il préférait se consacrer aux chevaux et aux femmes qu’il sélectionnait sur des critères identiques (pour être bonne, une jument ou une femme se devait de posséder une poitrine large, une croupe remplie et le crin long).

________________

C’était l’époque où la justice faisait combattre à mort les accusés sous prétexte qu’il était impensable que Dieu puisse bailler la victoire à un coupable. D’ailleurs, tant de gens croyaient en Lui qu’il eût été messéant qu’Il n’existât point.

_______________

Suivant un rythme identique à celui de l’agriculture, le cycle annuel du brigandage rural s’accélérait au printemps et en été pour se ralentir à la morte-saison et hiberner en temps de neige.

Mes lectures

Ernest HEMINGWAY, Une drôle de traversée

        A Cuba en 1933, Harry fait un peu de contrebande pour gagner sa vie entre deux locations de son bateau de pêche à des touristes. Après s’être fait arnaquer par un client, il se voit contraint de travailler avec Mr. Sing qui lui propose d’embarquer des clandestins chinois…

          Cette nouvelle inédite a donné naissance à un roman de l’auteur : En avoir ou pas. Je n’ai pas lu le roman mais la nouvelle se suffit à elle-même. J’ai retrouvé dans ce livre l’ambiance du Vieil homme et la mer. Ici tout est plus condensé. L’écriture va droit au but, simple et efficace. L’histoire est accrocheuse, un homme, un bateau, de la contrebande. Des pages assez animées donc. L’amour de la mer, de Cuba et de la pêche au gros transpire de ces pages. Il n’y a rien à redire à ce petit livre. C’est très bon, une lecture qui vaut le détour.

Ca faisait trois semaines qu’on trimballait cet oiseau-là pour pêcher dans le golfe, et je n’avais toujours pas vu la couleur de son fric, à part cent dollars qu’il m’avait donnés pour payer le consul et le droit de sortir du port.

________________

Si vous ne donnez pas du fil quand ils accrochent comme ça, ils le cassent. Aucun fil ne peut les retenir. Quand ils en veulent, il faut leur en donner. Il faut freiner en douceur.