Archives de Catégorie: Mes lectures

Tous les livres qui me sont passés entre les mains…

Mon autopsie de Jean-Louis Fournier

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          L’écrivain analyse sa personnalité, ses réflexions et sa vie. Il s’amuse de ses petits travers d’humain et propose de se réconcilier avec ces derniers, en les associant à un trait positif de son caractère, ainsi son orgueil et son humilité, son indifférence et sa sensibilité, sa poésie et sa cruauté.  

        On continue dans la lignée des romans un peu glauques de cette rentrée littéraire, même si celui-ci est humoristique. Livre après livre, Jean-Louis Fournier décortique sa famille. Ses fils, sa femme, sa fille : tout le monde y est passé. C’est cette fois-ci à sa propre personne qu’il s’attaque à travers cette autopsie imaginaire. Je ne sais trop que vous en dire. L’auteur a un style léger et fluide qui est plutôt agréable et il ne manque pas d’autodérision. S’il y a pas mal de choses qui m’ont gênée dans ce roman, sur le moment j’en ai trouvé la lecture plutôt agréable.

Couverture de Mon autopsie de Jean-Louis Fournier

          Pourtant, avec le temps, mon avis s’est très sérieusement dégradé et avec le recul j’en viendrais même à dire que ce roman est particulièrement mauvais. S’il m’arrive de ne déceler les subtilités d’un roman qu’à postériori, l’inverse est franchement rare. Je vais tenter de m’en expliquer. Sur le moment déjà, ça n’a pas été le gros coup de cœur, j’ai même hésité à abandonner ma lecture assez vite, n’y trouvant pas de grand intérêt. Mais ce livre étant facile à lire, j’ai continué et je l’ai même lu très rapidement, ne prenant pas vraiment le temps de me pencher sur ce que j’avais aimé ou pas. Une lecture facile et rapide, sans plus.

          Avec le recul, tout ce qui m’avait gênée à la lecture sans que je mette le doigt dessus est ressorti : un récit totalement nombriliste et sans intérêt, un mec qui sous couvert d’autodérision se prend quand même sacrément au sérieux, un texte qui survole les faits et ne va jamais au fond des choses, n’effleure jamais le moindre sentiment. Bref, c’est totalement creux et insipide. « Moi je, moi je, moi je ». Rien que d’y repenser, je me demande comment j’ai bien pu tenir jusqu’au bout de ce texte terriblement narcissique. Une lecture qui ne m’a pas demandé de gros efforts et s’est avérée avec le recul décevante.

Pour moi l’humour était un dérapage contrôlé, un antalgique, une parade à l’insupportable, une écriture au second degré, une rame à double tranchant, un détergent. Il nettoie, comme la pyrolyse, brûle les saletés, efface les taches, les préjugés, les rancœurs et les rancunes.

Le maître des livres

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          À la bibliothèque pour enfant « La rose trémière » vous êtes accueillis et conseillés par Mikoshiba, un bibliothécaire binoclard célèbre pour son caractère bien trempé. Mais contrairement à ce qu’il peut laisser paraître, c’est un professionnel de premier ordre. Aujourd’hui encore, adultes comme enfants perdus dans leur vie viennent à lui en espérant qu’il leur trouvera le livre salvateur.

Le maître des livres, couverture

          Vous le savez peut-être, je lis très peu de mangas, pour ne pas dire pas du tout. J’ai totalement échappé à la déferlante étant adolescente, leur préférant les classiques, version gros pavés de préférence. Ensuite j’ai rarement croisé leur route et je n’ai pas eu de coup de cœur suffisant pour un titre pour me donner l’envie de découvrir toute l’œuvre d’un auteur. J’en pioche donc un par-ci par-là sur les conseils d’amis ou quand la thématique m’intéresse. Il va s’en dire qu’avec un titre pareil celui-ci ne pouvait que m’intriguer. Il se trouve en plus qu’après l’avoir acheté j’ai lu pas mal de critiques positives dessus, j’avais donc hâte de me plonger dans ma lecture.

          Dès les premières pages, la déception a pointé le bout de son nez et j’ai senti que ma relation à ce livre risquait d’être compliquée. C’est… mièvre ! Ca dégouline de bons sentiments, c’est moralisateur, ça manque totalement de subtilité dans le message, bref, ça ne passait pas. Je me suis dit que j’allais quand même lui laisser une chance, après tout, ça pouvait très bien s’améliorer par la suite et devenir peut-être plus complexe. Je dois avouer que même l’arrivée du bibliothécaire passionné et acariâtre n’a pas suffit à m’adoucir. Je n’ai pas accroché du tout avec ce manga que j’ai trouvé terriblement niais par certaines réflexions et assez lourd. Une série que j’aurais pourtant tellement voulu aimer, j’en suis presque désolée.

Arriver à trouver le livre qui nous plaît parmi tout ce choix…C’est comme une sorte de chasse au trésor.
A quoi cela sert d’enlever ce plaisir aux enfants ?

La terre dévastée d’Emiliano Monge

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          Au fond de la jungle mexicaine, des projecteurs s’allument en pleine nuit: un groupe de migrants, trahis par leurs passeurs, est pris d’assaut par des trafiquants. Certains sont exécutés; les autres sont stockés dans des camions pour être livrés alentour. Sous la direction des deux chefs de bande, Estela et Epitafio, les convois prennent la route des montagnes. Ces amants contrariés jouissent des souffrances qu’ils infligent. Obsédés l’un par l’autre, ils tentent vainement de communiquer pour se dire leurs espoirs d’une nouvelle vie.

Couverture du roman Les terres dévastées

          Rentrée littéraire encore et toujours avec cette fois un roman dur et dérangeant. On délaisse un peu la littérature française pour le Mexique. Je lis assez peu de littérature Sud-Américaine (je sais, le Mexique est en Amérique centrale, pardon pour le raccourcis). Cette histoire de migrants me tentait beaucoup et me semblait terriblement d’actualité. L’occasion rêvée de sortir un peu de mes habitudes de lecture. J’ai lu quelques textes sur des migrants fuyants divers pays (Syrie et Afghanistan essentiellement). Des romans et témoignages émouvants, qui prennent aux tripes et donnent envie de se rebeller contre l’état des choses. Rien ne m’avait préparée à… ça.

          J’avais visiblement très mal lu la quatrième de couverture ou l’avais simplement oubliée. La terre dévastée n’est en effet pas un roman de plus sur l’immigration clandestine. Non, pas du tout. Si ça en est la toile de fond, les personnages principaux sont « de l’autre côté » des trafiquants d’êtres humains qui interceptent les migrants pour les réduire en esclavage et les vendre au plus offrant. Charmant. Je sais. Mais ce n’est pas là le pire. Non, le pire c’est que nos deux trafiquants sont tout ce qu’il y a de plus banal : un homme et une femme qui s’aiment, intensément, et essaient de trouver une solution pour être enfin réunis.

          Et là, très vite on ne sait plus. Est-ce qu’on doit détester les personnages ? Sans doute. Avoir pitié de leurs amours contrariées ? Peut-être. Angoissé à l’idée de la rébellion qui se prépare contre eux ? Les rebelles sont pires encore. Tout est tellement sombre et dérangeant qu’on en perd toute forme de repères. Les valeurs morales n’ont ici plus lieu. L’écriture, hyper travaillée, hachée, participe pleinement à ce malaise profond. Elle est parfois très belle, parfois presque difficile à suivre, suivant les pensées des protagonistes. Elle emprunte à Dante pour faire parler les hommes et femmes enfermés, mais aussi à des récits de migrants. J’ai rarement vu une écriture coller ainsi au plus près aux émotions qu’elle veut faire passer, ça a un côté épidermique qui tient plutôt de la poésie. Je noterai au passage la grande qualité de la traduction qui a réussi à reproduire ça. Un texte fort et dérangeant, que j’ai parfois hésité à arrêter tant il est éprouvant. Pas franchement un coup de cœur, mais à coup sûr un chef-d’œuvre.

Portrait d'Emiliano Monge

Ils nous ont attachés et jetés là, à l’intérieur…ligotés aux pieds par des lacets de chaussure…par des cordons de chargeurs de portable aux mains…et dans nos bouches nos propres chaussettes.

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Ce jour où ils se sont juré un amour éternel pendant qu’Estela, allongée sur Epitafio, traçait au feutre des lignes entre les points qu’à l’aide du poinçon du père Nicho elle avait imprimés sur la peau de son amant : comme dans un livre d’enfants.

L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard d’Isabelle Duquesnoy

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          Pour échapper à sa mère et séduire la ravissante et délurée Angélique, Victor Renard, jeune homme au physique disgracieux, apprend le métier d’embaumeur aux côtés de maître Joulia.

          Rentrée littéraire toujours (vous n’avez pas fini d’en entendre parler) avec un des premiers romans que j’ai lu cet été et mon premier coup de cœur de la saison. Je dois avouer que j’ai lu ce texte pour son titre. J’étais intriguée. Quant à la quatrième de couverture, je la trouvais alléchante, ça sentait l’univers bien sombre, avec une pointe d’humour tout de même (ou d’auto-dérision en tout cas), un peu de suspens et d’aventure, bref, ça avait l’air bien. J’ai de suite beaucoup aimé le style. Je ne suis pas sure que la comparaison soit très juste mais quelque part ça m’a un peu rappelé Le parfum de Süskind, un peu en raison de son univers et sans doute aussi pour son personnage principal assez peu charismatique. On reste toutefois ici dans quelque chose de bien moins tordu côté psychologie.

L'embaumeur ou l'odieuse confession de Victor Renard

          J’ai de suite beaucoup aimé le style, joliment travaillé, raffiné et qui pourtant garde une certaine légèreté. C’est très prenant comme écriture et vraiment agréable. Malgré le sérieux de la chose et le style un peu désuet tout à fait délectable, j’ai beaucoup aimé le petit côté décalé qui donne parfois à sourire : on sent que si l’auteur a beaucoup travaillé, elle s’amuse également beaucoup. C’est un régal. Quant à l’histoire, elle fonctionne bien également malgré des passages plus ou moins prenants. Bon, comme je vous le disais, le personnage principal n’attire pas au premier abord une sympathie brûlante. Difforme, pas spécialement malin, maltraité par sa mère, il pourrait à la rigueur inspirer la pitié mais même ça, on peine à lui accorder.

          L’avantage, c’est que pour la peine on se délecte pas mal de ses mésaventures. Surtout au début, on n’a de cesse de se demander ce qui va encore arriver à ce petit garçon geignard. Toutefois, un changement s’opère peu à peu. Notre ami Victor commence à se découvrir des compétences (étranges certes) et presque même des amis, et on devient moins dur à son endroit, on serait presque tentés de le plaindre, d’être de son côté (presque). J’ai bien aimé cet aspect là, cette difficulté à se positionner par rapport au personnage, à savoir ce qu’on pense réellement de lui. Ca change des psychologies bâclées et ça met le lecteur dans une situation finalement assez inhabituelle. Cela dit, si Victor n’est pas très charismatique, on se rend vite compte que comparé à la plupart des autres personnages, il brille par sa sensibilité. C’est vous dire l’ambiance !

Isabelle Duquesnoy (c) Blue Okapi

Isabelle Duquesnoy (c) Blue Okapi

          Vers la moitié du roman, j’ai un moment craint l’ennui. Dès le départ, on sait notre anti-héros aux arrêts pour une raison dont on ignore tout. C’est sa confession qu’il nous livre, comme une ultime tentative d’être compris de ses pairs. Mais assez vite, on se rend compte qu’il va tout nous conter par le menu sans jamais nous donner le moindre indice sur ce qui a bien pu le mettre dans cette inconfortable situation. Et bon, le suspens c’est bien, mais là finalement ça ne prend pas trop, et j’ai eu un moment de tristesse – voire de dépit – en voyant que la confession allait traîner en longueur. Ceci dit, cette petite baisse de régime n’a pas trop duré. Finalement, il se passe tellement de choses dans la vie de Victor Renard qu’on n’a pas exactement le temps de s’ennuyer. Quelques passages m’ont même tiré des grimaces de dégoût, me rappelant toute la joie que je trouvais dans cette lecture.

          J’ai peut-être un peu moins aimé la période de faste du personnage. Finalement je crois que j’en étais venue à aimer le mépriser. Son nouveau statut d’homme respectable en devenait presque triste. Mais fort heureusement, la vie – et son entourage – est tellement ignoble avec lui qu’on se trouve vite consolé. Son idylle ne m’a guère attendrie, que voulez-vous, je dois être sans cœur, mais ce n’est qu’un détail tant elle s’avère servir l’histoire. On n’apprend les raisons de l’incarcération de ce cher Victor qu’à la toute dernière minute. Mais quelles révélations ! C’est glauque à souhait, j’ai adoré ! On en vient même à avoir enfin un réel élan de sympathie pour lui, c’est dire. Ce roman est une vraie pépite. Original, bien écrit, très bien documenté, on prend un plaisir malsain aux aventures si particulières de Victor Renard. Un grand texte.

Je sais que ma condamnation est décidée, le récit des circonstances de mon forfait n’est, à vos oreilles, qu’un divertissement puisque vous en connaissez la fin ; vos gens m’ont surpris en flagrant délit. L’histoire de ma vie, ce sentier qui m’a conduit à commettre ma faute, ne servira qu’à persuader les foules de ma monstruosité. De quoi vous combler, vous divertir, car les affaires comme les miennes se raréfient.

Le jour d’avant de Sorj Chalandon

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          « Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes. 

Couverture du roman Le jour d'avant

          Je n’avais rien lu de Sorj Chalandon, bien que j’aie beaucoup entendu parler de lui, à la sortie du Quatrième mur notamment, qui avait eu le prix Goncourt des lycéens. C’est donc un auteur que je voulais découvrir depuis un petit moment. La sortie de son dernier roman pour cette rentrée littéraire en aura été l’occasion. Je suis passée par plusieurs phases dans l’appréciation de ce roman. Dans un premier temps, j’ai trouvé ça très bien écrit mais peut-être un peu trop classique à mon goût (tant dans le style que dans la trame). Ensuite, je suis peu à peu rentrée dans l’histoire. Est ensuite venue une phase où je me suis dit que l’auteur allait trop loin et que ça virait au n’importe quoi. Enfin, j’ai été impressionnée par sa maîtrise et la profondeur psychologique de ce roman. On final, j’ai aimé, beaucoup même !

          Le style est comme je vous le disais assez classique, sans tomber dans la lourdeur, sans doute moins simple qu’il n’y paraît, maîtrisé. On sent que l’auteur n’en est pas à son coup d’essai. L’histoire peut sembler au premier abord déjà vue, même si elle nous réserve quelques surprises. J’ai beaucoup aimé son fond historique, la manière dont elle nous immerge dans un terroir, une culture, un état d’esprit. J’ai trouvé que c’était un des aspects les plus réussis de ce roman. Enfin, la psychologie du personnage principal s’avère peu à peu plus fouillée que ce qu’on aurait pu croire au premier abord. Sous les apparences, les choses sont plus complexes, ambiguës, pas aussi simples à appréhender qu’on aurait pu le croire.

          Je dois avouer avoir été assez impressionnée par ce texte. Premièrement, il semble très bien documenté, on sent le passé de journaliste de l’auteur (enfin il l’est toujours à vrai dire, il a simplement quitté Libération pour Le Canard Enchaîné). Je suis toujours assez fascinée par les textes sur la mine. Celui-ci est un peu différent, dans la mesure ou le narrateur est à l’extérieur, mais cette atmosphère d’attente est très bien rendue et j’ai trouvé ça intéressant. Vers le milieu du récit, un basculement s’opère qui m’a fait craindre le pire. Je trouvais que ça allait trop loin, que c’était un peu n’importe quoi et je ne voyais pas comment l’auteur allait pouvoir poursuivre sans s’enliser. J’ai même hésité à arrêter ma lecture. Et puis contre toute attente, ça devient plus prenant encore, moins lisse. Ca prend aux tripes, ça m’a même fait verser une petite larme, c’est dire ! J’ai trouvé ce roman magistral, un très beau texte qui m’a permis de commencer cette rentrée littéraire en beauté.

Portrait de Sorj Chalandon

Sur son salaire de décembre 1974, les Houillères avaient enlevé trois jours à mon homme.
– Trois jours ! Et vous savez pourquoi? Parce qu’il est mort au fond le 27. Voilà pourquoi. « Absence non garantie », c’est écrit là ! Pas justifiée, ça veut dire. Il lui a manqué trois jours pour finir le mois. Il était mort, merde ! C’est pas justifié ça ?