Archives de Catégorie: Mes lectures

Tous les livres qui me sont passés entre les mains…

Ondine de Benjamin Lacombe

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          Il y avait bien longtemps que je n’avais plus lu de jeunesse. J’ai donc profité d’un séjour chez une amie pour lire cet album. Les illustrations de Benjamin Lacombe sont toujours aussi belles et ce sont elles qui m’ont donné envie de me lancer dans cette lecture. J’ai beaucoup aimé l’histoire. Je l’ai trouvée très belle quoique finalement assez sombre. Elle m’a rappelé certains contes de mon enfance que j’aimais tant. Il y a du fantastique, de l’amour et des drames. Tout ce qu’on aime quand on est enfant… et plus grand !

Ondine de Benjamin Lacombe

          Les illustrations complètent parfaitement le texte. J’ai beaucoup aimé leur douceur. Elles sont extrêmement travaillées, avec même des jeux de calques pour certaines que j’ai trouvés sublimes. C’est féérique. J’aurais beaucoup aimé avoir ce genre de livre quand j’étais enfant, même si c’est le genre qui fait quand même un peu peur (je redemandais sans cesse Hansel et Gretel et j’étais chaque fois morte de trouille). Un très bel album qui m’a fait passer un excellent moment. 

Ondine de Benjamin Lacombe

La ville sans juifs d’Hugo Bettauer

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          En 1922, Hugo Bettauer, journaliste, romancier, grand provocateur, imagine une étonnante satire politique. Alors que Vienne traverse une grave crise économique et sociale, les autorités arrivent à une conclusion imparable : pour sortir du marasme, il suffit de faire partir tous les habitants juifs.

La ville sans juifs

          Quand j’ai vu que ce roman au titre assez parlant avait été écrit dans les années 20 par un autrichien, je dois dire que j’ai été particulièrement intriguée. Je ne pensais dans un premier temps pas le lire, étant en ce moment plus attirée par d’autres sujets. Finalement, il a rejoint ma deuxième sélection de la rentrée littéraire. Il faut bien admettre que ce texte a de quoi surprendre et s’avère assez visionnaire, du moins dans son point de départ. L’auteur imagine que les juifs sont expulsés de Vienne et doivent partir par convois (avec leur argent toutefois). Mais la ville décline tant sans eux, qu’on finit par les rappeler et « tout est bien qui finit bien ».

          Malheureusement, l’Histoire aura été autrement plus cruelle. C’est toutefois intéressant de voir dans ce roman les prémices de ce qui allait suivre avec la dénonciation d’un antisémitisme galopant. Le style n’est pas exceptionnel mais l’auteur fait preuve d’une certaine légèreté qui n’est pas désagréable. Et sous ces airs de farce, ce texte ne tombe pas moins juste, même s’il reste très en deçà de la vérité. Il permet d’analyser avec le recul la montée de l’antisémitisme. L’ensemble est parfois un peu naïf mais le texte n’en garde pas moins des qualités, notamment concernant l’analyse de la société viennoise. Même si ce n’est pas un grand roman, il a le mérite d’éclairer une période obscure et d’analyser avec plus ou moins de finesse la société dans laquelle le nazisme a éclot.

Portrait d'Hugo Bettauer

Le dernier jour de l’année fut pour Vienne un jour de fête comme jamais la ville joyeuse et légère n’en avait encore vécu. En réquisitionnant tous les moyens de transport, avec l’aide de locomotives prêtées par les Etats voisins et non sans avoir pris le soin d’interrompre tout autre trafic de voyageurs et de matériel, on avait, ce jour-là, réussi à expédier les derniers Juifs par trente trains gigantesques.

L’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski de Romain Slocombe

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          Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de Justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d’une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ? Chargé d’enquêter sur ces deux affaires, l’inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés  ̶  d’autant plus qu’il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél’d’Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. 

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorvski, couverture

          J’ai lu ce livre uniquement grâce au bouche à oreille. Je n’avais jamais entendu parler de l’inspecteur Sadorski (dont il semblerait pourtant que ce soit la 3° enquête) et bon, si le titre m’intriguait et que je m’intéresse généralement à cette période, j’avais décidé de la laisser de côté au moins pour cette rentrée. J’ai finalement changé d’avis en entendant les éloges sur ce roman qui m’ont donné envie d’aller voir de quoi il retournait. Moi qui en ce moment suis assez difficile côté lecture, j’ai plutôt accroché avec ce roman-ci. Ca a un petit côté brut de décoffrage, assez proche des romans noirs à l’ancienne, auquel j’ai trouvé un certain charme. J’ai lu pas mal de romans qui se passaient pendant l’Occupation mais je dois bien avouer qu’assez peu ont un collabo comme personnage principal. C’est euh… déroutant. Mais j’ai bien aimé ce changement de perspective qui permet de mettre en avant l’antisémitisme de l’époque.

          J’ai bien aimé l’ambiance de ce roman même si elle est parfois assez pesante et que notre cher inspecteur n’est pas toujours très sympathique. Mais j’ai trouvé que ça changeait de voir un peu le mec lambda, plus collabo que résistant et qui n’aide les juifs que pour de mauvaises raisons (en général, une jolie juive qu’il pourrait déshabiller en gros). Ce n’est pas glorieux mais ça semble plutôt réaliste et ça montre une réalité qu’on voit sans doute moins. Les personnages sont bien construits et chacun à un petit quelque chose d’attachant malgré tout qui le rend terriblement humain. Quant à l’intrigue policière, si je l’ai trouvée finalement assez secondaire, elle s’avère efficace et même assez prenante. Le style n’est pas particulièrement marquant mais j’ai aimé son petit côté rétro. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture et ça m’a donné envie de découvrir les autres enquêtes de l’inspecteur Sadorski.

Portrait de Romain Slocombe

Une fois de plus, il se fait la réflexion, banale mais véridique, que le malheur des uns accroît considérablement le plaisir des autres.

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Chaque détenu est enchaîné et accompagné par deux SS. Les cercueils font le voyage avec eux. Pas de couvercle, ça fait gagner du temps. On les fabrique tous de la même taille, donc certains trop justes pour les macchabées qu’on y mettra. Ceux-là, on les fait rentrer entre les planches à coups de pied.

Le guide du mauvais père

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          Oublier le passage de la petite souris, traumatiser sa fille avec une terrifiante histoire d’arbre qui pousse dans l’estomac, dénicher des conseils peu avisés pour encourager fiston à taper plus fort sur le punching bag… Guy Delisle, un mauvais père ? Non, un auteur de bande dessinée qui sait puiser l’imagination là où elle se trouve, avec un sens aigu de l’observation et une bonne dose d’autodérision.

Couverture du Guide du mauvais père T1

          De Guy Delisle j’avais adoré Pyongyang (l’article qui me vaut une véritable inondation de ma boîtes de spams). Son humour avait fait mouche et j’avais bien envie de voir ce qu’il avait fait d’autre. Sheng-Zen m’a moins convaincue mais j’avais toujours autant envie de continuer ma découverte de ses BD. Quand j’ai voulu faire un cadeau à des amis sur le point d’adopté, la libraire m’a conseillé « Le guide du mauvais père ». Bon, certes, c’était très éloigné de ce que je cherchais mais bon, je trouvais ça plutôt drôle alors… Alors j’ai pris les 2 premiers tomes (il semblerait qu’il y en ait 3 mais j’ai fait avec qu’il y avait en rayon). Et comme ils sont gentils, ils m’ont même laissé les lire, ce qui me donne l’occasion de vous en parler.

Le guide du mauvais père

          Je dois avouer que ces deux premiers tomes m’ont souvent fait sourire. Même si au fond ce n’est pas si horrible que ça. Ca sent même terriblement le vécu ! La plupart des histoires sont décalées et certaines sont vraiment drôles. J’ai bien peur que beaucoup de parents ne se soient déjà retrouvés dans certaines des situations décrites par l’auteur que ce soit l’oubli du passage de la petite souris ou s’emballer totalement et raconter des choses horribles à ses enfants sans s’en rendre compte, créant un vent de panique. Ma préférée est le père qui oublie de faire faire les devoirs à son fils pour jouer aux jeux vidéo. De petites scènes du quotidien où beaucoup pourraient bien se retrouver. Bref, ce petit livre sans prétention est agréable à lire et devrait décomplexer bien des parents.

La disparition de Joseph Mengele d’Olivier Guez

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          1949 : ancien médecin SS à Auschwitz, coupable d’expérimentations atroces sur les déportés, Josef Mengele s’enfuit en Argentine. 1979 : après trente ans de traque, il meurt mystérieusement au Brésil. Caché derrière divers pseudonymes, protégé par ses réseaux et par l’argent de sa famille, soutenu à Buenos Aires par une communauté qui rêve du Quatrième Reich, Mengele croit d’abord pouvoir s’inventer une nouvelle vie…

          Voici un titre que je n’avais dans un premier temps pas mis dans ma sélection de la rentrée littéraire que j’aie hésité. Quand il s’est retrouvé dans la première liste du Goncourt, j’ai décidé de m’y atteler (liste qui par ailleurs ne m’inspire pas outre mesure, mais c’est un autre problème). J’aime généralement assez les livres sur cette période, même si ce n’est pas nécessairement j’avais envie en ce début d’année. Étant donné le sujet, j’avais peur de quelque chose de très dur. D’un autre côté, la fuite pouvait aussi revêtir un petit côté aventure. Une fois encore, c’est finalement la curiosité qui l’a emporté.

La disparition de Joseph Mengele

          Je dois avouer être restée un peu sur ma faim avec ce texte dont on m’avait dit le plus grand bien. Je n’ai pourtant pas grand chose à lui reprocher à part peut-être ne pas avoir répondu à mes attentes pourtant assez floues. Le style est assez sec, ça ne fait franchement pas dans le sentiment, il y a un côté très journalistique dans la manière de traiter les évènements, ça reste éminemment factuel – même si l’auteur à dû combler quelques trous dans la narration. J’en comprends bien les raisons, ça rend le personnage principal vaguement plus supportable, sans pour autant provoquer la moindre once d’empathie. Vu comme son cas est épineux, ce choix et la distance mise avec le sujet tout à fait compréhensible.

          Ceci dit, cette distance m’a parfois posé problème. Je suis restée à distance de l’histoire. On ne voit que très peu les horreurs qu’à commises Mengele dans les camps – même si elles sont parfois évoquées – et on n’éprouve pas la moindre empathie pour la bête traquée qu’il est devenue. Il est tour à tour insupportable d’arrogance et pathétique ce qui n’aide pas franchement à s’intéresser à son cas. Au final je n’avais qu’une envie, que sa fuite s’arrête pour être débarrassée de ce personnage imbuvable et même plus fascinant. Malheureusement l’histoire ne l’a pas voulu ainsi. L’homme met mal à l’aise même dans une vie où il ne lui arrive plus rien de bien particulier.  Il apparaît comme mesquin et paranoïaque, absolument insupportable. Je crois que finalement j’aurais préféré voir l’histoire du côté de ceux qui ont mené la traque, au moins j’aurais eu envie de les encourager.

          Pourtant ce roman est intéressant. Je savais que beaucoup de nazis avaient fui en Argentine mais je ne savais pas au juste comment et encore moins quelle avait été leur vie sur place. C’est à désespérer de l’humanité mais très instructif. L’écriture quand à elle est efficace et on sent que l’auteur maîtrise son sujet. Pour ce qui est du plaisir de lecture en revanche… bon, ce n’est pas désagréable, loin de là, mais je ne bondis pas non plus d’enthousiasme, l’écriture est un peu trop proche de l’essai à mon goût, sa manque d’émotion. Je ne parle pas d’un truc tire-larme hein, juste de plus de profondeur dans la psychologie du personnage. Mais bon, ce mec étant un grand psychopathe parano par-dessus le marché, l’auteur ne pouvait sans doute pas faire de miracle. Malgré une écriture un peu trop froide à mon goût, un texte intéressant et extrêmement bien documenté sur un homme traqué.

Olivier Guez

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

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Tout le monde a profité du système, jusqu’aux destructions des dernières années de guerre. Personne ne protestait quand les juifs agenouillés nettoyaient les trottoirs et personne n’a rien dit quand ils ont disparu du jour au lendemain. Si la planète ne s’était pas liguée contre l’Allemagne, le nazisme serait toujours au pouvoir.