Quelques moments de perplexité…

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          Parmi les dernières choses lues/vues, malgré une majorité de bonnes surprises, quelques beaux ratés, parce qu’il en faut bien de temps en temps je suppose…

Bridget Jones : Folle de lui , Helen Fielding

Veuve, 51 ans, mère de deux enfants en bas âge, mais toujours en quête de l’homme idéal: Bridget is back !
Elle n’est plus obsédée par ses kilos, plutôt par les réseaux sociaux, le nombre d’amis qu’elle a sur Facebook (ce qui ne peut que mal se passer, vu son niveau en informatique) et ses enfants qui la font tourner en bourrique.

Bridget Jones, Folle de lui, couvertureJ’avais lu les tomes 1 et 2 à l’adolescence et j’avais beaucoup aimé. Pas forcément de la grande littérature mais ça fonctionne : un style léger et plein d’humour, une anti-héroïne très attachante et une construction assez originale en avaient fait un best-seller. Difficile de ne pas s’y retrouver un peu quelque part. Le film (vu avant de lire le livre d’ailleurs) m’avait aussi bien fait rire. Une sorte d’anti-coup de blues du tonnerre. J’étais donc ravie d’entamer la lecture de ce 3° tome 10 ans après avoir lu les premiers. Malheureusement, dès les premières phrases, ç’a été la douche froide. Le style est d’une pauvreté ! Je me suis dit que je ne devais pas être dans un bon jour, que ce n’était peut-être pas si nul mais vraiment, avec toute la bonne volonté du monde, je n’ai pas pu… Le style est infect et du côté de l’histoire, ça a bien changé aussi. Elle a des gamins et son problème principal est de savoir si elle doit parler des poux de ses mioches à son plan cul plus jeune qu’elle. Palpitant, vraiment. Un vrai calvaire. J’en suis même venue à me demander si ç’avait bien été écrit par la même personne mais oui, elle n’a pas changé. Je ne peux pas m’empêcher maintenant de me dire que s’il le faut je détesterais les 2 premiers tomes si je devais les lire aujourd’hui. Je ne sais pas si j’ai envie d’aller y jeter un oeil pour vérifier, j’ai peur de gâcher de bons souvenirs inutilement. En attendant ce tome 3 restera définitivement une lecture inachevée je pense. Une lecture atterrante sans commune mesure avec ce que l’auteur nous avait jusque-là proposé.

Enfin, c’est normal de chercher une excuse pour annuler le rendez-vous avec votre toy boy parce qu’il y a des poux chez vous, non ? Pourquoi est-ce que je persiste à me mettre dans des situations impossibles ?

Le génie des alpages, t2 : Comme des bêtes, F’Murr

Prenez un berger. Un chien. Des moutons. Un aigle. Des touristes. Un lion.
Secouez le tout et vous obtiendrez un curieux assemblage.

Le génie des alpages, couvertureVoilà une BD humoristique qui m’a laissée… hum… sans voix ! J’avais déjà vu cette série à plusieurs occasions mais je n’avais pas le souvenir de l’avoir déjà ouverte, j’étais donc plutôt contente d’avoir l’occasion d’améliorer ma culture BD. Le 1° tome de cette série de F’murr est sorti en 1973 et le plus récent en 2007. Les personnages de ces albums qui se déroulent dans les alpages sont un berger rêveur, sont chien adepte de calembours et de mécanique de précision et son troupeau de brebis autogéré qui passent leur temps à faire de mauvaises blagues aux touristes et aduler le bélier Romuald qui se la coule douce. Dans l’idée, il y avait de quoi me séduire avec cette BD pleine de références littéraires, philosophiques ou historiques. Malheureusement, non seulement celles-ci m’ont souvent échappé mais surtout je n’ai absolument pas compris ce qu’il pouvait bien y avoir de drôle dans ces saynètes dont l’humour m’a totalement échappé. J’ai eu beau m’acharner, je suis totalement passée à côté, il y avait longtemps que je ne m’étais pas sentie autant en décalage avec un truc sensément drôle. Grand moment de solitude…

Bon ça y est ! Full de brelan à la dame roquée … et mat. Tu perds !! Voilà !

La minute de silence, Francis Masse

La flottille d’entretien, armée d’astiqueurs voguant sur des maisons en pierre, est confrontée à deux dangers : les renégats Crassignols, véritables doubles maléfiques qui menacent de plus en plus la propreté du monde, et les tire-larfeuilles, monstres sous-marins aux allures de Dupon(t)d hergéens. Pour faire face à ces ennemis, la flottille, véritable chantre de l’Art Ménager, n’a d’autre choix que de braver « La minute de silence », zone maritime honnie par les marins, qui étouffe et rature les discours et palabres…

La minute de silence, couvertureAutre grand moment de solitude, dans un genre très différent, La minute de silence. Le moins qu’on puisse dire c’est que cette BD est très très originale. Les dessins sont de qualité, avec un énorme degré de précision, et l’histoire sort franchement de l’ordinaire. Elle sort tellement de l’ordinaire qu’à vrai dire je n’ai à peu près rien compris ! C’est inventif, bourré de références mais ça reste quand même assez obscur (à mes yeux tout du moins). Il y a une histoire de monde de bateaux de pierre qui avancent à la propreté, c’est à peu près tout ce que j’ai saisi… Même le résumé est plus précis, c’est dire ! J’ai apprécié le soin apporté au dessin et le style très soutenu du texte ainsi que son humour mais je n’ai quand même pas réussi à venir à bout de cette BD pour le moins déconcertante. Une explication de texte n’aurait pas été de trop ! Difficile à suivre mais on ne pourra pas lui reprocher son manque d’originalité au moins !

Théo et Hugo dans le même bateau

Drame français de Olivier Ducastel, Jacques Martineau avec Geoffrey Couët, François Nambot, Mario Fanfani
Dans un sex-club, les corps de Théo et de Hugo se rencontrent, se reconnaissent, se mêlent en une étreinte passionnée. Passé l’emportement du désir et l’exaltation de ce premier moment, les deux jeunes hommes, dégrisés, dans les rues vides du Paris nocturne, se confrontent à leur amour naissant.

Théo et Hugo dans le même bateau, afficheJ’avais plutôt entendu dire du bien de ce film et ayant consacré mon mémoire à Hervé Guibert et la littérature sur le sida, le sujet m’intéressait particulièrement. Malheureusement j’ai bien vite déchanté. Le début est interminable. Les mecs à poils qui se draguent m’intéressent assez peu (ou n’importe qui d’autre d’ailleurs, ce n’est pas une question de genre). Les 5 premières minutes ça allait, ensuite je me suis lassée, d’autant plus que la lumière rouge et la musique techno n’avaient rien pour me séduire. La rencontre est filmée de manière totalement ridicule, avec un espèce de halo de lumière autour de la tête des deux hommes. Kitch au possible. Ensuite, c’est encore pire. Les dialogues sont incroyablement creux (mon passage préféré, c’est un grand moment de poésie à bord d’un Vélib’). J’ai trouvé relativement improbable le déroulé des événements, sans compter que c’est extrêmement mal joué. Vers la moitié j’ai lâché l’affaire et, fait rare, j’ai quitté le cinéma pour aller me réconforter avec une crêpe (par ailleurs dégueulasse, mauvais karma). Je n’ai absolument pas compris d’où sortaient les bonnes critiques sur ce film parfaitement insipide. Dommage, l’histoire avait pourtant un certain potentiel.

Peck-Balanchine à Bastille

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          Dernier spectacle de la saison tous abonnements confondus. Cette année aura été difficile, j’ai raté beaucoup de choses même si j’ai réussi à refiler la plupart de mes places. Je n’ai pas vu beaucoup de pièces de théâtre, par contre côté ballet je ne me suis pas trop mal débrouillée. Ma culture en terme de danse est assez limitée et j’ai été très heureuse de découvrir de nouvelles choses. Je n’avais pas fait attention en prenant mon abonnement mais c’était très « Balanchine » cette année (mon avis ici et ). Même si c’est assez classique, j’ai dans l’ensemble beaucoup aimé ce qu’il fait. Je remarque d’ailleurs après 3 ans à me remettre un peu à m’intéresser au ballet que mes goûts évoluent peu à peu. Moi qui adorais le classique, je m’intéresse à des choses plus modernes.

Peck-Balanchine, Bastille, affiche

          Ce spectacle est découpé en deux parties. J’aime assez les ballets qui permettent de confronter des univers différents, même si le lien ne saute pas toujours au yeux quand on est novice en la matière. La première est signée Justin Peck. Je n’avais jamais rien vu de lui (pas que je sache en tout cas – je me rends compte en cherchant le lien vers mes anciens article que j’avais pourtant vu une petite chorégraphie de lui récemment que j’avais appréciée) mais il faut dire aussi que ce jeune américain est tout juste âgé de 29 ans. J’ai vraiment beaucoup aimé cette chorégraphie très intrigante. Les costumes sont vraiment superbes bien que plutôt sobres. Justaucorps noirs avec uniquement des coutures en couleur sur le haut et une bande sur le pantalon pour les hommes et pour les femmes, de longues robes fluides, noires également, mais avec un pan de tissus multicolore qui s’ouvre comme un éventail au moindre mouvement : simple mais magnifique, je rêverais d’avoir une robe pareille ! Tous les danseurs portent un genre de masque rond coloré sur le visage qui ne semble pas laisser la possibilité d’y voir quoi que ce soit. Assez perturbant mais plutôt esthétique. La chorégraphie – sur une musique de Poulenc, compositeur que j’aime beaucoup – s’inspire clairement du ballet classique mais lui apporte une bonne dose de liberté et de fraîcheur. Ce qui marque c’est la fluidité des mouvements, c’est élégant, harmonieux et plein de vivacité. J’aurais aimé que ça dure plus longtemps. Une très belle découverte que ce jeune chorégraphe talentueux ?

Justin Peck, Entre chien et loup

© Francette Levieux / OnP

          Après ce début sur les chapeaux de roues, j’ai eu plus de mal à revenir au classicisme de Balanchine. Les costumes signés Karl Lagerfield sont pourtant réussis. Les tutus gardent leur forme traditionnelle mais quelques touches de noir leur donnent un côté à la fois graphique et élégant. J’ai eu un peu de mal à accrocher avec le style au début. C’est beau mais après une première partie très originale ça semble un peu soporifique. Il faut quand même admettre que c’est impeccable techniquement et incroyablement gracieux. Mais j’ai d’un coup compris ce que voulais dire Benjamin Millepied quand il disait que le ballet de l’Opéra de Paris était une excellente troupe de danse contemporaine mais moins convaincante en classique (incroyable hein ?!). Si les danseurs dégagent une énergie folle dans un répertoire contemporain, quand on repasse à des choses plus sages, on sent une certaine tension, ils semblent étrangement coincés. Il manque le petit plus qui vous prend aux tripes. Enfin, c’est quand même beau, très beau, dans le genre grands tutus, grands ensembles, sauts et portés. La musique romantique colle parfaitement à l’ensemble même si Brahms me touche moins que les romantiques russes. J’ai trouvé ça un peu long mais la dernière partie, avec ses costumes slaves, a été ma préférée, beaucoup plus enlevée, elle termine ce spectacle en beauté.

Geoge Balanchine, Quartet

© Francette Levieux / OnP

          Même si la deuxième moitié m’a moins emballée que la première que j’ai vraiment beaucoup aimée, ce spectacle a clôturé cette saison 2015/2016 en beauté. Je n’ai pas repris d’abonnement ballet pour la rentrée (ni de théâtre d’ailleurs, snif) faute de moyens et par peur que me santé m’empêche encore d’en profiter comme il se doit mais je le regrette déjà, ça va terriblement me manquer. Pareil pour le théâtre évidemment, j’ai le plus grand mal à m’en passer, j’espère que j’aurai quand même l’occasion d’y aller de temps en temps, c’est qu’on y prend goût à ces choses-là !

Deux textes courts et percutants

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Voici deux textes courts dont je n’attendais pas forcément grand chose et qui ont finalement été de bonnes surprises. Deux styles totalement différents mais dans leur genre, deux réussites.

Tu vivras toujours, Arnaud Genon

J’ai depuis longtemps ce livre en moi. Il relate la disparition de ma mère, alors que j’étais encore un enfant. C’est un court roman, plus précisément une autofiction, c’est-à-dire une autobiographie consciente de son impossibilité : je ne suis jamais que la fiction de mes souvenirs, de ma mémoire. C’est un livre sur l’enfance et l’innocence, sur l’aveuglement et la perte. Sur l’écriture, aussi. Un livre du « je » que j’aimerais croire universel : un enfant, sa maman, la mort.

Tu vivras toujours, Arnaud Genon, couvertureCe texte a été écrit par un spécialiste de l’auto-fiction et plus particulièrement d’Hervé Guibert. Je l’avais contacté lorsque je rédigeais mon  mémoire de master sur l’homme au chapeau rouge. Quand il m’a proposé de m’envoyer son premier roman pour que je le lise, j’ai bien accepté. J’étais à la fois flattée et un peu inquiète : et si je n’aimais pas ? Difficile de descendre quelqu’un qu’on apprécie, en même temps, les critiques acerbes sont un peu ma marque de fabrique (moins en ce moment comme me l’ont fait remarquer certains). Je n’étais donc pas particulièrement sereine en entamant ma lecture d’autant plus que l’auto-fiction, bien que j’aie écrit un mémoire sur le sujet, n’est pas particulièrement mon truc. Finalement, ce texte a été une très bonne surprise. L’écriture est très belle, pleine de sensibilité. L’auteur nous y parle de la mort de sa mère lorsqu’il était adolescent, essayant de se remettre dans la peau de l’enfant apeuré qu’il était alors. Je trouve que le deuil en littérature est un sujet difficile tant chacun le ressent différemment. J’ai souvent beaucoup de mal à m’identifier et à partager la douleur de l’autre. Ca n’a pas été le cas ici où les choses sont amenées avec beaucoup de délicatesse. La distance aidant sans doute, le ton est bien nostalgique qu’éploré : une certaine pudeur est à l’oeuvre que j’ai trouvée touchante. Un très beau texte à l’écriture simple et élégante, tout en sensibilité, un très bel hommage que rend l’auteur à sa mère disparue.

La nuit des friches, Franck Pavloff

Une friche donc, au bord d’un canal, quelque part en France. Des murs éventrés dressés comme des souvenirs gigantesques. Autour, des ménagères rêvant à leurs anciennes amours, des retraités se réfugiant dans l’art, des gens isolés et féroces. Dedans, des squatteurs, des paumés, des destins solitaires subitement unis. Et puis un jour, un homme arrive, réveille les souvenirs bons et mauvais. Et tout bascule.

La nuit des friches, Franck Pavloff, couvertureOn change complètement de d’univers avec ce texte-ci. Là encore, j’étais un peu frileuse au moment d’entamer ma lecture : texte court, édition inconnue, la méfiance était au rendez-vous. De prime abord, je ne pensais pas connaître l’auteur, et puis j’ai découvert qu’il avait écrit Matin brun, cette nouvelle particulièrement forte sur le racisme qu’on trouvait pendant longtemps en vente à la caisse de toutes les librairies et qui  fait un vrai carton. J’ai retrouvé dans ce texte la même écriture un peu âpre, qui recèle une part de violence qui la rend particulièrement percutante. On est ici face à une histoire d’amour et de révolte. Une jeune fille paumée, un vagabond, une mère de famille bourgeoise et un retraité dont les routes vont se croiser. Quatre destins liés d’une manière ou d’une autre. Une certaine colère transparaît entre les lignes de ce texte court à l’écriture incisive. Le jeune vagabond semble insuffler un désir de liberté à quiconque croise sa route, semant un vent de contestation dans son entourage. Les personnages sont assez attachants et j’ai trouvé leurs relations intéressantes. Un beau texte sur les marges de la société qui donnerait envie de se rebeller.

Ces deux textes ont également été l’occasion de découvrir deux maisons d’édition : Le Verger et La Rémanence. Deux jolies découvertes, j’essaierai d’aller voir à l’avenir ce qu’elles proposent et peut-être pourrai-je vous en parler plus longuement à l’occasion.

Dans les forêts de Sibérie, le film

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Film d’aventure français de Safy Nebbou avec Raphaël Personnaz et Evgueni Sidikhine

Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal.
Une nuit, perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit caché dans la forêt sibérienne depuis des années.
Entre ces deux hommes que tout oppose, l’amitié va naître aussi soudaine qu’essentielle.

Dans les forêts de Sibérie, affiche

          Dans les forêts de Sibérie est un livre de Sylvain Tesson que j’avais adoré. Il y raconte les 6 mois qu’il a passé dans une cabane en Sibérie, en plein hiver. Il ne s’y passe pas grand chose mais il parvient à nous faire voyager avec lui, à nous faire imaginer le froid e la solitude et partager ses pensées est loin d’être inintéressant. Pour ceux qui n’auraient pas encore lu mon article sur le sujet, vous pouvez le retrouver ici. Quand j’ai vu que ce livre que j’avais énormément aimé avait été adapté au cinéma, j’ai forcément eu envie d’aller voir de quoi il retournait. Je dois admettre que Raphael Personnaz dans le rôle de Sylvain Tesson me laissait un peu perplexe. Je trouvais qu’il manquait franchement de charisme (et surtout de carrure) pour jouer les baroudeurs. Finalement, il ne s’en sort pas si mal ! D’autant plus que l’histoire a été adaptée et que notre écrivain-voyageur s’est transformé en… impossible de me rappeler – un truc à la mode en lien avec les médias – en besoin de solitude, expliquant ainsi son côté résolument citadin.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          J’avoue que la performance de l’acteur principal est la bonne surprise de ce film. Je n’avais jamais remarqué que Raphaël Personnaz était beau, je l’avais jusque-là toujours trouvé un peu fade. Comme quoi, être seul au bord d’un lac gelé lui réussit plutôt bien. Même si je trouve que son apprentissage de la vie dans la nature est peut-être un peu rapide pour un citadin. Il patine sans peine 5h sur la glace (l’expérience du roller dans les rues parisiennes peut-être ?), fend du bois comme si c’était du beurre, ça aurait mérité un peu plus de sueur pour en arriver là. Mais bon, dans l’ensemble, ça se tient à peu près et le film ne pouvait pas non plus durer 4h. La rencontre avec un braconnier est elle aussi un peu improbable : un repris de justice qui se cache dans la taïga vient tout à coup faire un brin de causette avec un parfait inconnu. Mouais… M’enfin, là aussi, pourquoi pas, il faut bien qu’il y ait une histoire. Leur amitié est plutôt touchante. Je ne me rappelle pas les détails mais je crois que cette histoire vient (en partie du moins) d’un recueil de nouvelles de l’auteur.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          Si le film reste fidèle au livre dans les grandes lignes, avec le même univers et la même lenteur, il prend pas mal de liberté avec l’histoire sans pour autant la trahir. Ce que j’avais beaucoup aimé dans le livre de Sylvain Tesson, c’est avant tout les réflexions qu’il nous livre page après page. Une mine d’aphorismes en tous genres ! Sans compter un certain cynisme que j’apprécie particulièrement. On ne retrouve pas cet aspect-là dans le film qui nous a épargné une voix off incessante, trop indigeste ; si elle est présente, une grande place n’en est pas moins réservée au silence. Ca fonctionne tout à fait mais ça n’a bien sûr pas la même profondeur. Les paysages sont à couper le souffle, pourtant j’ai trouvé que le réalisateur filmait de manière assez brute, sans faire dans le côté carte postale. Côté musique, j’attendais beaucoup d’Ibrahim Malouff et j’ai été cruellement déçue. Une musique trop marquée et stéréotypée qui a mon sens tue un peu le film : vas-y que te mets un escadron de violons quand il faut être ému et tout le tralala. Raté quoi. Ce n’est pas non plus catastrophique mais c’est vrai que plus le film avançait, plus ça m’a dérangée. Dans l’ensemble, avec ses paysages grandioses et son interprétation assez convaincante, cette adaptation s’en tire tout à fait honorablement. Il manque un petit quelque chose pour en faire un grand film mais ce n’est quand même pas mal du tout.

Romans : sorties du mois de mai

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Snjor, de Ragnar Jonasson

 

Siglufjördur, la ville où il ne se passe rien, où personne ne ferme jamais sa porte à clef. Mais voilà : une jeune femme est retrouvée morte, à moitié nue dans la neige ; un vieil écrivain renommé fait une chute mortelle dans le théâtre local… Ari Thor se retrouve plongé au cœur d’une petite communauté où chacun tient l’autre par ses mensonges et ses secrets.

Snorj, couvertureQuand j’ai trouvé ce roman dans ma boîte aux lettres, j’étais absolument ravie ! Je n’avais jamais lu de polar islandais mais j’aime à la fois les polars et la littérature islandaise – enfin le peu que j’en connais : ça démarrait bien. Sans compter la maison d’édition plutôt prestigieuse qui me semblait être une valeur sure (oui, je suis snob). J’ai été cruellement déçue. Le style est d’une pauvreté sidérante.  On dirait par moment un mauvais roman à l’eau de rose. Pourtant, je suis généralement plus encline à la clémence avec les romans policiers, que je lis avant tout pour l’intrigue. Il faut dire aussi qu’il ne s’agit pas d’une traduction de l’islandais directement mais depuis l’anglais, ce qui peut expliquer une déperdition assez énorme. Plus gênants encore sont quelques non-sens (18 janv, « le printemps n’arrive-t-il jamais jusqu’ici ? »… en France non plus, janvier ce n’est pas le printemps alors au nord de l’Islande, je vous laisse imaginer). Je lui ai tout me même laissé une chance, espérant que l’intrigue allait rattraper le coup. Déjà, c’est long à démarrer, et puis franchement… ça n’a rien de bien palpitant. C’est très convenu. Les personnages sont creux et stéréotypés et l’enquête traîne en longueur. Heureusement que ça se lit vite parce que c’est d’un ennui ! Bref, pas le grand coup de cœur du printemps quoi, passez votre chemin.

Ses parents lui offraient toujours un livre à Noël. La tradition islandaise de lire un nouveau livre la veille de Noël jusqu’aux petites heures du matin tenait un rôle important dans sa famille.

A l’orée du verger, de Tracy Chevalier

 

1838, les Goodenough sont une famille nombreuse qui vit dans les marais de l’Ohio qui tente tant bien que mal de survivre grâce à son verger. Mais la vie est dure dans le Black Swamp, surtout pour les hommes comme James, qui ne rêvent que de reinette dorée.

A l'orée du verger, couvertureJe dois bien avouer que je n’avais rien lu de Tracy Chevalier, même si je la connaissais de nom depuis l’adaptation cinématographique de son roman La jeune fille à la perle il y a quelques années. J’avais très envie de découvrir son univers mais je ne sais pas, j’ai lu d’autres choses et je n’ai finalement jamais vraiment eu l’occasion. J’ai donc été comblée de recevoir son dernier roman. Je dois avouer que je n’ai pas été déçue ! J’ai beaucoup aimé le style, classique et élégant, presque désuet par moment mais qui a tellement de charme : un vrai régal. L’histoire m’a tout autant séduite. Même si les pommiers ne sont pas franchement ma spécialité, j’ai trouvé quelque chose de familier dans cette famille qui peine à survivre du fruit de son labeur à la ferme. La psychologie des personnages est assez complexe et si tous ne sont pas sympathiques, ça rend leurs relations intéressantes. J’ai également pris un grand plaisir à suivre la part d’aventure qui vient donner un nouveau souffle en court de récit. J’ai trouvé que sur la fin certains événements manquaient peut-être un peu de crédibilité dans leur enchaînement mais à ce stade de ma lecture je dévorais tellement ce roman que ça ne m’a pas gênée outre mesure. Ca contribue même au charme de l’histoire d’une certaine manière. Pour le reste, d’un point de vue historique, ça m’a eu l’air particulièrement bien documenté (si je ne m’abuse, l’auteur est d’ailleurs réputée pour ça). Un roman aux multiples facettes qui a su me séduire de bout en bout. A dévorer sans modération.

Ils se disputaient encore à propos des pommes. Lui voulait cultiver davantage de pommes de table, pour les manger ; elle voulait des pommes à cidre, pour les boire. Cette querelle s’était répétée si souvent qu’ils jouaient désormais leurs rôles à la perfection ; leurs arguments s’écoulaient fluides et monotones autour d’eux car il les avaient l’un comme l’autre entendus assez fréquemment pour ne plus avoir à écouter.

Le reste de leur vie, de Jean-Paul Didierlaurent

 

Comment, au fil de hasards qui n’en sont pas, Ambroise, le thanatopracteur amoureux des vivants et sa grand-mère Beth vont rencontrer la jolie Manelle et le vieux Samuel, et s’embarquer pour un joyeux road trip en corbillard, à la recherche d’un improbable dénouement ?

Le reste de leur vie, couvertureJe n’avais pas lu le premier roman de l’auteur, dont on avait pourtant beaucoup parlé, en revanche j’avais lu un recueil de nouvelles paru en septembre dernier et qui, je dois le dire, m’avait très peu convaincue (ma critique ici). Autant avouer que je n’étais pas hyper enthousiaste au moment d’entamer cette lecture. Finalement, j’ai été plutôt agréablement surprise – quand on n’attend rien aussi, forcément, on ne risque moins d’être déçu. J’ai beaucoup aimé le début. Le style est léger mais agréable et les personnages plutôt sympathiques. J’ai pris plaisir à les découvrir. On alterne essentiellement entre un jeune homme et une jeune femme, on se doute donc qu’ils vont finir par se croiser mais tant qu’on ne sait pas comment, j’ai trouvé ça plaisant. J’ai un peu moins accroché avec la suite, plus prévisible et surtout trop pleine de bons sentiments à mon goût. Heureusement, comme ça se lit très vite et que j’avais bien aimé le début, j’étais encore dans de bonnes dispositions et je suis arrivée à la fin de l’histoire avant que l’ennui ne me rattrape. Vous le savez, les bons sentiments et moi… S’il y a des choses assez classiques dans ce roman – son style et certains ressorts de l’histoire notamment – d’autres le sont beaucoup moins. La vraie réussite tient à l’originalité des personnages, qui n’en demeurent pas moins attachants. Même si elle manque de caractère à mon goût, une lecture légère et agréable qui devrait plaire au plus grand nombre.

Alors si vous me demandez pourquoi je fais ce métier,je vais vous répondre d’un exemple:parce que c’est plus facile pour une mère d’embrasser le front d’un fils qui paraît dormir dans une éternité paisible que de rester hantée tout le reste de sa vie par l’image d’un visage ravagé par la mort.

Lettres à Stella, d’Iona Grey

 

Jess s’enfuit et n’a n’a nulle part où aller. Surgissant dans une ruelle déserte, elle trouve refuge dans une maison abandonnée. Le lendemain matin, le facteur glisse une lettre mystérieuse par la porte. Incapable de résister à la tentation, Jess ne peut s’empêcher de la lire et se retrouve plongée dans une histoire d’amour d’un autre temps.

Lettre à Stella, couvertureCeux qui me lisent régulièrement le savent, les histoires d’amour et moi, ça fait généralement deux. Je craignais donc un peu cette lecture, d’autant plus que le traumatisme du très mièvre Il était une  lettre était encore bien présent dans mon esprit. Je me suis tout de même lancée, un peu à contre-cœur donc. Finalement, ç’a plutôt été une jolie surprise. On alterne entre l’histoire de Jess, une jeune femme un peu paumée, et celle de Stella, malheureuse dans son mariage et qui va s’éprendre de Dan, un soldat américain. Le lien entre les deux univers se fait à travers la lecture de la correspondance (enfin, une moitié seulement) des deux amants. J’ai trouvé que pour une fois le procédé ne faisait pas trop artificiel d’autant plus que les deux histoires se font plus ou moins écho. J’ai beaucoup aimé la première moitié du roman, j’ai trouvé les tâtonnements et les doutes bien retranscrits. Ca vire un peu plus mélodramatique sur la fin. Un peu trop à mon goût, mais on est alors suffisamment attaché aux personnages pour s’en accommoder, voire même par moments se laisser prendre au jeu. Si dans l’ensemble ce roman ne réserve pas de grande surprise, j’ai beaucoup aimé les personnages et la peinture de l’Angleterre pendant la guerre. Un roman agréable à lire, bien moins mièvre que ce que je craignais.

Je t’ai promis un amour infini, à une époque où il m’était impossible de savoir si je survivrais une semaine de plus. Aujourd’hui, il semblerait que l’éternité touche à son terme. Pas un instant je n’ai cessé de t’aimer.

Gangsterland, de Todd Goldberg

 

Tueur à la solde de la mafia de Chicago, Sal Cupertine est ce qui se fait de mieux dans le genre. Il se retrouve obligé de fuir après avoir tué trois agents du FBI. Un peu de chirurgie plus tard, on le retrouve à Las Vegas sous le nom de David Cohen, rabbin de son état. Mais sa vie risque bien de ne pas être plus facile pour autant…

Gangsterland, couvertureUne bonne vieille histoire de mafia : voilà qui avait de quoi me réjouir. Si les bases de l’histoire sont assez classiques avec des histoires de clan, de loyauté et de règlements de comptes, j’ai trouvé la mise en oeuvre très originale. On s’éloigne de l’univers classique de la mafia italienne pour découvrir un monde bien plus feutré mais non moins pourri. Le personnage principal va devoir s’adapter à son changement de fonction et va s’avérer surprenant dans ce changement radical, avec bien plus de profondeur que ce qu’on aurait pu attendre de lui. J’ai beaucoup aimé cet aspect là du roman, où chacun est amené à méditer sur ses actes et le sens qu’il veut donner à sa vie. La distinction entre le bien et le mal y est souvent assez fluctuante, ce qui n’est pas pour me déplaire. On met à peu près aussi longtemps que le personnage à comprendre les tenants et les aboutissants de son changement de statut et ce flou artistique contribue largement à la réussite de l’histoire. Par ailleurs, c’est plutôt bien écrit, ce qui ne gâche rien. Une base classique, une plume efficace, un développement original et une touche d’introspection en font un thriller original et très prenant.

Selon les usages, il valait mieux éviter de tuer un agent du FBI. Mauvais pour les affaires. Alors trois, voire quatre, si le Mexicain en était, lui aussi… On pouvait abattre un flic véreux, ou un conseiller municipal qui s’apprêtait à aller porter plainte pour ne pas payer ses dettes, mais on ne dézinguait pas comme ça un agent fédéral.

Les élues, de Maggie Mitchell

 

L’été de leurs douze ans, Loïs et Carly May ont été kidnappées et séquestrées dans un pavillon de chasse pendant six semaines. Vingt ans plus tard, Loïs enseigne la littérature britannique au sein d’une petite université de New York, et Carly May peine à relancer sa carrière d’actrice à Los Angeles. Mais le destin pourrait bien une fois de plus les rapprocher.

Les élues, couvertureAutre thriller, autre bonne surprise (quand je vous dis que je suis sur une bonne lancée !). Ici on a affaire à deux enfants qui ont été enlevées l’été de leur 12 ans et qui s’en sont sorties indemnes. Une fois adultes, elles affrontent les conséquences assez troubles de ce kidnapping chacune à leur manière. On alterne le point de vue des deux jeunes femmes, l’une professeur à l’université et l’autre actrice. Elles ont eu des parcours très différents et n’ont pas gardé contact, pourtant un lien ténu persiste entre elles. J’ai beaucoup aimé les questionnements psychologiques autour de la question de l’enlèvement et de ses conséquences. Les fillettes n’ont pas cherché à fuir et c’est finalement cette absence de traumatisme tangible qui les hante. Les choses sont abordées de manière originale et ça sonne terriblement juste. Si dans l’ensemble la trame du roman est assez prévisible, c’est vraiment sur le fond que la différence se fait, avec un angle d’approche intéressant. L’écriture est assez légère mais agréable. Les personnages ne sont pas toujours très sympathiques mais leur côté un peu dingue les rend bien plus humains. Un thriller psychologique efficace qui traite d’un sujet délicat avec sensibilité et une certaine profondeur, difficile de le lâcher une fois la lecture entamée.

En fait, ce n’était pas du tout dramatique (…). De mon point de vue, un enlèvement en plein jour, dans la rue principale d’une bourgade paumée du Nebraska, était loin d’être la pire chose qui pouvait m’arriver.