Club lecture·Mes lectures

Georges ORWELL, 1984

      En 1984, dans un monde où aucune liberté de pensée n’est admise, Wintson commence la rédaction d’un journal intime. Il sait qu’il ne pourra échapper longtemps à la Police de la Pensée mais espère pouvoir d’une manière ou d’une autre pouvoir laisser une trace de son passage et de ses idées.

          Le deuxième livre au programme du club lecture du mois de novembre (qui, je vous le rappelle, se tiendra le mardi 29 novembre). Ici aussi, un classique de l’anticipation. Depuis longtemps j’avais le projet de lire ce roman, sans jamais m’être lancée. Voilà qui est chose faite ! J’ai eu beaucoup de mal à démarrer. L’écriture est assez aride, j’ai peiné avant de me prendre à l’histoire.

           J’ai retrouvé dans ce livre beaucoup de choses déjà présentes dans Le meilleur des mondes, trop peut-être. Orwell décrit un monde totalitaire, où l’individu n’a d’existence qu’au sein du groupe, pas réellement d’identité propre. Un homme seul détient le pouvoir. Le passé n’existe plus, chacun doit oublier ou changer ses souvenirs selon le bon vouloir de Big Brother. Ce livre est écrit en 1950 et les traces du III° Reich y sont clairement visibles.

          Le moins qu’on puisse dire c’est que le style ne m’a pas éblouie. J’avais aimé la légèreté et la verve de La ferme des animaux, ici, l’écriture est bien plus austère, nulle trace de fantaisie. Ce livre répond aux standards de l’anticipation, mais s’il développe ce qui existait déjà, je n’y ai pas vu de nouveautés majeures, ce qui m’a un peu déçue étant donné sa grande renommée. Malgré cette petite déception face à l’austérité du texte, je l’ai toutefois trouvé plein de bon sens. Il pose des questions intéressantes, notamment sur le pouvoir, et les travers de la société comme de la nature humaine y sont bien mis en exergue. Un texte difficile mais intéressant.

Comment communiquer avec l’avenir ? C’est impossible intrinsèquement. ou l’avenir ressemblerait au présent, et on ne l’écouterait pas, ou il serait différent, et son enseignement, dans ce cas, n’aurait aucun sens.

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Ils se révolteront quand ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés.

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Les meilleurs livres, se dit-il, sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà.

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Rien n’existe que par la conscience humaine.

Mes lectures

Serge JONCOUR, Que la paix soit avec vous

          Un homme vit seul dans un studio parisien. Sans emploi, il regarde le monde changer et suit à la télé le début de la guerre en Irak. De la lumière dans l’appartement voisin du sien va venir troubler son quotidien.

           Dès les premières pages, la situation est claire : on est face à un Joncour grand cru ! On retrouve ici encore son cynisme si caractéristique dont je ne me lasse pas. Le style m’a semblé plus abouti que ce que j’avais pu lire jusque-là. C’est extrêmement bien écrit et j’ai été happée par l’histoire dès les premières pages. Il faut dire que je me sens certaines affinités avec ce personnage un peu grinçant…

          Je me suis assez vite lassée des passages sur la guerre en Irak. En revanche, j’ai beaucoup aimé ceux relatifs à la deuxième guerre mondiale. La fin m’a un peu laissé sur ma faim, justement, mais n’a pas pour autant gâché mon plaisir. Quelques longueurs peut-être mais c’est un peu le principe même du roman qui veut ça puisqu’il porte sur une (quasi) absence d’action. La vivacité de l’écriture est un régal, on ne le dira jamais assez, Serge Joncour est un auteur à découvrir !

Je suis bien la personne au monde avec laquelle j’aurai passé le plus de temps, il n’y a pas de quoi sourire ou s’apitoyer, on en est tous là, à s’accompagner du mieux qu’on peut, à se suffire, il y en a même que ça éblouit.

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Les morts se taisent, les vivants ne veulent pas entendre et les survivants ne peuvent pas parler.

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C’est encombrant d’en apprendre sur les autres, c’est prendre le risque de s’en rapprocher.

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C’est toujours favorable d’avoir un ami riche, on en escompte une forme de contamination,on s’en imprègne comme d’une émanation. L’ami riche c’est le répit du fauché, rien que de le voir ça rassure sur son compte, ça ferait même dire que c’est possible, que si le monde est mal fait il a ses largesses tout de même.

Mes lectures

Casanova, Madame F.

         Un petit livre qui regroupe deux extraits des mémoires du célèbre séducteur.

        J’avais de Casanova l’image d’un libertin à la vie trépidante et pensais retrouver dans ses écrits, le style si enlevé que j’aime tant de le XVIII° siècle. Malheureusement, c’est un peu laborieux. J’ai peiné à m’intéresser à la manière dont le jeune homme a séduit Madame F. Ca manque d’entrain et n’est même pas si croustillant. Une terrible désillusion donc.

        Cependant, peut-être la lecture de son autobiographie au complet serait-elle plus judicieuse, les choses y étant replacées dans leur contexte, cela doit permettre de prendre mieux la mesure du personnage. Une lecture qui ne m’a donc pas totalement découragée de découvrir la vie du célèbre auteur.

Club lecture·Mes lectures

Aldous HUXLEY, Le meilleur des mondes

          Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un ouvrage lu dans le cadre du club lecture avant que celui-ci ne se tienne. Nous avons choisi 3 livres au choix pour ce mois-ci, et il me semble difficile de les présenter tous à la fois. Je vais donc en parler au fur et à mesure de mes lectures et je m’attacherai aux considérations plus générales et aux avis de chacun pour le compte rendu de novembre.

         Le monde a changé, les hommes ne sont plus vivipares mais se reproduisent en éprouvettes (mis à part quelques sauvages parqués dans des réserves). Ils sont répartis en castes et conditionnés en fonction de leur place dans la société. Dans les couches les plus basses, les groupes de « jumeaux » jusqu’à 80 individus sont privilégiés pour accomplir le travail, quand les dirigeants sont eux uniques et capables de réflexion (dans une certaine mesure). Chacun apprend quelle est sa place dès son plus jeune âge grâce à l’instruction pendant le sommeil. Un conditionnement qui rend chacun heureux…

         J’avais lu ce livre il y a fort longtemps et, si j’avais trouvé le style un peu sec, j’avais adoré l’histoire. Eh bien, à la deuxième lecture c’est plus où moins pareil. Avec en plus une conscience du contexte d’écriture que je n’avais pas du tout lors de ma précédente lecture. Aldous Huxley était sans nul doute un grand visionnaire, ce qui est à la fois fascinant et terrifiant. Bien éléments de ce livre se sont vus réalisés (l’omniprésence de la télévision par exemple) et il semble incroyable qu’il ait été rédigé en 1932 tant il est criant de modernité. Ce classique de l’anticipation mérite sa renommée. Un livre politique qui pose des questions aussi dérangeantes qu’essentielles. A lire absolument.

Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper.

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L’une des fonctions principales d’un ami consiste à subir (sous une forme plus douce, et symbolique), les châtiments que nous désirerions, sans le pouvoir, infliger à nos ennemis.

Mes lectures

Prix littéraires, cuvée 2011

            Après une longue hésitation, j’ai décidé de ne pas déroger à la règle et de, moi aussi, dédier un petit article aux prix de cette rentrée littéraire 2011. Sait-on jamais, au cas où l’un de vous aurait totalement échappé aux médias cette dernière semaine…  

          Le Prix Goncourt a été remis pour la première fois depuis des lustres à premier roman, L’art français de la guerre d’Alexis Jenni, chez Gallimard (je vous présente tout de même l’auteur rapidement : professeur de biologie à Lyon, 48 ans, écrivait jusque-là de « petites choses » qu’on retrouve dans son blog, Voyages pas très loin). Un texte sur les restes du colonialisme dont la rédaction a pris cinq ans et que Gallimard a choisi de tirer à 60 000 exemplaires d’emblée de jeu. La critique a salué cet ouvrage dès sa sortie et il a connu un beau succès près du public. Il a donc vite été pressenti pour le prix suprême, d’autant qu’il fallait bien fêter le centenaire de la maison ! Ce livre m’avait découragée de par son épaisseur (idéal pour caler une porte), mais je pense que je finirai tout de même pas le lire (quand, à la recherche d’un emploi, je croulerai sous le temps libre).

          D’un naturel curieux, j’ai voulu aller voir depuis quand le Goncourt n’avait pas été attribué à un premier roman (surtout qu’il y a le Goncourt du Premier roman pour cela…). J’avais entendu dans une émission « culturelle » que ce n’était pas arrivé depuis Françoise Sagan et son célèbre Bonjour tristesse. Je suis donc allée jeter un oeil sur Internet pour voir. Eh bien aucun journaliste ne semble s’être demandé si des premiers romans avaient déjà eu cet honneur et, si oui, lesquels. Tous (oui, je dis bien TOUS) ont repris la dépêche AFP sans y ajouter une seule information de leur cru. J’ai même trouvé un article (dans un journal tellement prestigieux que je n’ose même citer son nom) qui se contentait de faire un copié-collé de la dite dépêche. Je comprends que la rapidité de l’information sur les versions Internet des quotidiens est importante, voire essentielle, et qu’il est donc normal que dans l’urgence chacun ait repris le travail prémâché mais tout de même, en une semaine, peut-être eut-il été possible de compléter cette première information par un article pour fourni. Et, oserai-je le suggérer ?, n’était-il pas possible qu’un journaliste consciencieux effectue le travail en amont, effectuant un minimum de recherches sur les 4 derniers candidats, que nous connaissions depuis belle lurète ? Bref, pourrait-on espérer que les journalistes fassent leur travail ???

          Visiblement, non. J’en reviens donc après cette digression au résultat de mes recherches : personne pour parler du dernier Goncourt accordé à un premier roman. Seuls 2 ou 3 articles reprenaient le nom de Françoise Sagan. Cela nous ramenant plus de 50 ans en arrière, je me suis dit que ça méritait d’être vérifié tout de même. Je suis donc allée faire un tour sur le site du Goncourt pour voir si par le plus grand des hasards, un titre d’un possible premier roman ne me sauterait pas aux yeux. Bon, évidemment, la réponse est non étant donné que je ne connais pas la moitié (le quart ?) des titres primés, et quand bien même je connaîtrais leurs auteurs, je suis pour la plupart bien incapable d’établir la chronologie de leurs publications. Je n’étais donc pas plus avancée. En revanche, ce qui m’a sauté aux yeux, c’est l’absence de Françoise Sagan dans cette liste (j’ai vérifié 5 fois), et pour cause ! elle n’a jamais obtenu le prix tant convoité. On peut donc en déduire que les seuls journalistes qui ont tenté de faire leur travail l’ont mal fait. C’est bien la peine de payer des études aussi cher… (et avec tout ça, je n’ai toujours pas la réponse à ma question).

           Bref, pour en revenir à nos oignons (ou nos moutons, ce qui d’ailleurs va bien ensemble), Gallimard obtient ainsi son 38° Goncourt en près de 110 ans d’existence du prix, ce qui représente un record. Un juré avoue même faire une pile pour Gallimard, et une « pour les autres » (ce qui explique que la maison gagne à peu près une année sur deux ?). L’occasion de revenir sur le fabuleux parcours de la mythique maison dans un article ? Sans doute (si je n’oublie pas, bien sûr…).

             Le Prix Renaudot (décerné le même jour et qui ne peut être remis au même auteur, étant une sorte de contre Goncourt), a quant à lui été remis à un auteur déjà reconnu, Emmanuel Carrère, pour Limonov. Un ouvrage également salué par la critique lors de sa sortie. J’avais failli l’acheter avant de me rétracter, n’étant pas une grande adepte des biographies (surtout quand je ne connais pas le personnage). L’ouvrage est publié chez P.O.L., filiale de Gallimard (et très bonne maison au demeurant)… Un livre que je pense lire aussi, à la fois parce que je n’ai rien lu de l’auteur et que ça fait longtemps que j’y songe, et parce que le résumé de l’éditeur est tout de même tentant.

          Je n’en ai pas parlé cette année, alors je le fais maintenant, le prix Nobel de littérature a été remis à Tomas Tranströmer, poète suédois. Pour l’histoire du prix Nobel, c’est ici, et  (allez jeter un oeil, c’est instructif). Pour le reste, la Bnf a récompensé Patrick Modiano pour l’ensemble de son oeuvre. Cette année je vous passe le résumé de chaque ouvrage et l’historique de chaque prix mais le Grand Prix Roman de l’Académie Française va à Sorj Chalandon pour Retour à Killybegs (Grasset)Le prix Femina revient quant à lui à Simon Liberati pour Jayne Mansfield 1967, paru chez Grasset. Et les lycéens ont aujourd’hui même décerné leur Goncourt à Carole Martinez pour Du Domaine des Murmures, chez Gallimard (autre grande favorite du grand Goncourt, vaincue à 3 voix contre 5). Enfin, le Prix Médicis revient à Mathieu Lindon pour Ce qu’aimer veut dire (P.O.L.). Un dernier grand prix reste à décerner, l’Interallié, et c’est pour le 15 novembre. Si vous souhaitez retrouver le palmarès de l’année dernière et une brève histoire des principaux prix littéraires, c’est ici.

           Un cru sans grandes surprises mais qui, plus classique peut-être que les années précédentes, semble de bonne facture. Une bonne année pour P.O.L., qui fait jeu égal avec les plus grands, mais aussi pour Gallimard qui, après une année 2010 pauvre en récompenses, fête avec brio son centenaire (d’autant que la seule « petite » maison qui se détache lui est affiliée). Dans le pur respect de la tradition, Grasset fait également une récolte honorable. Le grand absent de cette année reste Le Seuil, qui repart bredouille (notons que depuis quelques années, la maison semble moins représentée que ses deux consoeurs dans la trio infernal des perpétuels gagnants). Rendez-vous l’année prochaine, pour la prochaine moisson.