Mes lectures

Feynman, de Jim OTTAVIANI et Leland MYRICK

          Ce roman graphique revient sur l’incroyable parcours du Professeur Feynman. Ce savant fou a côtoyé les plus grands physiciens, participé à la fabrication de la bombe atomique et obtenu un prix Nobel. Le tout sans jamais sembler prendre la science réellement au sérieux. Un grand gamin qui a joué avec des atomes sa vie durant, mettant à mal les connaissances acquises. Un personnage excentrique et passionnant.

          J’ai mis un peu de temps pour entrer dans cette BD. Pour commencer, elle est extrêmement longue (à peu près 250 pages), ce que j’ai trouvé un peu déroutant, n’étant pas une habituée du genre. La narration à première personne m’a également un peu perturbée. J’ai trouvé qu’elle cassait le rythme du récit, prenant largement le pas sur les dialogues. J’ai trouvé ça dommage. Un des atouts de la BD tient à la vivacité du rythme et on est plutôt ici dans un récit plus traditionnel, ce qui rend le tout un peu statique. De plus, l’histoire avance essentiellement par le texte, l’image n’est là que pour illustrer, elle ne fait pas tellement avancer le récit, ce qui est un peu dommage. Les dessins sont agréables et auraient mérité une place plus importante.

          Il y a toutefois de bonnes choses dans cette BD. Pour commencer, la biographie du personnage est passionnante, difficile de ne pas s’y intéresser. Certains passages sont particulièrement palpitants, notamment au moment de la création de la bombe atomique, de la réception du Prix Nobel ou de son travail sur les raisons de l’explosion de la navette Challenger. Les détails annexes comme « comment Feynman a appris à jouer du banjo » ajoutent une petite touche d’humanité tout à fait bienvenue. Je regretterais peut-être un peu que la biographie du personnage soit traité dans son intégralité, cela crée des longueurs. Quelques ellipses auraient été bienvenues. Malgré tout, une BD réussie, si elle m’a donné un peu de mal au début, l’histoire est suffisamment prenante pour faire oublier les quelques faiblesses du récit. On s’attache à ce savant fou et on finit ce livre avec l’envie d’en savoir plus (la bibliographie à la fin est particulièrement appréciable). Une bonne surprise.

Feynman de Jim Ottaviani et Leland Myrick

La librairie Vuibert

266 pages, 21 €

Mes lectures

La jeunesse mélancolique et très désabusée d’Adolf Hitler, Michel FOLCO

           Comme son titre l’indique, ce livre est un biographie du jeune Adolf. Etait-il un enfant exceptionnel ? plus intelligent ? plus cruel ? plus malheureux peut-être ? Eh bien pas vraiment. Si le jeune Adolf n’était pas d’un naturel spécialement avenant, capricieux et extrêmement orgueilleux, il n’avait pour autant rien de bien remarquable. Un enfant assez antipathique et un rien pathétique qui manque parfois cruellement de bon sens. Il n’était même pas vraiment antisémite… Mais alors, comment est-il devenu un des pires personnages que l’histoire ait connu ?

           Le livre ne répondra pas à cette dernière question. Le propos est de montrer que le dictateur qu’on connaît, qui a commis les pires atrocités, était un enfant plutôt banal. Cette thèse a bien sûr suscité une vive polémique : comment peut-on traiter cet ignoble personnage comme un être humain lambda ? Eh bien parce qu’il l’était, tout simplement. C’est bien le problème d’ailleurs. Tant qu’on le considère comme exceptionnel, on se dit que ça ne peut pas nous arriver à nouveau. C’est à mon humble avis une grave erreur. Parce que oui, ça pourrait arriver à nouveau. Parce qu’on a certainement tous en nous une âme de dictateur, parce qu’il n’y a pas besoin d’être un génie du crime pour tuer en masse. Parfois, de la frustration et beaucoup d’obstinations suffisent à changer le monde, pour le meilleur ou pour le pire. Le savoir, l’accepter, c’est limiter les chances de revivre ce genre de situations.

           Pour en revenir au livre donc, étant en accord avec le postulat de base, je pouvais me lancer. En revanche, j’aime Michel Folco pour son humour corrosif mais on touche là à un sujet qui ne prête pas vraiment à la rigolade. Je pense qu’on peut rire de beaucoup de choses mais pas des atrocité commises. Le personnages est risible par bien aspects, mais ce qu’il a commis ne peut en aucun cas être pris à la légère. La marge de manoeuvre est donc particulièrement mince en la matière. Chaplin s’en était sorti avec brio dans Le dictateur, qui sans doute pour moi son meilleur film. Je crois qu’on peut dire que Michel Folco se positionne dans cette lignée, bien que l’humour y soit bien moins marqué. En effet, le personnage ne m’a pas semblé être présenté comme particulièrement risible, contrairement à ce que j’avais pu lire dans certaines critiques.

           L’auteur semble totalement mettre de côté ce qu’on sait d’Hitler pour se concentrer avec un regard impartial à son enfance. Elle est racontée comme le serait l’enfance de n’importe qui d’autres, avec ses bons et mauvais côtés (même si là on doit admettre qu’il est quand même particulièrement tête à claques le gosse). On retrouve par petites touches l’humour savoureux de l’auteur mais ça reste à ce jour son roman le plus noir. La lecture de ce livre n’éclaire en rien sur les raisons qui ont fait de cet enfant plutôt commun un personnage qui échappe à toute description tant sa cruauté dépasse l’imagination. Et c’est là tout l’intérêt de ce livre. S’il ne donne pas de réponse, il nous incite à nous poser des questions. Cette banalité du personnage m’a donné des sueurs froides. Les circonstances peuvent faire du moindre des enfants moyens un tueur froid et méthodique. Effrayant. Un livre qui pousse à la réflexion malgré son apparente légèreté et rappelle l’importance de rester constamment sur ses gardes. Passionnant.

Mes lectures

La mémoire des vaincus, Michel RAGON

          Fred Barthélémy est un petit vagabond qui survit comme il peut aux Halles. Il y rencontre Flora, une petite fille qui sent le poisson. Les deux adolescents ne se lâcheront plus et vont être recueillis à Belleville par des adultes étranges, liés à une certaine bande à Bonno… La 1° Guerre Mondiale arrive et Fred sera en âge de se battre avant qu’elle ne finisse. Pourtant, il ne connaîtra pas longtemps les tranchées et sera envoyé en Russie pour rendre compte de la Révolution. De nombreuses aventures l’y attendent…

          Une vie incroyable, absolument palpitante, qui ne pouvait que faire un bon livre. C’est l’histoire de l’anarchisme en Europe au XX° siècle que retrace ce livre à travers la vie d’Alfred Barthélémy. On entraperçoit la bande à Bono, on vit de l’intérieur le règne de Staline, on suit de près la guerre d’Espagne et on côtoie les grands noms du XX° siècle. Alfred Barthélémy, dont je n’avais jamais entendu parler, a connu les plus grand. Une vie incroyablement riche, qu’il a dévoué à la politique et plus particulièrement aux idée anarchistes (même s’il s’est un moment rallié aux socialistes).

          Ce livre m’avait été conseillé par le libraire du Livre écarlate et il attendait sagement dans ma bibliothèque depuis des mois. Je me suis finalement décidée à l’ouvrir, avec quelques réticences, n’étant pas très à l’aise avec les romans historiques et autres biographies. Pourtant ce livre est particulièrement réussi. La vie du personnage est tellement incroyable qu’on se laisse totalement prendre dans ses aventures. Le contexte historique, pourtant riche, n’est pas trop pesant étant donné qu’on le découvre en même temps de que le personnage qu’on suit. Le style est fluide et si certains passages sont moins dynamiques, l’ensemble reste assez équilibré.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui nous fait traverser le siècle dernier. Malgré mes notions d’histoire relativement vagues, je n’ai pas eu de mal à suivre les évènements. J’ai apprécié le regard porté sur la révolution russe. Ni complaisant, ni diabolisant, il décortique les mécanismes de la radicalisation du pouvoir, ou comment on est passé d’un idéal de liberté à un régime totalitaire. Un livre passionnant qui m’a donné envie de découvrir d’autres auteurs de cette période, notamment Victor Serge (qui dormait également dans ma bibliothèque depuis un moment) et Maxime Gorki, que vous retrouverez bientôt ici même. Un de ses ouvrages trop rares qui non seulement nous cultivent et nous passionnent mais nous ouvrent aussi des horizons nouveaux.

Cinéma

La dame de fer, de Phyllida LLOYD

          Biopic, drame historique franco-britannique de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Susan Brown.

          L’histoire de Margaret Thatcher, pendant 11 ans première (et unique à ce jour) femme Premier ministre au Royaume-Uni. Conservatrice, elle a dirigé le pays d’une main de fer. Elle est aujourd’hui une vieille femme qui sombre dans la démence. Un parcours hors du commun sur lequel ce film revient, entre passé et présent. 

          On a beaucoup parlé de ce film pour l’interprétation de Meryl Streep, stupéfiante. Honnêtement, je n’ai pas grand chose à ajouter. Ce film pourrait s’inscrire dans la lignée du Discours d’un roi, autre film sur un personnage politique anglais du XX° siècle. Ayant vu ce dernier et l’ayant particulièrement aimé, j’ai été un peu déçue par La dame de fer dans lequel on ne retrouve pas trop ces touches d’humour (quoiqu’une scène où elle s’entraîne à discourir ne soit pas sans un air de déjà vu). Le rythme reste un peu plat.

          Tout est impeccable dans ce film. C’est bien filmé, les costumes et décors sont réussis, les acteurs sont bons, Meryl Streep est éblouissante. Si j’ai plutôt aimé je n’ai pas non plus été particulièrement emballée (peut-être ma fatigue y est-elle aussi pour beaucoup). J’ai trouvé qu’il manquait un petit quelque chose pour que ce film décolle vraiment. Je ne connaissais pas trop l’histoire de Margaret Thatcher et j’ai été heureuse de la découvrir. Mais si tout est impeccablement réalisé, c’est peut-être un peu trop lisse à mon goût. Si je n’ai rien de particulier à reprocher à ce film impeccable, je ne pense pas qu’il me laissera un souvenir impérissable. A voir pour la performance d’actrice de Meryl Streep.

Cinéma

The Lady, de Luc BESSON

          Biopic, drame français de Luc Besson, avec Michelle Yeoh, David Thewlis.

          L’histoire de Aung San Suu Kyi, leader de l’opposition birmane, prix Nobel de la Paix 1991, et de son mari, Michael Aris, son plus indéfectible soutien. La fille du leader de la libération Aung San, assassiné en 1947, a fait des études de philosophie, d’économie et de sciences politiques à Oxford où elle réside. Elle rentre en Birmanie en 1988 pour soigner sa mère malade et décide de sacrifier sa vie de famille à la cause de son pays, se vouant à la cause démocratique. Assignée à résidence, prononcer son nom est interdit, on l’appelle « The Lady ».

     Le film est très axé sur l’histoire d’amour entre Aung San Suu Kyiet son mari, la politique n’y joue finalement qu’un rôle secondaire. On lui a notamment reproché de ne pas être très dur avec la junte qui dirige le pays d’une main de fer, maintenant les habitants dans la terreur. Le régime birman est réputé comme l’un des plus répressifs au monde et cela se ressent relativement peu dans le film qui n’a pas franchement reçu les éloges de la critique.

          Une fois n’est pas coutume, je vais prendre la défense d’un film sentimental grand public. Certes, on aurait aimé qu’il y ait moins de larmes et de violons, dont Besson use et abuse ; mais ça reste agréable à regarder. C’est un peu convenu et de facture plutôt moyenne (quoique les acteurs soient assez convaincants) mais on ne vit pas le temps passer. Au-delà de ça, ce film a surtout le mérite d’exposer au grand public l’incroyable courage de cette femme. La forme est sans doute trop mièvre mais cela peut pousser les gens à s’intéresser à ce qu’il se passe ailleurs, qu’importe ? Bien sûr, un documentaire a plus de force, mais il touche aussi moins de monde, et souvent un public déjà averti.

         Depuis le film, les reportages consacrés à Aung San Suu Kyi dans les émissions grand public des grandes chaînes fleurissent. Parler des défenseurs de la démocratie ne peut être qu’une bonne chose, au fond peu importe la manière dont on pousse les gens à s’y intéresser. On peut déplorer que le message ait du mal à passer auprès des masses autrement qu’à travers un film larmoyant à gros budget mais il y a au moins le mérite de toucher un large public et de relancer l’intérêt des médias. C’est déjà un petit pas de fait dans la lutte pour la liberté.

http://www.youtube.com/watch?v=c3–0ryDNdU