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Sélection de trois textes courts

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La peste écarlate, de Jack London

 

          Un ancien professeur d’université erre en compagnie de ses petits-enfants, revêtus de peaux de bêtes, dans un pays désolé. Celui de la baie de San Francisco, ravagée soixante ans auparavant par un terrible fléau. Nous sommes en 2013. Quelques hordes subsistent, et de rares survivants tentent de raconter le monde d’avant.

La peste écarlate, Jack LondonCeux qui me suivent depuis longtemps le savent, je suis une inconditionnelle de Jack London, notamment ses écrits sur le Grand Nord. Je ne connaissais pas du tout ce texte, il n’en fallait pas plus pour m’intriguer. Je dois avouer avoir été extrêmement surprise. Ce texte est assez déroutant dans l’œuvre de London même si on y retrouve certains de ses thèmes de prédilection. J’ai eu du mal à accrocher avec le style qui est très particulier. C’est assez haché. Cela dit c’est fait exprès, on est dans un monde post apocalyptique où le langage est tombé en déliquescence et on le vit ainsi un peu de l’intérieur (enfin jusqu’à un certain point, ça reste London, il a toujours tendance à être assez bavard). Le texte n’est pas  hyper optimiste sur l’humanité mais on ne peut que lui reconnaître un certain réalisme. Je ne doute pas qu’en cas d’épidémie qui tuerait tout le monde ou presque les gens ne seraient guère enclins au partage et à la bonté. Déjà qu’en temps normal c’est compliqué… S’il y a une certaine dose de réalisme dans ce texte, certains aspects m’ont gênée sur « la vie après ». Le retour à la nature, la tendance de l’homme à répéter ses erreurs… Ca aurait parfois mérité d’être un peu plus fouillé. Ce n’est sans doute pas le meilleur texte de London ni ce qui se fait de plus construit en littérature post-apocalyptique mais l’auteur livre un roman au réalisme saisissant qui nous pousse à réfléchir sur notre condition.

La race humaine est vouée à retourner de plus en plus loin en arrière dans la nuit primitive avant de reprendre encore une fois son ascension sanguinaire vers la civilisation.

Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti

 

          Jacob, un jeune Juif de Constantine, est enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignorent tout. Ces gens très modestes, pauvres et frustes, attendent avec impatience le retour de celui qui est leur fierté, un valeureux. Ils ignorent aussi que l’accélération de l’Histoire ne va pas tarder à entraîner leur propre déracinement.

Couverture de Jacob, JacobGros coup de cœur pour ce court roman. J’en avais entendu dire le plus grand bien au moment de sa sortie mais comme toujours au moment de la rentrée littéraire, il avait fallu faire des choix et c’est donc avec un peu de retard que je le découvre. J’ai trouvé ce texte absolument splendide. L’écriture m’a parfois un peu fait penser à Camus, mais sans doute est-ce en partie parce cela raconte plus ou moins une même époque et un même pays. Il se dégage à la fois une certaines âpreté et de la douceur de ces lignes. Un style sec, précis et efficace. On s’attache à Jacob, à sa famille. On a envie de connaître leur histoire, on a le sentiment de la vivre un peu avec eux. On alterne entre celle de Jacob, parti à la guerre, et celle de ceux qui sont restés au pays, espérant son retour. On se met à leur place sans peine : de part et d’autre l’angoisse, la peur, le manque… Et pour Jacob, la découverte des horreurs de la guerre. Mais aussi quelques beaux moments malgré tout, des amitiés, ses premiers pas en France, l’amour. J’ai trouvé ce texte extrêmement touchant. Il est très court alors je ne saurais que vous inciter à le lire, cela vaudra mieux qu’un long discours maladroit. Un texte magnifique, dur et tendre à la fois, qui m’a laissé le cœur en miettes.

On a fait de lui un soldat, le mot contient une autre façon de bouger, s’habiller, manger et dormir, utiliser son corps et ses forces, et bientôt, il voudra dire tuer ou être tué.

La septième fille du diable, d’Alain Surget

 

          Guernesey, 1337. Dans le village de Lésia, les soldats du roi font régner la terreur auprès des habitants. Le jour où elle assiste au massacre de ses parents, et que Pierre, le garçon dont elle est amoureuse disparaît, Lésia jure de se venger. Même au prix d’un pacte avec les forces obscures…

Couverture de la Septième fille du diableVoici un roman jeunesse (plutôt destiné aux ados) qui traînait depuis bien trop longtemps dans ma bibliothèque, comme tant d’autres livres… Mais allez savoir pourquoi je me suis soudainement dit qu’il serait grand temps de l’en sortir. Je dois avouer que je ne m’attendais à rien de particulier. Souvent les romans pour ados ne sont pas trop ma tasse de thé et quand ça parle sorcellerie. Pourtant j’ai été très agréablement surprise par ce livre. Déjà parce que c’est très bien écrit. Le style est vraiment beau et travaillé, avec un vocabulaire soutenu qui n’alourdit pas trop le tout. C’est très agréable à lire. L’auteur parvient à dresser un portrait intéressant tant des personnages que de leur époque en peu de mots ce que j’ai trouvé fort appréciable. Je me suis beaucoup attachée au personnage principal et j’ai bien aimé la manière dont l’aspect ésotérique/mythologique est amené. Il est avant tout une plongée dans les croyances de l’époque. Ce court roman a finalement été une très bonne surprise et m’a donné envie de découvrir la suite.

C’est le coeur qui lâche en dernier

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          Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique. Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir.
          À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… où ils sont également logés et nourris ! Le bonheur.

          Je n’avais jamais rien lu de Margaret Atwood mais après avoir vu l’adaptation de La servante écarlate en série télé (gros gros coup de coeur 2017 que je vous encourage vivement à découvrir), j’avais hâte de m’attaquer à un de ses romans qui sont pour le moins nombreux. J’ai donc commencé par le dernier, sorti lors de la rentrée littéraire de septembre. Un sacré pavé dont je ne savais à vrai dire absolument rien en dehors de l’identité de son auteur. Surprise totale donc. Et je peux vous dire qu’elle fut bonne !

C'est le coeur qui lâche en dernier

          Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé le style, clair et précis, d’un réalisme confondant. L’histoire se passe aux Etats-Unis après la crise de l’immobilier, on y suit un couple qui a perdu sa maison et vit dans sa voiture. L’auteur construit un univers dystopique si proche du notre qu’on peine parfois à se rappeler où se situe exactement la barrière entre la fiction et la réalité. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est extrêmement crédible et pensé dans les moindres détails. Elle nous livre un portrait juste et intransigeant de la société de consommation et ses dérives.Ca fait froid dans le dos…

          Les personnages en revanche ne m’ont pas été particulièrement sympathiques. C’est un peu ce qui m’a manqué dans ce roman, pouvoir m’identifier un minimum à eux, ressentir leur détresse. Là je les ai trouvés plutôt agaçant et assez éloignés de mes préoccupations. Mais je suppose qu’aux Etats-Unis où la situation a été vécue par des millions de gens, ce texte prend une toute autre dimension. Mais ce léger manque d’empathie pour les personnages ne m’aura pas empêché d’admirer l’esprit d’analyse de l’auteur et la mécanique impeccable qu’elle met en place page après page. Un roman glaçant, criant de vérité.

Portrait de Margaret Atwood

Tout le monde paraît très heureux : quand on a deux vies, il y a toujours la perspective d’autre chose. C’est comme être en vacances tous les mois. Mais quelle est la vie où on est en vacances et celle où on est actif ? Charmaine n’en sait trop rien.

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Vous voulez qu’on vous confisque vos décisions pour ne pas être responsable de vos actes ? C’est parfois tentant, vous le savez.