Archives de Tag: enfance

Cet été-là, Lee Martin

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          Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s’est-il réellement passé cet été là ?

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          En ce moment, je peine un peu à lire. Après une année de boulimie de lecture, j’ai beaucoup de mal à me concentrer plus de 5 min depuis quelques semaines. Mais ce roman a fait exception : je l’ai dévoré ! J’ai de suite accroché avec le style, pourtant assez classique. Les personnages aussi m’ont bien plu, alors qu’ils ne paraissent pas forcément très fouillés au premier abord. Parfois, ça ne s’explique pas, la magie opère, tout simplement. J’ai trouvé que l’intrigue était très bien menée, avec un suspense qui se met en place rapidement et ne cesse de croître, alors même qu’on a une grande partie des éléments en main depuis le départ.

          Au fil des pages, on en découvre plus sur les petits (ou les gros) travers des uns et des autres. Leurs torts, leurs peurs, leurs vices. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas joli joli… Le point de vue alterné d’un chapitre sur l’autre permet à la fois de connaître les pensée intimes des personnages, mais aussi de savoir comment les autres les voient. Le décalage entre les deux est assez délectable. Pour le reste, ce roman est assez classique mais fonctionne très bien. Plus on avance, plus l’ambiance devient malsaine, pourtant on ne peut s’empêcher de comprendre comment les personnages en sont arrivés là. Un constat qui met assez mal à l’aise. C’est je trouve la grande force de ce roman. Un texte très prenant qui ne laisse pas indifférent.

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Relève la tête, me disait ma mère. Il n’y a rien par terre que tes pieds.
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Certaines personnes ne peuvent pas cacher les choses. Elles ne possèdent pas assez, pas assez d’argent, ou d’influence, ou de honte.

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

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Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Il y avait très longtemps que je voulais lire ce roman. Dans l’ensemble, j’avais entendu dire le plus grand bien de ce classique de la littérature américaine. J’avais quand même entendu quelques personnes dire qu’elles avaient eu du mal à rentrer dedans et qu’elles avaient trouvé le style un peu vieillot, j’étais donc assez pressée de voir par moi-même ce qu’il en était. Eh bien franchement, je n’ai pas du tout été déçue. J’ai de suite accroché avec le style et je me suis très vite attachée au personnage principal qui ne manque pas de caractère. Cette petite fille vive et intelligente ne peux que nous faire fondre. Le début lui est essentiellement consacré et paraîtra peut-être un peu long à certains, avec beaucoup de jeux d’enfants qui pourraient sembler futiles quand on sait que le roman traite avant tout de racisme. Pourtant j’ai trouvé que ça permettait de se familiariser avec les personnages, leur caractère et leur univers, ce qui aide également à comprendre le contexte, les remarques de notre petite héroïne n’étant pas toujours aussi anodines qu’il y paraît.

Vers la moitié du roman, l’ambiance change peu à peu. Atticus, le papa de Scoutt, est avocat et accepte de défendre un homme noir accusé du viol d’une jeune fille blanche, tout en sachant que c’est perdu d’avance. Les tensions montent dans leur petite communauté et la famille se retrouve au centre des quolibets. Il est intéressant de voir la situation à travers les yeux d’une petite fille qui n’a pas du tout les mêmes a priori ni la même vision des choses que les adultes. Son innocence fait paraître la situation plus cruelle encore et fait ressortir la bêtise des gens qui l’entourent. Le procédé est pour le moins habile est très efficace, d’autant plus qu’il offre une certaine légèreté à l’ensemble tout à fait bienvenue. Si ce roman dénonce avant tout la ségrégation, il n’est pas tendre non plus quant à la place laissée aux femmes. Aujourd’hui cela peut sembler anodin mais à l’époque de la publication de ce texte, il fallait un certain courage pour s’attaquer au sujet et ce livre a fait grand bruit. Il a obtenu le prix Pulitzer en 1961. Dans ce roman (son premier et longtemps unique), Harper Lee dénonce le racisme avec humour et sensibilité. J’ai reposé ce livre bouleversée. Une réputation de chef-d’oeuvre qui est loin d’être usurpée. 

Harper Lee

Je voudrais que tu comprennes ce qu’est le vrai courage. C’est savoir que tu pars battu d’avance, et malgrè cela, agir quand même et tenir jusqu’au bout.

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Avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.

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Il y a des gens qui … qui sont si préoccupés par l’autre monde qu’ils n’ont jamais appris à vivre dans celui-ci et tu n’as qu’à descendre la rue pour en voir les résultats.

Quelques BD jeunesse

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Pas mal de BD jeunesse lue dernièrement (ou moins dernièrement d’ailleurs) dont je ne vous ai pas parlé, essentiellement parce qu’il s’agit en grande majorité de suite de séries et que je n’avais pas grand chose à ajouter à mes avis précédents. Voici donc un petit résumé rapide de ces lectures.

CVT_Chimeres1887-tome-3_1341Chimère(s) 1887, t3 La furie de Saint-Lazare

J’avais bien aimé les deux premiers tomes même s’ils m’avaient un peu laissée sur ma faim (mes critiques ici et ). Les graphismes sont très beaux mais l’histoire est un peu longue à démarrer. Je trouve le personnage principal très sympathique et l’univers des maisons closes ne manque pas de piquant. J’ai retrouvé dans ce tome 3 ce que j’avais aimé dans les deux premiers et l’histoire prend peu à peu de l’ampleur même si j’avoue que j’ai trouvé par moment qu’elle s’écartait un peu de son sujet avec une trame policière assez compliquée. J’attends de lire le tome 4 pour voir ce qu’il advient de la petite Chimère qui a bien grandi. Affaire à suivre.

Saiina, t1 MémoglioCouv_35390

Voilà une BD qui m’a pas mal déçue. Je m’attendais à quelque chose qui mette en scène les arts martiaux avec des dessins un peu style manga. Pour les dessins c’est plus ou moins ça, même s’ils m’ont moyennement convaincue, ils sont un peu « plats ». Du côté de l’histoire, je n’ai pas du tout accroché. Les monstres que l’héroïne tue à tout va genre jeu video m’ont assez peu inspirée. J’avoue que j’ai beaucoup de mal avec ce type d’univers. J’ai peiné à m’intéresser à l’histoire vengeresse de notre jeune héroïne. Une BD ultra violente au scénario assez simpliste qui ne m’a pas emballée.

9782205063578Pico Bogue, t3 Question d’équilibre

J’avais beaucoup aimé les premiers tomes de Pico Bogue, qui avait été un gros coup de cœur (mes critiques des tomes 1 et 2). C’est un humour fin et plein de tendresse. On se délecte de ses bêtises et on retrouve dans ce troisième tome la recette gagnante des deux premiers. J’aime beaucoup les dessins à l’aquarelle qui donnent une certaine douceur à l’ensemble. Je ne me lasse pas des aventures de ce petit garçon espiègle. La bonne nouvelle c’est que je n’ai pas encore tout lu !

Mortelle Adèle, t7 Pas de pitié pour les nazebroques et 8 Parents à vendre51zSiXWUAQL._AC_UL320_SR240,320_

Mortelle Adèle est également un de mes gros coups de cœur – ma critique du tome que j’ai préféré est à découvrir ici. L’humour est un peu moins fin que pour Pico Bogue mais cette gamine est une vraie tornade et elle est tellement attachante ! Le dessin est très coloré et assez réussi. J’adore son humour caustique : un peu de mauvais esprit ne fait pas de mal. Le tome 7 se passe à l’extérieur et si je l’ai trouvé très drôle il n’est pourtant pas mon favori, je préfère quand elle martyrise ses parents. Ca tombe bien, ils reviennent dans le tome 8.  Une série pleine d’humour que j’apprécie toujours autant.

9782203089754_1_75_1La mythologue en BD, t2 Le retour à Ithaque

J’avais beaucoup aimé le premier tome des aventures d’Ulysse. Le dessin ne me plaisait pas plus que ça au début mais j’ai fini par m’habituer. J’ai retrouvé dans ce second tome la recette gagnante du premier. C’est une manière ludique de découvrir la mythologie et commencer par l’Odyssée m’a semblé très judicieux. Les aventures d’Ulysse sont un vrai régal. J’ai adoré les redécouvrir dans ces pages. Une collection pour le moins prometteuse.

L’homme de la montagne, Joyce Maynard

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          Rachel et Patty ont grandi près de San Francisco avec une mère quasi absente et un père volage qui a fini par quitter la maison pour une autre femme. Pour tromper leur ennui, elles passent des heures à jouer dans la montagne derrière leur maison. Jusqu’au jour où une affaire de meurtre va bouleverser leur quotidien et celui de leur père, chargé de l’enquête. 

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          Je ne connaissais pas du tout Joyce Maynard mais la quatrième de couverture me tentait beaucoup et j’ai été très contente de recevoir le roman avant sa sortie. Je dois dire que je n’ai pas été déçue ! J’ai été agréablement surprise par la qualité de l’écriture tant que par l’histoire. Le personnage principal, Rachel, est attachant et j’ai aimé la voir évoluer au fil des pages. Elle respire la spontanéité et je pense que ses excursions dans la montagne avec sa sœur comme leurs jeux rappelleront des choses à plus d’un. On s’identifie assez bien à ces deux petites filles un peu à part et pleines de vie.

          J’ai trouvé les rapports entre les personnages très intéressants : deux sœurs inséparables, un père qu’elles adulent et une mère dont elles ne se préoccupent guère. Il y a également quelques réflexions très justes sur l’adolescence qui donnent une touche nostalgique au texte. Je pensais avoir affaire à un roman policier mais il ne l’est pas au sens classique du terme, même si en effet il y a bien des meurtres, une enquête et un certain suspens qui se crée au fil des pages. On oscille entre plusieurs styles : à la fois roman à suspens et récit intime sur une famille qui se brise.

          Ce roman est très bien construit, autour d’une trame policière inspirée d’un fait réel. Mais la série de meurtres est avant tout un catalyseur qui exacerbe les réactions de chacun, dévoile la nature des gens. Les personnages sont variés et bien construits, à la fois marquants et assez éloignés des clichés du genre. Une subtilité dans la description des relations humaines et du ressenti de chacun qui m’a touchée. Pourtant, malgré une certaine nostalgie, l’écriture conserve toujours une part de légèreté des plus agréables. Comme si la jeunesse des personnages l’emportait sur tous les malheurs qu’elles peuvent rencontrer. Un roman sensible et très juste qui m’a embarquée dans son univers et m’a intéressée de bout en bout. Une belle découverte.

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Les filles de treize ans croient aux pères héroïques et aux méchantes belles-mères. Aux paroles des chansons, aux conseils de leurs amies du même âge – et aussi que leur premier amour durera toute la vie […].
La fille de treize ans déteste sa mère. Adore son père. Déteste son père. Adore sa mère. Alors quoi ?
Les filles de treize ans sont grandes et petites, grosses et maigres. Nil’un ni l’autre, ou les deux. Elles ont la peau la plus douce, la plus parfaite, et parfois, en l’espace d’une nuit, leur visage devient une sorte de gâchis. Elles peuvent pleurer à la vue d’un oiseau mort et paraître sans cœur à l’enterrement de leurs grands-parents. Elles sont tendres. Méchantes. Brillantes. Idiotes. Laides. Belles.

Boyhood, un joli film sur le temps qui passe

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Drame américain de Richard Linklater avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke

          De l’âge de 6 ans à son entrée à l’université, on suit le jeune Mason et on le voit grandir. Il vit avec sa sœur et sa mère, son père fait des apparitions irrégulières dans leurs vie. Déménagements, rencontres, premiers amours, autant d’étapes qui le mèneront vers la vie d’adulte.

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          Ce film m’intriguait beaucoup, non pas pour son sujet, somme toute assez banal, mais pour sa réalisation. En effet, le réalisateur, Richard Linklater, a tourné ce film sur 12 ans : chaque année, il réunissait les mêmes comédiens pour filmer cette histoire sur le temps qui passe. Une idée originale qui ne donne pas l’assurance de voir un grand film – d’autant que le sujet, assez intime, n’est pas trop dans mes préférences – mais qui mérite tout de même qu’on s’y arrête. Je suis toujours attirée par les films atypiques, ils ne sont pas toujours exceptionnels mais ils ont le mérite de tenter de renouveler le cinéma, ce qui a tendance à me rendre un peu plus indulgente à leur égard.

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          J’avais entendu un peu tout et n’importe quoi sur ce film mais je dois avouer que dans l’ensemble, ce qui en ressortait, c’est que beaucoup s’étaient ennuyés ferme. Ca m’a d’ailleurs fait hésiter un moment à aller le voir et je ne me suis décidée que (très) tardivement. Grand bien m’a pris, car finalement, j’ai trouvé ce film non seulement intéressant mais aussi agréable à regarder. Il n’est pas rare dans un film de voir des personnages grandir ou vieillir, mais cela suppose soit des acteurs différents, soit un maquillage imposant. Il est assez étrange ici de les voir évoluer au fil des années d’une manière qu’on aurait sans doute pas imaginée. En effet, habituellement, on essaie de faire en sorte que l’adulte ressemble à l’enfant qu’il a été. Ici, bizarrement, le changement entre l’enfance et l’âge adulte est impressionnant, surtout chez la sœur de Mason, assez ronde étant enfant et qui change du tout au tout en grandissant. Il est déroutant de voir les personnages évoluer d’une scène à l’autre, de voir leur apparence se transformer à chaque étape de leur vie de manière parfois saisissante. C’est aspect du film que j’ai trouvé à la fois troublant et vraiment intéressant.

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           Bien que le dispositif de tournage soit hors-normes, ce film reste par bien des aspects assez classique. Il s’en dégage une simplicité qui surprend là où on se serait peut-être plus attendu à quelque chose d’esthétisant ou d’intello. J’ai trouvé que la durée du tournage n’était pas mise en avant mais se fondait au contraire dans l’histoire, ce que j’ai bien apprécié. S’il y a quelques jolies scènes et des images que j’ai parfois trouvé poétiques, le réalisateur fait peu d’effets de style. Quant à l’histoire, racontée de manière linéaire, elle est finalement assez banale : celle d’une famille comme tant d’autre au milieu de laquelle grandit un petit garçon comme les autres. D’ailleurs quelques passages agaceront peut-être par un certain conformisme, on ne peut pas douter être dans un film américain et il est presque étrange qu’un procédé si particulier soit mis au service d’une histoire aussi convenue. Etrangement, ça ne m’a pas réellement dérangée tant j’étais accaparée par l’évolution des personnages. Je m’ennuie souvent dans ce genre de films mais bien que celui-ci soit long (2h45 tout de même !), je n’ai pas vu le temps passer. Je me suis coulée dans le rythme assez lent mais régulier en y trouvant un certain plaisir.

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          Je n’irai pas non plus jusqu’à dire que j’ai passé un excellent moment et que j’ai trouvé ce film exceptionnel. J’ai d’ailleurs l’impression d’être une des rares qui sans s’être ennuyée, ne crie pas non plus au génie. J’ai trouvé l’histoire certes déjà vue mais bien traitée, la manière de filmer agréable sans rien avoir à mes yeux de particulièrement remarquable pour autant, les acteurs plutôt bons et il se dégage du tout un charme qui ne m’a pas laissée insensible. La vraie valeur ajoutée réside évidemment dans son concept qui donne de la force aux images qui défilent mais aussi un certain dynamisme. Ce film ne laisse pas indifférent et possède des qualités indéniables. Rarement on a vu le temps qui passe aussi bien représenté. Au fil du temps, les personnages gagnent en épaisseur, on s’y attache et bien qu’ils n’aient rien d’exceptionnel (ou justement pour ça ?) ils sont criants de vérité.

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          Si j’ai aimé les suivre, je n’ai pas non plus été embarquée, enthousiasmée, exaltée. Il n’est pas pour moi ce genre de films-là mais plutôt de ceux, discrets, qu’on apprécie avec plus de mesure sans pour autant avoir rien à leur reprocher, ils font simplement d’une autre catégorie, celle des petits films qui charment et non des chefs-d’œuvres qui bouleversent. Cela n’ôte rien à sa qualité et surtout pas à l’originalité de son concept qui fera sans doute date. Certains s’ennuieront peut-être, en raison d’une certaine lenteur et de la durée mais j’ai pourtant trouvé que ça valait la peine de faire un petit effort pour voir le résultat : voir ainsi la vie se dérouler a un côté fascinant. Une idée de départ un peu folle pour un film réussi sur le temps qui passe à la fois ordinaire et surprenant. J’ai aimé me laisser porter par son rythme particulier et j’ai trouvé agréable de voir ainsi le temps défiler.