Cinéma

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Drame historique américano-chilien de Pablo Lorrain avec Gael García Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro

          En 1988, au Chili, Augusto Pinochet est contraint par la pression internationale à organiser un référendum sur sa présidence. Les dirigeants de l’oppositions confient leur campagne à un jeune publicitaire, René Saavedra. Avec peu de moyens mais beaucoup d’idées, il va essayer de faire tomber la dictature qui étouffe le pays.

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          Ce film me tentait énormément. J’aime le cinéma sud-américain, j’aime les sujets politiques et le petit plus : j’aime Gael Garcia Bernal. Et puis je trouvais intéressant que la dictature soit vue à travers la campagne de l’opposition, ce qui permet de ne pas traiter le sujet de front et de lui donner un peu de légèreté. Trêve de suspens inutile : je n’ai pas été déçue ! Le début est un peu surprenant. L’histoire semble filmée avec une technique et un matériel des années 80 : une lumière un peu jaune, une image saturée, des contre-jour assez inesthétiques… Je dois admettre que ça m’a un peu déroutée, voire franchement gênée. Je sais que le rétro peut avoir son charme mais je lui aurai préféré une réalisation un peu plus sobre. Ceci dit, je me suis peu à peu laissée prendre par l’histoire, et l’impression d’être dans une vieille série du début des années 90 a fini par s’estomper.

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          L’histoire est évidemment passionnante ! Un jeune publicitaire qui doit se creuser les méninges pour déloger un dictateur de sa place, il y a de quoi dire ! Le film est vraiment axé sur la campagne publicitaire et le côté très « marketing » de cette campagne pour le référendum. J’ai trouvé très intéressant cette manière de mettre en avant les ficelles de la communication. En effet, la campagne pour le nom est dirigée par quelqu’un qui au fond n’a pas de convictions politiques bien ancrées et veut surtout prouver son talent en temps que publicitaire. Il mise tout sur des spots dignes d’une publicité pour Coca-Cola. Une méthode qui a de quoi surprendre et que j’ai aimée voir décortiquée. Sans compter que ça donne au film un côté très frais. Une façon d’aborder l’histoire que j’ai trouvé très maline.

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          Mais la force de ce film est aussi sa faiblesse : en misant tout sur l’aspect publicitaire, certes très intéressant, la politique passe finalement au second plan. C’est peut-être un peu dommage. Certes, tout est esquissé et on devine sans peine le contexte et les enjeux, mais ça aurait sans doute mérité d’être mis un peu plus en avant, ça aurait sans doute permis de donner au film un peu plus de profondeur. Les acteurs sont convaincants et le film est très agréable à regarder. Un bon film qui a le mérite de traiter cette période d’une manière radicalement différente de ce que j’avais déjà pu voir. Dommage que l’aspect politique soit un peu mis en sourdine mais l’ensemble reste original et très agréable à regarder, un joli film, empreint d’humour et de bonne humeur. 

Cinéma

Même la pluie, d’Iciar BOLLAIN

          Drame historique franco-hispano-mexicain de Iciar Bollain avec Gael Garcia Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri.

          Sebastian, jeune réalisateur passionné et son équipe arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. 

          Un film qui me tentait beaucoup et que j’avais bêtement raté au moment de sa sortie. Fort heureusement, Canal + m’a permis de réparer cette grave erreur ! J’attendais beaucoup de ce film dont on m’avait beaucoup parlé. J’aime généralement assez le cinéma sud-américain, surtout quand il est engagé (ce qui est assez souvent le cas). Je trouvais de plus l’idée de la mise en abîme très intéressante. Et puis il y a Gael Garcia Bernal. Qui dit mieux ?

          Avec pareil point de départ, difficile de ne pas ressortir déçu, et pourtant, c’est un pari réussi. Ce film est impressionnant. Le parallèle entre les indiens du temps de Colomb et le traitement qu’on leur inflige aujourd’hui, s’il demeure subtil, est particulièrement éloquent. On n’est pas dans une bête opposition gentils/méchants, courageux/couards, etc, etc. S’il y a forcément un peu de ça, parce que tout de même il y en a qui sont plus responsables que d’autres dans les atrocités commises, les personnages sont contrastés. Là encore, c’est valable tant pour les personnages que pour ce qu’on entraperçoit  à travers le film des hommes qui ont fait l’Histoire.

           Un film intelligent et bien mené. L’histoire, assez complexe, est efficace. Les acteurs sont très bons. Mais on savait déjà que Gael Garcia Bernal frôlait la perfection, je ne vous apprend donc rien. Je n’ai pas grand chose à redire à ce film. Sur la fin, c’est sans doute un peu tiré par les cheveux. Il y a une scène où on se croirait presque dans un film de zombis où le héros reste seul dans une ville dévastée. Cette fin pourrait être dommageable. Après tant de saloperies dites ou faites pour l’amour de l’art, se découvrir une conscience sur la fin est une concession aux normes hollywoodiennes dont le réalisateur aurait peut-être pu se passer. Cela dit, on lui pardonne parce que 1) il reste assez de protagonistes lâches et sans pitié pour que l’équilibre du monde soit préservé, 2) on a beau dire, au fond, on aime bien quand même les « belles » histoires quand elles sont bien racontées.

          J’ai beaucoup aimé ce film. Assez inhabituel dans la manière dont il est construit, avec une mise en abîme habilement réalisée. Il aborde la question épineuse du massacre des indiens assez intelligemment, tentant de présenter le sujet dans toute sa complexité. Le parallèle fait avec la manière dont sont actuellement traités les indiens est également intéressant. On peut peut-être toutefois regretter qu’il ne soit pas un peu plus appuyé et que le réalisateur ne prenne pas une position plus marquée. Cela dit, malgré mon amour pour les films engagés, cela aurait vite pu sombrer dans la caricature. Arrêtons donc de chipoter et concluons en disant que ce film a tout pour lui. Un grand moment de cinéma.