Cinéma

Fair game, de Doug LIMAN

          Thriller, drame, de Doug Liman, avec Naomi Watts et Sean Penn.

          L’histoire de Valérie Plame, agent de la CIA chargée de travailler sur l’existence éventuelle d’armes de destruction massive en Irak. Ce qu’elle va découvrir va mettre sa carrière et sa famille en danger.

          L’histoire est connue (car vraie, on en a entendu parler aux infos jusqu’ici) mais intéressante : celle d’une femme qui voit sa carrière brisée car elle a refusé les conclusions du gouvernement sur un dossier majeur, l’Irak. Le film est plutôt bien mené. Les acteurs sont bons, particulièrement Sean Penn (pour changer !). Cependant, ça traîne un peu en longueur, si on ne s’ennuie pas franchement, un peu plus de rythme n’aurait pas été de trop. Ce qui m’a réellement gênée, c’est le compromis fait entre documentaire et fiction. Ca laisse supposer que tout ce qui nous est montré est vrai. La plupart des faits le sont peut-être, en effet, mais ils ont été « arrangés » pour le besoin du film ce qui lui nuit assez gravement je trouve. Ce film dénonce la manipulation de l’état et n’hésite pas pour ça à manipuler le spectateur. Un documentaire aurait été plus percutant, ou un film sans images d’archives moins dérangeant, ce refus de choisir est la plus grande faiblesse de ce film qui sans ça aurait pu être assez bon.

Cinéma

Vénus Noire, d’Abdellatif Kechiche

          Drame historique d’Adbellatif Kechiche, avec Yahima Torres, André Jacobs, Olivier Gourmet, Elina Löwensohn.

          A la fin de XVIII° siècle et au début du suivant, Saartjie Baartman participait à un « spectacle », en Angleterre puis en France, dans lequel elle était présentée au public comme une bête de foire. Elle rencontrera un grand succès mais se lassera peu à peu de cette humiliation quotidienne. L’anatomiste Georges Cuvier entend parler d’elle et de son physique particulier et va l’observer, avant de récupérer son corps à sa mort et de l’exposer au public.

          Un film dans lequel le spectateur est en permanence posé dans la position du voyeur. On n’a pas accès à l’intériorité de Saartjie Baartman à laquelle n’est conférée aucune humanité. Le film est de plus en plus malsain au fur et à mesure que l’humiliation du personnage augmente, de spectacle en spectacle. On reste là sans pouvoir compatir. Si le film nous montre une partie de l’histoire méconnue (de moi du moins) et ne nous prend pas par la main pour nous dire que penser, il ne procède non plus à aucune analyse ce qui est à déplorer. Certains disent qu’il met le « blanc » dans une position de coupable. Je ne l’ai pas ressenti comme cela. Tout le monde est coupable dans ce film, y compris la victime. Un film perturbant, pas dénué d’intérêt dans le traitement du sujet mais extrêmement dérangeant, voyeur, malsain.

Mes lectures

Mathias ENARD, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

          Attention, attention ! Une des petites perles de cette rentrée littéraire.

          Ce court roman raconte le séjour de Michel-Ange à Constantinople, où le sultan l’avait fait appeler en 1506 pour construire un pont sur la Corne d’Or. Là-bas, il rencontrera le poète Mesihi avec qui il liera une amitié aussi trouble qu’intense, et une envoûtante chanteuse espagnole qui n’aura de cesse de le fasciner. Deux rencontres manquées pourtant inabouties, mais qui l’inspireront toute sa vie durant.

          L’écriture est classique mais de qualité. Mathias Enard maîtrise son sujet. Une histoire, un style, de la culture, que demander de plus ? Sans en faire des tonnes, en toute discrétion, Mathias Enard nous emmène à la rencontre à la fois d’un artiste mais aussi d’une époque et d’une culture. Sensible et bien écrit, un roman impeccable auquel il n’y a rien à redire.

En retraversant la Corne d’Or, Michel-Ange a la vision de son pont, flottant dans le soleil du matin, si vrai qu’il en a les larmes aux yeux. L’édifice sera colossal sans être imposant, fin et puissant. Comme si la soirée lui avait désillé les paupières et transmis sa certitude, le dessin lui apparaît enfin.

Il rentre presque en courant poser cette idée sur le papier, traits de plume, ombres au blanc, rehauts de rouge.

Un pont surgit de la nuit, pétri de la matière de la ville.

Mes lectures

Jean TEULE, Mangez-le si vous voulez

          Mangez-le si vous voulez raconte l’horrible mise à mort d’Alain de Moneys, en 1870, dans un petit village du Périgord. Alors que ce jeune homme aimé de tous se rend à la foire, la foule est prise de folie. Elle le rue de coups, le torture et finit par le brûler vif avant de manger sa graisse en tartine sur du pain.

          Aussi invraissemblable que cela puisse paraître, il s’agit d’une histoire vraie (qui donc serait aller inventer une histoire aussi peu crédible pour un roman, je vous le demande). Il y avait là à l’évidence un sujet digne ce ce nom. Cependant, si le livre s’avère plutôt agréable à lire, on ne peut pas franchement dire qu’il soit bien écrit. On cherche ses qualités littéraires sans en trouver une seule (à part une certaine légèreté peut-être mais certains parleraient plutôt de futilité). L’histoire est traité avec autant de profondeur que l’aurait fait un magazine people. Certes ça fait vendre mais moi, ça me laisse sur ma faim.

Pour la citation, il va falloir attendre quelques jours que je retrouve ma bibliothèque.

Mes lectures

Corinne POUILLOT, Dolorose

          C’est un livre un peu particulier que je vous présente aujourd’hui. En effet, il ne sera disponible en librairie que le 26 août. En voici donc la présentation en avant première.

          Dolorose est à la fois un roman historique (avec comme toile de fond la Seconde Guerre Mondiale), un roman régionaliste (Rouen et sa région servent de décor à l’histoire) et un roman d’amour (un amour impossible est au centre du récit). Avant la guerre, Marie tombe amoureuse de Werner. Cet amour est réciproque mais, tous deux étant mariés, ils choisiront d’y renoncer. Le hasard les réunira quelques années plus tard à Rouen, sous l’Occupation. Elle est résistante et lui officier de la Wehrmacht. Leur amour est plus impossible que jamais.

          Le récit est bien mené et les personnages ne tombent pas dans la caricature. L’écriture est agréable et le style soutenu. On se laisse prendre à l’histoire même si les grandes envolées lyriques ne sont pas trop à mon goût (mais bon, les histoires d’amour et moi, ça n’a jamais été ça, je suppose que je ne suis pas très objective sur la question). Une assez bonne surprise au final. Les âmes exaltées aimeront sans doute cette belle histoire.

Les jours d’Heidelberg déferlèrent soudain avec toute la force de l’émotion que Werner suscitait en elle. Assise derrière sa caisse, Marie avait envie de se jeter sur lui, de le toucher, de voir ses yeux tout près des siens, de sentir sa discrète odeur d’eau de Cologne. Au lieu de cela, elle resta immobile.