Mes lectures

Des coccinelles dans des noyaux de cerise, Nan Arousseau

A Fresnes, où il fait un séjour pour vol avec ruse, François partage sa cellule avec Medhi, un cador du grand banditisme. Ce Medhi, c’est du lourd. D’ailleurs, il ignore superbement François qu’il considère comme de la pure gnognotte. François, de son côté, est tout miel, en rajoute et se fait le serviteur zélé et naïf de Medhi. Peu à peu, le lecteur découvre le plan machiavélique de François…

Couverture du roman Des coccinelles dans des noyaux de cerise

Voici un court roman pour le moins surprenant ! Je ne crois pas avoir déjà lu quelque chose d’approchant. La première chose qui marque le lecteur dans ce texte, c’est le style. Une écriture très orale, bancale, souvent vulgaire mais aussi très drôle, truffée d’expressions et d’images inattendues. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça interpelle ! Mais l’histoire n’est pas en reste. C’est un mec un peu paumé qui sort de taule. Une petite frappe qui prépare un gros coup.

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De pierre et d’os, Bérengère Cournut

          Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.

          J’ai eu ce roman à Noël et cette première lecture de 2020 aura été un énorme coup de cœur. Dès les premières lignes, je suis tombée amoureuse du style, très poétique et un peu âpre à la fois. Il nous plonge dans un monde à part, un monde dur et inhospitalier où mythe et réalité se rencontrent. C’est terriblement beau. Je crois que j’aurais pu lire indéfiniment juste pour le plaisir de me laisser bercer par cette mélopée. Mais si le style m’a bouleversée, l’histoire n’est pas en reste !

Couverture du roman De Pierre et d'os

          Je ne connaissais quasiment rien aux traditions inuites et à leur mode de vie, à part un ou deux documentaires à la télé. J’avais tout à apprendre et j’ai été fascinée par ce que j’ai découvert. Je me suis toujours intéressée aux modes de vies traditionnels, aux croyances et habitudes différentes des miennes, particulièrement lorsque les conditions de vie sont difficiles. Je trouve toujours intéressant de voir comment l’humain parvient à s’adapter à un environnement inhospitalier.

          Le récit suit le parcours d’une jeune femme. Elle échappe de peu à la mort et un long chemin semé d’embûches l’attend. A travers elle on découvre un peu le mode de vie inuit, à la fois dans les aspects pratiques (la construction des campements ou l’alimentation par exemple), les traditions mais aussi les légendes qui se mêlent au quotidien. Un aspect que j’ai particulièrement apprécié, qui est très présent, la frontière entre le monde des esprits et celui des humains étant souvent un peu flou dans le récit, ce qui ajoute encore à la poésie de ce texte.

          J’ai lu ce roman quasi d’une traite, difficile de le refermer une fois qu’on s’est glissés dans ses pages. Intelligent, bien écrit, visiblement très bien documenté, ce texte m’a séduite tant par le fond que par la forme. Sans doute tout le monde n’accrochera-t-il pas avec cet univers et ce ton si particuliers mais je doute que ce roman puisse laisser indifférent. Un texte fort, poignant, poétique, une voix qui sort du lot et m’a bouleversée.

Portrait de Bérengère Cournut, auteur

Nous découvrons ensemble, avec la même joie, le même émerveillement, le tout nouveau manteau de neige. Désormais, le jour naît de la terre. La faible clarté du ciel est généreusement reflétée par une infinité de cristaux. La neige tombée durant la nuit est si légère qu’elle semble respirer comme un énorme ours blanc.

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Être un poids pour la banquise, c’est une chose ; être un poids pour soi-même et le groupe, c’en est une autre – qui n’est pas souhaitable.

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Nous devons maintenant inventer la nuit qui vient.

Mes lectures

Salina les trois exils, Laurent Gaudé

          Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.

          De Laurent Gaudé, je n’avais lu que Le soleil des Scorta qui avait été un énorme coup de cœur. J’avais adoré sa plume à la fois sèche et poétique, brûlante comme un soleil d’été. Je ne sais pas pourquoi je n’avais rien lu d’autre de lui depuis, alors que j’avais tellement envie de découvrir le reste de son œuvre. Toujours est-il qu’en septembre de l’année dernière, dans une rentrée littéraire où rien, absolument rien, de ce que je lisais ne m’emballais, j’ai décidé d’acheter son dernier roman dont je n’avais même pas entendu parler. Juste parce que « Gaudé c’est bien » et que j’avais besoin de quelque chose de beau.

Couverture du roman Saline les trois exils

          Pourtant, je ne l’ai pas lu de suite. Jamais je n’avais eu autant de mal à me dépêtrer d’une rentrée littéraire et après m’être enfin débarrassée de la tonne de services de presse sous laquelle j’ai bien failli finir ensevelie, je n’avais qu’une envie : lire tout sauf de la nouveauté. Pas qu’en soi ça change grand-chose qu’un roman soit sorti il y a 5 ans ou avant-hier mais j’avais besoin de faire une pause pour retrouver le plaisir de lire des livres qui m’attendaient sagement dans ma bibliothèque depuis trop longtemps. C’est ainsi que j’ai laissé Laurent Gaudé de côté pour ne le ressortir qu’au début de l’été. Et quelle claque ç’a été mes amis !

          C’est bien simple : il y avait longtemps que je n’avais rien lu d’aussi beau. Le style est plus beau encore que dans mon souvenir. J’y ai bien retrouvé sa pâte pourtant, son écriture me donne toujours l’impression d’une soif inextinguible. C’est tellement âpre et tellement beau à la fois. Ca m’émeut profondément. J’y ai trouvé cette fois une poésie et un rythme plus marqués encore. Un récit qui se rapproche du conte, ce qu’on ressent dans le style, plus onirique.

          L’histoire est très forte. Elle est dure et belle. On retrouve tous les codes du conte ici et j’ai beaucoup aimé cet univers entre réel et imaginaire. Il n’y a pas d’indications de lieu ou de temps dans ce texte qui tend à l’universel. Une histoire d’amour, de rejet, de vengeance, qui aurait pu advenir en tout lieu et en tout temps. C’est fort et émouvant. Je n’ai pas assez de mot pour décrire l’infinie beauté de ce texte. Un roman court et puissant, d’une incroyable force évocatrice. Une texte tout simplement magnifique.

Portrait de Laurent Gaudé

Il écoutait tout, avec avidité, sidéré qu’il puisse y avoir tant de mots dans cette femme. Que sa mère qui ne vivait rien d’autre que ces journées longues passées à ses côtés, ces journées de marche, de campement, de survie, ait pu avoir une vie si pleine de blessures et de fracas.

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Elle sait, elle, que la vie se soucie peu de la volonté des hommes, qu’elle décide à leur place, impose, écarte les chemins qu’on aurait voulu explorer et affaiblit ce qu’on croyait éternel.

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Reviens quand tu veux, Mélanie Taquet

          Nina a quitté Paris sur un coup de tête pour venir s’installer dans ce bed & breakfast du centre de Florence, tenu par son amie de toujours, Hannah. Mais les retrouvailles des deux femmes ne sont pas à la hauteur de leurs espérances : Hannah est aux prises avec sa sorcière de belle-mère et ses problèmes de couple_; quant à Nina, elle refuse d’expliquer les raisons de sa venue et semble fuir la réalité. Pourquoi Nina a-t-elle quitté la France aussi subitement ? Quels secrets tente-t-elle de dissimuler ? Sous le soleil de Florence, les parts d’ombre et de lumière de chacun se révèlent tour à tour.

          Reste aussi longtemps que tu voudras, le premier roman de Mélanie Taquet, a été une des belles découvertes de cette année. Si je craignais un roman feel-good un peu creux, j’ai trouvé au contraire une très jolie plume et un thème rarement abordé, traité ici avec beaucoup de finesse. Un véritable coup de cœur. J’étais donc impatiente de lire cette suite. Malheureusement, j’ai un peu moins accroché avec ce second tome. Je vous explique pourquoi.

Couverture de Reviens quand tu veux de Mélanie Taquet

                   Tout d’abord, c’est toujours bien écrit, même si le style m’a moins frappée que dans le premier tome. On reste dans le même esprit et c’est un réel plaisir de retrouver les personnages qu’on avait laissés dans des postures délicates. La grande réussite de Reste aussi longtemps que tu voudras, c’est son thème, les difficultés pour certaines à être mères, l’amour qui n’est pas toujours là dès les premiers instants comme on voudrait nous le faire croire, le tabou autour de ça, le poids de la société. C’était très bien amené, on découvrait le secret de Nina en cours de route, relançant l’histoire et offrant un tout nouvel éclairage sur le personnage.

          Ici bien sûr, plus de secret. Il n’y a plus ce mystère qui rendait la jeune femme intrigante. Toutefois, on a envie de savoir où elle en est, comment elle a continué à écrire son histoire. Mais si on reste dans la même lignée et que l’évolution du personnage est cohérente, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas la même profondeur. L’histoire est presque plus axée sur Hannah cette fois, que je trouve un peu moins intéressant comme personnage. On se rapproche plus de la romance avec un livre qui tourne autour des incertitudes en amour des uns et des autres. Ce n’est pas désagréable à lire mais c’est beaucoup plus léger. Difficile de retrouver un fil conducteur aussi fort.

          J’ai été un peu déçue par cette suite un ton en-dessous du premier tome. C’est moins subtil, moins profond, moins touchant. Toutefois, des choses se mettent en place. L’évolution des personnages se dessine peu à peu et on peut espérer une suite qui renoue avec des thèmes plus intimes. C’est en tout cas ce qui m’a semblé se dessiner au fil des pages, comme si on était dans un entre-deux, une parenthèse plus légère qui ferait le lien entre un avant tumultueux et un après encore à écrire. Si je n’ai pas autant accroché qu’avec son premier roman, j’ai aimé retrouver la plume de Mélanie Taquet et ses personnages. J’espère qu’il y aura une suite, je suis curieuse de savoir quelle sera leur évolution.

Portrait de Mélanie Taquet, auteur

Ce qui compte ce n’est pas de rêver sa vie, c’est d’apprendre à aimer celle qu’on a.

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Tu ne pourras jamais « apprendre a l’aimer » . On n’éduque pas le coeur ; c’est lui le maître, celui qui nous instruit et nous aide a faire face, a force d’expérience, aux aléas de la vie.

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Lecture : quelques déceptions

L’archipel du chien, Philippe Claudel

 

Trois cadavres échouent sur la plage d’une île paisible de l’Archipel du Chien ; une petite île de pêcheurs et d’agriculteurs peuplée d’une poignée d’individus qui se connaissent tous. Révéler la présence de ces malheureux migrants risquerait de compromettre un projet d’hôtel thermal censé raviver l’économie. Le Maire et le Docteur décident d’escamoter les corps.

Couverture de L'archipel du chienDe Philippe Claudel, j’avais adoré Le rapport Brodeck, seul roman que j’ai lu de lui, bien que Les âmes grises attendent sur mes étagères depuis près de 15 ans (à tel point que je les avais oubliées, et j’avais même oublié que c’était de lui). Les migrants, le communautarisme, le sujet de celui-ci me tentait bien et je ne doutais pas une seconde que l’auteur de traiterait avec brio. Ou plutôt devrais-je dire avec tact. Sauf que cette fois, je n’ai pas réussi à rentrer dans son univers. C’est sombre, c’est mesquin, c’est petit, c’est terriblement humain en somme. Je ne doute pas qu’au final ce soit une peinture au vitriol de notre société mais je n’ai pas du tout réussi à m’intéresser à cette histoire qui m’a agacée plus qu’autre chose. Sans doute parce que tous les personnages m’étaient antipathiques cette fois, je n’ai pas trouvé grand chose à quoi me raccrocher. Je suis totalement passée à côté de ce texte. Dommage.

La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous ils possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent.

Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez Rubio

 

La Havane, 1947. Patricio débarque à Cuba. Débrouillard, le garçon trouve vite ses marques. Après avoir été cireur de chaussures puis vendeur de billets de tombola, le voilà homme à tout faire à El Encanto, prestigieuse enseigne de la ville, qui rivalise avec les grands magasins parisiens. Patricio apprend vite, il gravit les échelons. D’autant qu’il veut éblouir la mystérieuse Gloria, la plus belle femme de l’île, et sans doute aussi la plus inaccessible puisqu’elle est mariée au chef de la mafia… 

Couverture du roman Au rendez-vous des élégantesLe résumé de ce livre me tentait bien : Cuba après guerre, un jeune immigré espagnol qui cire des chaussures pour gagner sa vie avant de devenir vendeur dans un grand magasin et de tomber sous le charme de la femme la plus inaccessible de ville, mariée au chef de la mafia ; tout ça me semblait plutôt sympathique. Bien que je ne sois pas une adepte de romance, le contexte historique et le décor cubain me semblaient être l’assurance de passer un bon moment. Malheureusement, le résultat s’est avéré assez décevant. Pour commencer, ce n’est pas très bien écrit. Le style est plat et sans grand intérêt. Le reste est à l’avenant. Le personnage de Patricio est sympathique mais c’est bien là le seul point fort du roman. Le contexte historique et social n’est quasiment pas évoqué (alors qu’il y avait pourtant là un sujet passionnant !), les personnages manquent cruellement de profondeur et plus on avance dans le roman, plus leurs relations deviennent improbable, perdant au fil des pages toujours plus en crédibilité – et en intérêt. C’est dommage, il y avait un beau potentiel qui est bien mal exploité. Si ça se laisse lire sans déplaisir, c’est loin d’être un grand roman.

Ma mère me disait souvent : « Quand on né sous une bonne étoile, il faut être reconnaissant. » Et je crois que personne n’était né sous meilleure étoile que la mienne.

Maudits, Joyce Carol Oates

 

En juin 1905, dans la petite communauté anglo-saxonne de Princeton, Annabel Slade est enlevée le jour de son mariage. Le coupable pourrait être le diable en personne. D’autres événements surnaturels ont lieu dans ce qui fut un havre de paix. Les victimes qu’ils soient politicien, directeur d’université ou écrivain sont sujettes à des visions maléfiques.

Couverture de Maudits de Joyce Carol OatesJ’ai découvert Joyce Carol Oates il y a quelques années et je suis de suite tombée amoureuse de sa plume acérée. Un univers sombre et un regard sur le monde d’une grande justesse. Elle décortique nos sociétés sans concessions. Ses textes sont toujours sombres et tranchants, on n’en ressort jamais tout à fait indemne. Quand mon amie Catherine m’a offert celui-ci, j’ai donc été très touchée par ce cadeau. J’ai attendu longtemps pour me lancer parce que c’est tout de même un sacré pavé. J’ai donc prévu un moment où j’avais du temps pour me poser et savourer ma lecture. Et là, c’est le drame… pour la première fois, je n’ai pas du tout accroché avec le style de l’auteur ! Je l’ai trouvé vieillot et affecté. L’univers ne m’a guère plus emballée. La structure du roman est très lourde, avec un auteur fictif qui commente son propre texte. Ca manque de subtilité et rend le texte assez pénible à lire. C’est terriblement ampoulé. J’ai abandonné au bout d’une centaine de pages, cette lecture était un vrai supplice. Le pire étant que je m’en veux terriblement de ne pas avoir aimé…

Une grosse cloche sonnait les heures. Un son qui semblait résonner sous les eaux, de même que nous semblions les habitants d’une mer ancienne.
Et parfois ce son était creux, morne, oppressant et sourd, comme s’il venait de l’intérieur, de la moelle de nos os.

Pour l’amour des livres, Michel Le Bris

 

Nous naissons, nous grandissons, le plus souvent sans même en prendre la mesure, dans le bruissement des milliers de récits, de romans, de poèmes, qui nous ont précédés. Sans eux, sans leur musique en nous pour nous guider, nous resterions tels des enfants perdus dans les forêts obscures. N’étaient-ils pas déjà là qui nous attendaient, jalons laissés par dautres en chemin, dessinant peu à peu un visage à linconnu du monde, jusqu’à le rendre habitable ? Ils nous sont, si lon y réfléchit, notre première et notre véritable demeure. Notre miroir, aussi.

Couverture de Pour l'amour des livres de Michel le BrisEh voilà, je me suis encore faite avoir, il y avait le mot « livres » dans un titre et j’ai cédé à l’appel de la curiosité. Il faut dire aussi qu’à priori Michel Le Bris est plutôt une valeur sûre, je ne prenais pas grand risque. Sauf celui de m’ennuyer à périr visiblement. Il énumère sans fin les livres qu’il a aimés, quand ? comment ? pourquoi ? les rencontres qui en ont découlé, l’impact qu’à eu la lecture sur sa vie. J’ai eu le plus grand mal à m’y intéresser. C’est érudit et compassé. J’ai trop souvent eu l’impression d’un étalage de culture sans fin (même si effectivement la culture de l’auteur ne fait aucun doute). J’ai trouvé ça très égocentré, le texte peine à prendre de la hauteur et donner un aspect universel au propos. C’est bien écrit et il y a quelques jolis passages, mais l’ensemble m’a paru assez vain.

Evidente, l’oeuvre d’art n’en reste pas moins à jamais intraduisible, inexplicable, indicible par quelque autre langage- puisqu’elle ne renvoie qu’à elle-même.

Au-delà des frontières, Andréï Makine

 

Un jour, nous nous sommes croisés près d’un lycée-une cohue d’enfants de bobos qui fumaient, assis sur le macadam souillé de crottes, écoutaient du rap sur leur portable, salivaient en se faisant des bises. Bien nourris, orduriers de langage, infects dans leurs corps qui avaient déjà tout goûté sans aimer. Cette moisissure allait gagner les médias, l’enseignement, les partis politiques.

Couverture du roman Au-delà des frontièresUne de mes plus cruelles déceptions depuis bien longtemps ! Voire même depuis toujours… S’il m’arrive bien sûr de lire des livres que je ne trouve pas terribles, voire même parfois des livres qui me tombent des mains, des livres qui m’agacent ou me mettent en colère, il est beaucoup plus rare que cela provienne de ceux dont j’ai le plus attendu. Andréï Makine est l’un de mes auteurs contemporains favoris. J’ai lu quasi tous ses romans, je les ai tous aimés. A différents degrés bien sûr, certains sont plus réussis que d’autres, plus touchants, mais dans l’ensemble, aucune déception majeure à signaler en plus de 15 ans. Certains de ses romans m’ont fait pleurer, j’aime la délicatesse de son style et les thèmes qu’il aborde. J’ai même songé à lui consacrer une thèse si je devais en faire une un jour ! J’attendais avec impatience ce nouveau livre, comme toujours. Et j’ai été terriblement déçue. Pire que ça même. Je n’ai pas les mots pour exprimer ma désillusion. Je n’ai pas retrouvé la beauté de son style, c’est terriblement pompeux et pédant. Tout sauf une partie de plaisir. Quant à l’histoire, il y a une mise en abîme pas très fine et plus dérangeante qu’autre chose, sur fond de thèses puantes et de grand remplacement. Je ne saurais dire le positionnement de l’auteur et le sens de son propos, ce qui m’a mise profondément mal à l’aise. A tel point que je me suis demandée si je ne devrais pas regarder toute son œuvre sous un autre œil… Je n’ai pas réussi à aller au bout de ce livre nauséabond.

Je suis alors frappé par cette évidence : racisme et antiracisme, passéisme et révolution, laïcisme et fanatisme, cosmopolitisme et populisme sont deux moitiés d’une même scène où s’affrontent les acteurs, incapables de quitter ce théâtre. Or, la vérité de l’homme est en dehors des tréteaux !

Le voleur d’eau, Claire Hajaj

 

A la mort de son père, Nick, un jeune architecte idéaliste, décide de quitter sa confortable vie londonienne pour faire du bénévolat en Afrique. Dans un village isolé à la lisière du Sahara, il a pour mission de bâtir un hôpital pour enfants. Mais immergé dans une culture différente, il perd ses repères. Lorsqu’il se rend compte que la construction d’un puits pourrait sauver les habitants, il prend une décision qui aura de tragiques conséquences dans la vie de tous ceux qui l’entourent.

Couverture du roman Le voleur d'eauSur le papier, ce livre avait tout pour me plaire, exactement le type d’histoire que j’aime bien, à la découverte d’une autre culture. Dès le début, j’ai eu du mal avec le style, j’ai trouvé ça assez mal écrit (mal traduit peut-être ? voire les deux ?). Ce n’est pas vraiment mauvais mais plutôt maladroit, un peu bancal, pas très agréable à lire en somme. Le personnage principal – un jeune blanc bec en pleine crise existentielle qui débarque comme un sauveur – m’a profondément agacée même si on ne peut nier qu’il est assez crédible (sauf peut-être sur les raisons assez floues de son départ). Ses relations à la famille qui l’accueille m’ont laissée perplexe, je les trouve assez peu réalistes, elles auraient surement mérité d’être construites avec plus de finesse. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Sans avoir rien de spécial à reprocher à ce roman, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup mieux dans le même style. Le tout est assez lourd et pas particulièrement palpitant, je n’en suis pas venue à bout, ne parvenant pas vraiment à être convaincue par ce qu’il s’y passait.