Mes lectures

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

           Des femmes quittent le Japon pour aller épouser aux Etats-Unis des hommes qu’elles n’ont jamais vus. Elles rêvent d’une vie meilleure, de richesse peut-être, d’amour surtout. Mais après une longue traversée, la réalité qu’elles découvrent est bien différente de ce qu’elles imaginaient. Leurs voix s’élèvent en chœur pour pour raconter leur histoire. 

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          L’écriture de ce roman est très originale. Elle s’inspire des chœurs antiques, avec une narration à la première personne du pluriel qui s’avère pour le moins surprenante. Je n’étais pas sure d’accrocher avec ce type de récit si particulier, pourtant je me suis de suite laissée porter par le rythme si singulier de ce récit. La première partie est vraiment magnifique. Je ne connaissais pas du tout l’histoire de ces femmes qui ont émigré aux Etats-Unis en abandonnant tout derrière elles au début du XX° siècle et je l’ai trouvée particulièrement émouvante.

          Le ‘ »nous » peut déstabiliser tant il est peu courant de rencontrer ce type de narration. Il instaure une certaine distance, rend difficile l’identification avec les personnages, et en même temps, il donne une certaine force au récit, le rend d’une certaine manière universel, mêlant les voix, les histoires, les peines et les joies de chacune pour montrer à quel point, même si leurs fortunes sont variées, au fond, leurs destins se ressemblent. Le récit fonctionne sur le mode de l’accumulation, égrenant pour chaque étape de leur vie – les espoirs, le voyage, la rencontre, les enfants – leurs expériences respectives. Impossible de déterminer qui est qui, leur histoire est collective, formée de bribes des récits de chacune. Et c’est ça qui en fait toute la beauté.

           J’ai trouvé la première partie très émouvante. On y découvre ces femmes, leurs espoirs, leurs déceptions, les revers qu’elles ont eu à essuyer. C’est vraiment très beau. J’ai un peu moins accroché avec la deuxième moitié, qui est moins intime, plus axée sur le travail ou l’éducation des enfants. Le dernier chapitre ne m’a guère convaincue et m’a semblé de trop. Toutefois, si j’ai mois apprécié la deuxième moitié, l’ensemble reste aussi original que touchant et met en lumière un aspect méconnu de l’histoire. Un texte un peu inégal mais qui sort de l’ordinaire et s’avère par moment extrêmement émouvant. Une belle découverte.

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Sois humble. Polie. Montre-toi toujours prête à faire plaisir. Réponds par : « oui, monsieur » ou « Non, monsieur » et vaque à ce qu’on te demande. Mieux encore, ne dis rien du tout. A présent tu appartiens à la catégorie des invisibles.

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Nous avons accouché sous un chêne, l’été, par quarante-cinq degrés. Nous avons accouché près d’un poêle à bois dans la pièce unique de notre cabane par la plus froide nuit de l’année. Nous avons accouché sur des îles venteuses du Delta, six mois après notre arrivée, nos bébés étaient minuscules, translucides, et ils sont morts au bout de trois jours. Nous avons accouché neuf mois après avoir débarqué, de bébés parfaits, à la tête couverte de cheveux noirs.

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L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait qu’ils meurent. L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait mourir. D’autres apprenaient à vivre sans penser à eux.

Mes lectures

Karoo – le roman malsain et dérangeant de Steve Tesich

          Karoo réécrit des scénarios, fumeur et alcoolique, il traîne après lui une sacré réputation. Il est sur le point de divorcer de sa femme qui est intarissable sur ses nombreuses tares. Et puis il y a leur fils, qu’il évite autant que possible mais auprès de qui il voudra bientôt se racheter, multipliant pour cela les extravagances. 

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          J’avais entendu dire le plus grand bien de ce roman qui trône en bonne place dans toutes les librairies depuis sa sortie. Blogs et magazines littéraires ne tarissaient pas d’éloges, il fallait donc que je le lise pour en savoir plus. Pourtant, je dois avouer que ce roman m’a laissée perplexe et que presque un mois après l’avoir fini j’ai toujours un peu de mal à faire le point sur ce que j’en ai pensé. Je vais quand même essayer de mettre tout ça au clair : je crois que pour résumer on peut dire que j’ai aimé le style mais que l’histoire, qui tourne entièrement autour d’un personnage pour le moins antipathique, a fini par m’agacer. J’ai bien aimé le début de ce roman. Un style alerte, un personnage fort et un cynisme qui avait tout pour me ravir.

          J’ai réellement dévoré les premières pages qui ne manquent pas d’originalité. Malheureusement, l’histoire repose entièrement sur le personnage de Saul Karoo, qui est absolument imbuvable, ce qui s’avère à la longue un peu lassant. Toutefois, le moment où mon attention a commencé à faiblir (vers la moitié environ) correspond à un rebondissement intéressant de l’histoire, une partie où le personnage devient vaguement plus humain et que j’ai bien aimée. La fin en revanche m’a déçue. Dans les dernières pages, ça devient carrément n’importe quoi et l’auteur m’a définitivement perdue. Dans l’ensemble pourtant, malgré quelques faiblesses du côté de l’histoire et une ambiance franchement malsaine, j’ai trouvé que cet ouvrage ne manquait ni de force ni d’originalité. Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais par son style hors normes et sa critique acerbe de la société américaine, mérite toutefois le détour.

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Mes dernières tentatives pour arrêter de fumer avaient été avant tout motivées par mon incapacité à m’enivrer : le cancer du poumon était certes une terrible façon de partir, mais ce qui me terrifiait réellement était la pensée de ne même pas pouvoir me saouler le jour où on m’apprendrait la nouvelle.

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Etre à leurs côtés m’empêche de les observer et de les voir comme je suis en train de le faire. On ne peut pas vraiment regarder les gens quand on est avec eux. Ils disent des choses. Vous dites des choses. Votre présence altère leur comportement, tout comme le vôtre. Vous voyez très peu de choses des gens quand vous êtes avec eux.

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Mille femmes blanches – Jim Fergus

          En 1875, le grand chef indien Little Wolf et le Président des Etats-Unis signent un accord : pour resserrer les relations entre leurs peuples, ils s’engagent à échanger 1000 chevaux contre 1000 femmes blanches. La plupart des volontaires ont été recrutées dans les pénitenciers et les asiles. Parmi elles, May Dodd, qui se donnera pour mission de consigner leur histoire.

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          Ce premier roman de Jim Fergus est inspiré d’une histoire vraie. J’avais découvert cet auteur il y a quelques années avec « La fille sauvage », récit qui m’avait fascinée. Pourtant, malgré mon envie pressante, j’ai attendu très longtemps avant de lire un autre de ses romans. Peut-être parce que je les sais rares et que je voulais faire durer le plaisir. Je dois dire que je n’ai pas été déçue. Ce texte est extrêmement fort ! Cette histoire est incroyable. Certes les personnages sont inventés mais les bases historiques sont solides et on peut imaginer sans peine que ce qu’ont vécu ses femmes doit ressembler de très près à ce que nous dépeint l’auteur. Un réalisme qui m’a particulièrement séduite.

          L’écriture de Jim Fergus est très classique et sans grandes fioritures. Elle me fait un peu penser à des récits de la fin du XIX° ou du début du XX° par sa rigueur. Elle demeure toutefois très agréable et je trouve que sa précision donne des airs de documentaires à l’histoire qui la mettent particulièrement en valeur et lui donnent une force surprenante. L’auteur est passionné par l’histoire cheyenne et ça se sent ! Il nous livre un récit loin des clichés sur les indiens. J’ai trouvé absolument passionnant de découvrir le mode de vie des Cheyennes. J’ai souvent la sensation quand il s’agit des indiens que les choses sont présentées de manière très partiale (et partielle), ici il y un réel effort pour présenter les faits de la manière la plus juste possible que certains ne trouveront peut-être pas très romanesque mais qui est très enrichissante.

          Jim Fergus écrit peu mais a un réel talent pour déceler les bonnes histoires et leur donner vie. En effet, ce contrat stipulant que des femmes seraient échangées contre des chevaux pour renforcer les relations entre blancs et indiens et tout simplement incroyable. Et pourtant ! J’ai toujours aimé voir ce genre de faits historiques méconnus ressortis des placards, le moins qu’on puisse dire, c’est que j’ai été servie ! Ce roman aide à prendre la mesure de l’incompréhension qui a pu régner entre blancs et indiens et de l’incompatibilité de leur culture et de leurs modes de vie. Un roman absolument passionnant que j’ai dévoré d’une traite. A lire absolument !

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Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages.

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Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c’est sans doute qu’ils sont trop occupés à vivre.

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Les Cheyennes croient que toute chose ayant eu lieu quelque part – chaque naissance, chaque vie, chaque mort – s’y trouve toujours, de sorte que le passé, le présent et l’avenir cohabitent éternellement sur terre.

Mes lectures

Le Sanglier, un texte fort et surprenant

          Quand il rentre de la guerre, Daniel ne supporte plus les bassesses de ses semblables et décide se couper du monde. Il devient un vagabond, vit de peut, et évite tant qu’il le peut tout commerce avec les hommes. Il finira par aller s’installer dans les bois et on le surnommera « Le sanglier ».

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          Il y a peu, j’avais lu un texte particulièrement fort et empreint d’un grand réalisme intitulé La scierie. Si le sujet en est bien différent, il on retrouve un peu même esprit dans ce texte-ci, par la force d’évocation, la dureté de l’univers dépeint et le caractère entier de son personnage. J’ai eu un peu de mal à accrocher avec ce texte au début. Je le trouvais bien écrit et l’histoire n’était pas déplaisante mais quelque chose me gênait, le côté excessif et agressif du personnage peut-être. J’avais un peu de mal à m’intéresser à son histoire. Mais peu à peu, en le voyant évoluer, ça a commencé à changer. L’arrivée d’une compagne pour notre héros, quoiqu’assez improbable, donne une nouvelle dimension au texte, plus humaine. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à apprécier l’histoire.

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          Ce texte est très court et se lit bien même si je l’ai trouvé un peu sec parfois. Je pense qu’il faut quand même être armé d’un certain cynisme et ne pas avoir trop de foi en l’humanité pour l’apprécier. En effet le personnage n’est pas tendre avec ses semblables et même si je me retrouve dans certaines réflexions on atteint là des sommets qui risquent d’agacer les plus optimistes. Toutefois j’ai beaucoup aimé son côté direct auquel on n’est plus tellement habitués et qui même s’il peut heurter est très intéressant. Je n’avais jamais rien lu de Pierre Luccin et ça m’a donné envie de découvrir ses autres ouvrages. Un texte qui sort de l’ordinaire et peut d’avérer franchement déroutant mais m’a agréablement surprise.

Mes lectures

Et puis, Paulette…

          Ferdinand vit seul dans sa ferme. Même s’il s’occupe à l’occasion de ses petits-enfants, il s’ennui un peu sans compagnie. Quand le toit de sa voisine s’effondre, il lui propose donc de venir s’installer dans cette maison devenue trop grande pour lui. Peu à peu, la vie va revenir dans la maisonnée.

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          J’avais beaucoup entendu parler de ce livre. Je savais que ce n’était le genre de roman qui me passionnent mais je m’attendais à une histoire légère et agréable que je me réservais pour un jour où j’aurais envie de quelque chose de facile à lire. Pourtant, malgré mes attentes très limitées, j’ai trouvé le moyen d’être déçue… Ce que j’aime dans ce genre de livres, c’est leur côté léger : une écriture simple, une histoire efficace, des livres facile d’accès qui, s’ils ne correspondent pas trop à mes goûts, font souvent d’excellentes moments de détente. Pourtant, là, ça n’a pas fonctionné.

          Le problème avec la simplicité, c’est qu’elle est parfois difficile à doser et la limite entre simple et simpliste est mince. Elle est ici largement franchie. Le style est, il faut bien le dire, franchement mauvais. J’ai parfois eu l’impression que c’était digne d’une rédaction de collégien. Ce n’est certes pas très charitable comme description mais ça définit assez bien la richesse du vocabulaire… Passons à l’histoire maintenant. Elle est particulièrement longue à démarrer. Pleine de bons sentiments, on voit venir les rares rebondissements à 2 km, ce qui gâche considérablement le plaisir de la lecture. A aucun moment je n’ai réussi à m’intéresser à ce qui allait se passer et j’ai fini par abandonner faute d’avoir envie d’aller plus loin dans l’histoire et de prendre le moindre plaisir à cette lecture.

          Ce roman avait pourtant une assez bonne critique. Si j’avais parfois lu qu’il était moyen, je n’en avais jamais entendu dire du mal. Je savais qu’aimant quand même la littérature un peu exigeante j’étais loin de ma zone de confort mais même si je lis très peu de littérature « grand public » cela ne m’empêche généralement pas d’y prendre un certain plaisir quand je me penche dessus. Là ce fut très loin d’être le cas. J’ai eu l’impression d’un roman écrit par-dessus la jambe et qui prenait le lecteur pour un imbécile. Je me demande si avec le temps et la multiplication des lectures je ne deviens pas tout simplement plus difficile à satisfaire. Je suis sensible au style mais surtout, j’ai l’impression que plus le temps passe et plus l’histoire est essentielle à mes yeux. J’ai besoin d’être embarquée, surpris, émue. Rien de tout ça ne s’est passé avec ce livre-là. Une écriture incroyablement pauvre et une histoire sans grand intérêt ont eu raison de ma patience. Encore un succès qui m’échappe et me désespère.

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Roland ne va pas très bien, en ce moment. Il n’arrive pas à se remettre de sa séparation d’avec Mireille. Au début, il avait l’air de bien supporter. Il faisait le gars qui prenait les choses avec philosophie. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, qu’à cela ne tienne, il apprendrait à pagayer.

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C’était tout simplement triste d’avoir perdu autant de temps. Pour lui, Ferdinand , de se rendre compte seulement maintenant que son fiston n’était pas juste un p’tit con. Et pour Roland, que son père n’était pas qu’un vieux naze.