Mes lectures

La promesse de l’aube – Romain Gary

          Le narrateur n’est qu’un enfant lorsqu’il se promet de combler tous les désirs de sa mère. Emigrée russe seule et sans le sous, elle aura connue souffrances et humiliations pour donner le meilleur à son fils et il veut le lui rendre au centuple, la couvrant de la gloire qu’elle n’a pas eu et qu’il souhaite acquérir pour elle. Il sera officier, il sera officier dans l’armée de l’air puis ambassadeur de France et écrivain, voilà qui est décidé, le reste n’est que pure formalité !

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          J’ai un peu honte de le dire mais je n’avais jamais rien lu de Romain Gary. Inutile de dire que j’en avais envie de bien longtemps ! Pourtant j’ai longuement repoussé cette lecture, un peu par peur d’être déçue je pense. Je n’en avais bien sûr entendu dire que du bien et j’imaginais une plume acérée et un humour grinçant comme je les aime. Mais comment un auteur peut-il être à la hauteur quand on en attend déjà autant avant d’en avoir lu une seule ligne ? Malgré tout, j’ai tout de même fini par me lancer car ce n’est pas tout mais il faut bien voir ce qu’il en est à un moment ou un autre quand même !

          Mes craintes se sont avérées totalement infondées. J’ai de suite adoré ce livre. Dès la première page je suis tombée amoureuse de l’écriture de Romain Gary, de son auto-dérision, de son style incisif, de son esprit subtil. Quel régal ! Que pourrais-je dire sur ce texte qui n’a mille fois été répété ? Cette lecture fut un pur bonheur du début à la fin. Si l’histoire est largement autobiographique, chaque aventure est amplifiée, taillée, polie, pour en faire un vrai bijou. Si je ne devais retenir que deux choses de ce livre ce seraient l’incroyable auto-dérision dont fait constamment preuve l’auteur et l’amour infini (quoique parfois un peu vachard et finalement très envahissant voire handicapant) qui le lie à sa mère. Derrière le vernis caustique, j’ai beaucoup aimé la subtilité avec laquelle était décrite cette relation et le déséquilibre affectif qu’elle a pu entraîner dans la vie de l’auteur. Une manière détournée d’évoquer des sentiments graves, tout en retenue, que j’ai trouvé touchante. Ca donne une belle profondeur à ce texte qui en outre extrêmement bien écrit et très drôle. Un roman à la fois cocasse et émouvant, tout en pudeur et en légèreté. De la grande littérature !

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Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.

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Je juge les régimes politiques à la quantité de nourriture qu’ils donnent à chacun, et lorsqu’ils y attachent un fil quelconque, lorsqu’ils y mettent des conditions, je les vomis : les hommes ont le droit de manger sans conditions.

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Je n’ai pas réussi à redresser le monde, à vaincre la bêtise et la méchanceté, à rendre la dignité et la justice aux hommes, mais j’ai tout de même gagné le tournoi de ping-pong à Nice, en 1931, et je fais encore, chaque matin, mes douze tractions, couché, alors, il n’y a pas lieu de se décourager.

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Pêcheur d’Islande – Pierre Loti

          Les islandais, ce sont ces pêcheurs bretons qui partent chaque été chercher le poisson en mer d’Islande, où jamais le soleil ne se couche. Des semaines durant, les femmes les attendent, l’âme peine, la peur au ventre, craignant de ne jamais les voir revenir. Et pourtant, il repartent chaque été, aucun amour n’est plus fort que celui de la mer et rien ne pourrait les retenir à terre.

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          J’avais lu il y a quelques année Le journal d’un enfant et j’avais beaucoup aimé la douceur et la mélancolie de l’écriture de Pierre Loti. Son amour du voyage et de la mer aussi, bien sûr. J’avais trouvé à la fois de l’énergie et de la fragilité dans son style qui atteint un très bel équilibre et qui m’avait beaucoup touchée. Ca m’avait donné envie de lire son roman le plus célèbre, Pêcheur d’Islande. Et puis, j’ai un peu oublié, j’y ai vaguement repensé de temps en temps, mais il a continué à sommeiller dans ma bibliothèque, jusqu’à ce que je me décide enfin à me plonger dedans. Dès les premières pages, je n’ai eu qu’un regret : ne pas m’y être mise plus tôt ! Plus encore que dans ma première lecture de cet auteur, je suis tombée sous le charme de sa plume. Quelle force d’évocation ! et pourtant il y a quelque chose d’assez ténu dans son écriture qui me donnerait presque envie de retenir mon souffle de peur de rompre la magie. C’est simple et beau, une écriture comme je les aime.

          L’histoire est à la fois celle de ces pêcheur « islandais » d’une manière générale, et de l’un d’eux en particulier, Yann, le plus grand et le plus fort d’entre eux.  Yann n’a d’yeux que pour la mer et affirme volontiers que c’est elle qu’il épousera. Pourtant, depuis qu’il a rencontré Gaud au bal, ses amis ne peuvent s’empêcher d’espérer le voir se fiancer enfin avec une si jolie fille. Pendant ce temps, Gaud attends derrière sa fenêtre, le retour de son beau pêcheur, en espérant qu’elle parviendra un jour à lui faire rompre ses fiançailles avec la mer. Un roman sur l’attente, sur l’amour, sur la la mer. Un véritable condensé de vie qui n’a pas été sans me rappeler l’écriture de Jack London, avec un je ne sais quoi d’un peu plus fragile peut-être. Certains d’entre vous connaissent déjà mon amour pour Jack London (pour les autres, c’est un de mes auteurs fétiches), c’est dire si j’ai aimé le texte de Loti pour pousser jusque-là la comparaison ! Un roman qui trouve toujours les mots justes pour évoquer des images fortes sans jamais en faire trop dans le sentiment. On pourrait presque sentir les embruns en ouvrant ces pages. Pierre Loti nous offre quelques heures de pur bonheur.

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D’ailleurs, sans toute sa souffrance d’avant, l’heure présente n’eût pas été si délicieuse ; à présent que c’était fini, elle aimait presque mieux avoir connu ce temps d’épreuve.

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…Inquiète, elle l’était beaucoup dans son bonheur, qui lui semblait quelque chose de trop inespéré, d’instable comme les rêves…

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L’homme sans bagages – Emmanuelle Pol

          Les parents de S. sont morts quand il était enfant dans un accident de voiture. Recueilli par une vieille tante, il s’est juré de partir dès que possible. Son diplôme en poche, il quitte la France sans se retourner et ira de pays en pays, au grès des contrats et des rencontres. Une vie sans attaches, jusqu’au jour où il doit rentrer en France pour régler un problème administratif et y trouve l’amour… 

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          Dès les premières lignes, j’ai senti que j’allais adorer ce livre : l’écriture est délectable et je n’ai pu que me réjouir de tant de cynisme et de détachement. Un humour grinçant qui se met en place rapidement et avec lequel je me suis trouvé bien des affinités. L’histoire avance rapidement, n’est pas avare en ellipses et ne fait pas dans le sentiment. Un style enlevé (voire expéditif) que j’ai beaucoup apprécié. Le personnage, qui refuse la moindre attache, est assez peu sympathique mais on le suit avec plaisir dans ses aventures, brièvement racontées. En effet, l’auteur ne s’attarde pas sur les nombreux rebondissements de la vie de son personnage, qui ne sont là finalement que pour mettre en place ce qui va suivre.

          La suite, c’est une histoire d’amour avec une fille bien plus jeune que lui et qui va le mettre dans une situation des plus délicates. En effet, S. refuse toute forme d’attachement et pour rien au monde ne voudrait se poser, pourtant, cette femme là n’est pas comme les autres, il l’aime et bien qu’elle ne cherche pas à le retenir (ou justement pour cette raison d’ailleurs), il a perdu l’envie de partir. De quoi le faire cogiter sur le sens de la vie et le rendre des plus acariâtres… Je ne vous en dis pas plus, il faut bien laisser quelques surprises au texte quand même. Cette lecture m’a un peu rappelé Le front russe de Jean-Claude Lalumière, mais avec plus de finesse dans l’écriture. Seule la fin n’est sans doute pas totalement à la hauteur du reste, mais comment finir une telle histoire ? Un texte à découvrir avant tout pour ses qualités stylistiques et son humour décalé. Une très bonne lecture et une auteur à suivre !

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Ils avaient été « emboutis », « percutés » et même « écrasés » avait-il entendu dire, et son coeur se serrait horriblement tandis qu’il tâchait de les imaginer, aplatis comme le chat qu’il avait aperçu un jour sur la chaussée, la pupille vitreuse et le poil coagulé.

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Par correction, lui indiqua-t-il, il avait subvenu aux besoins de l’enfant durant une année, le temps que la parturiente se remette de ses couches et soit en mesure de travailler. L’année était écoulée : il s’en allait.

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Loin d’apprécier la tolérance tant attendue, il ne pouvait au contraire s’empêcher d’y voir une forme de désintérêt, voire de mérpis. Eh quoi ! On ne tentait pas de le retenir ? On l’aimait donc si peu ?

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Un notaire peu ordinaire – Yves Ravey

          Quand son cousin Freddy sort de prison, Mme Rebernak a peur qu’il s’en prenne à sa fille, Clémence. Elle va tout faire pour le tenir éloigné de sa famille et en parle à Me Montussaint, qui lui a déjà rendu bien des services. Mais cela suffira-t-il à éloigner le danger qui rode ? 

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          Ce texte court est assez bien écrit. Un style fluide et une écriture concise qui sont très agréables et assez caractéristiques du type de textes publiés par Minuit. De suite, les éléments de l’intrigue se mettent en place et naît une certaine tension. Une atmosphère lourde se dégage de ces lignes et on sent le drame arriver peu à peu. La fin vient clore cette montée en puissance avec brio. J’ai trouvé que parfois la psychologie des personnages manquait un peu de finesse, leurs réactions ne sont pas toujours très plausibles et j’aurai aimé un plus grand accent de vérité, avec des personnages qui auraient sans doute mérité d’être un peu plus fouillés. Toutefois, l’écriture étant rapide et efficace, on ne s’attarde pas vraiment sur cette impression d’étrangeté qui se dégage parfois, sur ces petits décalages qui enlèvent un peu de sa force au texte. Ils se retrouvent finalement un peu noyés dans le rythme du récit et ne laissent que peu de traces à la fin de la lecture.

          L’intrigue est relativement classique et le dénouement même s’il m’a surprise par certains aspects, est prévisible par d’autres. Cependant, j’ai trouvé cela suffisamment bien mené pour ne pas être gênant. Les amateurs de polar regretteront ou de romans psychologiques regretteront sans doute ces petites maladresses qui gâchera un peu leur plaisir. Ils se douteront sans doute également assez vite du dénouement, ce qui pour m’a part ne m’a d’ailleurs nullement dérangée, une certaine incertitude demeurant jusqu’au bout. Pour les autres, ce roman est une bonne initiation au thriller dont il reprend certains des codes qu’il mêle avec ceux d’une littérature contemporaine plus « classique ». Un joli texte auquel j’ai pris grand plaisir.

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Les larmes ça ne sert à rien,c’est trop tard pour regretter,de toute façon ça ne change pas grand-chose…

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En attendant, fallait quand même être gonflé pour déranger une brigade pour un chien assis au milieu de la cour, qui ne fait aucun mal, évidemment. Le brigadier a ajouté qu’il n’allait quand même pas mettre une amende au chien pour violation de propriété privée et pour tapage nocturne.

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L’homme qui ne voulait plus se lever – David Lodge

          Six nouvelles en relation avec la vie ou les romans de l’auteur. Trois ont pour cadre l’été, trois l’hiver. Des textes très différents, écrits à divers moments de la vie de l’auteur et qui du rire aux larmes nous offre un éventail de ses talents.

          J’aime beaucoup les romans de David Lodge et la finesse de son écriture. Son humour subtil mais parfois féroce m’enchante. Quand je suis tombée par hasard sur ce recueil de nouvelles, je me suis donc jetée dessus, ayant hâte de découvrir une autre facette de son talent. Les nouvelles sont toutes les six dans des styles différents. Certaines sont assez drôles, d’autres beaucoup plus sombre. J’ai été un peu déçue de ne pas vraiment retrouver l’humour mordant de l’auteur dans ces courts textes. En revanche, j’ai été assez agréablement surprise par la profondeur de certains, qui sous des airs assez légers s’avèrent plutôt cruels. J’aime bien les nouvelles à chute et celles-ci n’en ont dans l’ensemble pas vraiment, ce qui me frustre toujours un peu. Toutefois, j’ai été contente de découvrir de nouveaux aspects de l’écriture de David Lodge. Si ces textes ne sont pas les meilleurs de l’auteur qui semble s’avérer plus à l’aise dans la longueur du roman, ils sont toutefois agréables à lire et permettent de découvrir différentes facettes de son univers.

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Ayant quitté l’école signifie un adolescent bon à rien renvoyé d’un collège secondaire. C’est un euphémisme, insista ma mère qui était une femme instruite. Depuis le temps qu’elle était mariée avec mon père, son sens de l’humour irlandais avait pris un mordant assez juif.