Mes lectures

Causes perdues

          En 2025, la Chine est devenue la première puissance mondiale. L’Europe est quant à elle gouvernée par les ultra-libéraux et les lois sociales ont été abolies. Quand de grands hommes d’affaires européens sont arrêtés en Chine sans raison apparente, Philippe d’Arciac va être choisi pour défendre l’un d’eux. Sa tâche ne sera pas facile. 

          Ce roman ne m’inspirait que très moyennement n’étant pas franchement une adepte de l’anticipation et des complots en tous genres. Je l’ai tout de même ouvert « pour voir ». Première impression : le style est d’une banalité désespérante (et encore en étant gentille…). L’histoire commence dans le sud, pendant les vacances du personnage principal, ce dont on se passerait bien. N’ayant amené d’autre lecture pour un trajet de 7 heures en train, j’ai tout de même continué. Fort heureusement, peu à peu l’histoire se met en place et devient plus prenante. Finalement ce complot n’est pas si mal monté et on se laisse quelque peu prendre au jeu.

          J’ai toutefois un reproche majeur à faire à ce livre : il est incroyablement bavard. Les 50 premières pages sont tout à fait inutiles et ne font qu’énerver le lecteur. Et ensuite ça continue, l’histoire, pourtant assez bien ficelée, est noyée sous des tonnes (et des tooooonnes) de détails aussi inutiles qu’inopportuns. Amputé de moitié c’eut pu faire un bon roman de plage, en l’état, il me paraît difficile d’en venir à bout à moins d’une infinie patience. Je passerai sur les fautes de typographie qui m’ont passablement agacée et les interminables passages explicatifs. J’ai pourtant trouvé quelques bonnes choses dans ce livre. Le style est assez neutre mais pas désagréable et l’histoire plutôt originale. Elle fourmille d’idées. Il est dommage que l’auteur se disperse autant en rentrant dans des détails qui assoment son lecteur et viennent ralentir un rythme qui aurait mérité d’être plus soutenu. Si le développement vient un peu contre-balancer la mauvaise impression faite par les premières pages en arrivant par moments à nous surprendre, il n’en demeure pas moins que ce livre ne parvient pas vraiment à convaincre. Dommage.

Causes perdues, Gérard Meric-Cadourel

Editions Persées

448 pages, 23€

Mes lectures

Changement de décor, David LODGE

          Morris et Philipp, tous deux professeurs d’anglais échangent leurs postes pour 6 mois. Le premier est un américain brillant et sûr de lui qui vient d’une faculté réputée où le soleil brille toute l’année ; le second est un homme effacé qui semble toujours chercher sa voie et enseigne dans une université qui manque de prestige, dans une ville grise et pluvieuse d’Angleterre. Deux univers que tout oppose et qui vont devoir cohabiter. 6 mois qui s’annoncent difficiles…

          Changement de décor est un des premiers romans de David Lodge, écrit à la fin des années 60. On y retrouve son humour si délectable et toute la finesse de sa plume. Ce livre m’a rappelé Pensées secrètes, en peut-être plus déjanté et immoral encore. Ce livre est totalement fou, improbable, et ne ce soucie pas le moins du monde des basses questions de crédibilité. Le fond de l’histoire est assez simple et terriblement efficace. L’échange universitaire est bien sûr l’occasion de découvertes et de grands bouleversements. On assiste à travers les yeux de ces deux professeurs à l’éclosion du mouvement hippie des deux côtés de l’Atlantique. La naissance d’une époque qui n’est bien sûr pas étrangère au côté un peu farfelu de ce roman.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a franchement fait rire. David Lodge a un humour grinçant qui fait mouche à tous les coups. Il y a dans ce roman un dynamisme et une énergie qui peuvent parfois manquer à certains ds ouvrages de l’auteur. Les scènes cocasses s’enchaînent et le lecteur se délecte des nombreux malentendus dans lesquels se fourrent les personnages. La fin est très frustrante et donne terriblement envie de se jeter sur la suite (2 autres tomes). Une lecture extrêmement plaisante, drôle et divertissante. Un livre intelligent comme on aimerait en croiser plus souvent. Du grand David Lodge.

 Si, en revanche, ç’avait été elle qui était partie en Amérique et lui qui était resté s’occuper des enfants, elle lui aurait beaucoup manqué, évidemment. En fait, s’il n’u avait pas les enfants, il ne saurait dire à quoi lui sert une femme.

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Il avait été question d’une expérience démontrant que les rats se portaient mieux quand on les nourrissait avec les emballages plutôt qu’avec les corn flakes.

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Depuis son départ, elles étaient d’une telle pagaille que le Thé du Chapelier four de Carroll apparaissait en comparaison comme un système modèle dans l’art de prendre des décisions.

Mes lectures

Feynman, de Jim OTTAVIANI et Leland MYRICK

          Ce roman graphique revient sur l’incroyable parcours du Professeur Feynman. Ce savant fou a côtoyé les plus grands physiciens, participé à la fabrication de la bombe atomique et obtenu un prix Nobel. Le tout sans jamais sembler prendre la science réellement au sérieux. Un grand gamin qui a joué avec des atomes sa vie durant, mettant à mal les connaissances acquises. Un personnage excentrique et passionnant.

          J’ai mis un peu de temps pour entrer dans cette BD. Pour commencer, elle est extrêmement longue (à peu près 250 pages), ce que j’ai trouvé un peu déroutant, n’étant pas une habituée du genre. La narration à première personne m’a également un peu perturbée. J’ai trouvé qu’elle cassait le rythme du récit, prenant largement le pas sur les dialogues. J’ai trouvé ça dommage. Un des atouts de la BD tient à la vivacité du rythme et on est plutôt ici dans un récit plus traditionnel, ce qui rend le tout un peu statique. De plus, l’histoire avance essentiellement par le texte, l’image n’est là que pour illustrer, elle ne fait pas tellement avancer le récit, ce qui est un peu dommage. Les dessins sont agréables et auraient mérité une place plus importante.

          Il y a toutefois de bonnes choses dans cette BD. Pour commencer, la biographie du personnage est passionnante, difficile de ne pas s’y intéresser. Certains passages sont particulièrement palpitants, notamment au moment de la création de la bombe atomique, de la réception du Prix Nobel ou de son travail sur les raisons de l’explosion de la navette Challenger. Les détails annexes comme « comment Feynman a appris à jouer du banjo » ajoutent une petite touche d’humanité tout à fait bienvenue. Je regretterais peut-être un peu que la biographie du personnage soit traité dans son intégralité, cela crée des longueurs. Quelques ellipses auraient été bienvenues. Malgré tout, une BD réussie, si elle m’a donné un peu de mal au début, l’histoire est suffisamment prenante pour faire oublier les quelques faiblesses du récit. On s’attache à ce savant fou et on finit ce livre avec l’envie d’en savoir plus (la bibliographie à la fin est particulièrement appréciable). Une bonne surprise.

Feynman de Jim Ottaviani et Leland Myrick

La librairie Vuibert

266 pages, 21 €

Mes lectures

La nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie KOLTES

          Un homme aborde un inconnu dans la rue et lui parle de tout et de rien, et surtout de lui, pour tenter de le retenir. L’autre ne répond jamais et on ne saura rien de lui, pas même s’il existe vraiment. Un long monologue désespéré de 63 pages, en une seule phrase, fait de redites et d’obsessions. Perturbant.

          A vrai dire je n’ai pas grand chose à raconter sur ce texte que je n’ai pas réussi à finir, bien qu’il soit très court. Je n’ai absolument pas réussi à rentrer dedans. Dès le départ j’ai eu beaucoup de mal avec ce style moderne et décousu. Ce post-modernisme affiché m’a gênée, j’ai une préférence pour des écritures plus rondes. J’ai toutefois tenté de faire abstraction de ces premières lignes pour e pencher sur le coeur du sujet. Rien à faire, impossible de m’intéresser à ce qu’il se passait. Trop décousu à mon goût, trop déstructuré, trop cru dans le langage employé. Décidément tant de modernité me laisse perplexe.

          Ce long looooong monologue, en une seule phrase, m’a épuisée. Je me suis très vite désintéressée de ce discours auto-centré. Typiquement le genre de texte qui me laisse de glace. Ce n’est pas faute d’essayer mais c’est comme si les mots n’avaient aucune prise sur moi : je les vois mais ne les enregistre pas. Il y a visiblement là tout un courant à côté duquel je suis condamnée à passer faute de pouvoir me concentrer dessus plus de 2 minutes (j’ai vécu une expérience tout à fait comparable avec Thomas Bernardt). Des auteurs qui pourtant me tentent par les théories qu’ils mettent en oeuvre et leur volonté de bousculer les codes littéraires, bien que le résultat me passionne beaucoup moins. Une rencontre ratée donc, dommage.

Tu tournais le coin de la rue quand je t’ai vu, il pleut, cela ne met pas à son avantage quand il pleut sur les cheveux et les fringues, mais quand même j’ai osé

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l’usine, vos gueules, et on a le dernier mot _ et ils ont le dernier mot, le petit nombre de baiseurs qui décident pour nous, de là-haut, organisés entre eux, calculateurs entre eux, techniques à l’échelle internationale – l’échelle internationale !

Mes lectures

J’ai aimé un pervers

          Le témoignage de 3 femmes (Carole Richard, Mathilde Cartel, Amélie Rousset) qui ont vécu de longues années auprès de pervers narcissiques qui les ont totalement étouffées. Comment devient-on une femme harcelée par son propre mari ? Comment peut-on ne pas s’en apercevoir ? On pourrait se laisser aller à penser que seule des femmes faibles ou stupides peuvent se laisser prendre au piège ; pourtant, il n’en est rien, chacune est on ne peut plus saine d’esprit. Ces trois femmes ont simplement fait un mauvais choix au mauvais moment et se sont retrouvées piégées sans s’en rendre compte.

          J’ai beaucoup aimé ces témoignages. Les histoires alternent, évitant la monotonie. On suit en parallèle chaque rencontre, chaque début de violence, puis peu à peu chaque prise de conscience. Il est intéressant de voir à quel point ces histoires peuvent se ressembler malgré des conditions et des parcours très différents. Le schéma de ces hommes semble toujours le même, et redoutablement efficace. Ils font preuve d’une rare persévérance et peuvent se montrer prévenants de longs mois durant avant de ferrer leur pauvre victime. Les violences commencent peu à peu, insidieuses d’abord : paroles dévalorisantes, jalousie excessive, petites mesquineries… plus appuyées par la suite avec des insultes, et parfois même des coups. Cette lente escalade se double d’une dévalorisation qui ôte petit à petit à la femme qui en est victime toute confiance en elle.

          Ces hommes peuvent pourtant se montrer charmants, même si cette capacité semble s’amoindrir au fil du temps. Ce changement constant de comportement sème le doute, d’autant plus qu’il démontrent un aplomb qui manque totalement aux compagnes qu’ils s’acharnent à brimer depuis tant d’années, allant jusqu’à les éloigner de famille et amis afin de mieux les tenir sous leur coupe. Un piège subtil, extrêmement bien décrit. En lisant ces témoignages, on comprend le cheminement de ces femmes qui se sont laissées détruire sans s’en apercevoir. Sans diaboliser leur compagnon, ni se poser en simple victimes, elles analysent pour nous leur parcours difficile avec un recul qui nous permet de mieux les comprendre. L’écriture est sans prétention mais reste agréable, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type d’ouvrages. On ne sombre jamais dans un pathos excessif ou un concours d’anecdotes sordides, le ton reste assez neutre et il n’y a pas plus d’exemples que nécessaire ; une retenue qui fait la force de ce texte. Des témoignages édifiants qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement des pervers narcissiques et ne laisse aucun doute quant à la chose à faire face à eux : fuir le plus vite possible. Un livre agréable à lire et très intéressant, à mettre entre toutes les mains.

Certains hommes se comportent avec les femmes comme si elles étaient des pommes. Ils les mangent, et à la fin ils jettent le trognon… »

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Il me fait souvent remarquer que je passe trop de temps le soir à raconter des histoires aux enfants : je les empêche de dormir et je les gâtes trop. Et en effet, je finis par croire que je suis une mauvaise mère.

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Mon bébé dans son fauteuil, avec un biberon suspendu par une corde, à portée de sa bouche, sans son père à ses côtés. Vision d’horreur ! (…) Jean, en revanche, a été très content de son innovation.

Ce livre est paru aux éditions Eyrolles dans la collection « Histoires de vie ». 200 pages. 15€.