Club lecture·Mes lectures

Club-lecture de novembre : les classiques de l’anticipation

          Notre club-lecture s’est réuni mardi soir autour de trois grands classiques de l’anticipation : 1984, Le meilleur des mondes et Fahrenheit 451. Chacun a lu celui qui l’inspirait le plus, plusieurs s’il le souhaitait. Nous avons ensuite rapidement résumé chaque ouvrage et comparé nos avis. Pour la présentation précise des romans, voir les articles que j’ai publiés sur chacun : 1984, Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451.

          Dans l’ensemble on a tous plutôt apprécié nos lectures. On a trouvé les thèmes abordés très modernes et tout à fait d’actualité (même si l’écriture d’Orwell a peut-être un peu moins bien vieilli). Ces romans sont également très sombres, 1984 remportant la palme de l’univers le plus noir : aucune trace d’espoir n’y subsiste. Trois textes très forts chacun dans leur genre. 1984 est sans doute le plus marquant, presque oppressant. Le meilleur des mondes le plus cynique, parsemé de touches d’ironie bien placée. Fahrenheit 451 a quand à lui l’écriture la plus poétique. Trois romans proches par les sujets abordés mais avec chacun une identité forte.

          Les avis ont bien sûr divergé quant à l’aspect politique et social des textes. Sont-ils vraiment prophétiques ou pas ? Se dirige-t-on inexorablement vers un monde totalitaire ? La culture va-t-elle à sa perte ? Je laisse chacun libre de se faire une opinion en fonction de sa propre perception du monde qui nous entoure.

          Une fois de plus, ce fut une très bonne soirée. La prochaine fois nous nous réunirons autour d’une pièce de William Shakespeare et d’un repas de Noël.

Culture en vrac

Hubert NYSSEN, mort d’un grand homme

          Hubert Nyssen est mort dans le 12 novembre dernier. Je ne l’ai appris qu’aujourd’hui même et tenais à rendre un modeste hommage à cette grande figure du monde des lettres. Il était le fondateur de la célèbre maison Actes Sud. Créé en 1969, l’Atelier de cartographie thématique et statistique (Actes) diversifie son activité et devient une maison d’édition dont le premier livre paraît en 1977. En 1983, les éditions dont le pari fou de s’installer à Arles. Personne alors ne croit à la possibilité de faire des livres ailleurs qu’à Paris.

          35 ans plus tard, la petite maison arlésienne rivalise avec les grands noms parisiens. Elle est devenue une véritable référence, grâce à bon nombre de choix avisés dans ses publications. La maison a connu son premier succès avec la publication de Nina Berberova. Elle a ensuite singé un coup de maître en faisant découvrir Paul Auster à la France. D’autres grands noms ont depuis rejoint le catalogue et la maison a accumulé les prix littéraires avec entre autres Nancy Huston, Laurent Gaudé, Mathias Enard, Imre Kertész ou Elfriede Jelinek (tous deux prix Nobel de littérature). En 2006 la maison signe sans doute le deuxième plus beau coup du siècle après Harry Potter en achetant pour une bouchée de pain (enfin, comparativement aux bénéfices récoltés)  les droits de Milenium de Stieg Larson pour le français et plusieurs langues étrangères. Le livre a connu un énorme succès et lancé une véritable mode du polar suédois. La maison a ensuite surfé sur le mouvement avec Camilla Lanckberg, autre gros succès. La maison est ainsi à l’abri du besoin pour de nombreuses années.

          Notons aussi la très belle collection de poche de la maison, Babel. Un peu plus chère que ses concurrentes, elle est d’une qualité incomparable (ah son beau papier crème, épais, qui résiste si agréablement sous les doigts…). On y trouve de nombreuses (re) traductions des classiques de la littérature russe, qui a donné un second souffle a bien des auteurs classiques quelques peu délaissés. La maison en grandissant en a racheté d’autres, pas pour les dévorer goulûment mais pour les sauver de la ruine.

          Hubert Nyssen a créé une maison d’édition humaine, qui propose des ouvrages de qualité. Un véritable visionnaire qui est allé au bout de ses convictions et a déniché bien des talents. Il a laissé il y a quelques années la direction de l’entreprise familiale à sa fille, Françoise. À contre courant du mouvement actuel, la maison représente l’une des plus belles réussites dans ce secteur. Elle s’est imposée comme une référence et son nom est gage de qualité. La disparition de cette figure tutélaire du monde des lettres va laisser un grand vide.

Culture en vrac

La mort des libraires ?

          Il y a peu, Télérama proposait un dossier sur la disparition progressive des librairies indépendantes. En effet, la situation de ces commerces de proximité est précaire. Les marges des libraires sont faibles, les loyers élevés et la concurrence rude. Et la hausse de la TVA sur les livres n’est pas pour arranger la situation. Dans une société où on veut tout tout de suite, on se tourne de plus en plus vers les grandes surfaces culturelles ou les sites de vente en ligne pour subvenir à un désir immédiat (pour un livre qu’on laissera finalement sans doute moisir des mois avant de l’ouvrir), oubliant que si notre libraire n’a pas l’objet de notre désir en stock il peut aussi le commander dans un délai somme toute très court.

          Mais l’évolution de la société est-elle la seule responsable de cette situation ? Le site La lettre du libraire pose la question. Les libraires n’auraient-ils pas également une part de responsabilité dans cette débâcle ? En effet, l’article met en avant deux points importants :

– le secteur ne s’adapte que très lentement aux évolutions de son milieu. Par exemple, l’utilisation d’Internet commence à peine à se généraliser, avec des années de retard sur les librairies en ligne.

– la librairie est souvent considérée comme un temple du savoir inaccessible au commun des mortels. Les « faibles lecteurs » (grande majorité de la population) sont intimidés par ce lieu où le silence règne et où il se sentent souvent méprisés par le maître des lieux.

          Peut-être certains s’insurgeront : « le libraire est une pauvre victime innocente ! » Si la situation est aujourd’hui difficile, il est vrai que la librairie n’est peut-être pas toujours très accessible à un public « populaire ». Et les libraires ne sont pas toujours très accueillants. Ils ont trop souvent tendance à prendre de haut le lecteur, oubliant qu’ils sont aussi et avant tout autant des conseillers que des commerçants. Il y a aussi ceux qui ont été embauchés pour leurs compétences en caisse plus que pour leur amour de la lecture (je donnerai comme exemple le vendeur de la petite librairie en face de chez moi qui ignore tant l’existence de Raymond Queneau que celle de Truman Capote – si si, je vous assure).

          Il y a toutefois une bonne nouvelle là-dedans : si les libraires ont leur part de responsabilité, ils ont par la même occasion une marge de manoeuvre pour tenter de rectifier le tir. Déjà des libraires créent des évènements pour se rapprocher du client : signatures, expositions, animations pour les enfants. On trouve parfois des coins lecture dans les librairies, leur rendant leur fonction de lieu de rencontre, ce qui les différencie de leurs concurrents et en fait tout le charme.

          Alors, plus aucun espoir pour nos librairies ? Si les lecteurs font l’effort d’aller chez leur libraire plutôt qu’en grande surface, ou de commander sur son site plutôt que sur une librairie en ligne; si on se sort de la tête que les grandes surfaces culturelles ont « plus de stock » alors que bien souvent, elles n’ont finalement qu’on choix très ciblé (personnellement, il est bien rare que j’y trouve mon bonheur) ; si on considère le libraire aussi comme quelqu’un qui est là pour nous conseiller et nous ouvrir de nouveaux horizons ; si le libraire accepte ce rôle ; si les librairies redeviennent des lieux de vie ; bref, si lecteurs comme libraires y mettent un peu du leur, alors il y a quand même un vague espoir pour qu’on puisse continuer à acheter ses livres chez des gens compétents et passionnés.

          Comme d’autres (voir l’article de I heart books à ce sujet), faisons nous aussi le choix quand nous en avons la possibilité de n’acheter nos livres qu’aux libraires indépendants et permettons leurs ainsi de ne pas mettre la clef sous la porte tout de suite. Redécouvrons la joie de discuter avec des gens qui aiment leur métier. C’est parfois difficile de trouver LA librairie qui nous correspond, mais vous verrez, c’est un effort largement récompensé.

Mes lectures

Prix littéraires, cuvée 2011

            Après une longue hésitation, j’ai décidé de ne pas déroger à la règle et de, moi aussi, dédier un petit article aux prix de cette rentrée littéraire 2011. Sait-on jamais, au cas où l’un de vous aurait totalement échappé aux médias cette dernière semaine…  

          Le Prix Goncourt a été remis pour la première fois depuis des lustres à premier roman, L’art français de la guerre d’Alexis Jenni, chez Gallimard (je vous présente tout de même l’auteur rapidement : professeur de biologie à Lyon, 48 ans, écrivait jusque-là de « petites choses » qu’on retrouve dans son blog, Voyages pas très loin). Un texte sur les restes du colonialisme dont la rédaction a pris cinq ans et que Gallimard a choisi de tirer à 60 000 exemplaires d’emblée de jeu. La critique a salué cet ouvrage dès sa sortie et il a connu un beau succès près du public. Il a donc vite été pressenti pour le prix suprême, d’autant qu’il fallait bien fêter le centenaire de la maison ! Ce livre m’avait découragée de par son épaisseur (idéal pour caler une porte), mais je pense que je finirai tout de même pas le lire (quand, à la recherche d’un emploi, je croulerai sous le temps libre).

          D’un naturel curieux, j’ai voulu aller voir depuis quand le Goncourt n’avait pas été attribué à un premier roman (surtout qu’il y a le Goncourt du Premier roman pour cela…). J’avais entendu dans une émission « culturelle » que ce n’était pas arrivé depuis Françoise Sagan et son célèbre Bonjour tristesse. Je suis donc allée jeter un oeil sur Internet pour voir. Eh bien aucun journaliste ne semble s’être demandé si des premiers romans avaient déjà eu cet honneur et, si oui, lesquels. Tous (oui, je dis bien TOUS) ont repris la dépêche AFP sans y ajouter une seule information de leur cru. J’ai même trouvé un article (dans un journal tellement prestigieux que je n’ose même citer son nom) qui se contentait de faire un copié-collé de la dite dépêche. Je comprends que la rapidité de l’information sur les versions Internet des quotidiens est importante, voire essentielle, et qu’il est donc normal que dans l’urgence chacun ait repris le travail prémâché mais tout de même, en une semaine, peut-être eut-il été possible de compléter cette première information par un article pour fourni. Et, oserai-je le suggérer ?, n’était-il pas possible qu’un journaliste consciencieux effectue le travail en amont, effectuant un minimum de recherches sur les 4 derniers candidats, que nous connaissions depuis belle lurète ? Bref, pourrait-on espérer que les journalistes fassent leur travail ???

          Visiblement, non. J’en reviens donc après cette digression au résultat de mes recherches : personne pour parler du dernier Goncourt accordé à un premier roman. Seuls 2 ou 3 articles reprenaient le nom de Françoise Sagan. Cela nous ramenant plus de 50 ans en arrière, je me suis dit que ça méritait d’être vérifié tout de même. Je suis donc allée faire un tour sur le site du Goncourt pour voir si par le plus grand des hasards, un titre d’un possible premier roman ne me sauterait pas aux yeux. Bon, évidemment, la réponse est non étant donné que je ne connais pas la moitié (le quart ?) des titres primés, et quand bien même je connaîtrais leurs auteurs, je suis pour la plupart bien incapable d’établir la chronologie de leurs publications. Je n’étais donc pas plus avancée. En revanche, ce qui m’a sauté aux yeux, c’est l’absence de Françoise Sagan dans cette liste (j’ai vérifié 5 fois), et pour cause ! elle n’a jamais obtenu le prix tant convoité. On peut donc en déduire que les seuls journalistes qui ont tenté de faire leur travail l’ont mal fait. C’est bien la peine de payer des études aussi cher… (et avec tout ça, je n’ai toujours pas la réponse à ma question).

           Bref, pour en revenir à nos oignons (ou nos moutons, ce qui d’ailleurs va bien ensemble), Gallimard obtient ainsi son 38° Goncourt en près de 110 ans d’existence du prix, ce qui représente un record. Un juré avoue même faire une pile pour Gallimard, et une « pour les autres » (ce qui explique que la maison gagne à peu près une année sur deux ?). L’occasion de revenir sur le fabuleux parcours de la mythique maison dans un article ? Sans doute (si je n’oublie pas, bien sûr…).

             Le Prix Renaudot (décerné le même jour et qui ne peut être remis au même auteur, étant une sorte de contre Goncourt), a quant à lui été remis à un auteur déjà reconnu, Emmanuel Carrère, pour Limonov. Un ouvrage également salué par la critique lors de sa sortie. J’avais failli l’acheter avant de me rétracter, n’étant pas une grande adepte des biographies (surtout quand je ne connais pas le personnage). L’ouvrage est publié chez P.O.L., filiale de Gallimard (et très bonne maison au demeurant)… Un livre que je pense lire aussi, à la fois parce que je n’ai rien lu de l’auteur et que ça fait longtemps que j’y songe, et parce que le résumé de l’éditeur est tout de même tentant.

          Je n’en ai pas parlé cette année, alors je le fais maintenant, le prix Nobel de littérature a été remis à Tomas Tranströmer, poète suédois. Pour l’histoire du prix Nobel, c’est ici, et  (allez jeter un oeil, c’est instructif). Pour le reste, la Bnf a récompensé Patrick Modiano pour l’ensemble de son oeuvre. Cette année je vous passe le résumé de chaque ouvrage et l’historique de chaque prix mais le Grand Prix Roman de l’Académie Française va à Sorj Chalandon pour Retour à Killybegs (Grasset)Le prix Femina revient quant à lui à Simon Liberati pour Jayne Mansfield 1967, paru chez Grasset. Et les lycéens ont aujourd’hui même décerné leur Goncourt à Carole Martinez pour Du Domaine des Murmures, chez Gallimard (autre grande favorite du grand Goncourt, vaincue à 3 voix contre 5). Enfin, le Prix Médicis revient à Mathieu Lindon pour Ce qu’aimer veut dire (P.O.L.). Un dernier grand prix reste à décerner, l’Interallié, et c’est pour le 15 novembre. Si vous souhaitez retrouver le palmarès de l’année dernière et une brève histoire des principaux prix littéraires, c’est ici.

           Un cru sans grandes surprises mais qui, plus classique peut-être que les années précédentes, semble de bonne facture. Une bonne année pour P.O.L., qui fait jeu égal avec les plus grands, mais aussi pour Gallimard qui, après une année 2010 pauvre en récompenses, fête avec brio son centenaire (d’autant que la seule « petite » maison qui se détache lui est affiliée). Dans le pur respect de la tradition, Grasset fait également une récolte honorable. Le grand absent de cette année reste Le Seuil, qui repart bredouille (notons que depuis quelques années, la maison semble moins représentée que ses deux consoeurs dans la trio infernal des perpétuels gagnants). Rendez-vous l’année prochaine, pour la prochaine moisson.

Mes lectures

Raymond QUENEAU, Connaissez-vous Paris ?

          Pendant deux ans, de 1936 à 1938, Raymond Queneau a posé chaque jour aux lecteurs de L’intransigeant trois questions sur Paris. De son propre aveu, les années les plus heureuses de sa vie.

          Les éditions Gallimard (la maison de Queneau, évidemment, qui d’autre aurait bien pu s’en charger) nous livrent ici quelques unes de ces questions/réponses, plus de 450 tout de même ! Elles ont été choisies en fonction de leur actualité, en effet, Paris a bien changé depuis ce temps-là.

          Je vous en livrerai quelques unes au fil des semaines, sur le même principe que celui choisi par l’auteur : la réponse se cachera dans un article (parmi les 5 derniers publiés, les réponses seront signalées en couleur et porteront le même numéro que la question qui leur est associée), à vous de la retrouver. Bonne visite de Paris.

Le Paris que vous aimâtes

n’est pas celui que nous aimons

et nous nous dirigeons sans hâte

vers celui que nous oublierons

Topographies ! Itinéraires !

Dérives à travers la villes !

Souvenirs des anciens horaires !

Que la mémoire est difficile…

Et sans un plan sous les yeux

on ne nous comprendra plus

car tout ceci n’est que jeu

et l’oubli d’un temps perdu

1) Il y a dans Paris un pavé de bronze. Où se trouve-t-il ?

Il y aun pavé de bronze au centre du grand refuge de la place du Parvis Notre-Dame. C’est le point de départ du kilométrage de toutes les routes de France. Il fut placé en 1924.