Archives de Tag: rentrée littéraire 2018

Asta, de Jón Kalman Stefánsson

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          Reykjavik, au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant – à une lettre près – amour en islandais qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur.

          On continue avec cette rentrée littéraire dont je semble définitivement ne jamais devoir venir à bout. D’habitude je m’y consacre de début août à début novembre mais cette année il me reste encore pas mal de titres à lire… La faute à des titres peu enthousiasmants et au rythme d’escargot qui s’ensuit. J’avais beaucoup entendu parler d’Asta, souvent j’aime beaucoup la littérature islandaise, j’avais donc hâte de le découvrir. C’était un des romans de cette rentrée dont j’attendais le plus. Alors, ça valait le coup d’attendre ?

Couverture du roman Asta de Jon Kalman Stefansson

          Dès le début, j’ai été assez déroutée par ce roman, la tournure du récit est assez particulière et d’un chapitre sur l’autre on change de protagoniste sans crier gare. J’ai trouvé que c’était assez difficile à suivre et très (trop ?) décousu. Même si j’aimais bien le ton employé, j’ai eu le plus grand mal à rentrer dans cette histoire. Le récit sur certains personnages m’a plus intéressé que d’autres et j’ai longtemps trouvé Asta elle-même assez antipathique. J’ai commencé à m’intéresser un peu plus à son cas quand elle est arrivée à la ferme. Ca sentait le drame, je me suis un peu retrouvée prise à cette histoire malgré moi. Bon, mes espoirs en matière de noirceur ont été déçus mais ce n’est pas bien grave, j’appréciais enfin la poésie de ce texte.

          Pourtant je n’ai jamais réussi à accrocher vraiment. La prose est belle, il y a des passages que j’ai beaucoup appréciés, j’ai bien aimé l’idée que l’auteur prenne autant de libertés dans la manière de raconter mais c’était trop décousu pour moi. A chaque chapitre il m’a fallu du temps pour comprendre qui parlait, j’ai parfois eu beaucoup de mal avec la chronologie aussi. Je pensais une fois passée la moitié que j’avais enfin réussi à me couler dans ce rythme si particulier et à me laisser porter mais arrivée à la fin je me suis rendu compte que je n’avais pas bien saisi où l’auteur voulait en venir (mais veut-il vraiment en venir quelque part ?), ce qui m’a laissé un petit goût d’inachevé. Malgré toute la beauté du style, j’ai eu du mal à me laisser aller à l’émotion. Si j’ai trouvé ce texte poétique et la plume agréable, les changements de personnages et d’époques m’ont déroutée. Ca n’en demeure pas moins un des jolis textes de cette rentrée.

Jon Kalman Stefansson, portrait

Photo Roberto Frankenberg

Être un bon paysan est depuis toujours considéré comme la réussite suprême en Islande. C’est ce qui compte le plus. La seule chose qui permette vraiment de prouver votre valeur d’être humain.

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Pour tromper le monde, je m’habille avec élégance chaque fois que je sors. J’allume mon sourire. Je maquille un peu ma tristesse puis je mets mes lunettes de soleil pour que personne ne remarque ton absence au fond de mes yeux.

 

Miss Sarajevo, d’Ingrid Thobois

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          Printemps 1993. Joaquim, vingt ans, débarque au milieu de Sarajevo assiégée. Armé de son seul appareil photo, il cherche à échapper à son enfance et à se confronter à la mort. Cette mort que vient de choisir sa jeune sœur Viviane, fatiguée d’expier dans l’anorexie un tabou familial jamais levé. Été 2017. Joaquim apprend le décès de son père. Le temps d’un Paris-Rouen, lui reviennent en rafales les souvenirs de sa famille bourgeoise, apparemment sans défaut, verrouillée autour de son secret. Mais peut-on réellement se libérer du fardeau familial ? Quel est, au bout du compte, le prix du non-dit ?

Couverture de Miss Sarajevo d'Ingrid Thobois

          Je ne sais pas trop raconter sur ce roman qui dans l’ensemble m’a plutôt ennuyée. Le style n’est pas désagréable mais est loin d’être transcendant (ce qui est visiblement le leitmotiv de cette rentrée…). Quant à l’histoire… ça aurait pu être intéressant ce mec qui raconte ses souvenirs à Sarajevo, ses rapports à sa famille, le lien entre tout ça. Sauf que c’est terriblement décousu et au final assez banal. Après quelques pages de découverte du style et de l’univers de l’auteur, je me suis ennuyée (surtout dans les passages qui se passent en France). Le personnage manque de profondeur et n’est guère plus qu’un ado mal dégrossi, même si on doit lui reconnaître des circonstances atténuantes, c’est assez vite lassant.

          J’ai trouvé que la psychologie du personnage aurait méritée d’être un peu plus fouillée. Ca reste dans l’ensemble assez superficiel dans le traitement des émotions et des mécanismes de défenses mis en place. C’est dommage parce que je trouve que cette histoire avait un joli potentiel mais elle reste au final trop à la surface des choses. Il y a quelques jolis passages et des pistes de réflexions pas inintéressantes mais ça manque cruellement de corps. J’ai eu du mal à voir où l’auteur voulait en venir avec cette histoire qui s’avérait prometteuse et s’avère assez brouillon. De belles intentions mais un résultat assez mitigé. Si ça reste agréable à lire malgré quelques lourdeurs, ça manque de profondeur et l’auteur ne semble jamais aller au bout de sa réflexion. Dommage.

Portrait d'Ingrid Thobois

L’imminence du départ, ce spasme entre la certitude d’un quai et le doute d’une destination, déstabilise un grand nombre de voyageurs. On a beau avoir lu les panneaux d’affichage, vérifié les écrans, rien n’y fait: le parallélisme des quais et des trains semble une invite à se tromper de voie, à se tromper de vie.

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Choisir de cesser de vivre, ce n’est pas forcément choisir de mourir.

Ma rentrée littéraire : espoirs et désillusions

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          Malgré son côté trop marketing et tabassage médiatique, je reste une amoureuse de la rentrée littéraire. C’est le moment de l’année où on entend le plus parler de livres, où il en sort le plus et j’avoue que je trouve à cette effervescence un charme tout particulier. J’alterne entre les ouvrages de mes auteurs favoris (ils sont relativement rares), les « incontournables » qui se retrouveront sur les listes des grands prix littéraires et d’illustres inconnus qui tentent d’émerger de la mêlée. Ce sont eux qui ont ma préférence. Pour moi septembre est en littérature le moment de la découverte, celui où je vais bousculer mes habitudes et essayer d’aller dénicher des perles. Et jusque-là, ça m’a toujours réussi.

livres

          Mais pas cette année. J’avais une jolie sélection pourtant (vous pouvez la découvrir ici). Beaucoup de premiers romans ou d’auteurs que je ne connaissais pas, des résumés alléchants, des styles variés, tout était réuni pour une rentrée sous les meilleurs hospices. Seulement voilà, impossible de venir à bout du moindre roman. Panne de lecture en pleine rentrée ? Peut-être. Ou alors simplement beaucoup d’attentes déçues. Pas forcément que les livres soient mauvais, non, simplement ils n’étaient pas pour moi, pas à ce moment-là. Ca ne m’était jamais arrivé, d’arrêter autant de livres en route, d’enchaîner ainsi les déceptions, de n’accrocher avec rien. Moi qui était si fière de ces quelques titres triés sur le volet, qui les attendait avec impatience, voilà que je n’ai même plus envie d’en ouvrir un seul !

          Je me traîne donc d’un roman à l’autre, peinant à les finir, abandonnant parfois. Je reconnais à certains des qualités, mais pas un seul coup de cœur. C’est une première, une rentrée où rien ne me fait vibrer. Il me reste encore 5 ou 6 romans à lire, mon enthousiasme s’étant largement émoussé, je suis d’une lenteur exaspérante, peut-être que parmi eux se cachera une pépite ? En tout cas, pour le moment j’en suis presque au point de me dire que je vais finir par délaisser la littérature contemporaine, moi qui ai toujours adoré ça ! Et vous, vous avez fait de belles découvertes cette rentrée ?

L’écart, Amy Liptrot

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          Intrépide et avide de passion, elle vacille, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l’on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l’île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l’ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l’appel qui la hante, qui vient toucher cette part d’elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.

          A ce jour, le seul livre de cette rentrée littéraire que j’ai vraiment apprécié. On me l’avait très bien vendu, pourtant si j’ai trouvé beaucoup de qualités à ce roman, ça n’a pas non plus été l’énorme coup de cœur que j’espérais (oui, je sais, je suis blasée en ce moment mais je ne fais pas exprès). J’attendais depuis le début de cette rentrée un roman avec une histoire « qui prend aux tripes ». Celui-ci semblait tout indiqué et d’ailleurs il faut reconnaître que je ne suis pas trop tombée à côté.

Couverture de l'Ecart d'Amy Liptrot

          J’ai de suite bien aimé le style, sobre mais beau. Quant à l’histoire, c’est tout simplement celle de l’auteur et bien qu’elle soit sombre, j’ai apprécié sa manière de raconter tout en simplicité, sans tomber dans le pathos. Si elle évoque les moments difficiles et son alcoolisme, c’est surtout sur son changement de vie et sa reconstruction qu’elle s’appesantit avec beaucoup d’humilité et un bel esprit d’analyse. J’ai trouvé ça beau d’arriver ainsi à se mettre à nu sans que ça ne paraisse jamais gênant. Elle sait trouver le ton juste et son récit est touchant. J’ai aimé découvrir cet univers si particulier des Orcades dont j’ignorais tout et qui m’a fascinée.

          Etant donné que l’auteur parle de son cheminement, on est beaucoup dans l’introspection : quels sont les schémas qui ont fait qu’elle est tombée dans l’alcool ? quelles stratégie elle met en place pour rester sobre. Elle présente son parcours avec beaucoup de délicatesse mais j’ai eu besoin de lire ce texte à petite dose pour l’intégrer, impossible de le dévorer d’une traite, ce sans doute ce qui fait que j’ai connu un petit moment de découragement passée la moitié de ce livre, j’avançais très lentement. Cela dit ça va bien avec la vie qu’elle raconte sur les îles écossaises, qui m’a rappelée par certains aspects celle de mes montagnes et m’a donné envie d’aller les voir un jour. Si ce n’est pas un coup de foudre, ça n’en demeure pas moins un très beau roman, sensible et délicat. Une belle surprise de cette rentrée.

Portrait d'Amy Liptrot

L’alcool que j’avalais depuis des années m’érodait comme le fracas répété des vagues contre les falaises, et ma santé s’en ressentait. Au plus profond de mon système nerveux, quelque chose s’effritait. J’étais parfois saisie de tremblements si violents que je me figeais, bavant et haletant, jusqu’à ce que la crise s’atténue, que je puisse me servir un autre verre, et poursuivre la fête.

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Suivre une cure de désintoxication n’est pas une fin en soi ; c’est le début d’une nouvelle histoire.

La Révolte, Clara Dupont-Monod

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          Richard Coeur de Lion raconte l’histoire de sa mère, Aliénor d’Aquitaine. Lorsque la reine décide de convaincre ses enfants de se retourner contre leur père, le roi d’Angleterre, l’héritier du trône se retrouve déchiré entre l’adoration qu’il éprouve pour sa mère et sa loyauté envers son père.

          Cette année, ma rentrée littéraire s’avère bien terne et fastidieuse, j’ai un mal fou à venir à bout du moindre roman, tout m’ennuie. Voici le premier que j’ai réussi à terminer même si j’ai vaguement songé à l’abandonner en route… L’histoire me tentait bien. On ne peut pas dire que je suis une grande historienne et je ne connais à peu près rien de cette période, c’était donc l’occasion d’en apprendre plus sur la célèbre Aliénor d’Aquitaine et son fils Richard Coeur de Lion. Que du beau monde en somme !

Couverture de la révolte

          Concernant l’histoire, je n’ai pas été déçue. Je ne m’y connaît pas beaucoup (pas du tout même) mais à première vue ça semble assez fidèle et je pense qu’on peut se fier aux faits décrits. La partie romancée concerne les sentiments et les motivations des personnages. Le mélange aurait pu être intéressant si le style n’était pas sec comme un coup de trique ! Diantre que c’est aride… L’écriture reste très proche de celle de l’essai, trop proche à mon goût. Difficile d’éprouver la moindre compassion pour les personnages vu que les sentiments sont exposés de manière quasi clinique et expédiés en quatrième vitesse.

          A tel point que je me suis demandé si j’allais venir à bout de ce livre. Certes, ce n’est pas « mal écrit » – loin de là, le style est même assez efficace dans son genre, trop efficace pour son propre bien – mais ça manque vraiment d’enrobage (et pour ceux qui ne le sauraient pas j’aime pourtant plutôt les styles sobres !). Déjà qu’ils ont une vie complètement dingue dans cette famille, difficile de percevoir leur humanité si l’écriture ne permet pas un tant soit peu de percer l’armure. Mais l’histoire était intéressante, si ce n’est pas très coulant, ce n’est pas non plus difficile à lire et surtout le roman n’est pas très long, j’ai donc fait un effort. Je ressors de cette lecture mitigée. C’est intéressant sur le fond mais pour le style, on repassera…

Portrait de Clara Dupond Monod

Dans les yeux de ma mère, je vois des choses qui me terrassent. Je vois d’immenses conquêtes, des maisons vides et des armures. Elle porte en elle une colère qui me condamne et m’oblige à être meilleur.

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Tue ou laisse la vie. Mais ne blesse pas. Un homme blessé devient un animal dangereux.