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Rentrée littéraire de janvier : littérature étrangère

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          Je viens enfin à bout des sorties de janvier et février, avec comme vous pourrez le constater pas mal de retard. Après la littérature française, voici à présent ce que j’ai lu en littérature étrangère. Il est rare que j’en lise autant et je dois avouer que si je n’ai pas tout aimé, ça fait un bien fou d’y revenir !

          Après la guerre civile, la survie est compliquée pour Manolita qui à 18 ans doit s’occuper de ses quatre frères et sœurs pendant que sa belle-mère en prison et son grand frère dans la résistance. Pour l’aider elle va faire des choses dont elle ne se serait pas crue capable.

Les trois mariages de Manolita

Voilà un roman dense qui mérite un temps de digestion avant de pouvoir en parler. En partie parce qu’il est long, relativement complexe, et que ses différents aspects m’ont inégalement séduite, demandant un temps de réflexion pour faire le tri entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas afin de vous donner un avis un minimum clair et cohérent. Je peux déjà dire que ce n’est pas un gros coup de cœur mais que l’histoire est passionnante, le style un peu lourd, les péripéties nombreuses et que le tout fait un très bon roman. Je connais assez mal l’histoire de la guerre d’Espagne. J’ai lu plusieurs romans sur le sujet, mais je les ai souvent trouvé trop compliqués. Je connais les grandes lignes de l’histoire espagnole mais les détails du contexte politique m’ont toujours échappé. Je craignais donc un peu de me lancer dans cette lecture même si le sujet m’intéresse. J’ai trouvé ici que le contexte était très bien posé et je n’ai pour une fois eu aucune difficulté à comprendre comment les chose s’étaient déroulé (enfin !). Même si c’est forcément un peu ardu, j’ai apprécié la clarté dans la description des événements, qui se fait de manière chronologique. Ca fait un texte parfois un peu lourd mais qui au moins à le mérite de ne pas perdre son lecteur. Le roman commence par la guerre d’Espagne puis on passe au règne de Franco pour s’arrêter un peu après. Ca permet de bien appréhender la période à travers des personnages qui l’ont vécu. Contrairement à ce que le titre laisse penser, c’est bien plus un roman historique qu’un roman d’amour, ce qui n’est pas pour me déplaire ! J’ai bien aimé les relations entre les personnages et leur histoire est intéressante. J’ai simplement trouvé dommage une certaine lourdeur aussi bien dans la structure que dans le rythme. Le tout est un peu pesant et peut sembler indigeste. Un roman qui manque de rythme mais dont l’histoire est passionnante et qui mérite qu’on s’accroche pour la découvrir.

Ils ne le tueront pas, pensais-je, ils ne le tueront pas, même si je ne voulais pas le penser, il est trop jeune, mais ils en avaient tué d’autres d’aussi jeunes, il est trop innocent, mais ils en avaient tué d’autres aussi innocents, il n’a assassiné personne, n’a volé personne, il a juste imprimé des tracts, c’est tout, de l’encre et du papier, mais ils en avaient tué d’autres, aussi, pour leurs mots.

          Déterminée à combattre sa phobie de l’avion pour obtenir le poste dont elle rêve, Sara décide de recourir à l’hypnose. Au fil des séances, la jeune femme est victime d’hallucinations chaque fois plus terrifiantes… D’où viennent-elles ? Face aux terribles découvertes auxquelles elle est confrontée et grâce à l’aide du docteur, Sarah va se lancer dans une quête d’identité effrénée.

Fermez les yeuxJe n’étais particulièrement enthousiaste en commençant ma lecture. J’avais peur de tomber sur de grosses ficelles et un roman manquant de subtilité. D’un autre côté, le sujet lui me tentait bien. Je suis assez fascinée par l’hypnose. J’ai même tenté d’en faire mais il se trouve que je suis tombée sur quelqu’un qui essayait de faire passer de la simple relaxation pour de l’hypnose et en plus était la pire psychologue de tous les temps. Pas très concluant donc mais je retenterai peut-être ma chance un jour. Bref, j’étais donc partagée en entamant cette lecture. Le style n’est pas exceptionnel mais pas mauvais non plus, c’est plutôt agréable à lire. J’ai beaucoup aimé la construction. Le récit se construit de manière parcellaire. Les points de vue se croisent. L’histoire avance à travers le point de vue de très nombreux personnages – liés de plus ou moins près à la victime – qui parlent à un journaliste qui veut écrire sur l’affaire. Chacun ne possède pas le même degré d’information et ne veut pas nécessairement les dévoiler. Des récits croisés, incomplets et qui ne se recoupent pas toujours, ils rendent l’histoire nébuleuse et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce roman ! Le fond de l’intrigue est bien senti mais finalement assez convenu, même si ça fonctionne. Il y a quelques longueurs et ça manque parfois un peu de finesse mais l’originalité de la construction rend cette lecture agréable. Un premier roman prometteur.

Je m’allongeais sur le canapé et j’écoutais les programmes de la journée sans ouvrir les yeux, calculant le nombre d’heures qu’il me fallait encore tenir avant de revoir Stephen.

          Le 31 décembre 1976 à New-York certains habitants s’apprêtent à vivre un réveillon mouvementé. Des ados paumés, des artistes désabusés, de riches héritiers : autant de destins qui s’entremêlent dans une ambiance punk survoltée.

City on fireJe n’avais pas entendu que du bien sur ce livre dont j’avais oui dire qu’il possédait tous les travers du premier roman. Pourtant, je suis assez vite rentrée dans l’histoire même si je n’ai pas trouvé le style exceptionnel (pas mauvais non plus d’ailleurs) et j’ai lu les cinq cents premières pages rapidement, ce qui est en soi un exploit. L’histoire est un peu compliquée, avec pas mal de ramifications, et il est assez difficile de savoir qui en sont les protagonistes principaux – si tant est qu’il y en ait – parmi la dizaine qui reviennent de manière récurrente. C’est un peu déroutant. Passé la première moitié, j’ai trouvé que ça commençait à patiner un peu… Ca tourne en rond, l’histoire peine à avancer, bref, on ne s’ennuie pas vraiment mais presque. J’ai eu le sentiment que l’auteur voulait trop en dire à la fois, y mettre tous les personnages et les idées qui lui avaient un jour traversé l’esprit et qu’il s’y permet un peu. Je me suis même demandé à un moment s’il savait où il allait. Il y a des choses intéressantes par-ci par-là et quelques personnages forts mais c’est parfois un peu confus. Je l’ai lu en version numérique et les nombreux documents annexes qui sont insérés entre les différentes parties étaient illisibles, dommage (même si ça m’a fait gagner pas mal de temps à vrai dire). Un roman qui n’est pas dépourvu de qualités mais qui en voulant trop de choses à la fois perd en clarté. Le tout reste plutôt agréable mais aurait mérité un écrémage sérieux.

L’échec est tellement plus intéressant. Tout porte à croire que Dieu considère l’humanité comme un échec. Les choses deviennent intéressantes juste au moment où elles s’effondrent.

          Tina, malheureuse auprès de son mari violent, découvre une lettre jamais arrivée à son destinataire. Elle se donne pour mission de lui faire parvenir envers et contre tout.

Il était une lettreLa grosse déception de cette rentrée littéraire de janvier. Je me doutais à la lecture de la quatrième de couverture que ce ne serait pas le coup de cœur de l’année mais j’ai toujours une tendresse particulière pour les histoires de lettres ou de romans (mettez-moi les mots « lettre », « livre » ou « bibliothèque » dans un titre, je cours presque à tous les coups, fut-ce à la déception). Et puis un peu de légèreté de temps en temps ne peut pas faire de mal n’est-ce pas ? Sans m’attendre à grand chose, je me disais que ça ferait une pause sympathique entre deux lectures plus ardues. Dès les premières pages, j’ai su que j’allais souffrir. Le style est assez pauvre – même s’il faut admettre que souvent les traductions de l’allemand ne sont pas terribles – et truffé d’images plus éculées les unes que les autres. Du côté de l’histoire, des personnages stéréotypés et des bons sentiments à la pelle. Tout ce que j’aime ! Le personnage qui trouve la lettre en particulier m’a horripilée, le type même de la femme battue qui trouve des excuses à son mari à tout bout de champ. Pourtant, il y aurait pu y avoir des choses intéressantes, notamment sur la vie dans la campagne irlandaise et les couvents ou finissaient les filles-mères mais autant vous dire qu’on est bien loin de Magdalene Sisters. Je suis allée au bout parce que c’est très court (et que ça se lit particulièrement vire) mais j’aurais pu m’épargner cette peine. Un roman sans grande originalité, mièvre et mal écrit, cette lecture fut le calvaire de cette rentrée.

Elle s’émerveilla de la quantité de choses que pouvaient vous apprendre les enfants, de cette sagesse qui était la leur et que si souvent on sous-estimait, ou même ignorait.

          Des loups qui terrorisent un villages indien dans les années 20, une hôtesse de l’air enceinte et la mort d’un jeune enfant maltraité par sa famille : trois histoires cruelles sur ce que l’humanité engendre de pire.

AnomaliaJ’ai demandé ce roman essentiellement parce que je trouvais sa couverture très belle. Le résumé, assez mystérieux, a fini de me convaincre. Je ne savais pas trop s’il s’agissait d’un roman jeunesse, finalement, ce n’est pas le cas. C’est assez loin de ce que j’avais pu imaginer… Ce roman est extrêmement particulier. Je crois qu’on peut dire que le fil conducteur est l’abandon et/ou la maltraitance des enfants, à travers des histoires très différentes. J’ai beaucoup aimé le style que j’ai trouvé très beau, élégant. Les histoires m’ont toutes marqué à leur manière. Elles ne se ressemblent pas (il y en a trois, dont une en deux parties distinctes) mais possèdent toutes une forme de violence. La première reste relativement classique, on commence doucement si on peut dire, mais elle commence à nous initier un peu à la thématique. La deuxième m’a beaucoup plu. On change totalement d’univers et j’ai été fascinée par son étrangeté – je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. La troisième est de loin la plus traumatisante. C’est d’une très grande violence et pourtant je l’ai trouvée belle à sa manière. Nécessaire en tout cas. Elle a le mérite d’aborder un sujet difficile sous un angle particulier que j’ai trouvé intéressant. On revient ensuite à la deuxième histoire – qui n’est plus tout à fait la même avant une petite conclusion. Les différentes histoires peuvent sembler assez disparates, ce qui donne un côté très bizarre à ce livre. Ca pourrait presque être pris comme trois (ou quatre) nouvelles autour d’un même thème. Un roman un peu décousu qui m’a plutôt fait penser à des variations autour de l’abandon. L’écriture est belle et je pense que la force de ces histoires n’a pas fini de me hanter.

Si l’homme découvre ses obligations morales dans le code civil, il lui manquera l’amour, l’imagination et la volonté.

          A Arepa, le maréchal Belaunzarán arrive au terme de son 4° mandat et ne peut plus se représenter. Il va tenter par tous les moyens de conserver le pouvoir pendant que Pepe Cussirat rentre au pays pour l’en empêcher.

Le tyran meurt au quatrième coupVoilà un texte qui m’avait l’air complètement barré. Eh bien, c’est le cas ! Par le biais d’un humour qui ne fais pas toujours dans la dentelle, l’auteur démasque la dictature. Je dois avouer que je connais très mal (voire pas du tout) l’histoire mexicaine, je ne saurais donc dire à quel point y faut y reconnaître des personnages ayant existé ou même étant encore en activité. Toutefois globalement ça rappelle sans conteste à peu près n’importe quel dictateur sud-américain. J’avais peur de ne pas trop accrocher avec cette histoire mais il y a un côté roman d’aventure complètement déjanté que j’ai bien aimé. Les personnages sont tous plus antipathiques les uns que les autres et j’ai beaucoup l’humour avec lequel ils sont dépeints. Ce côté décalé et loufoque m’a séduite. Si l’ensemble est finalement assez prévisible, les rebondissements s’enchaînent à une telle vitesse qu’on n’a clairement pas le temps de s’ennuyer avec cette lecture. L’auteur n’y va pas de main morte sur la critique sociale à travers ses personnages qui réunissent bon nombre de défauts. Si je n’ai pas saisi toute la portée de ce texte faute d’assez bien connaître la culture mexicaine, j’ai pris un grand plaisir à cette lecture qui ne manque pas de caractère.

Nous ne pouvons pas lui donner notre cou à couper comme ça, dit don Ignacio Redondo, qui ne pense pas à son cou, mais aux revenus que lui procurent les magasins qui portent son nom.

          Un livre qui raconterait l’Amérique et ses dévorantes mythologies : la vitesse qui permet de traverser un paysage sans fin, le désir tenu en laisse comme un chien enragé par une Lolita d’un bled perdu, le succès toujours inattendu et hors de proportion, et toute cette bondieuserie qui dégouline de la bouche des pasteurs noirs et des politiciens blancs.

Mythologies américainesJ’avais hâte de m’attaquer à ce livre, un de ceux de la rentrée littéraire qui me tentait le plus. Le résumait me semblait très alléchant. A vrai dire je n’avais pas saisi qu’il s’agissait d’un recueil de nouvelles (souvent longues) mais ça tombe plutôt bien puisque j’aime beaucoup ça et que ça change agréablement après avoir enchaîné pas mal de romans ces dernières semaines. Je n’avais jamais rien lu de Dany Laferrière mais j’ai entendu des interviews de lui et il est passionnant. De plus, le titre d’un des textes « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » m’avait interpellée par son humour et son côté très politiquement incorrect. Pourtant, ça n’a pas été le coup de foudre que j’aurais cru. Le style est agréable, très léger, avec une pointe de dérision que j’ai beaucoup aimée, mais il m’a manqué quelque chose. Tout semble trop léger, il y a une espèce de nonchalance dans ces textes qui m’a un peu déroutée, je m’attendais à des textes plus forts, plus engagés. Pourtant, il y a bien des réflexions intéressantes qui se cachent sous cette apparente désinvolture. Ce n’est pas aussi futile que ça en a l’air. L’air de rien, il se cache souvent au détour d’une phrase une critique de la société ou une réflexion bien sentie sur le genre humain. C’est terriblement intelligent. Difficile de dire alors pourquoi je n’ai pas trop aimé. C’est agréable à lire mais ça manque de mordant à mon goût. Il faut dire aussi que la subtilité n’est pas trop mon fort… Ce n’est finalement qu’une bête histoire de goûts. J’ai pour le moment laissé ce livre inachevé mais je pense que je le reprendrai à l’occasion pour en lire une nouvelle entre deux textes plus ardus. Une écriture agréable et des textes qui ne manquent ni d’humour ni d’intelligence mais qui m’ont parus malgré tout un peu fade.

L’aube est arrivée, comme toujours, à mon insu. Gracile. Des rayons de soleil à fleurets mouchetés. Comme des pattes de saint-bernard. Le roman me regarde, là, sur la table, à côté de la vieille Remington, dans un classeur rouge. Il est dodu comme un dogue, mon roman. Ma seule chance. Va.

          À douze ans, Gulwali fuit l’Afghanistan. Il traverse l’Europe, surmonte la faim, la maladie, la corruption, la cruauté des passeurs, la noyade à laquelle il échappe de justesse… Mais il fait aussi quelques rencontres formidables, glanant un peu de lumière dans ce cauchemar qui durera près de treize mois.

Moi, Gulwali, réfugié à 12 ansCe témoignage ce lit comme un roman d’aventure des plus haletants. Ca semble totalement irréel tant les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné. J’ai beaucoup aimé la distance que le narrateur mettait avec le petit garçon qu’il était avant son départ pour l’Europe. Il ne s’épargne pas franchement dans la description qu’il fait de son caractère au début du livre et si cela le rend un peu agaçant, ça le rend aussi plus humain. J’ai beaucoup aimé voir son évolution, même si elle est assez tragique et que ce sont des épreuves incroyables qui font de ce petit garçon tyrannique un homme ouvert d’esprit et sage bien avant l’heure. Difficile de rester insensible au sort des migrants après un récit pareil ! C’est très bien écrit mais justement le niveau de langue et le style très littéraire semblent en décalage avec l’âge et la condition de l’auteur. Toutefois ça n’a pas grande importance, et c’est aussi ce qui fait que ça se lit avec grand plaisir, plus comme un roman que comme un témoignage – et après tout, il est peut-être tout simplement un excellent conteur (finalement, ça s’explique vers la fin, en partie par la présence d’un co-auteur). Si je craignais au début un témoignage larmoyant (fut-ce à raison) et mal écrit, je me suis bien vite détrompée. Ce témoignage est d’une rare intelligence. Une histoire absolument incroyable et très bien écrite dont il me tardait de connaître le dénouement. Un texte Magnifique qui donne envie de faire plus pour ceux qui sont dans le besoin.

J’étais en train de comprendre que les agents sont les représentants de commerce du monde des passeurs. Ils doivent vous vendre de gros mensonges et de minces espoirs pour vous convaincre de continuer à avancer, ce qui est dans leur intérêt parce que s’ils ne vous emmènent pas jusqu’à votre prochaine destination, ils ne sont pas payés. Ils vous diront n’importe quoi pour vous convaincre.

          Voilà pour les sorties des deux premiers mois de 2016. Des choses très différentes qui m’ont dans l’ensemble plutôt convaincue. J’espère que vous y aurez trouvé un peu d’inspiration. Je vous prépare un article avec les sorties de mars-avril. A paraître si tout va bien d’ici une dizaine de jours, le temps de venir à bout de mes lectures.

Rentrée littéraire de janvier : littérature française

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          Les rentrées littéraires se suivent et ne se ressemblent pas. Celle de septembre reste la plus courue, avec les prix littéraires à la clef, mais celle de janvier propose aussi de belles choses. On y trouve aussi bien des auteurs confirmés qui ne font pas la course aux prix – pas chaque année du moins – que des débutants qui essaient de ne pas finir engloutis sous la masse des quelques 600 livres qui paraissent chaque automne. Pourtant, avec 476 romans sortis en ce début d’année, difficile de s’y retrouver. Si la rentrée de septembre m’a laissée grandement sur ma faim (la plupart des auteurs que j’aime en étaient absents et j’ai été dans l’ensemble très déçue par mes lectures que vous pouvez retrouver ici), celle-ci me tentait plus avec pas mal de romans qui m’intriguaient. N’ayant pas un rond ces temps-ci, je n’ai acheté qu’un seul roman cette rentrée : les autres m’ont soit été généreusement envoyés en service de presse (oui, ça m’arrive et non, je n’ai pas honte), soit été prêtés par ma maman. Même si pour une fois j’en ai sollicité pas mal, d’autres ont croisé ma route par hasard. Une quinzaine de livres en tout, dans des styles assez différents. Voici pour commencer ce que j’ai pensé de la partie littérature française.

          L’Azirie est tombé sous le joug d’une dictature. Lora Sander décide de fuir le pays. Sa vie de comédienne est devenue impossible. Elle prend le chemin de l’exil et rejoint l’Etat limitrophe de Santarie, munie de son colt 45.

La femme au colt 45, Marie RedonnetJe n’ai pas trop accroché avec l’écriture assez particulière de ce roman. Le mélange entre une narration à la 3° pers et un point de vue interne est assez perturbant. Ca met une distance avec le personnage et donne un côté froid au texte qui m’a beaucoup gênée. Les événements sont décrits de manière succincte et s’enchaînent rapidement. Ils auraient mérité d’être plus développés pour qu’on s’imprègne de l’ambiance et qu’on s’attache un peu plus au personnage. Mais si ce texte ne m’a pas plu, il est loin d’être inintéressant. L’écriture est certes un peu sèche à mon goût mais elle est maîtrisée et la construction originale. L’histoire se passe dans un lieu imaginaire mais qui entre en résonance avec le monde actuel, ses problèmes, ses conflits. On y retrouve d’une certaine manière les problèmes d’immigration et d’intégration qui font l’actualité. Ca donne au texte un aspect universel. Une écriture qui m’a paru trop froide mais un sujet intéressant et un résultat qui, s’il ne m’a pas séduite, sort tout de même du lot.

Il y a des rides sur le front et à la commissure des lèvres. La peau commence à se flétrir. Le teint a perdu son éclat. Le regard est grave et inquiet. Les traits du visage sont harmonieux, des sourcils épais, des lèvres charnues. L’expression est tendue. Cette femme que je ne reconnais pas, sans aucun fard, c’est moi.

          « Je voulais comprendre comment Lorca Horowitz avait mis en place son plan d’anéantissement sans éveiller le moindre soupçon, et avait osé monter une à une, sans jamais reculer ni même hésiter, les marches qui la menaient droit à son crime. Je voulais comprendre pourquoi elle l’avait fait. Mais surtout en quoi cela me concernait, me touchait. Qu’avais-je à voir là-dedans ? »

Appelez-moi Lorca Horowitz, Anne PlantagenetCoup de cœur pour ce roman que j’ai dévoré en à peine 24h (il est court, certes, mais quand même). J’ai été totalement embarquée par cette histoire complètement folle de manipulation et d’usurpation d’identité inspirée d’un fait divers. La tension monte peu à peu et il est fascinant de voir une jeune femme complexée se transformer peu à peu sous nos yeux en femme fatale prête à tout pour réussir. Mais tout autant que cette histoire, j’ai aimé que l’auteur nous parle en parallèle de pourquoi elle a choisi ce sujet, pourquoi il la fascine, et ce que ça dit d’elle – avec parfois une pointe d’humour bienvenue dans cet univers assez sombre. Cette alternance entre le récit lui-même et cette prise de recul de la part de l’auteur est à la fois passionnante et diablement efficace ! Ca nous pousse à nous interroger sur ce que nous-même serions prêts à faire en situation extrême. Un questionnement dérangeant mais qui donne à ce roman toute sa saveur. C’est très bien écrit et l’état d’esprit de la jeune femme est parfaitement bien rendu (bien que totalement supposé). On se prend au jeu de cette histoire malsaine et on en ressort avec une pointe de soulagement mais aussi une certaine frustration de ne pas voir levés tous les doutes sur les motivations du personnage. Un roman un rien malsain et extrêmement prenant.

Je connaissais bien aussi cette douleur de l’exclusion, pire encore, celle du cœur qui se brise et n’en finit pas de se briser, du cœur déjà en miettes et qu’on peut, aussi inconcevable et cruel que cela paraisse, réduire en morceaux toujours plus petits, car il faut de nombreux coups pour arrêter l’amour, il faut le tabasser à plusieurs reprises.

          Étonnant et fulgurant destin que celui de Jeremiah Reynolds : après avoir probablement été le premier homme à poser le pied sur le continent antarctique en 1829, il devint colonel pendant la guerre civile chilienne, chef militaire des armées mapuches, avocat à New York, effectua un demi-tour du monde et écrivit un récit de chasse au cachalot blanc.

Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, de Christian GarcinPetite déception pour ce roman dont j’attendais beaucoup. Bien que très travaillé, le style apparaît comme extrêmement brouillon. L’auteur se perd en digressions incessantes (parfois insupportables mais d’autres fois plutôt amusantes, il faut le reconnaître) et semble ne jamais vraiment toucher au cœur du sujet. Cette histoire avait pourtant un potentiel énorme. Je ne connaissais pas Jeremiah Reynolds et j’espérais découvrir les moindres détails de ses pérégrinations, une vie d’explorateur donne toujours une matière particulièrement riche pour un roman. Malheureusement l’auteur survole les choses. On ne rentre absolument pas dans la peau du personnage. Ses sentiments sont totalement laissés de côté et ses exploits sont relatés de la manière la plus brève qu’il soit. Ce roman n’est qu’accumulation de digressions bien souvent sans grand intérêt. J’ai hésité à l’arrêter plusieurs fois mais me suis abstenue, trouvant ça et là des passages un peu plus prenants. Un style à la fois compliqué et très haché qui est loin de m’avoir emballée et une histoire intéressante à peine esquissée qui m’a laissée sur ma faim pour ce roman qui ne tient pas ses promesses.

Il se disait qu’il n’y avait eu que deux périodes de sa vie qui l’avaient vraiment exalté, et elles étaient liées aux deux chimères qu’il avait poursuivies, ou qu’il aurait voulu poursuivre : la Terre creuse de Symmes et le cachalot blanc de Lewis.

          Aux confins du Grand Nord, dans un paysage de glace et de neige, une bourgade survit autour de l’activité du Terminus : hôtel, bar et bordel. Nul ne sait à qui appartiennent les lieux mais ici se réfugie la lie de l’humanité et ici s’épanouissent les plus bas instincts.

Dedans ce sont des loups, de Stéphane JolibertCe roman est mon deuxième gros coup de cœur de cette rentrée de janvier qui s’avère décidément bien surprenante. Le titre me plaisait bien mais je ne m’attendais à rien de particulier en entamant cette lecture. J’ai vraiment été happée par cette univers très fort, pourtant, je ne sais pas trop comment vous en parler. Etrangement, j’ai souvent un peu de mal à parler des choses que j’aime en ce moment. J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur qui n’a pas été sans me rappeler par certains aspects la plume de Jack London (un de mes auteurs préférés pour ceux qui l’ignorent). Un style un peu âpre et un monde dur et froid que j’ai beaucoup appréciés. Ce monde sans pitié est peuplé de personnages forts – des hommes violents et des prostituées pour la plupart, pas franchement des enfants de cœur. Avec ça, inutile de vous dire que l’histoire n’est pas exactement drôle. On est dans une sorte de thriller avec un suspens qui se met en place autour de l’identité de celui qui contrôle ce bout du monde sans foi ni loi. On pressent que ça peut difficilement bien finir. La violence est au centre du récit avec pourtant de beaux moments d’humanité. Même si j’ai assez vite deviné qui tirait les ficelles, ça ne m’a pas vraiment gâché le plaisir du dénouement. Un roman qui m’a subjuguée de bout en bout par la force de son style et la noirceur de son univers. Glaçant.

C’était sa fierté, au paternel, que ses gosses sachent que la vie était une chienne dépourvue de tendresse et de compassion.

          Pascal a ouvert un restaurant, Le Bout du Monde, à Kaboul. Hommes, femmes, voyageurs aux grandes causes et aux bagages trop lourds s’y retrouvent pour comploter, rire, boire, aimer, oublier… Mais après l’excitation des premières années, ne faut-il pas s’en aller encore ?

Le bout du monde, de Marc VictorJ’ai suivi la série Kaboul kitchen sur Canal+ et malgré quelques faiblesses je dois dire que j’ai bien aimé son humour décalé. J’étais très curieuse de découvrir la suite dans un roman. L’auteur (et scénariste donc) s’inspire de sa vie pour son livre. Et elle a visiblement été très mouvementée ! J’ai beaucoup aimé le style fluide et l’auto-dérision exacerbée. Le narrateur se décrit de manière peu glorieuse -grosso modo comme un lâche et un glandeur – et étrangement ça ne le rend que plus sympathique. Les nombreuses digressions, même si elles semblent nous éloigner parfois pas mal de l’histoire, sont loin d’être inutiles et donnent toute leur profondeur aux personnages. On revient ainsi sur leur enfance et sur la solidité des liens d’amitié qui unissent le narrateur à Corto, son ami d’enfance, qui vit lui aussi en Afghanistan, et dont  la disparition est au centre du récit. Entre les Pyrénées et Kaboul, le récit d’une amitié solide entre deux caractères bien trempés. Ce roman est souvent drôle, parfois émouvant, et s’il traîne un peu en longueur sur la fin, il est entre humour et aventure une lecture pour le moins rafraîchissante.

La route, elle aussi, finit par user. Nous n’étions pas loin d’une overdose d’asphalte. Et même les paysages les plus grandioses n’échappent finalement pas à la monotonie.

          Gabriel, écrivain quadra précaire épuisé par l’amour et la vie, tombe amoureux de Catherine, institutrice de son fils et membre du Parti National…

Les enfants qui mentent n'iront pas au paradis, de Nicolas ReyJ’avais lu un livre de Nicolas Rey quand j’étais ado, Courir à 30 ans, que j’avais à l’époque bien aimé. Quand j’avais reçu il y a deux ans un roman de l’auteur en service de presse, j’avais donc été très heureuse de le retrouver. Malheureusement, ça ne s’était pas exactement passé comme prévu et j’avais franchement détesté son roman qui n’est pas loin d’être ce que j’ai pu lire de plus plat ces dernières années. Quand j’ai reçu celui-ci, j’étais donc pour le moins circonspecte et j’ai bien dû le laisser traîner un mois sur mes étagères et 3 semaines dans mon sac avant d’oser l’ouvrir. Sans aller jusqu’à dire que j’ai adoré, c’est loin d’avoir été le calvaire que je craignais. Pourtant le sujet – franchement d’actualité – est des plus délicats : le monde qui va mal, la jeunesse (plus si jeune en l’occurrence) désabusée et la montée du FN. Ca fonctionne plutôt bien. Le personnage principal s’avère légèrement agaçant, mais plutôt sympathique dans le fond. La plume est agréable et si j’aurais sans doute aimé un texte avec un peu plus de profondeur, il est loin d’être inintéressant. Avec ses airs de ne pas y toucher, le roman aborde des thèmes forts de manière assez peu conventionnelle. Plutôt réussi.

Je sais que pour l’instant c’est difficile à croire mais ta souffrance va s’atténuer. Au fil du temps, je vais voir ton chagrin disparaître. Voilà peut-être la chose qui nous désole le plus. De voir même le chagrin disparaître.

          Trois frères : des jumeaux, Le Zébré, fou de ses coqs qui risque sa vie en une pirouette au-dessus du vide, Le Rouquin, dans son ombre le suit où qu’il aille et tente de le protéger de lui-même. Et L’Oiseau, le musicien, le poète, le plus jeune aussi, qui oppose à la violence de ses frères le chant d’un oiseau. Peuvent-ils se rejoindre et s’inscrire dans les traces de leurs ancêtres Les Tsiganes-Oiseaux qui, comme le dit la légende, avaient le cœur si limpide qu’ils pouvaient voler ?

Tsigane-oiseau, de Chantal PortilloQuand on m’a proposé de recevoir ce livre, j’avoue avoir pas mal hésité. Lorsque je demande à un éditeur de m’envoyer un ouvrage, je m’engage bien évidemment à en parler mais comme je me fixe également un devoir d’honnêteté, j’essaie autant que possible d’aller vers des choses que je suis à peu près sure d’aimer. Ca m’évite à la fois de me mettre dans la situation embarrassante vis à vis de celui qui me l’a envoyé et d’avoir l’impression de perdre mon temps. Je ne connaissais ni l’auteur ni l’éditeur et c’est vrai que cela me rend généralement assez méfiante. Toutefois, le sujet m’attirait beaucoup et le communiqué de presse était convaincant, j’ai donc décidé de laisser une chance à ce roman. Et j’ai bien fait (comme quoi, les a priori à la con hein…) ! J’ai de suite accroché avec le style tout en simplicité de l’auteur et cette histoire d’une famille de tsigane. On y découvre le quotidien au sein d’un campement, avec ses croyances, ses combats de coqs, ses tensions mais sa solidarité aussi. C’est à la fois simple et universel, la complexité des rapports fraternels, et des rapports humains tout court. J’ai trouvé ce texte très juste et très beau. C’est violent et poétique : c’est vivant. Un très bel hommage à culture gitane.

Et si nous sommes du voyage, nous ne sommes pas des errants, nous sommes les nomades du monde.

          Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

L'arbre du pays Toraja, de Philippe ClaudelDe Philippe Claudel je ne connais pas grand chose. J’avais beaucoup aimé son film Tous les soleils, et en roman j’avais été séduite par Le rapport Brodeck que j’avais trouvé très fort. J’avais envie de lire autre chose de lui et son nouveau roman faisait donc partie de ceux qui me tentaient bien  en cette rentrée de janvier. Je l’ai commencé avec un bel enthousiasme sans même avoir lu quatrième de couverture. J’ai vite déchanté. Certes, le style reste agréable, mais impossible de m’intéresser un tant soit peu à ce qui était écrit. Il faut dire que je ne suis pas très sensible au sujet de la maladie et de la mort. Ca ne m’attire pas particulièrement et il faut vraiment un roman d’une grande sensibilité pour que ça me touche. D’autre part, je commence à me lasser de l’autofiction à laquelle j’ai toujours préféré les romans. La frontière entre réalité et fiction peut-être intéressante mais là j’ai plutôt eu l’impression que l’auteur s’épanchait sur la page sans réel travail littéraire derrière. Ce texte est extrêmement décousu. Ca part dans tous les sens aussi bien chronologiquement que concernant les sujets abordés. Ca n’aide pas franchement à rentrer dedans… J’ai trouvé le tout très brouillon et émaillé de réflexions qui ne m’ont pas emballée outre mesure. Je me suis ennuyée devant ce livre qui manque franchement de tenue. 

Il s’est mis à pleuvoir. On voit la pluie rouler sur les jeunes feuilles des arbres. C’est très beau. Comme des larmes de géant qui tomberaient sur le monde.

          La tentative d’assassinat du président Chaouch a plongé le pays dans une hystérie grandissante. Tout le monde est sur les nerfs. Le président Chaouch est sommé de répondre à l’angoisse nationale par des batteries de mesures sécuritaires tandis que sa légitimité est attaquée de toutes parts et que se précise la menace d’un deuxième attentat imminent…

Les sauvages, tome 4, de Sabri LouatahJ’ai adoré cette série dès les premières lignes. Un style nerveux et incisif qui ne laisse pas indifférent et une histoire on ne peut plus d’actualité. J’ai le souvenir d’avoir eu un peu de mal à m’y remettre lors de la sortie du tome 3 : beaucoup de noms différents, une histoire complexe, des ramifications dans tous les sens… pas toujours simple de s’y retrouver quand il s’est passé du temps entre deux tomes. Et justement, le dernier c’était il y a longtemps, très longtemps… Pourtant, cette fois je n’ai eu aucun mal à me replonger dedans, même si je n’avais évidemment plus tous les détails en tête. J’ai une fois de plus beaucoup aimé retrouver cette univers de magouilles et de complots en tous genres, rempli des personnages les plus hétéroclites. Le sujet de cette saga est on ne peut plus d’actualité et je dois avouer qu’après les attentats je trouve cette lecture est assez perturbante. L’histoire est extrêmement bien construite et a réussi à me tenir en haleine jusqu’au bout. J’avais peur que l’auteur peine à trouver une issue à cette série mais il parvient à la finir en beauté. Un quatrième et dernier tome toujours aussi convaincant pour ses Sauvages qui vont assurément me manquer.

Krim ne pouvait compter que sur sa mémoire pour ne pas sombrer ; mais sa mémoire c’était racornie, comme un tube de dentifrice qu’on a trop enroulé, trop plié et pressuré, jusqu’à ce qu’il n’en dégouline plus le moindre souvenir heureux.

          Tous ces romans sont parus en janvier ou février (bon, certains fin décembre peut-être). Il fallait bien placer la frontière quelque part, je vous parlerai donc des sorties de mars ultérieurement. Je vous parle de ces sorties un peu tard mais je ne lis malheureusement pas assez vite pour suivre le rythme frénétique des parutions, surtout que pour une fois j’ai eu la chance d’en avoir beaucoup à lire. Le hasard a voulu qu’il y ait pas mal de récits d’aventure parmi ces nouveautés, ce qui n’était pas pour me déplaire – loin de là ! J’ai été dans l’ensemble très agréablement surprise par la qualité de ces textes avec de vrais coup de cœur et assez peu de grosses déceptions. Ca m’a rappelé pourquoi j’aime autant la littérature contemporaine. Et vous, avez-vous lu de belles choses en ce début d’année ? On se retrouve dans quelques jours pour la partie littérature étrangère.