Rentrée littéraire de janvier : littérature étrangère

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          Je viens enfin à bout des sorties de janvier et février, avec comme vous pourrez le constater pas mal de retard. Après la littérature française, voici à présent ce que j’ai lu en littérature étrangère. Il est rare que j’en lise autant et je dois avouer que si je n’ai pas tout aimé, ça fait un bien fou d’y revenir !

          Après la guerre civile, la survie est compliquée pour Manolita qui à 18 ans doit s’occuper de ses quatre frères et sœurs pendant que sa belle-mère en prison et son grand frère dans la résistance. Pour l’aider elle va faire des choses dont elle ne se serait pas crue capable.

Les trois mariages de Manolita

Voilà un roman dense qui mérite un temps de digestion avant de pouvoir en parler. En partie parce qu’il est long, relativement complexe, et que ses différents aspects m’ont inégalement séduite, demandant un temps de réflexion pour faire le tri entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas afin de vous donner un avis un minimum clair et cohérent. Je peux déjà dire que ce n’est pas un gros coup de cœur mais que l’histoire est passionnante, le style un peu lourd, les péripéties nombreuses et que le tout fait un très bon roman. Je connais assez mal l’histoire de la guerre d’Espagne. J’ai lu plusieurs romans sur le sujet, mais je les ai souvent trouvé trop compliqués. Je connais les grandes lignes de l’histoire espagnole mais les détails du contexte politique m’ont toujours échappé. Je craignais donc un peu de me lancer dans cette lecture même si le sujet m’intéresse. J’ai trouvé ici que le contexte était très bien posé et je n’ai pour une fois eu aucune difficulté à comprendre comment les chose s’étaient déroulé (enfin !). Même si c’est forcément un peu ardu, j’ai apprécié la clarté dans la description des événements, qui se fait de manière chronologique. Ca fait un texte parfois un peu lourd mais qui au moins à le mérite de ne pas perdre son lecteur. Le roman commence par la guerre d’Espagne puis on passe au règne de Franco pour s’arrêter un peu après. Ca permet de bien appréhender la période à travers des personnages qui l’ont vécu. Contrairement à ce que le titre laisse penser, c’est bien plus un roman historique qu’un roman d’amour, ce qui n’est pas pour me déplaire ! J’ai bien aimé les relations entre les personnages et leur histoire est intéressante. J’ai simplement trouvé dommage une certaine lourdeur aussi bien dans la structure que dans le rythme. Le tout est un peu pesant et peut sembler indigeste. Un roman qui manque de rythme mais dont l’histoire est passionnante et qui mérite qu’on s’accroche pour la découvrir.

Ils ne le tueront pas, pensais-je, ils ne le tueront pas, même si je ne voulais pas le penser, il est trop jeune, mais ils en avaient tué d’autres d’aussi jeunes, il est trop innocent, mais ils en avaient tué d’autres aussi innocents, il n’a assassiné personne, n’a volé personne, il a juste imprimé des tracts, c’est tout, de l’encre et du papier, mais ils en avaient tué d’autres, aussi, pour leurs mots.

          Déterminée à combattre sa phobie de l’avion pour obtenir le poste dont elle rêve, Sara décide de recourir à l’hypnose. Au fil des séances, la jeune femme est victime d’hallucinations chaque fois plus terrifiantes… D’où viennent-elles ? Face aux terribles découvertes auxquelles elle est confrontée et grâce à l’aide du docteur, Sarah va se lancer dans une quête d’identité effrénée.

Fermez les yeuxJe n’étais particulièrement enthousiaste en commençant ma lecture. J’avais peur de tomber sur de grosses ficelles et un roman manquant de subtilité. D’un autre côté, le sujet lui me tentait bien. Je suis assez fascinée par l’hypnose. J’ai même tenté d’en faire mais il se trouve que je suis tombée sur quelqu’un qui essayait de faire passer de la simple relaxation pour de l’hypnose et en plus était la pire psychologue de tous les temps. Pas très concluant donc mais je retenterai peut-être ma chance un jour. Bref, j’étais donc partagée en entamant cette lecture. Le style n’est pas exceptionnel mais pas mauvais non plus, c’est plutôt agréable à lire. J’ai beaucoup aimé la construction. Le récit se construit de manière parcellaire. Les points de vue se croisent. L’histoire avance à travers le point de vue de très nombreux personnages – liés de plus ou moins près à la victime – qui parlent à un journaliste qui veut écrire sur l’affaire. Chacun ne possède pas le même degré d’information et ne veut pas nécessairement les dévoiler. Des récits croisés, incomplets et qui ne se recoupent pas toujours, ils rendent l’histoire nébuleuse et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce roman ! Le fond de l’intrigue est bien senti mais finalement assez convenu, même si ça fonctionne. Il y a quelques longueurs et ça manque parfois un peu de finesse mais l’originalité de la construction rend cette lecture agréable. Un premier roman prometteur.

Je m’allongeais sur le canapé et j’écoutais les programmes de la journée sans ouvrir les yeux, calculant le nombre d’heures qu’il me fallait encore tenir avant de revoir Stephen.

          Le 31 décembre 1976 à New-York certains habitants s’apprêtent à vivre un réveillon mouvementé. Des ados paumés, des artistes désabusés, de riches héritiers : autant de destins qui s’entremêlent dans une ambiance punk survoltée.

City on fireJe n’avais pas entendu que du bien sur ce livre dont j’avais oui dire qu’il possédait tous les travers du premier roman. Pourtant, je suis assez vite rentrée dans l’histoire même si je n’ai pas trouvé le style exceptionnel (pas mauvais non plus d’ailleurs) et j’ai lu les cinq cents premières pages rapidement, ce qui est en soi un exploit. L’histoire est un peu compliquée, avec pas mal de ramifications, et il est assez difficile de savoir qui en sont les protagonistes principaux – si tant est qu’il y en ait – parmi la dizaine qui reviennent de manière récurrente. C’est un peu déroutant. Passé la première moitié, j’ai trouvé que ça commençait à patiner un peu… Ca tourne en rond, l’histoire peine à avancer, bref, on ne s’ennuie pas vraiment mais presque. J’ai eu le sentiment que l’auteur voulait trop en dire à la fois, y mettre tous les personnages et les idées qui lui avaient un jour traversé l’esprit et qu’il s’y permet un peu. Je me suis même demandé à un moment s’il savait où il allait. Il y a des choses intéressantes par-ci par-là et quelques personnages forts mais c’est parfois un peu confus. Je l’ai lu en version numérique et les nombreux documents annexes qui sont insérés entre les différentes parties étaient illisibles, dommage (même si ça m’a fait gagner pas mal de temps à vrai dire). Un roman qui n’est pas dépourvu de qualités mais qui en voulant trop de choses à la fois perd en clarté. Le tout reste plutôt agréable mais aurait mérité un écrémage sérieux.

L’échec est tellement plus intéressant. Tout porte à croire que Dieu considère l’humanité comme un échec. Les choses deviennent intéressantes juste au moment où elles s’effondrent.

          Tina, malheureuse auprès de son mari violent, découvre une lettre jamais arrivée à son destinataire. Elle se donne pour mission de lui faire parvenir envers et contre tout.

Il était une lettreLa grosse déception de cette rentrée littéraire de janvier. Je me doutais à la lecture de la quatrième de couverture que ce ne serait pas le coup de cœur de l’année mais j’ai toujours une tendresse particulière pour les histoires de lettres ou de romans (mettez-moi les mots « lettre », « livre » ou « bibliothèque » dans un titre, je cours presque à tous les coups, fut-ce à la déception). Et puis un peu de légèreté de temps en temps ne peut pas faire de mal n’est-ce pas ? Sans m’attendre à grand chose, je me disais que ça ferait une pause sympathique entre deux lectures plus ardues. Dès les premières pages, j’ai su que j’allais souffrir. Le style est assez pauvre – même s’il faut admettre que souvent les traductions de l’allemand ne sont pas terribles – et truffé d’images plus éculées les unes que les autres. Du côté de l’histoire, des personnages stéréotypés et des bons sentiments à la pelle. Tout ce que j’aime ! Le personnage qui trouve la lettre en particulier m’a horripilée, le type même de la femme battue qui trouve des excuses à son mari à tout bout de champ. Pourtant, il y aurait pu y avoir des choses intéressantes, notamment sur la vie dans la campagne irlandaise et les couvents ou finissaient les filles-mères mais autant vous dire qu’on est bien loin de Magdalene Sisters. Je suis allée au bout parce que c’est très court (et que ça se lit particulièrement vire) mais j’aurais pu m’épargner cette peine. Un roman sans grande originalité, mièvre et mal écrit, cette lecture fut le calvaire de cette rentrée.

Elle s’émerveilla de la quantité de choses que pouvaient vous apprendre les enfants, de cette sagesse qui était la leur et que si souvent on sous-estimait, ou même ignorait.

          Des loups qui terrorisent un villages indien dans les années 20, une hôtesse de l’air enceinte et la mort d’un jeune enfant maltraité par sa famille : trois histoires cruelles sur ce que l’humanité engendre de pire.

AnomaliaJ’ai demandé ce roman essentiellement parce que je trouvais sa couverture très belle. Le résumé, assez mystérieux, a fini de me convaincre. Je ne savais pas trop s’il s’agissait d’un roman jeunesse, finalement, ce n’est pas le cas. C’est assez loin de ce que j’avais pu imaginer… Ce roman est extrêmement particulier. Je crois qu’on peut dire que le fil conducteur est l’abandon et/ou la maltraitance des enfants, à travers des histoires très différentes. J’ai beaucoup aimé le style que j’ai trouvé très beau, élégant. Les histoires m’ont toutes marqué à leur manière. Elles ne se ressemblent pas (il y en a trois, dont une en deux parties distinctes) mais possèdent toutes une forme de violence. La première reste relativement classique, on commence doucement si on peut dire, mais elle commence à nous initier un peu à la thématique. La deuxième m’a beaucoup plu. On change totalement d’univers et j’ai été fascinée par son étrangeté – je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. La troisième est de loin la plus traumatisante. C’est d’une très grande violence et pourtant je l’ai trouvée belle à sa manière. Nécessaire en tout cas. Elle a le mérite d’aborder un sujet difficile sous un angle particulier que j’ai trouvé intéressant. On revient ensuite à la deuxième histoire – qui n’est plus tout à fait la même avant une petite conclusion. Les différentes histoires peuvent sembler assez disparates, ce qui donne un côté très bizarre à ce livre. Ca pourrait presque être pris comme trois (ou quatre) nouvelles autour d’un même thème. Un roman un peu décousu qui m’a plutôt fait penser à des variations autour de l’abandon. L’écriture est belle et je pense que la force de ces histoires n’a pas fini de me hanter.

Si l’homme découvre ses obligations morales dans le code civil, il lui manquera l’amour, l’imagination et la volonté.

          A Arepa, le maréchal Belaunzarán arrive au terme de son 4° mandat et ne peut plus se représenter. Il va tenter par tous les moyens de conserver le pouvoir pendant que Pepe Cussirat rentre au pays pour l’en empêcher.

Le tyran meurt au quatrième coupVoilà un texte qui m’avait l’air complètement barré. Eh bien, c’est le cas ! Par le biais d’un humour qui ne fais pas toujours dans la dentelle, l’auteur démasque la dictature. Je dois avouer que je connais très mal (voire pas du tout) l’histoire mexicaine, je ne saurais donc dire à quel point y faut y reconnaître des personnages ayant existé ou même étant encore en activité. Toutefois globalement ça rappelle sans conteste à peu près n’importe quel dictateur sud-américain. J’avais peur de ne pas trop accrocher avec cette histoire mais il y a un côté roman d’aventure complètement déjanté que j’ai bien aimé. Les personnages sont tous plus antipathiques les uns que les autres et j’ai beaucoup l’humour avec lequel ils sont dépeints. Ce côté décalé et loufoque m’a séduite. Si l’ensemble est finalement assez prévisible, les rebondissements s’enchaînent à une telle vitesse qu’on n’a clairement pas le temps de s’ennuyer avec cette lecture. L’auteur n’y va pas de main morte sur la critique sociale à travers ses personnages qui réunissent bon nombre de défauts. Si je n’ai pas saisi toute la portée de ce texte faute d’assez bien connaître la culture mexicaine, j’ai pris un grand plaisir à cette lecture qui ne manque pas de caractère.

Nous ne pouvons pas lui donner notre cou à couper comme ça, dit don Ignacio Redondo, qui ne pense pas à son cou, mais aux revenus que lui procurent les magasins qui portent son nom.

          Un livre qui raconterait l’Amérique et ses dévorantes mythologies : la vitesse qui permet de traverser un paysage sans fin, le désir tenu en laisse comme un chien enragé par une Lolita d’un bled perdu, le succès toujours inattendu et hors de proportion, et toute cette bondieuserie qui dégouline de la bouche des pasteurs noirs et des politiciens blancs.

Mythologies américainesJ’avais hâte de m’attaquer à ce livre, un de ceux de la rentrée littéraire qui me tentait le plus. Le résumait me semblait très alléchant. A vrai dire je n’avais pas saisi qu’il s’agissait d’un recueil de nouvelles (souvent longues) mais ça tombe plutôt bien puisque j’aime beaucoup ça et que ça change agréablement après avoir enchaîné pas mal de romans ces dernières semaines. Je n’avais jamais rien lu de Dany Laferrière mais j’ai entendu des interviews de lui et il est passionnant. De plus, le titre d’un des textes « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » m’avait interpellée par son humour et son côté très politiquement incorrect. Pourtant, ça n’a pas été le coup de foudre que j’aurais cru. Le style est agréable, très léger, avec une pointe de dérision que j’ai beaucoup aimée, mais il m’a manqué quelque chose. Tout semble trop léger, il y a une espèce de nonchalance dans ces textes qui m’a un peu déroutée, je m’attendais à des textes plus forts, plus engagés. Pourtant, il y a bien des réflexions intéressantes qui se cachent sous cette apparente désinvolture. Ce n’est pas aussi futile que ça en a l’air. L’air de rien, il se cache souvent au détour d’une phrase une critique de la société ou une réflexion bien sentie sur le genre humain. C’est terriblement intelligent. Difficile de dire alors pourquoi je n’ai pas trop aimé. C’est agréable à lire mais ça manque de mordant à mon goût. Il faut dire aussi que la subtilité n’est pas trop mon fort… Ce n’est finalement qu’une bête histoire de goûts. J’ai pour le moment laissé ce livre inachevé mais je pense que je le reprendrai à l’occasion pour en lire une nouvelle entre deux textes plus ardus. Une écriture agréable et des textes qui ne manquent ni d’humour ni d’intelligence mais qui m’ont parus malgré tout un peu fade.

L’aube est arrivée, comme toujours, à mon insu. Gracile. Des rayons de soleil à fleurets mouchetés. Comme des pattes de saint-bernard. Le roman me regarde, là, sur la table, à côté de la vieille Remington, dans un classeur rouge. Il est dodu comme un dogue, mon roman. Ma seule chance. Va.

          À douze ans, Gulwali fuit l’Afghanistan. Il traverse l’Europe, surmonte la faim, la maladie, la corruption, la cruauté des passeurs, la noyade à laquelle il échappe de justesse… Mais il fait aussi quelques rencontres formidables, glanant un peu de lumière dans ce cauchemar qui durera près de treize mois.

Moi, Gulwali, réfugié à 12 ansCe témoignage ce lit comme un roman d’aventure des plus haletants. Ca semble totalement irréel tant les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné. J’ai beaucoup aimé la distance que le narrateur mettait avec le petit garçon qu’il était avant son départ pour l’Europe. Il ne s’épargne pas franchement dans la description qu’il fait de son caractère au début du livre et si cela le rend un peu agaçant, ça le rend aussi plus humain. J’ai beaucoup aimé voir son évolution, même si elle est assez tragique et que ce sont des épreuves incroyables qui font de ce petit garçon tyrannique un homme ouvert d’esprit et sage bien avant l’heure. Difficile de rester insensible au sort des migrants après un récit pareil ! C’est très bien écrit mais justement le niveau de langue et le style très littéraire semblent en décalage avec l’âge et la condition de l’auteur. Toutefois ça n’a pas grande importance, et c’est aussi ce qui fait que ça se lit avec grand plaisir, plus comme un roman que comme un témoignage – et après tout, il est peut-être tout simplement un excellent conteur (finalement, ça s’explique vers la fin, en partie par la présence d’un co-auteur). Si je craignais au début un témoignage larmoyant (fut-ce à raison) et mal écrit, je me suis bien vite détrompée. Ce témoignage est d’une rare intelligence. Une histoire absolument incroyable et très bien écrite dont il me tardait de connaître le dénouement. Un texte Magnifique qui donne envie de faire plus pour ceux qui sont dans le besoin.

J’étais en train de comprendre que les agents sont les représentants de commerce du monde des passeurs. Ils doivent vous vendre de gros mensonges et de minces espoirs pour vous convaincre de continuer à avancer, ce qui est dans leur intérêt parce que s’ils ne vous emmènent pas jusqu’à votre prochaine destination, ils ne sont pas payés. Ils vous diront n’importe quoi pour vous convaincre.

          Voilà pour les sorties des deux premiers mois de 2016. Des choses très différentes qui m’ont dans l’ensemble plutôt convaincue. J’espère que vous y aurez trouvé un peu d’inspiration. Je vous prépare un article avec les sorties de mars-avril. A paraître si tout va bien d’ici une dizaine de jours, le temps de venir à bout de mes lectures.

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