Théâtre

« Mangeront-ils ? » une pièce surprenante au TNT

          Fou amoureux de Lady Janet, le roi la poursuit sur une île après qu’elle se soit enfuie avec Lord Slada. Ils se sont réfugiés dans un cloître où l’eau et la nourriture sont empoisonnés. Il se trouve au fond d’une forêt dans laquelle vivent une sorcière et un vagabond. Ce dernier décide de les aider. Arrivera-t-il à échapper aux gardes qui les pourchassent pour leur ramener leur pitance ? Les amoureux mangeront-ils ?

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          Je ne connaissais pas ce texte que Victor Hugo a écrit durant son exil à Guernesey. Une pièce en vers rocambolesque qui parle de justice et de vérité, de la lâcheté des puissants et de la grandeur des faibles. On oscille entre drame et comédie, entre romantisme et burlesque. Les genres se mêlent et si la pièce connaît des longueurs et d’interminables envolées lyriques (on connaît mon peu de goût pour la chose…), certains passages sont au contraire enlevés et cocasses. On alterne ainsi entre des moments intimistes d’introspection et d’autres de franche rigolade avec des rimes parfois improbables. J’avais déjà noté cette propension aux rimes faciles dans Hernani, elle se confirme ici mais avec plus de succès, le propos s’y prêtant mieux. Le sujet quant à lui demeure éminemment politique, Hugo dénonçant la tyrannie du pouvoir. Si le texte est parfois bancal, assez dans l’ensemble assez inégal, on y trouve quelques belles réflexions et réparties cinglantes qui méritent le détour.

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          Ce qui fait la force de cette pièce, ce n’est donc pas son texte somme toute assez médiocre, mais bel et bien la mise en scène fabuleuse que signe Laurent Pelly. Pour en revenir à un débat sur une autre mise en scène d’Hugo vue récemment : oui, définitivement oui, une bonne mise en scène peut sauver un texte moyen, tout comme une mauvaise mise en scène peut rendre insipide le plus beau des écrits d’ailleurs. Ceci étant dit, revenons-en à nos moutons : une mise en scène somptueuse donc. Lever de rideau : une forêt sur scène. Oui, oui, rien que ça, des troncs d’arbres blancs, monumentaux, qui occupent tout l’espace. C’est beau, ça impressionne, ça nous en met plein la vue, rien qu’avec ça, je suis émerveillée, et je vais même le rester jusqu’au bout. Je serai bien incapable d’énumérer toutes les qualités déployées mais notons tout de même les magnifiques jeux de lumière qui créent de très belles ambiances et les bruitages qui donnent du relief au texte, toujours fort à propos.

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          J’ai vraiment été plongée dans la forêt avec les personnages et ce qui se passait sur scène m’a totalement fascinée. Du côté de l’histoire, comme je vous le disais, il y a quelques longueurs. J’étais d’ailleurs tellement épuisée le jour où j’ai vu la pièce que je dois bien admettre avoir quelque peu piqué du nez par moments… Les longs monologues m’ont parfois un rien lassée, d’autant plus qu’ils n’étaient pas toujours très audibles. En revanche, si la première partie est un peu longuette, la seconde est beaucoup plus dynamique. Le roi et le vagabond sont particulièrement convaincants, ce dernier notamment a de loin les meilleures réparties de la pièce et Jérôme Pouly, exceptionnel dans ce rôle, s’en donne à coeur joie. Un vrai régal ! Malgré un début un peu lent et un texte plutôt moyen, j’ai beaucoup aimé cette pièce qui mêle les genres et aborde avec légèreté des sujets passionnants chers à Hugo. Et bien sûr, j’ai adoré cette mise en scène moderne et inventive qui parvient de bout en bout à nous faire rêver. Une pièce qui n’est pas dénuée de faiblesses mais sort amplement de l’ordinaire et mérite amplement le détour.

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 Mise en scène, scénographie, costumes : Laurent Pelly

Jérôme Pouly de la Comédie-Française
Charlotte Clamens
Georges Bigot
Philippe Bérodot
Charlotte Dumartheray 

Cédric Leproust 
Rémi Gibier
Clément Durand
Gérôme Ferchaud
Antoine Raffalli
Matthieu Tune

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Mangeront-ils ? de Victor Hugo

Théâtre National de Toulouse

1, rue Pierre Baudis

Jusqu’au 20 avril, puis en tournée

25 €

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Quand l’estomac trahit, l’amour est en danger.

Le coeur veut roucouler, le gésier veut manger.

Le coeur a ses bonheurs, l’estomac ses misères,

Et c’est une bataille entre ces deux viscères.

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Vous, vous allez régner à votre tour. Enfin,

Soit. Mais souvenez-vous que vous avez eu faim.

Théâtre

Les Bodin’s, Retour au pays

          Les Bodin’s, c’est un inséparable couple mère/fils, Maria et Christian. Après 50 ans de célibat, ce dernier s’est marié et est parti vivre à la capitale, loin de la tendresse maternelle… La vieille bique vit mal la séparation, c’est qu’elle s’ennuie sans son petit à maltraiter ! Mais elle a plus d’un tour dans son sac et n’hésitera pas à employer les pires stratagèmes pour qu’il revienne enfin auprès d’elle.

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          J’ai découvert les Bodin’s il y a quelques années avec leur spectacle « Grandeur nature ». Depuis, je ne me lasse pas de leur humour corrosif et de leurs personnages hauts en couleurs. L’année dernière, lorsqu’ils étaient passés à Paris, je n’avais malheureusement pas pu aller les voir (je dois admettre m’y être prise comme un manche et avoir méjugé de leur succès…). Pas question de me laisser avoir une seconde fois ! dès que j’ai vu qu’ils seraient pour quelques jours sur la scène des Folies Bergères, je me suis jetée sur l’occasion ! C’est donc avec impatience que j’ai attendu le jour où je les verrai enfin sur scène pour la première fois.

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          Dans leur nouveaux spectacle donc, Maria est à la maison de retraite et manigance pour que son fils revienne vivre auprès d’elle à la ferme. Pour cela elle commence par lui-faire croire qu’elle a la maladie d’Alzheimer avant de lui léguer sa maison pour en faire une ferme auberge – à la seule condition rentrer vivre avec lui à la maison en cas de guérison miraculeuse. Le pauvre Christian, trop content de cette aubaine, se laisse embobiner, ce qui lui vaudra quelques ennuis. Le spectacle se passe en 3 temps : la maison de retraite, les vacances à la mer et le retour à la ferme. J’ai beaucoup aimé ces changements de décor qui sont également l’occasion de nouvelles situations cocasses.

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          L’énergie des Bodin’s est communicative et leur humour fait mouche. J’ai ri du début à la fin et n’ai pas vu passer les 2 h de ce spectacle survolté. Si leur humour est décapant, il est aussi plein de tendresse, et c’est bien là ce qui les rend si attachant. Ils ne se moquent pas des travers de leurs personnages, non, ils les aiment, et nous aussi ! Le trait est grossi mais tous ceux qui ont grandi à la campagne y retrouveront un peu des personnages qui ont peuplé leur enfance : quelques traits qui semblent piqués à une grand-mère, un vieil oncle ou un voisin. C’est pour cette raison qu’on en redemande, on rit beaucoup bien sûr, mais au fond, on est aussi un peu ému. Bien sûr, le trait est parfois un peu lourd et l’humour pas toujours très fin mais la variation de registres et l’énergie des deux acteurs fonctionnent à merveille.

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          Vous l’aurez compris, j’ai un véritable coup de coeur pour les Bodin’s et leur humour si particulier, bien plus profond qu’il n’y paraît. Ils seront en tournée pendant encore 2 ans avec ce spectacle, ils passeront forcément à côté de chez vous alors n’hésitez pas à aller les voir. Les dates, réservations et autres renseignements divers et variés sont disponibles sur leur site.

Chapeau les artistes !

Théâtre

Tango passion

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          La semaine dernière, je suis allée voir la célèbre troupe de Tango passion sur les planches des Folies Bergères. J’ai toujours été totalement fascinée par le tango et j’étais donc on ne peut plus enthousiaste à l’idée de voir ce spectacle dont on parle tant.

Tango Pasion - El Ultimo TangoEtant donné mes modestes revenus et les tarifs prohibitifs des théâtres parisiens, je m’étais contentée d’une place en 3° catégorie mais n’étais finalement pas si mal placée, au 2° rang du balcon, complètement sur le côté, juste au dessus de la scène. L’avantage c’est que je voyais et entendais extrêmement ce qui se passait sous mes yeux, l’inconvénient c’est que je ne voyais que les 2/3 de la scène, en restant penché et de côté. Mais bon, ce n’était pas si mal. Le spectacle commence avec une très belle mise en scène, qui retrace la vie d’un bar argentin. Des tables sont disposées autour de la scène et un jeu de séduction et de rivalités est mimé entre les danseurs. Si c’est visuellement très beau, j’ai regretté que les parties dansées soient assez peu spectaculaires et qu’il y ait de nombreux temps morts.

tangopasion(13)Dans un second temps, le décor disparaît et la danse se fait beaucoup plus grand spectacle, avec beaucoup de portés et des jeux de jambes assez impressionnants. Si ça correspond plus à ce que j’apprécie dans un spectacle de danse, j’ai trouvé dommage que la mise en scène soit délaissée. Je pense que j’aurais apprécié un spectacle plus équilibré, et non pas divisé en deux parties aussi différentes. Il y a également beaucoup de moments réservés à l’orchestre seul, pour des morceaux souvent plus longs que ceux dansés. J’ai trouvé ces intermèdes uniquement musicaux un peu trop nombreux, ils cassent le rythme du spectacle. En revanche, je suis tombée totalement sur le charme de la chanteuse avec sa voix chaude et son physique de rêve. Ses formes à la Betty Boop m’ont laissée rêveuse…

Tango_Pasion©AnjaBeutler-14Les danseurs sont très bons et les costumes absolument magnifiques, cette élégance est d’ailleurs sans doute le point fort de ce spectacle. Dommage que les deux parties soient aussi marquées et que le rythme soit un peu haché. Autre reproche, le spectacle est extrêmement cher et chacune des 2 parties dure à peine 35 min, avec 20 min d’entracte, pour un rapport quantité/prix un peu léger. Il faut bien l’avouer, j’avais en tête un point de comparaison dur à égaler, le spectacle Paris-Buenos Aires vu il y a deux ans à la Cigale et qui était impressionnant de bout en bout avec une mise en scène splendide. Il y a avait dans celui-là beaucoup de danse à plusieurs couples où tout était tellement beau qu’on ne savait où donner de la tête. C’est cette profusion qui m’a un peu manquée dans Tango passion. Malgré le talent de la troupe et de très jolies choses, ça manquait un peu de magie, ou de folie peut-être. Mais bon, je chipote je chipote, dans l’ensemble, ça reste un très beau spectacle.

          Si j’ai été vaguement déçue de ne pas en prendre un peu plus plein la vue tout le long, les danseurs sont très bons, la chanteuse vraiment exceptionnelle et l’élégance des costumes fait rêver. Un divertissement des plus agréable.

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Théâtre

Hernani à la Comédie Française

          Dona Sol doit épouser son oncle, mais c’est le bandit Hernani qu’elle aime. Elle s’apprête à fuir avec lui quand le Roi, Carlos, lui fait part lui aussi de son amour et, de jalousie, vient contrarier leurs plans. De nombreuses embûches vont se placer sur leur chemin, l’amour parviendra-t-il à triompher malgré tout ?

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          Comme je vous le disais ici, j’ai lu il y a peu cette pièce de Victor Hugo et j’ai été franchement surprise. Je ne sais comment le dire sans insulter un grand nom de la littérature française, que par ailleurs j’admire, mais c’est franchement mauvais. Les rimes sont bancales et souvent d’une facilité affligeante, l’histoire improbable, et j’ai passé le plus clair de mon temps à ricaner bêtement alors même que nous sommes en plein drame (d’ailleurs nombreux furent les rires durant la pièce). Bref, un ratage total. Mais j’étais optimiste, je me disais qu’après tout, le théâtre était fait pour se voir sur les planches et que mis en scène ça passerait autrement mieux. Dès mon arrivée au théâtre, j’ai douté sérieusement de la capacité de la mise en scène à m’émerveiller… En effet, le théâtre a été pour l’occasion « coupé en deux », avec 2 séries de gradins face à face, de chaque côté de la scène (nous reviendrons sur les avantages et inconvénients de ce dispositif) ; scène qui s’est avérée désespérément vide, dénuée du moindre décor. Certes, les décors épurés peuvent s’avérer parfois sublimes, mettant le texte en valeur, mais il y a toutefois un pas entre épuré et inexistant que je ne suis visiblement pas prête à franchir et bon, le texte, justement, j’aurais bien aimé qu’on le noie un peu dans ce cas précis.

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          Bref, en un mot comme en cent, ça commençait sacrément mal ! Mais La Comédie Française nous réserve parfois bien des surprises, l’espoir était donc encore permis. Trêve de suspens inutile, je vous le dis tout net, mes espoirs ont été douchés, étouffés dans l’oeuf dès les premières secondes. Déjà, ça commence par une voix off qui, pendant que les lumières s’éteignent, nous récite un texte d’Hugo quant à la création de sa pièce, avec une voix d’outre-tombe assez déplacée, qui eut pu être intéressant s’il ne s’avérait aussi misogyne. Pour vous le résumer : au théâtre, la foule veut de l’action, les femmes du sentiment, les penseurs de la réflexion. Inutile de préciser, que, comme souvent, je me sens assez peu concernée par cette définition, qui, même replacée dans son contexte, m’a passablement tapé sur les nerfs (foutu féminisme qui ne la met jamais en sourdine) ; vous me direz, ça explique peut-être le ratage de la pièce, à vouloir contenter tout le monde…

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          Commence enfin la pièce en elle-même. Je n’ai pas bien compris pourquoi Don Carlos (le roi donc, facile, il a le même nom que l’actuel !) embrassait à pleine bouche la dame de compagnie de Dona Sol alors qu’il venait déclarer sa flamme à cette dernière mais passons sur cette extravagance de la mise en scène. Le vrai drame est arrivé avec l’entrée en scène de la dame en question. Je ne sais pas ce que c’est que cette mode pour les actrices de minauder, d’étirer les syllabes et de laisser toutes leurs phrases en suspens mais c’est tout bonnement insupportable. Il serait peut-être bon que quelqu’un leur signale… J’avais déjà un peu remarqué ce défaut chez l’actrice qui joue Dona Josefa, associé à une tendance à crier de manière inopportune, mais ça reste chez elle relativement discret et elle est par ailleurs capable d’excellentes prestations, comme elle a pu le prouver dans  AntigoneMais chez Dona Sol, ça prend une proportion qui a mis à mal ma patience. A tel point que j’en suis venue à redouter ses entrée en scène, ce qui est fort gênant quand il s’agit d’un des rôles principaux. Les hommes quant à eux sont beaucoup plus convaincants, malgré un débit parfois un peu élevé pendant les tirades mais bon, on ne peut pas à la fois respirer en récitant son texte et boucler Hernani en 2h15 ! Un casting masculin impeccable qui parviendrait presque à sauver la pièce à lui seul.

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          Pour en revenir à la mise en scène, comme on pouvait s’y attendre, l’absence de décor s’avère assez déroutante. La seule touche artistique tient dans une musique de téléfilm qui vient souligner les passages « forts », soulignant tous le ridicule des excès hugoliens. Quant au public scindé en deux, comme les acteurs ont tendance à crier à la moindre occasion, on évite les problèmes d’audition inhérents à ce type de dispositif (en général ceux à qui les acteurs tournent le dos entendent toujours moins bien), d’autant que la salle est assez petite. En revanche, à mettre au compte des avantages, comme ce qui se passe sur scène est assez peu palpitant, on a tout loisir pour observer les spectateurs en face en train de bailler et de piquer du nez. Ca occupe ! Par contre, pour ceux placés derrière la scène, nulle chance de salut, pour partir, ils devraient traverser la scène au nez et à la barbe des comédiens, ce qui semble quand même assez peu réalisable. Une nouvelle sorte de torture théâtre que je trouve pour le moins cruelle. Mais rassurez-vous, les autres ne sont pas en reste, les comédiens n’entrent pas côté loges mais par l’entrée principale. Ils arpentent donc constamment les allées et la moindre tentative de déplacement fait donc prendre le risque de les croiser sur le chemin de la sortie. Cela m’a arrêtée un temps mais j’ai eu envie de partir dès la première scène, je m’endormais, j’avais faim, et à la fin du troisième acte, après avoir lutté vaillamment pendant plus d’une heure, j’ai fini par céder à l’appel de la sortie.

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          Mes scrupules étaient inutiles, en attendant leur entrée en scène, les comédiens attendent assis en rangs d’oignon dans le hall, face à la porte, et sont donc aux premières loges pour assister à la fuite du spectateur. Tout tentative de discrétion est donc vaine. Pour résumer, une pièce franchement pas terrible, une mise en scène inexistante, une actrice principale au total manque de naturel dont la moindre phrase sonne faux : une pièce durant laquelle on oscille constamment entre ennui et exaspération.

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Hernanide Victor Hugo

Mise en scène de Nicolas Lormeau, avec

Théâtre du Vieux-Colombier

21 rue du Vieux-Colombier

75006 Paris

29€

Théâtre

La Place Royale

          Alidor aime Angelique mais veut retrouver sa liberté, préférant être malheureux mais libre qu’heureux attaché à une femme. Il décide alors de la quitter et d’offrir le coeur de sa belle à son meilleur ami, Cléandre. Mais rien ne se passe comme prévu et, se retrouvant seule, Angélique décide d’épouser Doraste, le frère de sa confidente. Après de nombreux quiproquos et rebondissements, qu’adviendra-t-il finalement de nos amoureux ?

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          Je ne connaissais pas du tout ce texte de jeunesse de Corneille mais le résumé me semblait des plus alléchants, bien que je ne sois pas très friandes de comédies (plutôt tragi-comédie pour cette pièce-ci d’ailleurs). Je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre mais partais avec un a priori positif. Dès le lever de rideau, j’ai été agréablement surprise par le décor, simple et dépouillé. Plus que Place des Vosges on se croirait plutôt dans un vestiaire de piscine mais on comprend l’idée : c’est un lieu de passage. Les acteurs sont en tenue décontractée, jean/baskets, la mise en scène prend clairement le parti-pris de la modernité. A différents moments, la pièce sera d’ailleurs agrémenté de succès des années 80 (on a même une boule à facette pour le bal) qui lui siéent particulièrement bien. Je suis généralement très réticente face aux tentative de modernisation des textes classiques mais celle-ci est particulièrement réussie. En faisant ni trop, ni trop peu, elle garde l’esprit de la pièce, et lui donne une belle énergie.

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          Le texte en lui-même m’a également beaucoup surprise : quelle modernité ! Il y a des répliques qui semblent écrites aujourd’hui et non il y a trois siècles ! L’amie d’Angélique possède de nombreux amants et ses réflexions à leur sujet sont des plus goûteuses (et osées !). J’ai ri franchement à plusieurs reprises et n’ai cessé de m’étonner de l’actualité de ce texte aujourd’hui encore. Seule la fin a un peu vieilli, pour le reste, le spectateur se reconnaîtra forcément dans l’un des personnages : la jeune fille qui multiplie les amants, l’amoureuse qui veut se marier à tout prix, le phobique de l’engagement, l’amoureux éconduit… autant de portraits intemporels. La pièce a beaucoup de rythme, les répliques s’enchaînent souvent avec drôlerie, pour une histoire bien plus profonde qu’il n’y paraît. Car au fond, ce jeu de l’amour entraîne bien des souffrances et tout ne finit pas toujours bien. Les acteurs sont impeccables et servent avec énergie ce texte rythmé. La mise en scène et la musique ne font qu’ajouter à a modernité et au dynamisme de cette pièce qui est un vrai régal. Sans nul doute le meilleur moment théâtre de l’année. 

LA PLACE ROYALE -

La Place Royale, de Pierre Corneille

Théâtre du Vieux Colombier (Comédie Française)

21 rue du Vieux-Colombier, Paris 6°

Jusqu’au 13 janvier, 29€

Mise en scène d’Anne-Laure Liégeois avec :

Et sans le rôle de Polymas : Muriel Piquart

LA PLACE ROYALE -