Mes lectures

Jean-Claude IZZO, Vivre fatigue

          Un court recueil de nouvelles. Jean-Claude Izzo est marseillais, il croque ici des instants de vie dans les quartiers populaires. Racisme, amour déçu, autant de tragédies pour les héros de ces textes.

          Le style est un peu âpre. Les phrases simples, le verbe cru, comme les scènes qu’ils décrivent. Les histoires sont celles de la vie quotidienne. Jean-Claude Izzo nous décrit avec talent la vie du port et de ses habitants, sans en ajouter des tonnes. Le titre résume très bien l’esprit du texte, emprunt d’une certaine langueur. J’ai apprécié cette simplicité si efficace et ses histoires si proches de nous. Sans être exceptionnel, un livre agréable, indémodable. J’ai particulièrement aimé la nouvelle qui a prêté son nom au recueil.

Ils avaient parlé, et elle avait bu. Les marins parlent facilement. De leurs voyages. De la mer. Théo parla de la vie. De lui. Il naviguait contre la mort. Il avait raconté beaucoup de choses, mais elle avait retenu ça. Elle avait levé les yeux vers Théo. Son regard était posé sur elle. Un regard absent. Elle s’était reconnue dans ce regard.

Mes lectures

Patrick SUSKIND, Sur l’amour et la mort

           Un très court essai sur l’amour. J’avais beaucoup aimé Le Parfum et j’étais très curieuse de savoir ce que cet auteur avait écrit d’autre. Je m’attendais donc à du très haut niveau. Cruelle déception. Si c’est bien et écrit et pas totalement inintéressant, l’auteur semble aligner lieux communs et lapalissades. Qu’en dire de plus ? Je ne suis pas allée au bout de ce livre sans grand intérêt.

Ce que saint Augustin dit du temps vaut tout aussi bien pour l’amour. moins nous y réfléchissons, plus il nous paraît se comprendre tout seul ; mais si nous commençons à nous creuser la tête à son propos, nous n’en sortons plus.

Mes lectures

Thomas BERNHARD, Les Mange-pas-cher

          L’histoire ? Euh… jetez un oeil au texte et si vous comprenez de quoi il retourne, n’hésitez pas à venir m’expliquer…

          Il paraît que ce texte est un des plus beau de Thomas Bernhard. On est en droit de se demander à quoi doivent ressembler les autres… Si le style est assez brillant, il est aussi imbuvable. Un bel exercice de style qui m’a ennuyée à périr. Absolument aucun intérêt sauf peut-être pour les amoureux de l’absurde et des phrases de 3 pages.

          Pardon pour cette concision extrême, mais je ne vois vraiment rien à ajouter, les extraits parlent d’eux-mêmes.

J’ai une jambe artificielle, un artifice pour jambe et je ne pouvais pas encore me servir de ma jambe artificielle, […] je ne pouvais pas encore manier comme il fallait et de la façon requise pour ne pas se faire remarquer, dit Koller, aussi bien n’avait-il été libéré de l’hôpital Wilhelmi,e que le matin même et il avait fait de sa jambe artificielle ce qu’il appelait ses premiers pas de liberté.

Comme ça, ça n’a l’air de rien, coupures oblige, mais à la lecture j’ai bien cru mourir étouffée avant la fin de la phrase.

Mes lectures

Luis SEPULVEDA, Le vieux qui lisait des romans d’amour

          Antonio José Bolivar connaît la forêt amazonienne mieux qu’aucun autre blanc. Aussi bien même que les indiens qui l’habitent. Le vieil homme qui fait passer le temps de sa vieillesse en lisant des romans d’amour va devoir repartir en chasse lorsqu’une panthère s’attaque aux hommes.

          Dans ma série « je lis mes classiques », je me suis attaquée cette fois à un petit livre. Tout le monde ou presque l’a lu, souvent au collège ou au lycée, et j’avais un a priori quelque peu négatif (quand un livre a un trop grand succès, je m’en méfie toujours). J’ai finalement pris plaisir à cette lecture. Ce n’est peut-être pas un grand roman, mais ça se laisse lire. Un style clair et simple, efficace. Une histoire prenante, quoique pas bien originale. Rien d’exceptionnel, c’est classique mais bien fait.

          Derrière cette apparente simplicité se cache quand même une réflexion sur la vie, la vieillesse, l’amour, la mort. L’histoire de cet homme est touchante et pleine de sagesse. Un bel hommage à la vie rude dans la nature, qui recèle plus de richesses qu’il n’y paraît. Un joli petit livre, rude et sensible à la fois.

Antonio José Bolivar Proano comprit qu’il ne pouvait retourner à son village de la Cordillère. Les pauvres pardonnent tout, sauf l’échec.

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Mais ce qu’il aimait par dessus tout imaginer, c’était la neige.

Enfant, il l’avait vue comme une peau de mouton mise à sécher au balcon du volcan Imbabura, et ces personnages de romans qui marchaient dessus sans crainte de la salir lui semblaient parfois d’une extravagance impardonnable.

Mes lectures

Jean-Michel RIOU, 1658, L’éclipse du Roi-soleil

          Ete 1658. A Calais, le jeune roi se meurt. Personne n’arrive à déterminer quel mal ronge le souverain, alors à peine âgé de 20 ans. Antoine Petitbois, espion de la couronne, va mener l’enquête. Partisant de la thèse de l’empoisonnement, il s’alliera aux défenseurs de l’antimoine pour sauver le roi. Arrivera-t-il à découvrir la vérité que le grand cardinal Mazarin semble s’évertuer à cacher ?

          Je lis peu de romans historiques. Je me suis pourtant laissée entraîner par celui-ci. Le style alerte est agréable. Assez ignorante en matière d’histoire (je le confesse avec honte), je ne connaissais rien de cette histoire d’empoisonnement de Louis XIV au début de son règne. J’ai donc été fort aise de m’instruire (le coté instructif étant toutefois à prendre avec des pincettes dans ce type d’ouvrage « grand public ») avec cette enquête à la Cour. L’enquête policière n’est pas des plus palpitantes, mais on se laisse porter par l’histoire somme toute plaisante.

          Le roman semble coller d’assez près à la réalité historique, ce que j’ai apprécié. Les notes en bas de page, apportant des précisions sur les personnages ayant existé sont utiles à la remise en contexte pour les ignorants tels que moi. Le livre comporte des maladresses, si le style est agréable dans l’ensemble car facile à lire et enlevé, il est parfois un peu bancal. Je ne suis pas sure que les dialogues soient toujours très en accord avec l’étiquette du XVII°… Mais peut-être est-ce là l’effet d’un naturel trop méfiant. Si l’ouvrage ne fait pas montre d’une grande profondeur, il a du moins le mérite d’être plaisant et instructif. Quelque chose me dit que les passionnés d’histoire ne le goûteraient guère, les autres y trouveront une lecture agréable.

La rue a ceci de remarquable. On y apprend souvent ce que les puissants ignorent encore. Comment expliquer que le bon peuple sache tout, y compris ce que l’on tente de lui cacher ? Eh bien ! C’est que l’air de la rue contient plus que du vent et, dans le brouhaha de tapages, de racontars qui l’encombre, la Vérité surnage toujours.

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J’avais repéré ma proie, flânant dans la maison même du roi. Elle allait sans méfiance. D’ailleurs, qu’aurait-elle craint puisqu’elle se croyait à l’abri de tout ?

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Si le premier commandement de l’enquêteur est d’écouter, celui de l’espion est de se faire oublier, car l’ombre sied à la profession, je crois l’avoir répété. Cet adage souffre-t-il d’exception ? Aucune.