Mes lectures

Mille femmes blanches – Jim Fergus

          En 1875, le grand chef indien Little Wolf et le Président des Etats-Unis signent un accord : pour resserrer les relations entre leurs peuples, ils s’engagent à échanger 1000 chevaux contre 1000 femmes blanches. La plupart des volontaires ont été recrutées dans les pénitenciers et les asiles. Parmi elles, May Dodd, qui se donnera pour mission de consigner leur histoire.

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          Ce premier roman de Jim Fergus est inspiré d’une histoire vraie. J’avais découvert cet auteur il y a quelques années avec « La fille sauvage », récit qui m’avait fascinée. Pourtant, malgré mon envie pressante, j’ai attendu très longtemps avant de lire un autre de ses romans. Peut-être parce que je les sais rares et que je voulais faire durer le plaisir. Je dois dire que je n’ai pas été déçue. Ce texte est extrêmement fort ! Cette histoire est incroyable. Certes les personnages sont inventés mais les bases historiques sont solides et on peut imaginer sans peine que ce qu’ont vécu ses femmes doit ressembler de très près à ce que nous dépeint l’auteur. Un réalisme qui m’a particulièrement séduite.

          L’écriture de Jim Fergus est très classique et sans grandes fioritures. Elle me fait un peu penser à des récits de la fin du XIX° ou du début du XX° par sa rigueur. Elle demeure toutefois très agréable et je trouve que sa précision donne des airs de documentaires à l’histoire qui la mettent particulièrement en valeur et lui donnent une force surprenante. L’auteur est passionné par l’histoire cheyenne et ça se sent ! Il nous livre un récit loin des clichés sur les indiens. J’ai trouvé absolument passionnant de découvrir le mode de vie des Cheyennes. J’ai souvent la sensation quand il s’agit des indiens que les choses sont présentées de manière très partiale (et partielle), ici il y un réel effort pour présenter les faits de la manière la plus juste possible que certains ne trouveront peut-être pas très romanesque mais qui est très enrichissante.

          Jim Fergus écrit peu mais a un réel talent pour déceler les bonnes histoires et leur donner vie. En effet, ce contrat stipulant que des femmes seraient échangées contre des chevaux pour renforcer les relations entre blancs et indiens et tout simplement incroyable. Et pourtant ! J’ai toujours aimé voir ce genre de faits historiques méconnus ressortis des placards, le moins qu’on puisse dire, c’est que j’ai été servie ! Ce roman aide à prendre la mesure de l’incompréhension qui a pu régner entre blancs et indiens et de l’incompatibilité de leur culture et de leurs modes de vie. Un roman absolument passionnant que j’ai dévoré d’une traite. A lire absolument !

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Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages.

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Si les Indiens ont peu contribué à la littérature et aux arts de ce monde, c’est sans doute qu’ils sont trop occupés à vivre.

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Les Cheyennes croient que toute chose ayant eu lieu quelque part – chaque naissance, chaque vie, chaque mort – s’y trouve toujours, de sorte que le passé, le présent et l’avenir cohabitent éternellement sur terre.

Cinéma

X-Men, Days of future past : un opus assez réussi

Film d’action, science-fiction américain de Bryan Singer avec Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender

          Le monde est en guerre, les humains ont créé des robots impitoyables pour vaincre les mutants. Il est impossible de leur échapper, le seul moyen pour eux de survivre est d’envoyer Wolverine dans le passé pour essayer de changer le cours de l’histoire. Arrivera-t-il à remplir sa mission à temps pour sauver ses amis ?

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          J’ai toujours eu un petit faible pour les films de super-héros et les X-men, avec leurs pouvoirs si variés et complémentaires, ont toujours fait partie de mes favoris. Malgré cet amour quasi-inconditionnel, je dois admettre que leurs aventures sont relatées avec plus ou moins de réussite et que dernièrement, le scénario avait un peu tendance à se perdre derrière des effets spéciaux à l’utilité parfois douteuse. Vous l’aurez sans doute compris, la 3D n’est pas franchement mon amie et ne dispense pas à mes yeux d’une bonne histoire. Les derniers Wolverine notamment, était désespérément creux. Je craignais donc un peu ce nouveau volet mais les excellentes critiques lues de toutes part m’avaient totalement rassurée.

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          Pourtant, je n’ai pas été aussi enthousiaste que la moyenne. Bon, il faut admettre que cette fois, il y a un vrai scénario, ce à quoi les blockbusters ne nous ont plus trop habitués dernièrement. Les bases sont bien là. J’ai même cru un moment que pour une fois la 3D n’était pas totalement inutile mais cette impression est malheureusement restée très fugace. Dans l’ensemble, il faut bien admettre que cet opus est un bon cru. Il y a une histoire assez solide, des relations intéressantes entre les personnages et des aspects de leur passé qui leur fait gagner en épaisseur. De plus, l’équilibre entre action et émotion est plutôt réussi. Toutefois, même si j’ai aimé ce film, je ne serai pas aussi dithyrambique que certaines critiques lues deci-delà.

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          Si à la sortie du film les petites imperfections que j’avais à lui reprocher m’apparaissaient très clairement, je dois avouer que j’ai à peu près tout oublié de ces petites récriminations. Si les combats avec les super robots sont assez réussis, j’ai quand même trouvé qu’il leur manquait un petit quelque chose. Moi qui suis assez facilement impressionnée par les scènes d’action, il m’a manqué un brin de suspense. J’ai également trouvé certaines ficelles un peu grosses, mais il faut bien admettre que c’est le propre du genre mais comme ce film semblait au dessus du lot, je crois que mes attentes étaient un rien exagérées. On reste dans le pur divertissement même si l’histoire est assez solide et qu’esthétiquement il y a quelques scènes splendides.

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          La fin m’a semblé à la fois terriblement mièvre et assez maligne vu qu’elle ouvre de très nombreuses possibilités pour des suites éventuelles. D’ailleurs dans l’ensemble ce film est plutôt bien pensé en remplissant les vides laissés par les précédents sur le passé des personnages et en ouvrant pas mal l’histoire. D’un point de vue purement formel, j’ai trouvé les effets spéciaux très réussis et qu’un grand soin était apporté aux images avec de très jolies choses. Dommage que malgré les nombreuses qualités du film on n’échappe pas à certains clichés du genre. J’ai toutefois pris beaucoup de plaisir avec cette histoire qui me réconcilie un peu avec les films de super-héros et qui malgré quelques petits défauts est au niveau des premiers de la série.

Mes lectures

La Horde du Contrevent – Alain Damasio

          Dans des contrées où le vent fait rage, un groupe d’élite est formé dès l’enfance pour l’affronter et remonter jusqu’à sa source : ce groupe, c’est la Horde. Celle du 9° Golgoth est la plus rapide et la plus forte de tous les temps, mais parviendra-t-elle en extrême amont ? et si oui, qu’y trouvera-t-elle ?

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          Vous le savez peut-être, je lis peu de fantasy. Si j’apprécie assez le genre, je suis un peu difficile en la matière, d’autant qu’il est un peu fourre-tout et que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Quand on m’a conseillé ce roman-ci, j’étais mitigée : j’aimais beaucoup l’idée de partir à la recherche de l’origine du vent, en revanche certains artifices utilisés me laissaient perplexe (les pages sont numérotées à rebours, la narration est partagée entre tous les personnages et un sigle nous indique qui parle, bref, c’est compliqué) et puis près de 700 pages tout de même ! Les premières pages m’ont un peu déroutée. Le style est très agréable, en revanche, j’ai eu peur de me perdre dans l’incroyable profusion de narrateurs. Et puis, finalement, je suis rentrée rapidement dans l’histoire et m’y suis peu à peu retrouvée entre chaque personnage, qui a sa voix propre.

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          L’histoire est très prenante et les personnages attachants. Si la construction peut surprendre au début, elle s’avère efficace. Ce récit est celui d’une quête et il est aussi intéressant de suivre les aventures du groupe que la manière dont elle influe sur chacun. Les relations évoluent au fil des pages, des liens se tissent ou se dénouent et nous passionnent autant que la recherche de l’origine du vent. C’est sans doute un des aspects qui rend ce roman si passionnant : l’univers autant que ceux qui le peuplent est très travaillé, chaque aspect est approfondi, avec un soin du détail qui donne une belle profondeur à l’ouvrage. Chaque personnage a sa voix propre et ses failles, ce qui ne les rends que plus humains. Certains trouveront peut-être l’histoire un rien compliquée, avec des concepts pas toujours simple à appréhender, mais cela ne m’a pas dérangée et j’ai même trouvé que ça contribuait grandement au charme de l’histoire et à l’immersion dans ce monde où le vent prédomine. L’univers très fouillé classe ce livre dans ce que la fantasy offre de meilleur : un vrai régal ! J’ai dévoré ce roman avec un grand plaisir et, après avoir fini ma lecture, je me suis longtemps demandé ce que devenaient ses personnages. Un véritable coup de cœur !

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La maturité de l’homme est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant.

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L’héroïsme c’est d’accepter la honte de survivre.

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Pour ma part, j’avais longtemps pensé qu’être noble relevait du respect de trois principes cardinaux : la générosité, l’élévation et le courage.

Pour en savoir plus sur cet univers si particulier, n’hésitez pas à aller voir le site qui lui est dédié : c’est ici.

Mes lectures

Le pont – Christian Durieux

          Dans un monde couvert de glace, le savant Salpatrès veut convaincre ses contemporains de sa théorie : tout converge vers un même point, sorte de trou noir qui nous aspirera tous. Son amour pour Léda l’empêchera-t-il de repartir en expédition à la recherche du bout du monde ?

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          Cette BD me tentait bien. Le titre est plein de promesses quoique mystérieux et surtout, le dessin me plaisait beaucoup. L’univers graphique est assez singulier, dans des teintes froides avec un trait un peu vaporeux pour un résultat pour le moins poétique. L’histoire quant à elle est pour le moins déroutante ! Trois savant perdus dans la glace, un homme gelé, des théories étranges et une très belle femme au bord de la folie. Autant vous dire qu’on nage en eaux troubles !

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          Moi qui ne suis pas très portée sur le fantastique et le côté mystique, j’ai parfois été un peu perdue dans ce monde un peu particulier. J’ai beaucoup apprécié l’originalité du propos et la beauté du dessin mais je dois avouer ne pas être sure d’avoir bien tout compris… Est-ce important me direz-vous ? Eh bien je n’en ai pas la moindre idée ! Moi qui aime plutôt les choses bien tranchées, j’ai été un peu déstabilisée par cet univers vaporeux. Une lecture surprenante mais qui reste agréable et sort de l’ordinaire.

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Cinéma·Jeunesse

Jack et la mécanique du coeur

Film d’animation français de Stéphane Berla et Mathias Malzieu avec les voix de Mathias Malzieu, Olivia Ruiz, Grand Corps Malade, Jean Rochefort.

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          Jack est né à Édimbourg le jour le plus froid du monde. Tellement froid que son cœur a gelé. Le docteur Madeleine réussit à le sauver en le remplaçant pour une horloge mais attention, la mécanique est fragile et il faut la ménager. Pour cela, il y a trois règles à respecter : Ne pas toucher les aiguilles – Maîtriser sa colère – Ne jamais tomber amoureux. Mais c’était sans compter sur Miss Acacia, la chanteuse de rue que Jack serait prêt à suivre au bout du monde…

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          J’aime beaucoup l’univers de Mathias Malzieu, le charismatique leader de Dionysos. J’ai d’abord découvert le célèbre groupe de rock survolté avant de tomber sur ses textes poétiques. J’avais lu le premier, Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, à sa sortie et malgré quelques maladresses, j’avais trouvé qu’il y avait un énorme potentiel dans ce livre-là. Un talent qui s’est confirmé peu de temps après avec La mécanique du cœur, un conte sombre et tendre à la fois. Et si je n’avais pas aimé (mais alors pas du tout) Métamorphose en bord de cielson dernier roman, Le plus petit baiser jamais recensé a été un énorme coup de cœur ! Sans compter que les chocolats créés par Hugo et Victor pour l’accompagner qui étaient juste divins… Bref, arrêtons-là le flot de louanges, d’autant que le principal concerné risque de les lire et que ça en devient presque indécent. Vous l’aurez compris, j’aime généralement ses trouvailles farfelues et quand j’ai vu qu’il ajoutait une corde à son arc en adaptant un de ses romans sur grand écran, je ne pouvais qu’aller voir ce que ça donnait.

          Étrangement, je n’étais pas d’un optimisme débordant en arrivant dans la salle. Il faut dire que les images de synthèse ne m’emballaient guère et que pour ce que j’en avais vu, le style ne m’inspirait pas outre mesure. Et puis que de louanges partout sur internet du style : « tellement émouvant », « j’ai eu la larme à l’œil du début à la fin », « c’est si beau, merci Mathias pour ce grand moment d’émotion », et autres élans d’enthousiasme dont je me méfie au plus haut point. Déjà, quand tout le monde aime, souvent, je suis la rabat-joie qui trouve à y redire et puis tout cela manquait un peu de nuance à mon goût. Enfin, le film était en quelque sorte une double adaptation étant donné qu’un album était sorti en même temps que le roman, reprenant la même histoire. L’univers étant très rock et très tourmenté, il me semblait difficile de faire un film destiné aux enfants sans le dénaturer un peu. Je n’étais donc pas sans craintes comme vous pouvez le constater…

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          Et puis, dès les premières images, j’ai retrouvé l’ambiance du livre. Certes, les images de synthèse ne sont pas trop ma tasse de thé, mais on est rapidement pris dans l’histoire et on en oublie vite qu’on aurait sans doute préféré quelque chose de plus « adulte » dans le dessin. L’histoire et la musique ont été remaniées (pour ne pas dire édulcorées) pour être accessible au jeune public. Pourtant, on reconnaît sans peine les mélodies et les moments forts du conte qui ne sont pas dénaturés par cette adaptation. J’ai d’ailleurs redécouvert que j’aimais beaucoup la voix de Mathias Malzieu (c’est pénible les gens avec autant de qualités à la fin ! ). On va de trouvailles en trouvailles dans ce film et on s’émerveille de mille détails. Certains étaient déjà dans le roman, d’autres sont venus s’y ajouter pour créer un univers visuel extrêmement riche et franchement fascinant. Je me suis souvent dit que ça ne devait pas être simple tout les jours de vivre dans la tête de Mathias Malzieu, on en a un bon exemple à l’écran : ça grouille de bizarreries dans tous les sens, c’est absolument génial et vaguement effrayant !

          L’histoire est très prenante, on vibre pour ce pauvre Jack que la vie n’a pas épargné. Retrouvera-t-il Miss Acacia ? Pourront-il s’aimer ? Le suspens est insoutenable. La fin, très poétique, est une réussite. La musique du film fait pour beaucoup à son charme avec des mélodies entraînantes. Ce sont les mêmes voix que sur l’album qu’on retrouve, ce qui lui donne un charme supplémentaire pour ceux qui connaissaient déjà les musiques de La mécanique du cœur. J’ai beaucoup aimé entre autres choses le train accordéon, le fameux bouquet de lunettes ou la référence à Méliès… Et un détail peut-être mais dans le livre j’imaginais Madeleine très vieille alors que là, elle est tout simplement magnifique ! Un petit rien qui m’a ravie, par étrange identification à mon homonyme.

208008.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Malgré tout, j’aurai sans nul doute préféré à cette version familiale un film destiné aux adultes, avec la musique d’origine et un univers visuel plus sombre. Si j’ai beaucoup aimé ce film, je ne me suis pas vraiment laissée émouvoir, certainement en raison d’un côté un rien trop lisse à mon goût. J’aurais aimé ressortir les yeux embués par cette belle histoire mais ce ne fut pas le cas. L’adaptation reste toutefois une belle réussite qui ravira les enfants comme leurs parents. Mathias Malzieu confirme son talent dans un nouveau domaine où sa créativité trouve la place de s’épanouir, venant encore étoffer son univers si reconnaissable. Je serais curieuse de voir ce que donnerait un film un peu moins grand public et surtout, j’espère maintenant ardemment une adaptation du plus petit baiser. Je suis ressortie de la salle le cœur léger et le sourire aux lèvres, une petite musique et plein d’images poétiques en tête, agréablement surprise par cette très jolie mécanique.