Cinéma

The Artist, de Michel HAZANAVICIUS

          Comédie -drame-romance (pour reprendre la définition de la presse) de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman.

          Une star du cinéma muet tombe amoureux d’une jeune figurante. Il va voir sa carrière décliner avec l’arrivée du film parlant pendant que celle de la jeune femme va décoller et l’amener aux sommets.

          Un film qui avait connu un grand succès à Cannes, où Jean Dujardin avait été primé pour sa prestation. Un long métrage qui s’inscrit dans la pure tradition du cinéma muet (en noir et blanc, bien sûr !, et porté par une musique très marquée, avec même un peu de claquettes pour le plaisir), ce qui se fait très rare de nos jours et semblait ne plus exister que dans quelques courts-métrages.

          Je craignais un peu la longueur du film, n’étant que moyennement adepte du film muet. Pourtant c’est un pari réussi. Jean Dujardin, qui a tendance à en faire toujours trop, est parfait dans ce rôle où les expressions caricaturales sont de rigueur. Bérénice Bejo est particulièrement convaincante, avec une interprétation un peu plus en finesse et pleine d’énergie.

          La bande son est parfaitement réussie (à part peut-être quelques violons surnuméraires). L’histoire fonctionne bien et rend un bel hommage aux débuts du cinéma. Un film qui reprend les standards du cinéma muet et y ajoute quelques belles trouvailles. Une jolie réussite dont on ressort avec le sourire.

Cinéma

Drive, de Nicolas WINDING REFN

           Film d’action-thriller américain de Nicolas Winding Refn, avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston.

       Cascadeur pour le cinéma, mécanicien, mais aussi conducteur dans des casses, « The driver » est le meilleur au volant d’un bolide. très professionnel, avec un code d’honneur à part, il n’a jamais pris part aux crimes et se contente de conduire. Jusqu’à ce qu’il rencontre Irene, dont le mari sort de prison, et a besoin d’aide pour régler ses dettes…

            Un film pour le moins surprenant. Je suis entrée dans la salle sans savoir où je mettais les pieds, persuadée d’avoir affaire  un bon vieux film d’action à l’américaine. Que nenni ! Drive est un film à part. Très esthétique, assez lent, peu d’effets spéciaux, une bande originale fabuleuse… On évite tous les pièges du genre, même celui de la romance. La violence est en revanche très présente, et parfois gratuite, âmes sensibles s’abstenir.

           Un film qui rappelle le cinéma asiatique, tant par sa violence que par ses ralentis très esthétisants (dont le réalisateur abuse un peu à mon goût). Le résultat est surprenant. La mise en scène est impeccable et a d’ailleurs été primée à Cannes. Les acteurs sont également excellents (l’acteur principal qui est ici aussi ouvert qu’une huître et charismatique comme une vieille chaussette – mais je vous rassure, c’est le rôle qui veut ça – est à découvrir absolument dans Half Nelson). Un film beau et bien fait, qui sort totalement des normes du genre. Surprenant mais très réussi.

Cinéma

La guerre est déclarée, de Valérie DONZELLI

        Comédie dramatique française de et avec Valérie Donzelli, avec Jérémie Elkaïm et César Desseix.

     Roméo et Juliette s’aiment, ils nagent dans le bonheur et la naissance de leur fils, Adam, les comble tous les deux. Mais rapidement, Adam semble avoir un comportement inquiétant. Une tumeur au cerveau est diagnostiquée, un long combat s’engage.

         L’histoire est autobiographique, c’est celle des deux acteurs principaux. L’idée de départ est intéressante, il s’agit de ne pas montrer que l’aspect dramatique, mais aussi les moments de joie au milieu de la détresse, parce que même quand tout va mal, la vie continue. Une approche de la vie qui me correspond assez et en tout cas m’attire. Ca et une très belle bande-annonce, ce film avait tout pour me séduire. Le film a été présenté en ouverture du Festival de Cannes.

            J’ai vite déchanté (oui, encore !). Je n’ai pas du tout trouvé ce que j’attendais dans ce film. Pour commencer, je n’ai pas tellement vu le côté drôle, si j’ai bien ressenti une volonté de légèreté, je trouve que le résultat n’est pas là, l’effet tombe un peu à plat. Ensuite, les deux acteurs me sont insupportables. Ils m’ont agacée au plus haut point. Impossible de m’y identifier un tant soit peu. Et chose étrange, bien qu’il s’agisse de leur propre histoire (simplement agrémentée de prénoms ridicules), j’ai trouvé qu’ils jouaient incroyablement faux.

          L’aspect technique laisse également à désirer. Les intentions sont bonnes, il y a une vraie volonté de faire un film original qui mêle les genres, mais là encore, le manque de maîtrise se fait sentir et ce qui aurait pu être un plus devient un désavantage et donne un aspect brouillon. Il y a un passage chanté particulièrement gratiné, avec des paroles de haut vol… (« j’aime ton cul quand tu as bu », je vous laisse admirer la poésie du texte).

          Un résultat décevant. Un film trop décousu qui manque de tenue. Sans doute peut-on voir là tant un manque d’expérience que de recul face à une expérience vécue. Il a sans doute manqué à ce film un regard extérieur et neutre sur l’histoire. Dommage.

Cinéma

Le complexe du castor, de Jodie FOSTER

           Drame américain de et avec Jodie Foster, Mel Gibson, Anton Yekchin.

           Walter est en pleine dépression. Depuis 2 ans, il passe le plus clair de son temps à dormir et ne parle, même à ses proches. Sa femme décide donc de le mettre dehors. Un soir, il trouve une marionnette de castor dans une poubelle qu’il va adopter. Peu à peu, il va recommencer à parler à travers elle et sa vie va se remettre sur les rails. Du moins au début…

          Un film de la sélection cannoise qui m’intriguait, avec un sujet assez peu traité au cinéma. Si je devais le décrire en un mot, je crois que je dirais « déconcertant ». On prend plaisir à voir le personnage remonter la pente peu à peu. Et puis tout se complique à nouveau, loin du schéma de base du film hollywoodien. On rit souvent, on est émus parfois. Les personnages secondaires sont assez réussis aussi. Mention spéciale au petit garçon, particulièrement attachant. Une base assez stable donc.

           J’ai trouvé que cependant le propos s’obscurcissait par moments, je ‘nai pas toujours très bien compris où on allait, même si le problème se règle de lui-même avant la fin, ce qui n’est déjà pas si mal. Quelques longueurs aussi, notamment dans les scènes (un peu trop nombreuses à mon goût) réservées à l’histoire d’amour que vit le fils du notre anti-héros. Scènes qui ont tendance à tourner au discours pseudo-philosophique sur le sens de la vie, ce qui est un rien agaçant. Mais dans l’ensemble, on est face à un film réussi, original et intelligent malgré quelques faiblesses. Pas exceptionnel mais plutôt réussi.

Cinéma

Le gamin au vélo, Jean-Pierre et Luc DARDENNE

          Comédie dramatique franco-italo-belge. Avec des frères Dardenne avec Cécile de France, Jérémie Renier, Thomas Doret. Cyril est placé dans un foyer pour enfants, il attend que son père vienne le chercher mais celui-ci semble avoir disparu. Un jour, en partant à sa recherche, il rencontre Samantha, une coiffeuse qui va le prendre sous son aile. Elle va l’accueillir les week-end et lui donner l’amour dont il manquait.

          Après The tree of life et Minuit à Paris, on continue dans la série « je m’attaque aux projections cannoises ». Les frères Dardenne sont des grands du cinéma francophone. Chaque fois qu’ils sont présents à Cannes (chaque fois qu’ils sortent un film soit à peu près tous les deux ans), ils repartent avec une récompense. Après deux Palmes d’or, ils raflent cette fois le Grand prix. J’aime en général beaucoup leur cinéma, sombre et exigeant, tout en sobriété. Les premières critiques ne tarissaient pas d’éloges sur leur nouveau chef-d’oeuvre, un film jugé « lumineux » et « accessible ». Serait-ce une autre manière de dire « gnangnan à souhait » ? Méfiance donc…

          Alors ? Suis-je totalement parano ? Il fallait que je me déplace pour aller en juger. Eh bien non ! Ce film a répondu à mes pires frayeurs. Pour commencer l’histoire ne tient pas debout. Pas crédible pour deux sous. Le gamin tombe sur une bonne femme qu’il n’a jamais vu, il fait une crise monumentale, la rencontre dure à peine deux minutes et, on ne sait pourquoi elle décide de le retrouver, de lui racheter le vélo qu’il a perdu et de le prendre chez elle le week-end alors qu’il ne s’est même pas fendu d’un merci. Certes, on ne peut pas tout expliquer, mais quand même… Tous les personnages semblent odieux, sauf l’ange tombé du ciel, dégoulinante de gentillesse. Pas du tout manichéen… On est de loin de Verlaine qui préconisait la nuance « rien que la nuance ». Le seul personnage qui m’a paru crédible est le père : Jérémie Renier (que je n’apprécie pourtant guère), parfait en salaud qui se défile face à ses responsabilités.

          Après ce début sur les chapeaux de roues (de vélo,évidemment !), tout est à l’avenant. Tant de bons sentiments m’ont laissée au bord de la nausée. A aucun moment je n’ai cru à cette histoire. C’est bien filmé, bien monté, bien joué, mais le principe de départ est tellement gros que tous ces efforts m’ont paru vains. La tension dramatique est à peu près aussi intense que dans une pub pour spaghetti. L’histoire m’a rappelé les nanards du samedi soir sur la 3. Certes, on est en plein dans les thèmes fétiches des frères Dardenne : l’amour et le pardon. Mais d’habitude ils semblent voler au dessus des écueils propres au sujet : point de mièvrerie chez eux. D’habitude… On pourrait parler pendant des heures de chaque bon sentiment poussé à l’excès, de la scène finale qui rappelle ni plus ni moins que la sortie du tombeau (oui oui, rien que ça) mais cela n’apporterait rien. Je n’ai pas cru un instant à cette belle histoire, voilà tout, la conséquence directe en est que tout m’a semblé faux, dépourvu de profondeur et mièvre par dessus le marché. Une grande déception.

          Comme je reste toutefois persuadée que les frères Dardenne sont de grands cinéastes, je vous conseille un film autrement plus puissant. Le thème est sensiblement le même. Mais on est très loin de l’espèce de mauvais téléfilm qu’ils nous ont ici livré : Le fils. Un menuisier qui travaille avec un centre de réinsertion va aider le meurtrier de son fils à réintégrer dans la société. Un film sombre, dur, d’une sobriété extrême. Un cinéma exigeant qui vous remue les tripes et vous donne à réfléchir pendant un certain temps. On me dira sans doute que moi qui reproche à L’enfant au vélo son manque de réalisme, je choisis là un film qui l’est bien moins. Oui, mais ce film-là, j’y ai cru. Je suis entrée dans la tête des personnages, j’ai ressenti ce qu’ils ont ressenti, et je me suis interrogée sur ce qu’est le pardon. Au delà de mes convictions, ou de mes préférences esthétiques, un film qui a juste posé pour moi le doigt sur des questions essentielles. Un film qui semble en permanence en équilibre et réalise le miracle de rester toujours d’une grande justesse. J’espère retrouver bientôt ces frères Dardenne-là.