Cinéma

Argo

Thriller américain de et avec Ben Affleck, avec Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin.

          Novembre 1979, en pleine révolution iranienne, l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran est envahie par des militants et 52 Américains sont pris en otage. Six employés arrivent à s’échapper et trouvent refuge chez l’ambassadeur canadien. Un expert de la CIA va devoir monter en urgence un plan d’exfiltration osé pour les sortir de là avant qu’ils ne soient découverts.

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          J’avais vu le dernier film de Ben Affleck, The Townque j’avais plutôt aimé, et bien que celui-ci ne m’inspire qu’à moitié, j’étais curieuse de voir si son talent comme réalisateur se confirmait. N’allant que peu au cinéma en ce moment, il m’aura fallu un peu de temps, mais l’occasion de voir ce film a fini par se présenter et j’ai sauté dessus. Dès les premières minutes, j’ai été conquise. Le film démarre en plein feu de l’action, lors de la prise d’otage, et commence très fort. Ce rythme soutenu va d’ailleurs perdurer jusqu’au dénouement. On suit six fugitifs dans une ville à feu et à sang d’un côté, et de l’autre, l’espion chargé de les sortir de ce bourbier. Un scénario qui pourrait laisser attendre des scènes d’action mémorables et des moments d’émotion tout hollywoodiens à l’arrivée du sauveur. Il n’en est rien. Ben Affleck n’est pas là pour en mettre plein la vue et s’intéresse bien plus à la psychologie des personnages et à la complexité de leurs relations qu’au côté grand spectacle que pourrait avoir la situation.

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          Et c’est là tout l’intérêt de ce film, qui prend le parti de ne pas délaisser les personnages au profit de l’action. Certains regretteront peut-être que l’aspect politique ne soit pas plus prononcé, étant donné le sujet des plus délicats. Pour ma part, j’ai trouvé que Ben Affleck ne s’en tirait pas trop mal de ce côté-là, conservant une certaine neutralité et s’en tenant à ce qu’ilsait faire, à savoir, de bons thrillers. Je me suis laissée prendre à cette histoire dont on connaît pourtant la fin (forcément puisqu’il s’agit d’une histoire vraie…), avec un vrai suspens qui se met en place tout au long du film. La distribution est excellente avec notamment Bryan Cranston (inoubliable père de Malcolm et plus récemment héros de Braking Bad) qu’on retrouve toujours à l’écran avec le même plaisir. Ben Affleck est quand à lui un peu terne mais ça colle plutôt bien avec son personnage. Au final, si ce film ne me marquera sans doute pas plus que ça, il est impeccablement réalisé et j’ai passé un excellent moment. 

Cinéma

Skyfall

Thriller, espionnage américano-britannique de Sam Mendes avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem

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          Un mission tourne mal pour Bond et des agents britanniques infiltrés dans le monde entier se trouvent exposés. Le MI6 est attaqué est M est en danger. Elle choisit de faire confiance à 007 et de placer sa vie entre ses mains. Plus que jamais, l’agent va devoir agir dans l’ombre face au mystérieux Silva, un ex agent mégalo aux sombres desseins…

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20264327.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Enfin, les nouvelles aventures de notre double zéro préféré sur grand écran ! Avec les problèmes de production qu’il a connus, on craignait que cela n’arrivât jamais… Pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis une inconditionnelle de James Bond, les bon(d)s comme les mauvais (oui oui, j’assume une certaine tolérance pour la médiocrité en matière de films d’action). Si j’aimais j’élégance de Pierce Brosnan – quoique les derniers films aient été avec le recul un peu trop « gadgétisés » – on est forcés d’admettre que Daniel Craig a offert une sacrée carrure à notre vénéré James. Plus sobres, sérieusement allégés en gadgets, voitures de luxe et jolies femmes, les deux derniers James Bond misaient clairement sur l’épaisseur du scénario et la psychologie tourmentée de son héros. Un tournant radical qui aura surpris plus d’un fan. Moins de légèreté mais au final des films qui ont ont gagné en consistance et dépassent le simple divertissement.

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20301381.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Ce troisième opus incarné par Daniel Graig continue sur la lancée des deux précédents. James Bond a des sentiments, des doutes,  et ses failles n’en font pas toujours un modèle de délicatesse. Un espion tourmenté qui gagne en profondeur et offre autrement de possibilité scénaristiques, ce qui n’a évidemment pas échappé à San Mendes, qui signe ce nouveau volet. Une histoire complexe, une mise en scène bien huilée, de l’action à tire l’arigot ; un film d’action impeccable. Les acteurs ne sont pas en reste, James égal à lui-même, a pris quelques rides et n’en est que plus convainquant. Pour ma minute midinette du jour, moi qui ai toujours trouvé Daniel Craig bien plus talentueux que charismatique, je changerais presque d’avis, ils se bonifie avec l’âge : le mélange poches sous les yeux/muscles d’acier a un charme indéniable, c’est qu’il commence à avoir de la gueule le bougre ! Quant à Javier Bardem en mégalo péroxydé, il est parfait ! Un excellent choix et un grand plaisir de retrouver cet acteur dans un rôle plus léger qu’à son habitude.

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20239401.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          On retrouve bien sur les incontournables de la série : générique de début stylisé, ouverture sur une énorme course poursuite, méchant à moitié fou, jolie fille pour aider notre héros et dérapages incontrôlés. Même la célèbre Aston Martin est de retour, j’en soupire d’aise… Le scénario réserve quelques petites surprises. On peut déplorer quelques longueurs et peut-être un peu moins d’originalité que dans Casino Royale (Quantum of Solace était un rien fadasse) mais l’ensemble se tient très bien : l’histoire offre à James Bond une humanité qui lui manque parfois dans la série, Sam Mendes n’est pas avare en effets spéciaux et il y a peu de temps morts où le spectateur pourrait avoir le temps de s’ennuyer. La fin surprend mais « chut » je ne vous en dis pas plus. Le réalisateur trouve un joli équilibre entre atours purement « james-bondiens » et qualité scénaristiques : qu’on se le dise, notre 007 est devenu un homme, il ne compte plus jouer les potiches dans des films de bas étage ! Avec l’âge, il court moins mais on gagne en efficacité et on s’en réjouit. Les amoureux de James Bond adoreront cet opus riche en rebondissements (parfois un rien attendus tout de même), les autres reprocheront sans doute un petit manque de fantaisie. Pour ma part, j’adhère encore et toujours. Cinquante ans après son apparition à l’écran, l’un des meilleurs films de la série. 

Cinéma

Au-delà des collines

Drame roumain de Cristian Mungiu avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta

          Alina a grandi dans un orphelinat en Roumanie et vit en Allemagne où elle fait de petits boulots. Mais elle a le mal du pays, et surtout celui de Voichita, son amie de toujours. Elle décide alors de rentrer au pays pour venir la chercher et l’amener avec elle. Si elle savait que celle-ci avait entre temps intégré un monastère, jamais elle n’aurait cru que Dieu puisse être plus fort que leur amour. Une réalité qui va la faire sombrer dans la folie…

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Au-dela-des-Collines_portrait_w858          On rarement l’occasion de voir du cinéma roumain et c’est bien dommage. Des films souvent sombres et profonds, qui loin des clichés du cinéma occidental dont ils semblent déjouer tous les codes, paraissent nous montrer des tranches de vies brutes, dans tout ce qu’elles peuvent avoir de cruel, sans sombrer dans le pathos ou le misérabilisme. Une justesse et une sobriété qui me surprennent toujours et laissent le spectateur désarmé par tant de vérité. Ici encore, ce film nous scotche littéralement au fauteuil. Je suis allé le voir sans savoir que c’était là la nouvelle merveille du réalisateur à la Palme d’Or. Une découverte qui à la sortie de la salle ne m’a en rien surprise, d’autant que ce film-ci s’est vu attribuer un double prix d’interprétation féminine et le prix du scénario à Cannes. En plus des qualités certaines de la création roumaine, cette langue me fascine littéralement et l’entendre est une source de joie inépuisable quoique trop rare.

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au_dela_des_collines          Ce film au sujet difficile est extrêmement sombre. Dépouillé dans sa forme, il ne met que mieux en valeur le tragique de l’histoire. Je me suis d’ailleurs rendue compte à cette occasion de combien l’absence de musique pouvait être autrement plus efficace que l’habituel abus de violons. L’amour entre ces deux femmes est traité avec une grande pudeur qui lui donne une force incroyable. D’ailleurs, s’il s’agit ici de deux femmes, la question de l’homosexualité est tout à fait anecdotique, c’est avant tout d’amour impossible et d’espoirs brisés qu’il retourne. Pourtant, peu ou pas de grands discours romantiques, c’est le désespoir le plus profond que filme le réalisateur. N’étant pas adepte de fanatisme religieux, certains passages m’ont un peu gênée par leur longueur, fort heureusement compensée par la justesse des deux actrices principales. Toutefois, malgré cette petite touche négative et une fin un peu abrupte, un film qui m’a étonnée par son réalisme cru et m’a transmis des émotions assez rares au cinéma, du doute au désespoir. Un film très sombre mais d’une beauté certaine qui prend des chemins de traverses pour traiter d’un sujet rebattu (l’amour l’amour toujours) et surprendre de bout en bout. Un cinéma abrupt mais vrai, comme on aimerait en voir plus souvent.

          En regardant la bande-annonce pour la première fois, dans laquelle on retrouve en même pas deux minutes l’intensité de l’ambiance si particulière de ce film, je constate qu’il est inspiré d’une histoire vraie. Voilà qui fait froid dans le dos et donne envie d’en apprendre plus sur ce drame sordide.

Cinéma

Dans la maison

          Thriller français de François Ozon, aved Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas

          Germain est professeur de français en classe de seconde. A la rentrée, il demande à ses élèves de raconter leur week-end. Au milieu des copies médiocres, s’en glisse une qui l’intrigue. Un jeune garçon de 16 ans décrit la manière dont il s’est introduit dans la maison d’un camarade. Mais cette rédaction aura une suite et bien vite, le professeur ne contrôlera plus le jeu malsain mis en place par son élève…

          J’aime généralement assez le cinéma de François Ozon, capable du pire comme du meilleur, il est généralement très créatif et ne cesse de nous surprendre. Aller voir son dernier film s’imposait donc comme une évidence, d’autant qu’on en disait le plus grand bien. J’ai un eu traîné des pieds avant d’aller voir ce film, le sujet me tentait moyennement et étant un peu fatiguée j’ai reporté ce visionnage. Et puis, au détour d’une déambulation parisienne, voilà que je passe devant un cinéma à l’heure de la séance, il ne m’en fallait pas plus pour me motiver. Dès le début, j’ai été très agréablement surprise par cette histoire. Je craignais que ce ne soit un peu tiré par les cheveux mais c’est tout compte fait assez bien amené. Fabrice Luchini est parfait en prof aigri ! Très vite, on souhaite autant que lui connaître la suite de l’histoire et comme lui on hésite quand au degré de fictionnalisation des écrits de son jeune élève. Un certain suspens donc, assorti d’une ambiance un rien malsaine qui ne fait qu’accroître notre intérêt.

          J’ai trouvé que cette histoire marchait plutôt bien et François Ozon parvient à nous plonger dans son univers. Personne n’est épargné, la petite bourgeoisie en prend pour son grade (non sans une certaine tendresse) et l’enseignement est également égratigné. Un humour grinçant qui me ravit. Côté réalisation, quelques belles idées. Certaines scènes sont répétées mais filmées sous des angles différents au gré des différentes version qu’en écrit le jeune auteur. Parfois, le professeur fait également irruption dans la maison, au fil des corrections qu’il propose. Les acteurs sont pleins d’énergie et le récit est très dynamique. Certes, ce n’est peut-être pas le film du siècle, mais il est des plus agréable. Une histoire originale, une belle réalisation, des acteurs convaincants. Ce film a une fraîcheur qui manque trop souvent au cinéma français. J’ai pris un réel plaisir devant ce film énergique et inventif comme on aimerait en voir plus souvent.

Cinéma

This Must Be the Place

Drame fronco-irlando-italien de Paolo Sorrentino avec Sean Penn, Frances McDormand, Judd Hirsch

          A 50 ans, Cheyenne, ancienne rock star, a toujours son look d’adolescent. Gothique au maquillage putassier et à la coiffure improbable, il vit (très largement) de ses rentes à Dublin. Entre ses rares amis et sa femme qu’il semble pourtant adorer, il paraît bien triste dans son immense maison. La mort de son père va le ramener à New-York, qu’il a quitté depuis bien des années, pour poursuivre une quête que celui-ci a laissé inachevée. Lui-même va s’y retrouver peu à peu. 

          Sean Penn sur une affiche : j’y file de suite. Bon, en l’occurrence non je l’ai raté au cinéma, mais je me suis jetée dessus dès son passage sur Canal. Dans l’idée, une rock star dépressive, et Sean Penn – je sais je me répète – c’est la quasi certitude de mon adhésion. Oui, une midinette sommeille en moi… Bon, alors, ça donne quoi. Première impression, tout semble comme au ralenti dans ce film. L’histoire met un peu de temps à démarrer et tout semble assez vide autour de cette célébrité vieillissante. Lui-même possède une élocution absolument insupportable (voix nasillarde et syllabes traînantes, atroces en VF, du coup la VO m’intrigue d’autant plus) qui m’a totalement gâché mon plaisir, et un regard vide des plus déroutants. Certes, c’est pour coller au personnage et montrer son vide intérieur, mais on saisit un peu trop bien l’idée à mon goût et s’attacher à cette espèce de loukoum en bottes cloutées est à peu près infaisable.

          Ce film est-il mauvais pour autant ? Eh bien non. Pas vraiment en tout cas. Certes, on a envie de secouer ce cinquantenaire qui refuse de grandir et a dû y aller un peu fort sur les substances illicites. Toutefois, le thème est très intéressant et abordé de manière plutôt fine. Le besoin de renouer avec ses racines pour se construire (oui, même à 50 ans), le rapport à la famille, le secret… Ce n’est pas la matière qui manque pour faire un bon sujet. Malheureusement, on est un peu déçu du résultat, très en demi-teinte. Tout est esquissé sans être réellement approfondi et on a une impression d’inachevé. J’ai eu l’impression d’un film chuchoté, qui n’ose pas montrer les choses de manière franche. Etrangement, si cela est terriblement frustrant, ça fait aussi partie de son charme certain. Au final, on ne se régale pas vraiment, mais on le regarde sans déplaisir non plus. On ne peut nier une certaine originalité et une fois de plus, Sean Penn se montre excellent en rockeur asthénique. Pas un grand film mais un objet pour le moins intriguant.