Mes lectures

L’empire de la Lune d’été

          Le livre de S.C. Gwynne retrace l’ascension et le déclin des Comanches, qui régnèrent sur les Grandes Plaines du Sud pendant plus de deux siècles. Cavaliers et guerriers hors-pair, craints par les Espagnols, les Français et plus tard les Mexicains et les Américains, ils ont mené une lutte acharnée pour défendre leur territoire face à l’envahisseur blanc. Un homme incarne par-dessus tout cette résistance : Quanah Parker. Dernier et plus grand chef de la tribu.

          On m’a prêté ce livre de Sam C. Gwynne il y a très longtemps et je ne l’avais jamais sorti de ma bibliothèque. A vrai dire, je ne savais même pas de quoi il parlait. Je l’ai attrapé au hasard un jour où tous les romans que je commençais me tombaient des mains. J’aurais voulu un texte léger, je n’aurais pas pu plus m’en éloigner ! C’est violent à souhait, souvent déprimant et  à désespérer de l’espèce humaine. Pourtant, j’ai de suite bien accroché avec cette lecture parfois un peu aride mais absolument passionnante sur les Comanches.

Couverture de l'Empire de la Lune d'été

          Si je m’intéresse à l’histoire des indiens d’Amérique que je trouve absolument fascinante, je dois bien admettre que mes connaissances sont pour le moins lacunaires. Cet essai passionnant aura donc été l’occasion d’apprendre plein de choses. Il couvre une large période et permet de mettre en avant les mécanisme qui ont permis l’essor de la culture comanche, mais également ceux qui ont mené à sa perte. Beaucoup des faits évoqués dans cet essai m’étaient totalement inconnus et j’ai trouvé intéressante la manière dont l’auteur soulignait les grands axes de l’histoire comanche. Toutefois, le récit couvrant une large période, j’ai également trouvé qu’il n’était pas toujours facile de s’y retrouver, notamment dans les liens entre les guerriers qui reviennent le plus souvent, même si l’essentiel du récit se construit autour d’une seule et même famille.

          Ce texte évoque de très nombreux sujets relatifs à l’histoire des Comanches et c’est parfois difficile de bien intégrer toutes les informations. Quand j’entends que « ça se lit comme un roman », je mettrais toutefois un petit bémol. Certes, l’histoire de la famille qui sert de fil rouge au texte est on ne peut plus romanesque, toutefois, il n’en demeure pas moins assez aride par moments. Je ne suis pas sure non plus d’avoir toujours bien saisi le point de vue de l’auteur, parfois un peu perturbant sur la lutte contre les indiens. Cet essai extrêmement bien documenté est dans l’ensemble agréable à lire et s’avère passionnant malgré un fourmillement d’informations et quelques longueurs.

Portrait de Sam C. Gwynne

À de nombreux égards, ils étaient des chasseurs-cueilleurs typiques. Mais, même parmi ces peuples, les Comanches avaient une culture remarquablement simple. Ils ne pratiquaient pas l’agriculture, n’avaient jamais abattu d’arbres, tressé de paniers, réalisé de poteries ou construit de maisons. Le groupe de chasse constituait à peu près leur seule organisation sociale. Ils n’avaient ni sociétés de guerriers, ni classe de prêtres permanente, ni danse du Soleil.

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L’agent de ce stupéfiant changement fut le cheval. Ou, plus précisément, ce que cette tribu de chasseurs arriérée de l’âge de pierre fit du cheval – un outil de transformation extraordinaire qui eut autant d’impact sur les Grandes Plaines que la vapeur et l’électricité sur le reste de la civilisation.

Mes lectures

C’est le coeur qui lâche en dernier

          Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique. Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir.
          À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… où ils sont également logés et nourris ! Le bonheur.

          Je n’avais jamais rien lu de Margaret Atwood mais après avoir vu l’adaptation de La servante écarlate en série télé (gros gros coup de coeur 2017 que je vous encourage vivement à découvrir), j’avais hâte de m’attaquer à un de ses romans qui sont pour le moins nombreux. J’ai donc commencé par le dernier, sorti lors de la rentrée littéraire de septembre. Un sacré pavé dont je ne savais à vrai dire absolument rien en dehors de l’identité de son auteur. Surprise totale donc. Et je peux vous dire qu’elle fut bonne !

C'est le coeur qui lâche en dernier

          Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé le style, clair et précis, d’un réalisme confondant. L’histoire se passe aux Etats-Unis après la crise de l’immobilier, on y suit un couple qui a perdu sa maison et vit dans sa voiture. L’auteur construit un univers dystopique si proche du notre qu’on peine parfois à se rappeler où se situe exactement la barrière entre la fiction et la réalité. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est extrêmement crédible et pensé dans les moindres détails. Elle nous livre un portrait juste et intransigeant de la société de consommation et ses dérives.Ca fait froid dans le dos…

          Les personnages en revanche ne m’ont pas été particulièrement sympathiques. C’est un peu ce qui m’a manqué dans ce roman, pouvoir m’identifier un minimum à eux, ressentir leur détresse. Là je les ai trouvés plutôt agaçant et assez éloignés de mes préoccupations. Mais je suppose qu’aux Etats-Unis où la situation a été vécue par des millions de gens, ce texte prend une toute autre dimension. Mais ce léger manque d’empathie pour les personnages ne m’aura pas empêché d’admirer l’esprit d’analyse de l’auteur et la mécanique impeccable qu’elle met en place page après page. Un roman glaçant, criant de vérité.

Portrait de Margaret Atwood

Tout le monde paraît très heureux : quand on a deux vies, il y a toujours la perspective d’autre chose. C’est comme être en vacances tous les mois. Mais quelle est la vie où on est en vacances et celle où on est actif ? Charmaine n’en sait trop rien.

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Vous voulez qu’on vous confisque vos décisions pour ne pas être responsable de vos actes ? C’est parfois tentant, vous le savez.

Mes lectures

Underground Railroad de Colson Whitehead

          Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.

          Je suis un peu absente en ce moment. Je lis peu, je ne vais pas au ciné et je n’ai à vrai dire pas spécialement envie d’écrire. C’est la première fois en quoi ? 7 ans et quelques de blog maintenant. Par contre je vous rassure j’ai envie de faire plein d’autres choses comme boire du thé au coin du feu ou préparer dans sablés de Noël. J’ai juste comme une envie de me déconnecter un peu d’internet (ce que je fais d’ailleurs). Mais il se trouve qu’il reste quand même quelques livres de la rentrée littéraire dont je ne vous ai pas encore parlé il se pourrait bien que ce soit le moment avant que la suivante n’arrive. Eh oui, encore ! J’ai énormément lu en cette rentrée, on n’en voit plus le bout !

Underground Railroad

          C’est un libraire toulousain qui m’a conseillé ce roman dont j’avais déjà un peu entendu parler, en termes fort élogieux. Mais comme ma mémoire me joue des tours, je n’avais pas grande idée de quoi ça pouvait bien parler. Je l’ai pris quand même parce que j’aime bien les surprises. J’avoue que tout ça m’avait l’air bien sérieux et qu’après plusieurs romans assez sombres j’aurais eu envie de plus de légèreté, j’ai donc eu un peu de mal à me plonger dedans. C’est particulièrement bien écrit. J’ai beaucoup aimé le style, très fort. Mais surtout, l’histoire est absolument passionnante. Difficile de le lâcher une fois qu’on l’a commencé, bien que ce soit quand même assez dense.

          Je n’avais jamais entendu parler de l’underground railroad, ce chemin de fer clandestin – parfois souterrain – qui aidait les esclaves à fuir le Sud des Etats-Unis vers le Nord, voire le Canada et à gagner ainsi leur liberté. J’ai vu pas mal de films sur cette période (et lu quelques livres) sans que jamais il ne soit évoqué. J’ai adoré découvrir ce pan de l’Histoire. C’est fascinant. Ca m’a donné envie d’en apprendre plus sur ce réseau et son fonctionnement. Un fond historique fort donc et des personnages qu’on suit avec une certaine angoisse. Le style est assez froid, c’est peut-être le seul « défaut » de ce roman, qui s’attache bien plus au fond historique qu’aux personnages eux-mêmes. Ce n’est à vrai dire pas tellement dérangeant. Un très beau roman, instructif et prenant.

Colson Whitehead

Le maître répétait souvent que la seule chose qui soit plus dangereuse qu’un nègre avec un fusil, leur dit-il, c’était un nègre avec un livre.

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Le Blanc passe ses journées à essayer de vous tuer lentement, et parfois de vous tuer plus vite. Pourquoi lui faciliter la tâche ?

Cinéma

Détroit

          Drame historique américain de Kathryn Bigelow avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith
Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent.
À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux.

Affiche du film Détroit

          J’avais vaguement entendu parler de ce film mais n’allant plus au cinéma et ne suivant par la même occasion plus les sorties, je n’étais pas sûre de savoir exactement de quoi il retournait. Le synopsis m’a vaguement rappelé un livre lu cette rentrée, La maison des Turner. Le sujet m’intéressait, il me semblait en avoir entendu dire du bien, il n’en fallait pas plus pour me convaincre. Je n’ai franchement pas été déçue par ce choix. L’introduction est très originale et réussie. On rentre ensuite dans le vif du sujet en découvrant peu à peu les personnages. La réalisatrice ne s’appesantit pas vraiment mais dresse un rapide portrait des principaux protagonistes, permettant de commencer à s’en faire une idée et à s’attacher à eux par la même occasion, sans que le tout ne paraisse trop lourd. Visuellement, c’est assez sobre. Sombre aussi. Quelques jolis plans, une certaine attention portée au détail et une mise en scène bien pensée. Ca n’en fait jamais trop et s’avère d’une efficacité redoutable.

Extrait du film Détroit

          Évidemment, côté ambiance ça se gâte assez vite. Une fois le décor posé, les personnages présentés, il faut bien en venir aux faits, et ils surprennent par leur violence et leur soudaineté. On a beau être plus ou moins prévenu, c’est un véritable coup dans l’estomac. Ca ne fait ensuite que monter en puissance. C’est d’une violence inouïe. Physiquement certes, mais surtout psychologiquement. Certains passages sont assez durs à supporter. Et en même temps j’ai trouvé quelque chose d’essentiel dans le fait d’être mis face à cette violence-là, on ne peut pas détourner éternellement les yeux, ça aide à appréhender les évènements dans toute leur horreur, ce que tous les livres lus jusque-là n’ont jamais réellement réussi à faire tant l’imagination peine parfois à reconstituer ce qui paraît si dur à concevoir.

Extrait du film Détroit

          La deuxième moitié du film est difficile. L’atmosphère est lourde, et ça ne fait que gagner en intensité au fil des minutes, ne laissant aucun répit au spectateur, faisant preuve d’un sens du rythme impressionnant. L’interprétation est magistrale. Malgré l’angoisse qui monte, je n’ai jamais trouvé que c’était trop, que ça allait trop loin. Il y a un moment où j’ai commencé à trouver que c’était long, où je supportais péniblement mais je pense pourtant que c’était nécessaire pour partager un peu de la terreur des personnages. Je suis ressortie de la salle assez retournée et stressée. La fin ne délivre pas exactement un grand message d’espoir et si les faits ont déjà cinquante ans, ils ne sont pas sans rappeler certaines affaires récentes par certains aspects. Un beau film dont j’ai aimé la sobriété et l’humanité. Sombre, dur, essentiel aussi.

Mes lectures

Cet été-là, Lee Martin

          Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s’est-il réellement passé cet été là ?

couverture

          En ce moment, je peine un peu à lire. Après une année de boulimie de lecture, j’ai beaucoup de mal à me concentrer plus de 5 min depuis quelques semaines. Mais ce roman a fait exception : je l’ai dévoré ! J’ai de suite accroché avec le style, pourtant assez classique. Les personnages aussi m’ont bien plu, alors qu’ils ne paraissent pas forcément très fouillés au premier abord. Parfois, ça ne s’explique pas, la magie opère, tout simplement. J’ai trouvé que l’intrigue était très bien menée, avec un suspense qui se met en place rapidement et ne cesse de croître, alors même qu’on a une grande partie des éléments en main depuis le départ.

          Au fil des pages, on en découvre plus sur les petits (ou les gros) travers des uns et des autres. Leurs torts, leurs peurs, leurs vices. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas joli joli… Le point de vue alterné d’un chapitre sur l’autre permet à la fois de connaître les pensée intimes des personnages, mais aussi de savoir comment les autres les voient. Le décalage entre les deux est assez délectable. Pour le reste, ce roman est assez classique mais fonctionne très bien. Plus on avance, plus l’ambiance devient malsaine, pourtant on ne peut s’empêcher de comprendre comment les personnages en sont arrivés là. Un constat qui met assez mal à l’aise. C’est je trouve la grande force de ce roman. Un texte très prenant qui ne laisse pas indifférent.

portrait

Relève la tête, me disait ma mère. Il n’y a rien par terre que tes pieds.
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Certaines personnes ne peuvent pas cacher les choses. Elles ne possèdent pas assez, pas assez d’argent, ou d’influence, ou de honte.

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