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Détroit

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          Drame historique américain de Kathryn Bigelow avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith
Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent.
À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux.

Affiche du film Détroit

          J’avais vaguement entendu parler de ce film mais n’allant plus au cinéma et ne suivant par la même occasion plus les sorties, je n’étais pas sûre de savoir exactement de quoi il retournait. Le synopsis m’a vaguement rappelé un livre lu cette rentrée, La maison des Turner. Le sujet m’intéressait, il me semblait en avoir entendu dire du bien, il n’en fallait pas plus pour me convaincre. Je n’ai franchement pas été déçue par ce choix. L’introduction est très originale et réussie. On rentre ensuite dans le vif du sujet en découvrant peu à peu les personnages. La réalisatrice ne s’appesantit pas vraiment mais dresse un rapide portrait des principaux protagonistes, permettant de commencer à s’en faire une idée et à s’attacher à eux par la même occasion, sans que le tout ne paraisse trop lourd. Visuellement, c’est assez sobre. Sombre aussi. Quelques jolis plans, une certaine attention portée au détail et une mise en scène bien pensée. Ca n’en fait jamais trop et s’avère d’une efficacité redoutable.

Extrait du film Détroit

          Évidemment, côté ambiance ça se gâte assez vite. Une fois le décor posé, les personnages présentés, il faut bien en venir aux faits, et ils surprennent par leur violence et leur soudaineté. On a beau être plus ou moins prévenu, c’est un véritable coup dans l’estomac. Ca ne fait ensuite que monter en puissance. C’est d’une violence inouïe. Physiquement certes, mais surtout psychologiquement. Certains passages sont assez durs à supporter. Et en même temps j’ai trouvé quelque chose d’essentiel dans le fait d’être mis face à cette violence-là, on ne peut pas détourner éternellement les yeux, ça aide à appréhender les évènements dans toute leur horreur, ce que tous les livres lus jusque-là n’ont jamais réellement réussi à faire tant l’imagination peine parfois à reconstituer ce qui paraît si dur à concevoir.

Extrait du film Détroit

          La deuxième moitié du film est difficile. L’atmosphère est lourde, et ça ne fait que gagner en intensité au fil des minutes, ne laissant aucun répit au spectateur, faisant preuve d’un sens du rythme impressionnant. L’interprétation est magistrale. Malgré l’angoisse qui monte, je n’ai jamais trouvé que c’était trop, que ça allait trop loin. Il y a un moment où j’ai commencé à trouver que c’était long, où je supportais péniblement mais je pense pourtant que c’était nécessaire pour partager un peu de la terreur des personnages. Je suis ressortie de la salle assez retournée et stressée. La fin ne délivre pas exactement un grand message d’espoir et si les faits ont déjà cinquante ans, ils ne sont pas sans rappeler certaines affaires récentes par certains aspects. Un beau film dont j’ai aimé la sobriété et l’humanité. Sombre, dur, essentiel aussi.

Cet été-là, Lee Martin

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          Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s’est-il réellement passé cet été là ?

couverture

          En ce moment, je peine un peu à lire. Après une année de boulimie de lecture, j’ai beaucoup de mal à me concentrer plus de 5 min depuis quelques semaines. Mais ce roman a fait exception : je l’ai dévoré ! J’ai de suite accroché avec le style, pourtant assez classique. Les personnages aussi m’ont bien plu, alors qu’ils ne paraissent pas forcément très fouillés au premier abord. Parfois, ça ne s’explique pas, la magie opère, tout simplement. J’ai trouvé que l’intrigue était très bien menée, avec un suspense qui se met en place rapidement et ne cesse de croître, alors même qu’on a une grande partie des éléments en main depuis le départ.

          Au fil des pages, on en découvre plus sur les petits (ou les gros) travers des uns et des autres. Leurs torts, leurs peurs, leurs vices. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas joli joli… Le point de vue alterné d’un chapitre sur l’autre permet à la fois de connaître les pensée intimes des personnages, mais aussi de savoir comment les autres les voient. Le décalage entre les deux est assez délectable. Pour le reste, ce roman est assez classique mais fonctionne très bien. Plus on avance, plus l’ambiance devient malsaine, pourtant on ne peut s’empêcher de comprendre comment les personnages en sont arrivés là. Un constat qui met assez mal à l’aise. C’est je trouve la grande force de ce roman. Un texte très prenant qui ne laisse pas indifférent.

portrait

Relève la tête, me disait ma mère. Il n’y a rien par terre que tes pieds.
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Certaines personnes ne peuvent pas cacher les choses. Elles ne possèdent pas assez, pas assez d’argent, ou d’influence, ou de honte.

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Comme convenu

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          L’histoire très largement autobiographique du déménagement de l’auteur à San Francisco en 2013 avec sa famille, en tant que co-fondatrice d’un studio de jeux vidéo… Et les déconvenues qui en découleront

Comme convenu

          On m’avait pas mal parlé de cette BD. Mon copain travaille dans le jeu vidéo et donc cette histoire de créateurs de jeu qui montent une boîte et partent vivre en Californie était sensée lui parler. J’étais très curieuse de voir ce que ça allait donner et j’ai pour tout dire été assez déçue. Je m’attendais à quelque chose de très drôle et à beaucoup d’auto-dérision. Je crois que c’est le style graphique qui me faisait dire ça. Un dessin assez frais, avec un côté presque enfantin plutôt sympa. Ca me rappelait un style un peu à la Bagieu ou dans cette veine là. Sauf que c’est finalement moyennement le cas dans le texte.

Comme convenu

          Le plus souvent, quand on lit un livre, on s’attache un minimum aux personnages principaux. Dans une BD auto-biographique ça aide quand même sacrément à apprécier en tout cas. Là, ç’a été tout le contraire. Le personnage apparaît comme foncièrement naïf, ce qui le rend très agaçant. Quand à son compagnon, il est parfaitement inexistant : il est là mais semble totalement dépourvu de caractère. Seul le chat est sympathique. Je pense que les petits défauts de chacun sont accentués mais au lieu de les rendre attachants ou de nous faire sourire, c’est parfaitement agaçant.

Comme convenu

Bon, dans l’ensemble, leur expérience n’est pas inintéressante. Ca pourrait arriver à tout le monde et je suis la première à admettre que j’aurais pu me faire avoir de la même manière et accepter à peu près n’importe quoi sous prétexte que mon travail me plaît. Ca m’a d’ailleurs rappelé quelques souvenirs. La seule différence c’est que j’en aurais rajouté deux tonnes dans l’auto-dérision et le cynisme si j’avais dû en parler. Il y a une vague tentative mais ça ne va pas assez loin et ça tombe complètement à plat. Trop gentillet. Je jetterai peut-être un œil quand même au blog pour voir comment ça finit parce que là ça nous laisse sur notre faim. Une BD en demie-teinte. Ca sonne juste, ça respire le vécu, mais on s’ennuie un peu et on s’agace des travers des personnages. Dommage, il y avait un beau potentiel.

Karoo – le roman malsain et dérangeant de Steve Tesich

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          Karoo réécrit des scénarios, fumeur et alcoolique, il traîne après lui une sacré réputation. Il est sur le point de divorcer de sa femme qui est intarissable sur ses nombreuses tares. Et puis il y a leur fils, qu’il évite autant que possible mais auprès de qui il voudra bientôt se racheter, multipliant pour cela les extravagances. 

CV Karoo

          J’avais entendu dire le plus grand bien de ce roman qui trône en bonne place dans toutes les librairies depuis sa sortie. Blogs et magazines littéraires ne tarissaient pas d’éloges, il fallait donc que je le lise pour en savoir plus. Pourtant, je dois avouer que ce roman m’a laissée perplexe et que presque un mois après l’avoir fini j’ai toujours un peu de mal à faire le point sur ce que j’en ai pensé. Je vais quand même essayer de mettre tout ça au clair : je crois que pour résumer on peut dire que j’ai aimé le style mais que l’histoire, qui tourne entièrement autour d’un personnage pour le moins antipathique, a fini par m’agacer. J’ai bien aimé le début de ce roman. Un style alerte, un personnage fort et un cynisme qui avait tout pour me ravir.

          J’ai réellement dévoré les premières pages qui ne manquent pas d’originalité. Malheureusement, l’histoire repose entièrement sur le personnage de Saul Karoo, qui est absolument imbuvable, ce qui s’avère à la longue un peu lassant. Toutefois, le moment où mon attention a commencé à faiblir (vers la moitié environ) correspond à un rebondissement intéressant de l’histoire, une partie où le personnage devient vaguement plus humain et que j’ai bien aimée. La fin en revanche m’a déçue. Dans les dernières pages, ça devient carrément n’importe quoi et l’auteur m’a définitivement perdue. Dans l’ensemble pourtant, malgré quelques faiblesses du côté de l’histoire et une ambiance franchement malsaine, j’ai trouvé que cet ouvrage ne manquait ni de force ni d’originalité. Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais par son style hors normes et sa critique acerbe de la société américaine, mérite toutefois le détour.

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Mes dernières tentatives pour arrêter de fumer avaient été avant tout motivées par mon incapacité à m’enivrer : le cancer du poumon était certes une terrible façon de partir, mais ce qui me terrifiait réellement était la pensée de ne même pas pouvoir me saouler le jour où on m’apprendrait la nouvelle.

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Etre à leurs côtés m’empêche de les observer et de les voir comme je suis en train de le faire. On ne peut pas vraiment regarder les gens quand on est avec eux. Ils disent des choses. Vous dites des choses. Votre présence altère leur comportement, tout comme le vôtre. Vous voyez très peu de choses des gens quand vous êtes avec eux.

Aurora, Kentucky : une belle chronique de l’Amérique puritaine des annes 30 par Carolyn D. Wall

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          Aurora, Kentucky, 1938. Olivia tient seule l’épicerie héritée de son père. Sa vie se partage entre son travail, son petit-fils – William, sa mère à moitié folle et les loups qui peuplent les collines. Dans un société profondément raciste, ses liens avec la communauté noire vont lui attirer des ennuis bien plus graves que ce qu’elle aurait pu soupçonner.

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          J’ai reçu ce livre dans le cadre du Swap organisé par Critéïne et réalisé avec Ashtray Girl. J’ai été très contente de le trouver dans mon colis car la quatrième de couverture me faisait vraiment envie. Je me suis donc lancée rapidement dans la lecture de ce roman et je n’ai pas été déçue ! Dès les premières pages, j’ai été accrochée par cette histoire. Le style, sans être exceptionnel, est très agréable. Une écriture plutôt simple mais efficace et qui dégage une impression de force qui colle parfaitement aux dures conditions de vie décrites. J’ai trouvé les personnages très attachants, leur psychologie est riche, ce qui donne une certaine épaisseur au roman. Chacun a ses petits défauts qui le rendent terriblement humain. Et bien sûr, quand on aime les personnages, on a envie de connaître leur histoire. Des gens simples au grand cœur qui vivent dans le dénuement et sont plein de bon sens : quelque chose qui me touche toujours.

          Le roman se construit autour de la relation de cette grand-mère à son petit-fils qui est très forte et touchante. Le personnage d’Olivia est particulièrement charismatique. Une femme forte, peu portée sur le sentimentalisme et qui semble hermétique aux préjugés de l’époque, ce qui n’est pas sans lui attirer bien des ennuis ! Les questions du racisme ou de la place des femmes sont abordées avec une certaine finesse. Absorbée par les problèmes familiaux et les soucis du quotidien d’Olivia et William, je n’ai pas saisi d’autres aspects de l’histoire avant les derniers chapitres, ce qui fut une excellente surprise. J’aimais déjà beaucoup ce roman qui m’apparaissait comme un beau texte intimiste mais il est en réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît et offre une intéressante critique de l’Amérique des années 30. Ce livre m’a très agréablement surprise. J’ai pris un grand plaisir à cette lecture et je ne l’ai refermé qu’à regrets. Une belle découverte. 

Belew's Dairy Bar

Je suppliai Dieu de me laisser manger des tripes sans vomir, de m’aplatir le nez et de me donner des cheveux crépus. Je l’implorai au nom du carré de pommes de terre, avec ses plants retournés et ses pédoncules caoutchouteux. Je l’implorai au nom des tomates vertes et des concombres en tranches, des courgettes et des pastèques macérées. Au nom du révérend Timothy Culpepper, je priai pour être noire. Yessir. Amen.

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Il se passe quelque chose quand je me retrouve seule. Sans autre regard pour renvoyer le mien, un grand doute m’assaille et, dans ces moments-là, je me demande même si j’existe.