Mes lectures

Grand maître- Jim Harrison

          L’inspecteur Sunderson est sur le point de prendre sa retraite. Il rêve déjà des longues parties de pêche à la truite près de Lac Supérieur, dans son Nord natal. Mais une affaire le tracasse, un gourou qui se fait appeler Grand Maître et qu’il soupçonne de s’intéresser d’un peu trop près aux très jeunes filles. Tant qu’il n’aura pas arrêté le vieux fou, Sunderson ne trouvera pas le repos.

          La trame est un classique du polar et n’offre pas de réelles surprises. D’ailleurs, l’histoire est presque secondaire. Une fois encore, en prenant pour prétexte cette traque, c’est l’Amérique que nous raconte Jim Harrison. Il nous parle de ce pays si varié, tant par les paysages que par les hommes qui les peuplent. Entre exaspération face à la bêtise ambiante et amour pour sa patrie, l’auteur nous livre un portrait sans concession mais pourtant plein de tendresse des Etats-Unis. Du Michigan à l’Arizona, on découvrira de grands espaces dignes des plus belles cartes postales et des modes de vie que tout oppose. La nature tient une place de choix dans les romans de Jim Harrison, ses personnages y font de longues excursions et il prend plaisir à nous décrire ces lieux qu’il aime, nous donnant envie d’aller à notre tour les découvrir.

          Il est moins tendre avec les hommes. Le personnage principal de ce roman est un homme vieillissant, un peu paumé, assez pathétique au fond, mais tout de même attachant. Il est en est de même pour ceux qui l’entourent : ce sont les failles de chacun qui sont mises en avant, ses blessures. Ce qui donne au roman un note un peu triste qui fait aussi son charme. L’écriture est comme les hommes dont elle parle, brute, sans apprêt. Du côté de l’histoire, on se laisse porter par cette traque, je reprocherais simplement une fin un peu bâclée, ce qui est très dommage et gâche quelque peu ce roman qui eût pu être excellent. Toutefois, on prend grand plaisir à cette lecture, à découvrir une Amérique loin des clichés, pleine de contradictions et qui attire autant qu’elle fait peur. Jim Harrison ne signe sans doute pas ici son meilleur roman mais reste une valeur sure : des personnages nuancés, un amour des grands espaces et un esprit critique aiguisé qui en font un auteur incontournable de la littérature américaine. 

La religion était un fait de la vie, comme l’huile de foie de morue, les impôts, la rentrée scolaire.

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J’en suis venu à m’intéresser de près aux rapports entre la religion, l’argent et le sexe.

– Eh bien vous êtes un crétin ou un érudit, ou encore les deux à la fois. Tout ça ne fait qu’un. On ne peut pas les dissocier.

Mes lectures

Changement de décor, David LODGE

          Morris et Philipp, tous deux professeurs d’anglais échangent leurs postes pour 6 mois. Le premier est un américain brillant et sûr de lui qui vient d’une faculté réputée où le soleil brille toute l’année ; le second est un homme effacé qui semble toujours chercher sa voie et enseigne dans une université qui manque de prestige, dans une ville grise et pluvieuse d’Angleterre. Deux univers que tout oppose et qui vont devoir cohabiter. 6 mois qui s’annoncent difficiles…

          Changement de décor est un des premiers romans de David Lodge, écrit à la fin des années 60. On y retrouve son humour si délectable et toute la finesse de sa plume. Ce livre m’a rappelé Pensées secrètes, en peut-être plus déjanté et immoral encore. Ce livre est totalement fou, improbable, et ne ce soucie pas le moins du monde des basses questions de crédibilité. Le fond de l’histoire est assez simple et terriblement efficace. L’échange universitaire est bien sûr l’occasion de découvertes et de grands bouleversements. On assiste à travers les yeux de ces deux professeurs à l’éclosion du mouvement hippie des deux côtés de l’Atlantique. La naissance d’une époque qui n’est bien sûr pas étrangère au côté un peu farfelu de ce roman.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a franchement fait rire. David Lodge a un humour grinçant qui fait mouche à tous les coups. Il y a dans ce roman un dynamisme et une énergie qui peuvent parfois manquer à certains ds ouvrages de l’auteur. Les scènes cocasses s’enchaînent et le lecteur se délecte des nombreux malentendus dans lesquels se fourrent les personnages. La fin est très frustrante et donne terriblement envie de se jeter sur la suite (2 autres tomes). Une lecture extrêmement plaisante, drôle et divertissante. Un livre intelligent comme on aimerait en croiser plus souvent. Du grand David Lodge.

 Si, en revanche, ç’avait été elle qui était partie en Amérique et lui qui était resté s’occuper des enfants, elle lui aurait beaucoup manqué, évidemment. En fait, s’il n’u avait pas les enfants, il ne saurait dire à quoi lui sert une femme.

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Il avait été question d’une expérience démontrant que les rats se portaient mieux quand on les nourrissait avec les emballages plutôt qu’avec les corn flakes.

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Depuis son départ, elles étaient d’une telle pagaille que le Thé du Chapelier four de Carroll apparaissait en comparaison comme un système modèle dans l’art de prendre des décisions.

Mes lectures

Beignets de tomates vertes, de Fannie FLAGG

          En 1986, Evelyn, une femme d’une cinquantaine d’année, rencontre en rendant visite à sa belle-mère une vieille femme avec qui elle va nouer une belle amitié. Celle-ci va lui raconter son histoire, qui court tout au long du siècle, dans une famille nombreuse du coeur des Etats-Unis. L’histoire surtout d’un café au bord de la voie ferrée où se concentrait la vie du hameau.

          La narration oscille entre la maison de retraite, une gazette tenue par une habitante du village au coeur de l’histoire et le présent des personnages eux-mêmes. Ce va et vient m’a par moment un peu gênée. L’histoire en elle-même est plutôt intéressante, la plupart des personnages sont attachants. Je n’ai pas trop aimé les passages qui se déroulent en 1986, la partie dans les années 30 à 60 m’aurait suffit. L’écriture est assez simple, j’aurais apprécié un texte plus travaillé.

          Il y a un côté un peu naïf dans ce texte qui m’a parfois exaspérée. On est en pleine apartheid et les gens semblent à peine s’en rendre compte. Sans parler des deux personnages principaux : deux jeunes femmes homosexuelles à qui personne ne semble chercher des noises. Etrange… Enfin, si le côté historique m’a semblé faiblard, la romance est belle et on prend plaisir à cette lecture. J’aurais apprécié un peu plus de consistance mais j’ai tout de même passé un bon moment avec ce livre entre les mains. Les évènements se succèdent rapidement, empêchant le lecteur de trouver le temps de s’ennuyer. La diversité des personnages et de leurs caractères est un peu  difficle à suivre parfois mais donne à ce livre une fraîcheur et un dynamisme qui en font oublier les faiblesses. Un bon divertissement.

J’ai lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune avec Gwendo, vous pouvez voir son avis ici.

Ce best-seller a aussi été adapté au cinéma :

Cinéma

J. Edgar, de Clint EASTWOOD

Drame, biopic américain de Clint Eatswood avec Leonardo Di Caprio, Naomi Watts, Armie Hammer.

          L’histoire de J. Edgar Hoover, fondateur du FBI et directeur de la célèbre institution pendant près d’un demi-siècle. Un homme aussi puissant qu’énigmatique et controversé. Le film retrace plus de soixante ans de la vie de Hoover, du début de sa carrière à la fin des années 20 jusqu’à sa mort en 1972. Un parcours fascinant.

          Ce film avait tout pour plaire : un grand réalisateur, un acteur principal surdoué et un sujet en or massif. Malheureusement, la mayonnaise de prend pas. Leonardo DiCaprio tient le film a lui tout seul. Il est plus ou moins seul à l’écran durant plus de 2h. Face à lui les autres semblent faire de la figuration. Une performance d’acteur remarquable mais la belle gueule de DiCaprio ne saurait suffire à nous tenir en haleine aussi longtemps. Et malgré une très bonne prestation, j’ai eu beaucoup de mal à voir le personnage derrière l’acteur. Aussi étrange que ça puisse paraître, j’ai trouvé cet Hoover là trop charismatique pour être vrai. En même temps, je ne suis pas une spécialiste de la question. Le doute persiste donc.

Ensuite j’ai trouvé que tout était trop axé sur J. Edgar. Certes, il est le sujet du film mais certains faits cruciaux sont survolés à une vitesse surprenante. Pour ne vous citer qu’un exemple : la mort de Kennedy, 2 minutes montre en main. Et encore, je ne sais pas si je ne vois pas large. C’est un peu déroutant de voir les grands évènements du XX° siècles traités comme des détails. Question de point de vue peut-être mais tout de même, l’assassinat du président devait toucher le directeur du FBI d’assez près, ça aurait dû le tourmenter au moins quelques minutes. Gros moins sur l’aspect historique donc, ne comptez pas top vous cultiver avec ce film qui fait plutôt dans le culte de la personnalité.

          Bien sûr, Clint Eastwood n’est quand même pas le premier venu, il y a donc un certain nombre de points positifs. Les jeux de lumière pour commencer sont très réussis. Un univers sombre, un peu passé, qui n’est pas sans rappeler les vieux films de gangsters. D’ailleurs on peut noter pas mal de références à des grands noms du cinéma. Les scènes d’arrestations sont autant de clins d’oeil (d’yeux ?) à des chefs d’oeuvres du 7° art. La mise en scène est propre et efficace, on passe sans cesse de la jeunesse à la vieillesse d’Hoover (va et viens incessant qui m’a parfois fatiguée d’ailleurs) avec une grande fluidité et des procédés variés.

          On pourrait aussi parler des costumes, très soignés. Du maquillage incroyable des acteurs pour leur faire prendre 40 ans. Techniquement tout est parfait. Trop peut-être. Si ce film est très esthétique, il est un peu lisse. On lui a reproché de trop se pencher sur la possible homosexualité du personnage. Cela ne m’a gênée qu’à la fin où on assiste à une scène ridicule avec des orgues et des chants angéliques. On s’en serait passé, fort heureusement, c’est de courte durée. Un film propret qui ne convainc pas vraiment. Bien, mais sans plus. On a connu Clint plus en forme.

Cinéma

127 heures, de Danny BOYLE

             Biopic, aventure, drame américano-britannique de Danny Boyle avec James Franco.

         Un jeune ingénieur passionné de randonné par seul à la découverte des canyons. Un se fait piéger par un rocher qui tombe à son passage : son bras se retrouve coincer entre l’énorme masse de pierre et la paroi. Il lui faudra 127 heures pour arriver à se dégager en s’amputant lui-même du bras.

          J’avais voulu voir ce film à sa sortie mais l’avait finalement raté (trop d’autres films à voir, un sujet un peu particulier quand même, pas assez de temps et autres raisons habituelles). Il passe en ce moment sur Canal + mais je tombe toujours en cours et mon envie de voir quelqu’un se couper lui-même le bras avant de dormir est limitée. Je fais déjà assez de cauchemars au naturel. Mais hier matin tout était différent. Je suis tombée dessus pile au début, j’avais le temps et j’étais suffisamment détendue pour supporter (presque) toutes les horreurs. Je me suis donc lancée dans la grande aventure du visionnage de ce film qui a marqué tant d’esprits.

          Ce film est inspiré d’une histoire vraie. Un jeune américain a bien passé plus de 5 jours coincé dans un canyon, sans avoir dit à personne où il allait et sans pouvoir prévenir les secours. Il s’en est sorti en se coupant le bras avec son couteau suisse. Une histoire forte donc et assez impressionnante (notons par ailleurs qu’Aron Ralston continue ses excursions malgré son bras manquant). On pouvait pourtant craindre le pire avec un acteur seul face à la caméra, sans pouvoir bouger, pendant toute la durée du film. Une situation insoutenable qui pourrait rendre le film d’un ennui mortel.

          Je ne sais par quel miracle, il n’en est rien. Ce film est plein de trouvailles. L’acteur est excellent : il tient le film à lui tout seul. Une interprétation magistrale qui est pour beaucoup dans la qualité du film. Mais le jeu d’acteur n’est pas le seul point fort de ce film. Il y a de nombreuses trouvailles cinématographiques. Les plans sont très variés, les angles choisis pour filmer parfois très surprenants. Cette inventivité nous tient en haleine et rend ce film aussi surprenant que réussi. Et bien sûr, on ne peut que s’extasier devant le mélange d’inconscience et de courage dont fait preuve le héros.

          Il y a tout ce qu’il faut dans ce film. On s’inquiète, on frissonne (de dégoût, se couper le bras, beurk !), on espère, on ne peut s’empêche de sourire parfois et on en ressort franchement admiratif. Une réalisation admirable et ingénieuse, un acteur qui crève l’écran, une histoire invraisemblable : une combinaison gagnante. Bien sûr, on ne peut nier que ce film est un peu particulier. Il mérite toutefois le détour. Une très belle surprise.