Cinéma

Deux déceptions ciné

          Avec des lustres de retard (plusieurs mois donc…) je vous parle rapidement de deux déceptions ciné. Ces films n’ont absolument aucun rapport et donc pas grand chose à faire dans le même article sinon que dans des styles que tout oppose, ils m’ont fait atteindre sensiblement le même niveau d’ennui. Exploit notable.

Eté 93

          Suite à la mort de ses parents, Frida, 6 ans, quitte Barcelone et part vivre à la campagne chez son oncle et sa tante et leur petite fille de 3 ans. Le temps d’un été, l’été 93, Frida apprendra à accepter son chagrin, et ses parents adoptifs apprendront à l’aimer comme leur propre fille.

Ete93, afficheOn m’avait dit le plus grand bien de ce film et sur le papier c’était plutôt prometteur. Bon, franchement, je n’ai pas grand chose à en dire sinon que c’est mon pire moment d’ennui au cinéma depuis fort longtemps. Du début à la fin, un vrai supplice. J’ai trouvé ça par moment moyennement crédible en prime. Les personnages sont tous plus agaçants les uns que les autres. Y compris la petite orpheline, j’étais au niveau zéro de l’empathie sur ce coup. La seule qui est trop choupinette c’est la plus petite des gamines mais la pauvre elle est totalement en retrait dans l’histoire. Bref, bref. J’ai trouvé que ce film n’avait à peu près aucun intérêt, ni pour le scénario, ni pour la mise en scène, ni pour le jeu d’acteurs. Rien à sauver. Je ne sais même pas si c’est mauvais, je m’ennuyais trop pour pouvoir juger.

Kingsman le cercle d’or

          Alors qu’une bombe s’abat et détruit leur quartier général, les agents de Kingsman font la découverte d’une puissante organisation alliée fondée il y a bien longtemps aux Etats-Unis. Face à cet ultime danger, les deux services d’élite n’auront d’autre choix que de réunir leurs forces pour sauver le monde des griffes d’un impitoyable ennemi, qui ne reculera devant rien dans sa quête destructrice.

Kingsman, afficheVous vous souvenez peut-être de mon enthousiasme débordant après avoir vu le premier Kingsman (pour les autres, ma critique est par là). J’avais adoré, tellement jouissif. J’étais donc surexcitée à l’idée de découvrir la suite, d’autant plus que j’en avais entendu dire le plus grand bien. Déception totale. J’ai trouvé ça très mauvais, tiré par les cheveux, lourd et absolument pas drôle. Prévisible et de mauvais goût aussi. Pourquoi ce qui fonctionnait si bien dans le premier (tout aussi délirant par moments) m’a ici laissée de marbre ? Mystère. Mais j’ai trouvé que la magie n’opérait pas, mais alors Pas. Du. Tout. Foirage total. Je me suis demandé si je ne penserais pas la même chose du premier si je le revoyais, avant de me rappeler que je l’avais justement revu un mois avant et trouvé toujours aussi dingue (dans le bon sens cette fois). Donc non, c’est juste ce second volet le problème. Trop de trop tout le temps, la surenchère permanente tue totalement le film qui perd à peu près toute cohérence. Totalement raté.

Mes lectures

Le guide du mauvais père

          Oublier le passage de la petite souris, traumatiser sa fille avec une terrifiante histoire d’arbre qui pousse dans l’estomac, dénicher des conseils peu avisés pour encourager fiston à taper plus fort sur le punching bag… Guy Delisle, un mauvais père ? Non, un auteur de bande dessinée qui sait puiser l’imagination là où elle se trouve, avec un sens aigu de l’observation et une bonne dose d’autodérision.

Couverture du Guide du mauvais père T1

          De Guy Delisle j’avais adoré Pyongyang (l’article qui me vaut une véritable inondation de ma boîtes de spams). Son humour avait fait mouche et j’avais bien envie de voir ce qu’il avait fait d’autre. Sheng-Zen m’a moins convaincue mais j’avais toujours autant envie de continuer ma découverte de ses BD. Quand j’ai voulu faire un cadeau à des amis sur le point d’adopté, la libraire m’a conseillé « Le guide du mauvais père ». Bon, certes, c’était très éloigné de ce que je cherchais mais bon, je trouvais ça plutôt drôle alors… Alors j’ai pris les 2 premiers tomes (il semblerait qu’il y en ait 3 mais j’ai fait avec qu’il y avait en rayon). Et comme ils sont gentils, ils m’ont même laissé les lire, ce qui me donne l’occasion de vous en parler.

Le guide du mauvais père

          Je dois avouer que ces deux premiers tomes m’ont souvent fait sourire. Même si au fond ce n’est pas si horrible que ça. Ca sent même terriblement le vécu ! La plupart des histoires sont décalées et certaines sont vraiment drôles. J’ai bien peur que beaucoup de parents ne se soient déjà retrouvés dans certaines des situations décrites par l’auteur que ce soit l’oubli du passage de la petite souris ou s’emballer totalement et raconter des choses horribles à ses enfants sans s’en rendre compte, créant un vent de panique. Ma préférée est le père qui oublie de faire faire les devoirs à son fils pour jouer aux jeux vidéo. De petites scènes du quotidien où beaucoup pourraient bien se retrouver. Bref, ce petit livre sans prétention est agréable à lire et devrait décomplexer bien des parents.

Mes lectures

Réveiller les lions d’Ayelet Gundar-Goshen

          Le Dr Ethan Green est un homme bien. Il sauve des vies. Il aime sa femme. Il adore ses deux petits garçons. Le Dr Ethan Green a de la chance : il est né du bon côté. Cette nuit-là, pourtant, le neurochirurgien prend la fuite après avoir percuté un homme sur une route, dans le désert. Le lendemain, la femme de cet homme se présente à la villa du médecin : elle a tout vu. Sirkitt, qui partage une caravane avec d’autres clandestins soudanais ou érythréens, découvre un monde de confort. Cependant, ce qu’elle exige d’Ethan en échange de son silence ne se quantifie pas en argent… Alors que l’enquête sur le chauffard est confiée à son épouse, inspectrice de police, Ethan Green s’engouffre dans la mécanique de la double vie, sur fond de trafics, de violences – et de désirs inavouables.

Réveiller les lions

          Voici un des romans de la rentrée littéraire que j’attendais avec le plus d’impatience (même si je n’arrive décidément pas à retenir le nom de l’auteur). L’année dernière, Une nuit Markovich – son premier roman – avait été mon énorme coup de cœur de la rentrée : drôle, incisif, intelligent, ç’avait été ma lecture la plus enthousiasmante depuis longtemps. J’avais donc hâte de découvrir ce qu’elle avait écrit ensuite et de voir si l’essai allait être transformé. Je n’ai donc même pas pris la peine de lire la quatrième de couverture, j’y allais en toute confiance. Honnêtement les premières pages ont été une surprise. Ce n’est pas du tout le même genre… Rien de drôle ici et le personnage principal est un médecin qui ne m’a au premier abord pas été franchement sympathique. Au second non plus d’ailleurs. Je dois avouer avoir été assez déçue par cet univers beaucoup moins engageant.

          J’ai toutefois continué ma lecture malgré un enthousiasme sérieusement refroidi par ces premières pages certes toujours bien écrites mais autrement moins survoltées que dans le premier roman de l’auteur. Toutefois, peu à peu je suis rentrée dans l’histoire et il y a dans ce texte des choses intéressantes sur des sujets de société avec notamment en toile de fond le racisme envers les migrants. Les rapports de couples également sont abordés sous un angle plutôt inhabituel, même si en l’occurrence j’ai trouvé que ça manquait peut-être un peu de profondeur. L’histoire est sombre et prenante. Malgré quelques doutes parfois quant à sa crédibilité (ce qui au final importe assez peu tant que le récit est bien construit) je me suis vraiment laissée prendre par le récit.

          Si l’enchaînement des évènements peut sembler parfois improbable – même si certaines choses s’expliquent peut-être également par la différence de culture – il pose toujours des questions intéressantes. Dans l’ensemble, c’est assez fin psychologiquement et montre bien entre autres les mécanismes de protection que l’on met en place pour s’arranger avec sa conscience. Sur le rapport aux autres et à soi-même, le livre tombe souvent juste, même si parfois j’aurais aimé sentir une plus forte connivence avec le personnage, me sentir moins spectatrice. Je craignais un peu la fin, ne voyant pas bien comment l’auteur allait tirer son personnage de ce mauvais pas, mais c’est au final une réussite. Si ce roman n’a pas été le coup de cœur escompté et a quelques petits défauts, il n’en demeure pas moins bien écrit et intéressant à bien des égards. Une lecture agréable même si je ne saurais que trop vous recommander de commencer plutôt par le premier roman de l’auteur.

Ayelet Gundar-Goshen

Émigrer, c’est passer d’un endroit à un autre, avec, attaché à ta cheville comme un boulet d’acier, le lieu que tu as quitté. Voilà pourquoi il est si difficile d’émigrer: marcher à travers le monde en ayant les pieds entravés par un pays tout entier, c’est quelque chose qu’il faut être capable de supporter.

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Comme elle est belle, la terre, quand elle tourne rond. Comme c’est agréable de tourner avec elle dans le bon sens et d’oublier qu’un jour il y a eu un écart. D’oublier qu’un écart est toujours de l’ordre du possible.

Mes lectures

La maison des Turner d’Angela Fournoy

          Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

          Rentrée littéraire encore et toujours. J’avais entendu dire le plus grand bien de La maison des Turner. Émouvant, tout ça tout ça. Le nom me tentait bien (même si ça n’a absolument aucun rapport avec le peintre, impossible de ne pas y penser). J’étais confiante. Vous remarquerez que malgré mes airs bourrus je suis souvent confiante. Et je suis souvent déçue. La vie est cruelle. Admettons-le, je n’ai pas du tout accroché avec le début de ce roman. Les histoire de famille nombreuse de fantôme, franchement, pfff, voilà quoi. Surtout les fantômes. Désolée, je ne suis pas toujours très ouverte, je l’admets, mais là, ça ne passait pas. Impossible de m’y intéresser.

Angela Fournoy roman

          J’ai quand même continué. J’en avais entendu dire du bien, je voulais quand même savoir pourquoi (serais-je finalement sensible à la pression sociale ?!). Et franchement, je me suis ennuyée ferme. Toujours impossible de m’intéresser au fantôme, la famille ne m’a pas passionnée plus que ça, non, vraiment, l’ennui. Le vrai. J’ai hésité à abandonner. Ce n’était même pas mal écrit, même pas mauvais, juste terriblement chiant. Je m’étais fixée d’arriver à la moitié, comme une sorte de défit lancé à moi-même. Et puis, vers la moitié justement, ça a commencé à m’intéresser. Vaguement plus du moins. Suffisamment pour avoir envie de continuer. Il était temps !

          Bon, certes, il faut beaucoup, beaucoup, beeaaaauuuucoup de temps pour rentrer dans cette histoire. Beaucoup trop même. Mais au final, on s’y fait, on rentre dans le rythme, on se familiarise avec ses nombreux personnages, on apprend à les connaître, à les apprivoiser. Et au final, ce n’est pas si mal. C’est même plutôt bien. Mais quelle lenteur ! Franchement je me demande encore par quel miracle j’ai bien pu avoir la patience d’en venir à bout. Pourtant les liens entre les personnages se tissent peu à peu, on finit par reconstituer leur histoire et c’est assez intéressant. Dommage que ça prenne autant de temps mais ce n’est finalement pas illogique avec autant de personnages.

          Au final, j’ai bien aimé ce roman familial mais ce n’aura pas été facile ! Ca met du temps à démarrer et surtout au début (enfin durant la première moitié même) j’ai eu du mal à saisir les différences de caractère entre les personnages, pas assez marquées pour qu’on s’attache à l’un ou l’autre, en dehors de celui qui voit le fantôme mais m’était assez antipathique. Cette histoire est inspirée de celle de la famille de l’auteur et ça se sent au fil des pages dans la tendresse qu’elle éprouve envers ses personnages et qu’on finit par ressentir. J’ai particulièrement apprécié les passages sur l’histoire des parents, qui sont pour moi les plus touchants. Malgré une incroyable lenteur et une histoire pas tellement palpitante, on finit par s’attacher à cette famille hors normes et à prendre un certain plaisir à la lecture de ce roman.

La maison des Turner

Les maisons sont plus hantées par des humains que par des fantômes. Les hommes et les femmes accordent de la valeur à la brique et au mortier, associent leur identité aux remboursements effectués à temps.

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Une ville a sa propre temporalité et sa propre cruauté. Il y avait de la cruauté à la campagne aussi, mais elle était franche. Pas voilée derrière des promesses de progrès, ni subtile dans ses manifestations.

Mes lectures

Le jour d’avant de Sorj Chalandon

          « Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes. 

Couverture du roman Le jour d'avant

          Je n’avais rien lu de Sorj Chalandon, bien que j’aie beaucoup entendu parler de lui, à la sortie du Quatrième mur notamment, qui avait eu le prix Goncourt des lycéens. C’est donc un auteur que je voulais découvrir depuis un petit moment. La sortie de son dernier roman pour cette rentrée littéraire en aura été l’occasion. Je suis passée par plusieurs phases dans l’appréciation de ce roman. Dans un premier temps, j’ai trouvé ça très bien écrit mais peut-être un peu trop classique à mon goût (tant dans le style que dans la trame). Ensuite, je suis peu à peu rentrée dans l’histoire. Est ensuite venue une phase où je me suis dit que l’auteur allait trop loin et que ça virait au n’importe quoi. Enfin, j’ai été impressionnée par sa maîtrise et la profondeur psychologique de ce roman. On final, j’ai aimé, beaucoup même !

          Le style est comme je vous le disais assez classique, sans tomber dans la lourdeur, sans doute moins simple qu’il n’y paraît, maîtrisé. On sent que l’auteur n’en est pas à son coup d’essai. L’histoire peut sembler au premier abord déjà vue, même si elle nous réserve quelques surprises. J’ai beaucoup aimé son fond historique, la manière dont elle nous immerge dans un terroir, une culture, un état d’esprit. J’ai trouvé que c’était un des aspects les plus réussis de ce roman. Enfin, la psychologie du personnage principal s’avère peu à peu plus fouillée que ce qu’on aurait pu croire au premier abord. Sous les apparences, les choses sont plus complexes, ambiguës, pas aussi simples à appréhender qu’on aurait pu le croire.

          Je dois avouer avoir été assez impressionnée par ce texte. Premièrement, il semble très bien documenté, on sent le passé de journaliste de l’auteur (enfin il l’est toujours à vrai dire, il a simplement quitté Libération pour Le Canard Enchaîné). Je suis toujours assez fascinée par les textes sur la mine. Celui-ci est un peu différent, dans la mesure ou le narrateur est à l’extérieur, mais cette atmosphère d’attente est très bien rendue et j’ai trouvé ça intéressant. Vers le milieu du récit, un basculement s’opère qui m’a fait craindre le pire. Je trouvais que ça allait trop loin, que c’était un peu n’importe quoi et je ne voyais pas comment l’auteur allait pouvoir poursuivre sans s’enliser. J’ai même hésité à arrêter ma lecture. Et puis contre toute attente, ça devient plus prenant encore, moins lisse. Ca prend aux tripes, ça m’a même fait verser une petite larme, c’est dire ! J’ai trouvé ce roman magistral, un très beau texte qui m’a permis de commencer cette rentrée littéraire en beauté.

Portrait de Sorj Chalandon

Sur son salaire de décembre 1974, les Houillères avaient enlevé trois jours à mon homme.
– Trois jours ! Et vous savez pourquoi? Parce qu’il est mort au fond le 27. Voilà pourquoi. « Absence non garantie », c’est écrit là ! Pas justifiée, ça veut dire. Il lui a manqué trois jours pour finir le mois. Il était mort, merde ! C’est pas justifié ça ?