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Pas pleurer, un joli texte de Lydie Salvayre

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          Lydie Salvayre raconte la Guerre d’Espagne à travers la voix de sa mère, Montse, alors adolescente et qui l’a vécue comme une libération. S’y mêle la voix révoltée, elle, de Bernanos, témoin et dénonciateur des pires atrocités. Deux visions opposées d’un même événement qui résonnent étrangement avec le présent.

Pas pleurer

          De Lydie Salvayre, je n’avais lu que BW, très récemment, et que j’avais beaucoup aimé. Il m’avait donné l’envie de lire autre chose d’elle et quand j’ai vu qu’elle publiait un nouveau livre en cette rentrée littéraire, sur un sujet aussi fort qui plus est, je n’ai pas pu résister à la tentation de le lire. J’ai retrouvé avec bonheur le même style enlevé que dans BW, la même énergie. Une écriture plus complexe qu’il n’y paraît et extrêmement maîtrisée, un vrai régal ! Ici, l’auteur donne la parole à sa mère, qui a grandit en Espagne, et retranscrit ses paroles en y laissant les fautes de français et les mélanges entre les deux langues pour un résultat très vivant et plus vrai que nature.

          Quant à l’histoire, elle est bien sûr passionnante. Le sujet choisi est très fort et la manière de le traiter pour le moins originale. Je dois admettre que j’ai quelques lacunes en histoire (à mon grand désespoir) et que je suis loin de connaître les détails de la Guerre d’Espagne. Les quelques livres que j’ai lus sur le sujet étaient toujours assez arides – trop parfois – et j’ai été étonnée par le ton de celui-ci tout comme par son point de vue particulier. Le fait de faire parler sa mère, avec son point de vue singulier et ses imprécisions, rend le récit à la fois accessible et touchant, ça le rapproche de nous. Le fait d’y mêler la voix de Bernanos permet de rétablir dans le même temps une autre vérité historique, celle des exécutions et de l’horreur. Un très joli texte, léger, tendre, émouvant.

salvayre

Il faut que tu comprends qu’à cette époque-là, les racontages remplacent la télévision et que les villageois, dans leur appétit romantique de disgrâces, et de drames, y trouvent matière à rêves et à inflammations.

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Ma mère est une mauvaise pauvre. Une mauvaise pauvre est une pauvre qui ouvre sa gueule.

La mémoire des vaincus, Michel RAGON

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          Fred Barthélémy est un petit vagabond qui survit comme il peut aux Halles. Il y rencontre Flora, une petite fille qui sent le poisson. Les deux adolescents ne se lâcheront plus et vont être recueillis à Belleville par des adultes étranges, liés à une certaine bande à Bonno… La 1° Guerre Mondiale arrive et Fred sera en âge de se battre avant qu’elle ne finisse. Pourtant, il ne connaîtra pas longtemps les tranchées et sera envoyé en Russie pour rendre compte de la Révolution. De nombreuses aventures l’y attendent…

          Une vie incroyable, absolument palpitante, qui ne pouvait que faire un bon livre. C’est l’histoire de l’anarchisme en Europe au XX° siècle que retrace ce livre à travers la vie d’Alfred Barthélémy. On entraperçoit la bande à Bono, on vit de l’intérieur le règne de Staline, on suit de près la guerre d’Espagne et on côtoie les grands noms du XX° siècle. Alfred Barthélémy, dont je n’avais jamais entendu parler, a connu les plus grand. Une vie incroyablement riche, qu’il a dévoué à la politique et plus particulièrement aux idée anarchistes (même s’il s’est un moment rallié aux socialistes).

          Ce livre m’avait été conseillé par le libraire du Livre écarlate et il attendait sagement dans ma bibliothèque depuis des mois. Je me suis finalement décidée à l’ouvrir, avec quelques réticences, n’étant pas très à l’aise avec les romans historiques et autres biographies. Pourtant ce livre est particulièrement réussi. La vie du personnage est tellement incroyable qu’on se laisse totalement prendre dans ses aventures. Le contexte historique, pourtant riche, n’est pas trop pesant étant donné qu’on le découvre en même temps de que le personnage qu’on suit. Le style est fluide et si certains passages sont moins dynamiques, l’ensemble reste assez équilibré.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui nous fait traverser le siècle dernier. Malgré mes notions d’histoire relativement vagues, je n’ai pas eu de mal à suivre les évènements. J’ai apprécié le regard porté sur la révolution russe. Ni complaisant, ni diabolisant, il décortique les mécanismes de la radicalisation du pouvoir, ou comment on est passé d’un idéal de liberté à un régime totalitaire. Un livre passionnant qui m’a donné envie de découvrir d’autres auteurs de cette période, notamment Victor Serge (qui dormait également dans ma bibliothèque depuis un moment) et Maxime Gorki, que vous retrouverez bientôt ici même. Un de ses ouvrages trop rares qui non seulement nous cultivent et nous passionnent mais nous ouvrent aussi des horizons nouveaux.