Bars, restaurants

Le Procope

           En ce dimanche, c’est une véritable institution parisienne que je vous présente. Le Procope est le plus ancien café de Paris. A son ouverture en 1686, c’était un débit de café situé face à la Comédie Française, position qui attira vite tout ce que Paris comptait de beaux esprits. Il est ainsi devenu le premier café littéraire au monde. Quant au plus vieux restaurant parisien, il s’agit d’A la Petite Chaise, ouvert en 1680, dans le 6° également. Le Procope a donc vu défiler des générations d’intellectuels parisiens et de personnalités du monde entier. L’ont fréquenté Voltaire et Diderot, Bonaparte et Benjamin Franklin, Danton et Marat. Et bien d’autres évidemment ! Aujourd’hui encore, il est le repère de bien des auteurs.

          La décoration nous renvoie dès la porte passée à un autre temps. Les salons sont à la mode du XVIII° siècle et les pièces sont ornées de livres et d’objets d’époque, dont un bicorne de Napoléon ayant servi à payer ses dettes. La cuisine est à la fois traditionnelle et raffinée (si si, c’est possible) et on trouve à la carte des plats qu’on ne voit plus ailleurs : pâté en croûte maison, coq au vin, tête de veau… Sans oublier les incontournables tartares de saumon ou de boeuf, la truite meunière et les célèbres profiteroles. Une cuisine pour le moins généreuse qui ne vous laissera pas ressortir avec la faim au ventre…

          Les prix sont plutôt abordables étant donné le quartier et la réputation de la maison. Il y a un menu à un peu plus de 20€ entrée+plat ou plat+dessert ou à 35€ entrée, plat, dessert. La maison fait aussi salon de thé l’après-midi. L’arrière du restaurant donne sur un vieux passage pavé au charme fou qui nous renvoie directement au temps des voitures à cheval. Le petit plus ? Le restaurant est ouvert jusqu’à minuit. Une très bonne adresse.

Le Procope

13, rue de l’Ancienne Comédie

75006 Paris

http://www.procope.com/

Mes lectures

Muraqqa’, I : Vêtue par le ciel, d’Ana MIRALLES et Emilio RUIZ

          Priti est une jeune artiste de 20 ans. Ces dessins sont si beaux qu’on en a entendu parler jusque dans l’entourage de l’empereur. Et c’est elle que la reine a choisi pour réaliser le Muraqqa’ de l’empereur, un livre composé de peintures représentant la vie quotidienne des femmes du harem. La jeune fille prend donc le chemin du palais du roi moghol pour y découvrir un univers bien éloigné du sien.

           Cette BD m’a déroutée. Elle se passe en Inde, au coeur d’un harem. Un milieu qu’on connaît relativement peu. Je n’avais je crois jamais entendu parler de cette période en Inde. J’ai donc appris pas mal de choses (en gros, que ça se passait en Inde comme dans le reste de l’Orient, ce qui aurait peut-être pu m’effleurer si je m’étais posé la question). Les illustrations sont plutôt réussies. L’histoire dans l’ensemble est intéressante, mettent en avant la vie des femmes dans ces harems. Beaucoup de mots hindous sont employés et expliqués. En début d’ouvrage, une distinction est aussi faire entre personnages historiques et de fiction, ce que est fort appréciable. Les traditions des différentes communautés sont également évoquées. Côté culturel, c’est donc très positif.

          Ce que j’ai moins aimé, c’est la narration à la première personne, qui m’a un peu agacée et m’a par moment parue artificielle (l’histoire est relatée par le personnage et pourtant on a souvent l’impression d’un point de vue externe, ce qui crée un décalage assez désagréable). Le personnage m’est moyennement sympathique, le côté jeune fille naïve, pure et fière est un peu lisse à mon goût (en plus d’être un peu éculé). Dans l’ensemble, on peut noter un certain manque d’action. On veut de la trahison, du complot ! Là, ça ronronne tranquillement, décevant. On peut espérer que ce ne soit que le temps de planter le décor et que ça s’arrange ensuite, en tout cas, il y a du potentiel. Au final, une lecture en demi-teinte, un sérieux manque de dynamisme mais une base solide et des illustrations réussies qui peuvent donner de beaux résultats. Je pense que je lirai la suite.

Cinéma

Même la pluie, d’Iciar BOLLAIN

          Drame historique franco-hispano-mexicain de Iciar Bollain avec Gael Garcia Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri.

          Sebastian, jeune réalisateur passionné et son équipe arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. 

          Un film qui me tentait beaucoup et que j’avais bêtement raté au moment de sa sortie. Fort heureusement, Canal + m’a permis de réparer cette grave erreur ! J’attendais beaucoup de ce film dont on m’avait beaucoup parlé. J’aime généralement assez le cinéma sud-américain, surtout quand il est engagé (ce qui est assez souvent le cas). Je trouvais de plus l’idée de la mise en abîme très intéressante. Et puis il y a Gael Garcia Bernal. Qui dit mieux ?

          Avec pareil point de départ, difficile de ne pas ressortir déçu, et pourtant, c’est un pari réussi. Ce film est impressionnant. Le parallèle entre les indiens du temps de Colomb et le traitement qu’on leur inflige aujourd’hui, s’il demeure subtil, est particulièrement éloquent. On n’est pas dans une bête opposition gentils/méchants, courageux/couards, etc, etc. S’il y a forcément un peu de ça, parce que tout de même il y en a qui sont plus responsables que d’autres dans les atrocités commises, les personnages sont contrastés. Là encore, c’est valable tant pour les personnages que pour ce qu’on entraperçoit  à travers le film des hommes qui ont fait l’Histoire.

           Un film intelligent et bien mené. L’histoire, assez complexe, est efficace. Les acteurs sont très bons. Mais on savait déjà que Gael Garcia Bernal frôlait la perfection, je ne vous apprend donc rien. Je n’ai pas grand chose à redire à ce film. Sur la fin, c’est sans doute un peu tiré par les cheveux. Il y a une scène où on se croirait presque dans un film de zombis où le héros reste seul dans une ville dévastée. Cette fin pourrait être dommageable. Après tant de saloperies dites ou faites pour l’amour de l’art, se découvrir une conscience sur la fin est une concession aux normes hollywoodiennes dont le réalisateur aurait peut-être pu se passer. Cela dit, on lui pardonne parce que 1) il reste assez de protagonistes lâches et sans pitié pour que l’équilibre du monde soit préservé, 2) on a beau dire, au fond, on aime bien quand même les « belles » histoires quand elles sont bien racontées.

          J’ai beaucoup aimé ce film. Assez inhabituel dans la manière dont il est construit, avec une mise en abîme habilement réalisée. Il aborde la question épineuse du massacre des indiens assez intelligemment, tentant de présenter le sujet dans toute sa complexité. Le parallèle fait avec la manière dont sont actuellement traités les indiens est également intéressant. On peut peut-être toutefois regretter qu’il ne soit pas un peu plus appuyé et que le réalisateur ne prenne pas une position plus marquée. Cela dit, malgré mon amour pour les films engagés, cela aurait vite pu sombrer dans la caricature. Arrêtons donc de chipoter et concluons en disant que ce film a tout pour lui. Un grand moment de cinéma.

Cinéma

A dangerous method, de David CRONENBERG

          Drame britannique-allemand-canadien-suisse de David Cronenberg avec Keira Knightley, Michael Fassbender, Viggo Mortensen.

          L’histoire de la rencontre des pères fondateurs de la psychanalyse, Freud et Jung. Le jeune Docteur Jung a entendu parler des travaux de son aîné qui l’intéressent fort. Lorsqu’il rencontre Sabina Spielrein, une jeune patiente russe sujette à l’hystérie, il décide de tester sur elle ce traitement révolutionnaire : guérir par la parole. Il va à cette occasion rencontrer l’illustre professeur Freud avec qui il échangera durant de longues années. Quant à la patiente, elle exerce sur lui une fascination toujours plus forte…

          Le point fort de ce film tient sans aucun doute à son casting irréprochable. Keira Knightley dans le rôle de la patiente est époustouflante. Les deux rôles masculins sont sans surprise très bien campés également. C’est une grande joie de retrouver ici ces deux acteurs talentueux. Le scénario, qui se base sur l’histoire vraie des 2 psychanalystes, tient la route. Le tout est bien filmé et impeccablement réalisé. C’est beau, c’est propre, il n’y a rien à y redire.

          Un très bon film. Il manque peut-être un peu de passion par moments. Il évite toutefois l’écueil de la romance ou au contraire du traité psychanalytique. Ce point de vue extérieur, sans doute un peu froid, est toutefois une manière assez efficace de traiter l’histoire bien qu’on puisse peut-être reprocher au film un certain manque de profondeur. Ceci dit, on aimerait que tous les films soient de cette qualité. A classer parmi les films à voir en cette rentrée.

Cinéma

La dame de fer, de Phyllida LLOYD

          Biopic, drame historique franco-britannique de Phyllida Lloyd avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Susan Brown.

          L’histoire de Margaret Thatcher, pendant 11 ans première (et unique à ce jour) femme Premier ministre au Royaume-Uni. Conservatrice, elle a dirigé le pays d’une main de fer. Elle est aujourd’hui une vieille femme qui sombre dans la démence. Un parcours hors du commun sur lequel ce film revient, entre passé et présent. 

          On a beaucoup parlé de ce film pour l’interprétation de Meryl Streep, stupéfiante. Honnêtement, je n’ai pas grand chose à ajouter. Ce film pourrait s’inscrire dans la lignée du Discours d’un roi, autre film sur un personnage politique anglais du XX° siècle. Ayant vu ce dernier et l’ayant particulièrement aimé, j’ai été un peu déçue par La dame de fer dans lequel on ne retrouve pas trop ces touches d’humour (quoiqu’une scène où elle s’entraîne à discourir ne soit pas sans un air de déjà vu). Le rythme reste un peu plat.

          Tout est impeccable dans ce film. C’est bien filmé, les costumes et décors sont réussis, les acteurs sont bons, Meryl Streep est éblouissante. Si j’ai plutôt aimé je n’ai pas non plus été particulièrement emballée (peut-être ma fatigue y est-elle aussi pour beaucoup). J’ai trouvé qu’il manquait un petit quelque chose pour que ce film décolle vraiment. Je ne connaissais pas trop l’histoire de Margaret Thatcher et j’ai été heureuse de la découvrir. Mais si tout est impeccablement réalisé, c’est peut-être un peu trop lisse à mon goût. Si je n’ai rien de particulier à reprocher à ce film impeccable, je ne pense pas qu’il me laissera un souvenir impérissable. A voir pour la performance d’actrice de Meryl Streep.