Cinéma

Et maintenant on va où ?, de Nadine LABAKI

          Comédie dramatique française de Nadine Labaki avec Nadine Labaki, Claude Msawbaa, Leyla Fouad.

     Dans un petit village tranquille, la guerre entre chrétiens et musulmans qui ravage le pays va gagner les habitants et menacer l’équilibre fragile qui s’était établi. Les femmes du village vont prendre les choses en main afin d’éviter que le pire n’arrive.

          J’avais entendu dire le plus grand bien de ce film, la bande-annonce était prometteuse et j’avais bien aimé le précédent film de la réalisatrice, Caramel. Je partais donc enthousiaste. J’ai vite été déçue (oui oui, encore, ce n’est pas l’année ciné pour moi…). Le film commence sur une belle image de femmes se rendant au cimetière. Ensuite c’est lent, très lent, très très lent à démarrer.

           Les deux premiers tiers du film sont interminables. Pas désagréables mais sans grand intérêt. Quelques scènes qui pourraient prêter à sourire mais qui m’ont laissée assez indifférente. Heureusement, à la fin, l’histoire connaît un sursaut. Elle gagne en profondeur et quelques scènes intéressantes font leur apparition, certaines drôles, d’autres émouvantes.

           Quelques bonnes choses donc. De bons acteurs, une idée de départ assez intéressante, et quelques scènes réussies. Malheureusement, l’ensemble ne m’a pas convaincue. Ca manque d’énergie et de et construction. Dommage.

Cinéma

The trip, de Michael WINTERBOTTOM

          Comédie britannique de Michael Winterbottom avec Steeve Coogan et Robb Brydon.

          Un quadragénaire, comédien raté, qui vient de se faire larguer par sa petite amie décide d’emmener un vieux copain faire le tour des restaurants romantiques du nord de l’Angleterre qu’il avait prévu avec elle. L’occasion pour eux de faire un point sur leur vie.

          Vu de loin, ça avait l’air d’une comédie anglaise prometteuse. J’y suis donc allée souriant par avance. J’ai vite déchanté… La critique sera rapide étant donné le vide face auquel je me suis retrouvée. Le film semble ne jamais démarrer. C’est long, c’est lent, c’est chiant. Les personnages se lancent dans de grands concours d’imitations, allant jusqu’à répéter, 20, 30, 50 fois la même phrase, avec des intonations plus crispantes les unes que les autres. Je ne sais pas ce qui fut le pire : les voir s’escrimer à essayer d’être drôles ou voir le public rire et me sentir terriblement seule dans cette salle noire et inhospitalière. Je n’ai pas réussi à tenir jusqu’à la fin, mes nerfs m’ont lâchée au bout d’une heure. Une vraie torture.

Mes lectures

Marc VILROUGE, Air conditionné

          Dans une maison d’édition, notre héros (nous ne connaissons pas son nom) reprend le poste de son compagnon, licencié en raison de sa dégradation physique due au sida. Une discrimination que ne supporte pas son ami qui va tout faire pour le venger…

          Le sida (oui, encore, mais bientôt j’arrête mon délire monomaniaque, je vous promets), la discrimination, la vengeance, rien de bien joyeux me direz-vous. Que nenni ! C’est frais, c’est enlevé, c’est drôle. Surtout, surtout, c’est d’un cynisme délicieux. Adeptes de l’humour grinçant, vous allez être servis !

          J’ai aimé le style alerte et efficace. Le narrateur travaille dans le milieu de l’édition qu’il décrit avec une impertinence qui m’a réjouie. Plutôt que de jouer sur le pathos, l’auteur a plutôt choisi de traiter le sujet avec humour. Une manière efficace de dénoncer la discrimination dont sont victimes bien des malades et de mettre en avant la douleur que cela représente tant pour le principal concerné que pour son entourage. Un véritable pamphlet contre la bêtise ambiante !

La disparition du courage intellectuel et l’assèchement de la capacité à penser sont nécessaires au bon équilibre de l’industrie culturelle.

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À l’heure des manipulations génétiques et du clonage, un éditeur doit aussi se livrer aux techniques de sélection du génome le plus conforme au modèle collectif, afin que le produit séduise le marché, à tout prix.

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Quelques mouches certes furètent çà et là et copulent en plein vol, mais elles sont si petites, si stupides, si insignifiantes. je n’en ai dénombré en tout et pour tout dans mon bureau que trois, dont une s’est d’ailleurs bouché la trompe en aspirant de la colle en bâton. Morte de faim la bouche pleine, c’est vraiment très con comme destin.

Cinéma

Tous les soleils, de Philippe CLAUDEL

          Comédie française de Philippe Claudel avec Stefano Accorsi, Clothilde Courau, Neri Marcoré.

          Alessandro est italien, il est professeur de musique baroque à l’université de Strasbourg. Veuf depuis des années, il vit avec sa fille de 15 ans et son frère, un anarchiste qui fuit l’Italie de Berlusconi. Entre sa vie de famille et sa bande de copains, il n’a jamais reconstruit sa vie amoureuse. Pourtant, il va rencontrer une femme qui va l’aider à faire son deuil.

          Un film intelligent, d’une rare bonne humeur. Une vraie bonne comédie à l’italienne. Les personnages sont savoureux, les dialogues enlevés, l’histoire touchante. La BO est à elle seule un concentré de bonne humeur. On se délecte des engueulades en italien. Ce papa poule lui-même plus gamin que sa propre fille est attachant. Les personnages sont très réussis, y compris les personnages secondaires (dont une factrice particulièrement drôle) et les acteurs excellents. 

          Le petit fond politique ne gâche bien sûr rien à l’affaire. Seul petit bémol, une dernière scène qui tombe un peu dans la facilité mais devant une partition aussi impeccable, on en oublie ce léger contretemps. Une très bon film. Les rapports humains y sont décrits avec une grande justesse. On rit beaucoup, on est un peu émus, aussi. Un véritable rayon de soleil. À voir absolument !

Mes lectures

Kararina MAZETTI, Le caveau de famille

          La suite du Mec de la tombe d’à côté. Elle c’est Désirée, elle est bibliothécaire et vit dans un appartement tout blanc en ville ; lui, c’est Benny, agriculteur, il vit dans une ferme aux papiers peints à fleurs et aux rideaux en dentelle. On les a laissés dans le précédent volume en bien mauvaise posture : pas facile de s’aimer quand on est si différents. Vont-ils finalement réussir à se retrouver ?

Attention, que ceux qui ne veulent pas connaître la suite de l’histoire arrêtent là leur lecture !

           J’avais aimé la fraîcheur du premier volume de cette histoire. Certes l’écriture n’était pas exceptionnelle, les personnages un brin caricaturaux, l’histoire assez convenue mais pourtant, on ne sait par quel miracle, l’ensemble fonctionnait plutôt bien. C’était énergique, c’était attachant, on s’y laissait prendre. J’avais particulièrement aimé la fin ouverte qui me faisait craindre la suite (eh oui, il faut savoir s’arrêter parfois).

           Mes craintes étaient fondées. Si ce livre n’est pas totalement nul, il est d’un intérêt très limité. On ne retrouve pas le dynamisme du premier ni son humour. Un critique littéraire suédois a dit « Le quotidien tue l’amour, la vie de famille l’enterre. » Très bon résumé. L’auteur en rajoute des tonnes. La petite Désirée, si indépendante, devient une espèce de vache à lait pendant que le gentil Benny retrouve ses instincts de mâle dominant. On sombre dans le cliché. Si ça se lit toujours bien, les évènement s’enchaînent au détriment de la crédibilité de l’histoire et de la profondeur psychologique des personnages (qui rejoint à peu près celle d’une huître). On s’ennuie un peu et la tournure que prend les choses laisse franchement perplexe. A éviter, mieux vaut rester sur la bonne impression laissée par le premier.

Mon père disait toujours que personne ne peut rester amoureux plus de trois mois, après il devient fou. Maman le regardait un peu de travers quand il parlait comme ça et alors il se dépêchait d’ajouter : « Et ensuite, eh bien ensuite on s’aime pour de vrai, si on a de la chance ! »

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Combien sont-elles, les femmes qui rêvent de vivre à la campagne parmi les vaches et les fleurs, avec un gentil mari et un petit bébé tout mignon, pensais-je parfois. J’avais une vie de rêve ! Seulement ce n’était pas mon rêve, c’était celui de quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui ne savait pas grand chose à la vie de la ferme.

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Il ne comprenait pas. Il ne voyait pas combien je travaillais dur, car « le boulot des femmes » au foyer devient visible uniquement quand il n’est pas fait.