Mes lectures

Moi, 20 ans, diplômée, motivée… Exploitée ! – Yatuu

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          Une jeune femme diplômée et super motivée rentre dans le monde du travail par un stage dans une agence de pub. Un salaire de misère, une considération inexistante et des horaires extensibles à l’infini seront à présent son quotidien. La réalité est parfois bien rude !

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          J’avais lu Génération mal-logée et j’avais trouvé cela un peu léger. Je pensais que l’univers des stagiaires me parlerait plus, étant donné que j’y ai moi-même passé un long moment, connaissant quelques déboires… Malheureusement, je ferai pour cette BD-ci sensiblement les mêmes réflexions que pour la première. Si l’idée de départ est bonne et que nombreux sont ceux qui se retrouveront dans les situations évoquées, elles restent très banales. Chaque stagiaire ou presque a connu ça un jour, voir bien pire ! Il m’a semblé à la lecture être face à un journal qui n’a pas vraiment été retravaillé pour le passage en livre (ou pas assez). Ca manque d’un peu de recul pour donner du relief à l’ensemble. Une BD qui se laisse lire mais ne marquera pas franchement les esprits.

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Mes lectures

Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie

          Sylvain Tesson est un aventurier qui a parcouru le monde. Et puis, il a décidé de s’arrêter, de cesser de vadrouiller pendant quelques mois. Une confrontation au vide et au silence, loin de l’humanité. Pour sa retraite solitaire, il a choisi une cabane, sur les rives du lac Baïkal où il a passé six mois avec pour seule compagnie des livres, des cigares et de la vodka. 

          Le Grand Nord m’a toujours fascinée. Une cabane surchauffée, au milieu d’une mer de glace, remplie de livres et où l’on peut boire du thé brûlant à longueur de journée s’approche assez de l’idée que je me fais du paradis. Je n’aime pas le froid mais j’ai toujours rêvé de me confronter à ces températures extrêmes. Parce qu’après avoir souffert dehors, après avoir cru qu’on allait perdre ses orteils en pêchant ou ses doigts en coupant bois, après avoir marché des heures dans la neige et le vent jusqu’à ne plus sentir ses joues, le plaisir de retrouver la chaleur du poêle doit être incomparable. Déjà ici en rentrant d’une bonne marche dans la neige par – 5 ou -10 °C, après avoir souffert et avoir eu l’impression de se congeler les poumons, retrouver un bon feu dans la cheminée et afin retirer ses chaussures gelées avant de se faire un thé à boire brûlant avec un bon livre ne doit pas être loin d’être le summum du bonheur. Par – 30 en pleine taïga ça doit être la même sensation en bien plus intense encore. A défaut de le vivre, Sylvain Tesson nous donne un petit goût de liberté par procuration.

         J’ai beaucoup aimé ce livre. Il m’a semblé avoir à peu près la même vision de la vie et la même conception du bonheur que l’auteur. Sauf que je ne franchirai sans doute jamais ce cap du départ vers l’inconnu, ce qui fait quand même une énorme différence, je vous l’accorde. Toujours est-il que je me suis assez retrouvée dans ce texte qui représente une forme d’idéal. Cette idée d’un bonheur simple est réconfortante. On retrouve dans la plume de Sylvain Tesson quelque chose des grands aventuriers. C’est assez proche de certains textes de London notamment (et on connaît mon amour inconditionnel pour London). J’ai aimé ce mélange d’aventure et de culture. Un équilibre rare, une grande bouffée d’air (très) frais. Un vrai coup de coeur, récompensé par le prix Médicis essai. A lire absolument.

J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste – l’espace, le silence et la solitude – était déjà là.
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Quand on se méfie de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide. L’erreur serait de choisir exclusivement de la lecture difficile en imaginant que la vie dans les bois vous maintient à un très haut degré de température spirituelle. Le temps est long quand on n’a que Hegel pour les après-midi de neige.
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Entre l’envie et le regret, il y a un point qui s’appelle le présent. Il faudrait s’entraîner à y tenir en équilibre comme ces jongleurs qui font tourner leurs balles, debout sur le goulot d’une bouteille.
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Un bois n’a jamais refusé l’asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.
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La contemplation, c’est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que « chacun trouve sa place dans la vie active ».

Mes lectures

Hervé GUIBERT, Le mausolée des amants

          Le journal d’Hervé Guibert, qu’il a tenu de 1976 à 1991. Soit durant toute sa vie adulte. On y retrouve tous les thèmes de ses romans, mais aussi ses personnages et leurs histoires. Mais avant tout, comme son titre l’indique, il est un incroyable hommage à l’être aimé. 

          Le dernier livre lu en 2011 et que j’avais oublié de vous présenter (enfin je crois). J’ai déjà beaucoup parlé ici d’Hervé Guibert. Je vais donc être assez brève pour éviter les redites. On retrouve dans ce journal, publié à titre posthume, de la volonté même de son auteur, tout ce qui fait son oeuvre. On se plonge avec délice dans ce texte qui a été le point de départ de tous les autres. Les uns et les autres se complètent. Ce journal vient remplir un vide, achever l’oeuvre.

          Ce journal est pourtant particulier. Destiné dès le départ à être lu par son amant, il l’a lui-même dictalographié en grande partie avant sa mort, y apportant des modifications. Plus qu’un simple journal, il est donc un travail littéraire à part entière. Les romans sont nés d’épisodes trop importants pour contenir simplement dans le journal, des histoires qui méritaient un développement plus long. Ce n’est qu’on qu’en lisant conjointement journal et romans qu’on prend conscience de toute l’ampleur de l’oeuvre d’Hervé Guibert et qu’on peut en envisager la portée. Un très beau texte que les amoureux de l’auteur sauront apprécier.

Et cette banalité ne me déplaît pas (aimer comme tout le monde.

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Tu es mon seul correspondant, c’est à dire : tu me correspond…

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Quand tes fenêtres sont noires je veille sur ton sommeil, et je te protégerai bien de la mort, je tendrai d’invisibles filets sous ton balcon…

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Le pire est vécu dans les rêves pour amoindrir le pire de la vie.

Mes lectures

Hervé GUIBERT, Fou de Vincent

          Un livre qui se présente comme un journal à rebours de l’histoire d’amour d’Hervé et Vincent. On commence par le mort fictive de l’amant pour revenir peu à peu jusqu’à la rencontre. Troublant. 

          Un de mes textes préférés d’Hervé Guibert que j’avais totalement oublié de vous présenter. Un tort enfin réparé. A part la mort de Vincent, tout dans ce récit est, d’après les dires de son auteur, extrait du journal qu’il tenait. Le texte se présente donc comme un vrai journal. Des paragraphes de longueurs variées, à la 1° personne et qui, toujours, parlent de la même histoire d’amour.

          Le fait de revenir en arrière est particulièrement troublant. C’est ce que j’aime dans ce livre. Les repères sont bouleversés. J’aime également beaucoup la mort fictive de Vincent que je trouve aussi imaginative que poétique. Une histoire particulièrement forte dont je ne me lasse pas.

L’être qui manque à ma vie : celui qui saura me battre ; j’ai cru un temps qu’il sortirait de T., que ce serait un être compris dans lui qui s’en dédoublerait, mais il n’en a rien été ; j’ai cru longtemps que ce serait Vincent, mais il n’en est rien.

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Le (un) travail de la littérature : apprendre à se taire.

Mes lectures

Hervé GUIBERT, Cytomégalovirus

          Le journal d’hospitalisation d’Hervé Guibert, atteint du sida. Trois semaines durant lesquelles il rapporte les faits quotidiens de sa vie à l’hôpital, raconte son rapport aux infirmières et à la maladie. Un livre touchant et surprenant. Guibert va toujours plus loin dans le récit de soi, gardant jusqu’au bout sa curiosité et son humour. Un livre touchant.

J’ai peut-être fait la connaissance, aujourd’hui, de la chambre dans laquelle je vais mourir.

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On n’entend que ça ici : « Bon appétit », « Bonne journée », « Bon week-end », « Bon repos », « Bonnes vacances », jamais « Bon décès ».