Mes lectures

Quand sort la recluse

– Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.

– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.

– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue ?

– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.

– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse ?

          Quand j’ai découvert Fred Vargas il y a une dizaine d’année avec Pars vite et reviens tard, c’a été le coup de coeur. J’aime son univers poétique et décalé, ses intrigues tordues et le bon fond d’érudition sur lequel elle base ses romans. Je les ai tous dévorés et j’ai rarement été déçue (même si j’ai un gros faible pour ceux avec Ademsberg). Pourtant, ces derniers temps je trouvais ces romans moins bons. Moins inspirés, plus tirés par les cheveux, on sentait comme un essoufflement, ca n’avait plus le peps des débuts. Mais bon, je reste une lectrice fidèle (comme je le suis avec finalement assez peu d’auteurs), j’ai donc lu le dernier.

          Et je n’ai pas été déçue ! Les personnages sont toujours aussi barrés et leurs relations tumultueuses. Pour une fois, on devine assez vite qui est le coupable. Quant à savoir pourquoi… c’est bien là que réside tout le mystère ! C’est bien écrit, c’est hyper bien documenté (sur les recluses et les légendes qui les entourent), bref c’est vraiment chouette. J’ai dévoré ce roman avec le même plaisir que lorsque j’ai découvert l’auteur pour la première fois. Un Vargas grand cru.

Jeunesse·Mes lectures

Ondine de Benjamin Lacombe

          Il y avait bien longtemps que je n’avais plus lu de jeunesse. J’ai donc profité d’un séjour chez une amie pour lire cet album. Les illustrations de Benjamin Lacombe sont toujours aussi belles et ce sont elles qui m’ont donné envie de me lancer dans cette lecture. J’ai beaucoup aimé l’histoire. Je l’ai trouvée très belle quoique finalement assez sombre. Elle m’a rappelé certains contes de mon enfance que j’aimais tant. Il y a du fantastique, de l’amour et des drames. Tout ce qu’on aime quand on est enfant… et plus grand !

Ondine de Benjamin Lacombe

          Les illustrations complètent parfaitement le texte. J’ai beaucoup aimé leur douceur. Elles sont extrêmement travaillées, avec même des jeux de calques pour certaines que j’ai trouvés sublimes. C’est féérique. J’aurais beaucoup aimé avoir ce genre de livre quand j’étais enfant, même si c’est le genre qui fait quand même un peu peur (je redemandais sans cesse Hansel et Gretel et j’étais chaque fois morte de trouille). Un très bel album qui m’a fait passer un excellent moment. 

Ondine de Benjamin Lacombe

Mes lectures

La disparition de Joseph Mengele d’Olivier Guez

          1949 : ancien médecin SS à Auschwitz, coupable d’expérimentations atroces sur les déportés, Josef Mengele s’enfuit en Argentine. 1979 : après trente ans de traque, il meurt mystérieusement au Brésil. Caché derrière divers pseudonymes, protégé par ses réseaux et par l’argent de sa famille, soutenu à Buenos Aires par une communauté qui rêve du Quatrième Reich, Mengele croit d’abord pouvoir s’inventer une nouvelle vie…

          Voici un titre que je n’avais dans un premier temps pas mis dans ma sélection de la rentrée littéraire que j’aie hésité. Quand il s’est retrouvé dans la première liste du Goncourt, j’ai décidé de m’y atteler (liste qui par ailleurs ne m’inspire pas outre mesure, mais c’est un autre problème). J’aime généralement assez les livres sur cette période, même si ce n’est pas nécessairement j’avais envie en ce début d’année. Étant donné le sujet, j’avais peur de quelque chose de très dur. D’un autre côté, la fuite pouvait aussi revêtir un petit côté aventure. Une fois encore, c’est finalement la curiosité qui l’a emporté.

La disparition de Joseph Mengele

          Je dois avouer être restée un peu sur ma faim avec ce texte dont on m’avait dit le plus grand bien. Je n’ai pourtant pas grand chose à lui reprocher à part peut-être ne pas avoir répondu à mes attentes pourtant assez floues. Le style est assez sec, ça ne fait franchement pas dans le sentiment, il y a un côté très journalistique dans la manière de traiter les évènements, ça reste éminemment factuel – même si l’auteur à dû combler quelques trous dans la narration. J’en comprends bien les raisons, ça rend le personnage principal vaguement plus supportable, sans pour autant provoquer la moindre once d’empathie. Vu comme son cas est épineux, ce choix et la distance mise avec le sujet tout à fait compréhensible.

          Ceci dit, cette distance m’a parfois posé problème. Je suis restée à distance de l’histoire. On ne voit que très peu les horreurs qu’à commises Mengele dans les camps – même si elles sont parfois évoquées – et on n’éprouve pas la moindre empathie pour la bête traquée qu’il est devenue. Il est tour à tour insupportable d’arrogance et pathétique ce qui n’aide pas franchement à s’intéresser à son cas. Au final je n’avais qu’une envie, que sa fuite s’arrête pour être débarrassée de ce personnage imbuvable et même plus fascinant. Malheureusement l’histoire ne l’a pas voulu ainsi. L’homme met mal à l’aise même dans une vie où il ne lui arrive plus rien de bien particulier.  Il apparaît comme mesquin et paranoïaque, absolument insupportable. Je crois que finalement j’aurais préféré voir l’histoire du côté de ceux qui ont mené la traque, au moins j’aurais eu envie de les encourager.

          Pourtant ce roman est intéressant. Je savais que beaucoup de nazis avaient fui en Argentine mais je ne savais pas au juste comment et encore moins quelle avait été leur vie sur place. C’est à désespérer de l’humanité mais très instructif. L’écriture quand à elle est efficace et on sent que l’auteur maîtrise son sujet. Pour ce qui est du plaisir de lecture en revanche… bon, ce n’est pas désagréable, loin de là, mais je ne bondis pas non plus d’enthousiasme, l’écriture est un peu trop proche de l’essai à mon goût, sa manque d’émotion. Je ne parle pas d’un truc tire-larme hein, juste de plus de profondeur dans la psychologie du personnage. Mais bon, ce mec étant un grand psychopathe parano par-dessus le marché, l’auteur ne pouvait sans doute pas faire de miracle. Malgré une écriture un peu trop froide à mon goût, un texte intéressant et extrêmement bien documenté sur un homme traqué.

Olivier Guez

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

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Tout le monde a profité du système, jusqu’aux destructions des dernières années de guerre. Personne ne protestait quand les juifs agenouillés nettoyaient les trottoirs et personne n’a rien dit quand ils ont disparu du jour au lendemain. Si la planète ne s’était pas liguée contre l’Allemagne, le nazisme serait toujours au pouvoir.

Mes lectures

Les orphelins du mal, de Nicolas d’Estienne d’orves

          1995, en Allemagne. Le même jour, quatre hommes sont découverts, une ampoule de cyanure brisée dans la bouche, nus, la main droite coupée. Une seule certitude: les quatre hommes sont tous nés dans un Lebensborn, l’organisation la plus secrète des nazis, des haras humains où les SS faisaient naître de petits aryens pour réaliser leur rêve dément d’une race pure. Les autorités allemandes étouffent l’affaire.

Les orphelins du Mal

          Le premier roman que j’ai lu de Nicolas d’Estienne d’Orves, c’était il y a quelques années, lors d’une rentrée littéraire, Les fidélités successives. Ce roman chaudement recommandé par mon libraire avait été un véritable coup de cœur. Quand j’ai vu dans la bibliothèque d’une amie ce texte sur la même période, je lui ai donc immédiatement emprunté, même si j’aurai finalement mis bien du temps à me décider à le lire. Et j’avoue avoir été bien moins séduite que je m’y attendais… Je vais essayer de vous expliquer pourquoi. Ce roman m’a laissée très mitigée et trouver les mots justes ne va pas être une mince affaire.

          Au début, même si je n’ai pas trouvé le style aussi bon que dans ses romans suivants, j’ai bien accroché avec l’histoire, qui démarre franchement très fort. On sent vite que ça va être tordu à souhait. Finalement, d’un chapitre à l’autre, on suit plusieurs personnages, à plusieurs époques. Ce n’est pas si compliqué mais il m’a fallu un peu temps pour arriver à suivre sans m’y perdre. Certains personnages sont beaucoup plus réussis que d’autre, c’est de ce côté-là assez inégal. J’ai bien aimé l’enquêteur du sud-ouest, éminemment sympathique (chauvine, moi ?!), en revanche la jeune fille qui mène l’enquête m’a paru insipide et agaçante.

Nicolas d'Estienne d'Orves

          Plus les chapitres défilent, et plus j’ai trouvé le style un peu faiblard. Ca se lit, bien même, mais ça manque d’envergure, de tenue. Mais surtout, plus on avance plus l’histoire devient improbable. Au début, ça va encore, les premiers rebondissements piquent notre intérêt mais plus ça va, plus c’est le grand n’importe quoi. Pour atteindre sur la fin de véritables sommets en la matière (si, si, je vous jure…). Et pourtant, malgré un nombre de défauts incalculables, un style au mieux moyen, une histoire qui part dans tous les sens, on ne peut s’empêcher de tourner les pages de manière frénétique. A tel point que j’ai fini les 750 pages de ce roman en moins de 48h !

          Quelle explication à cela ? Euh… Un plaisir coupable ? Une fascination pour cette fresque délirante ? Aucune idée. Il faut noter toutefois que l’auteur est très bien documenté sur les croyances nazies les plus improbables – notamment une histoire avec les cathares – et les horreurs commises aussi bien que celles envisagées. C’est souvent assez glauque mais le fond historique est solide et n’est pas pour rien dans la fascination qu’exerce ce roman. Fort heureusement, depuis l’auteur a fait des progrès et a un peu canalisé la fougue de ses jeunes années, je suis très curieuse de lire son nouveau roman sur l’après-guerre, sorti ces jours-ci. Un roman assez mal écrit, improbable, dont les grosses ficelles et les rebondissements improbables épuisent le lecteur et qui pourtant garde un pouvoir de fascination tout à fait étonnant.

Mes lectures

La terre dévastée d’Emiliano Monge

          Au fond de la jungle mexicaine, des projecteurs s’allument en pleine nuit: un groupe de migrants, trahis par leurs passeurs, est pris d’assaut par des trafiquants. Certains sont exécutés; les autres sont stockés dans des camions pour être livrés alentour. Sous la direction des deux chefs de bande, Estela et Epitafio, les convois prennent la route des montagnes. Ces amants contrariés jouissent des souffrances qu’ils infligent. Obsédés l’un par l’autre, ils tentent vainement de communiquer pour se dire leurs espoirs d’une nouvelle vie.

Couverture du roman Les terres dévastées

          Rentrée littéraire encore et toujours avec cette fois un roman dur et dérangeant. On délaisse un peu la littérature française pour le Mexique. Je lis assez peu de littérature Sud-Américaine (je sais, le Mexique est en Amérique centrale, pardon pour le raccourcis). Cette histoire de migrants me tentait beaucoup et me semblait terriblement d’actualité. L’occasion rêvée de sortir un peu de mes habitudes de lecture. J’ai lu quelques textes sur des migrants fuyants divers pays (Syrie et Afghanistan essentiellement). Des romans et témoignages émouvants, qui prennent aux tripes et donnent envie de se rebeller contre l’état des choses. Rien ne m’avait préparée à… ça.

          J’avais visiblement très mal lu la quatrième de couverture ou l’avais simplement oubliée. La terre dévastée n’est en effet pas un roman de plus sur l’immigration clandestine. Non, pas du tout. Si ça en est la toile de fond, les personnages principaux sont « de l’autre côté » des trafiquants d’êtres humains qui interceptent les migrants pour les réduire en esclavage et les vendre au plus offrant. Charmant. Je sais. Mais ce n’est pas là le pire. Non, le pire c’est que nos deux trafiquants sont tout ce qu’il y a de plus banal : un homme et une femme qui s’aiment, intensément, et essaient de trouver une solution pour être enfin réunis.

          Et là, très vite on ne sait plus. Est-ce qu’on doit détester les personnages ? Sans doute. Avoir pitié de leurs amours contrariées ? Peut-être. Angoissé à l’idée de la rébellion qui se prépare contre eux ? Les rebelles sont pires encore. Tout est tellement sombre et dérangeant qu’on en perd toute forme de repères. Les valeurs morales n’ont ici plus lieu. L’écriture, hyper travaillée, hachée, participe pleinement à ce malaise profond. Elle est parfois très belle, parfois presque difficile à suivre, suivant les pensées des protagonistes. Elle emprunte à Dante pour faire parler les hommes et femmes enfermés, mais aussi à des récits de migrants. J’ai rarement vu une écriture coller ainsi au plus près aux émotions qu’elle veut faire passer, ça a un côté épidermique qui tient plutôt de la poésie. Je noterai au passage la grande qualité de la traduction qui a réussi à reproduire ça. Un texte fort et dérangeant, que j’ai parfois hésité à arrêter tant il est éprouvant. Pas franchement un coup de cœur, mais à coup sûr un chef-d’œuvre.

Portrait d'Emiliano Monge

Ils nous ont attachés et jetés là, à l’intérieur…ligotés aux pieds par des lacets de chaussure…par des cordons de chargeurs de portable aux mains…et dans nos bouches nos propres chaussettes.

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Ce jour où ils se sont juré un amour éternel pendant qu’Estela, allongée sur Epitafio, traçait au feutre des lignes entre les points qu’à l’aide du poinçon du père Nicho elle avait imprimés sur la peau de son amant : comme dans un livre d’enfants.