Mes lectures

L’arrachée belle, Lou Darsan

Au centre de cette histoire, il y a le corps d’une femme, ses hantises et ses obsessions, et il y a la nature. C’est l’histoire d’une échappée belle, d’une femme qui quitte, presque du jour au lendemain, tout ce qui déterminait son identité sociale. Elle sort de stase et se met en mouvement. Son départ est d’abord une pulsion, une sorte de fuite vers l’avant qui tient du road movie, avec de longues traversées de paysages en voiture, en auto-stop, puis à pied. De la fuite et l’errance du départ, cette échappée va se transformer en nomadisme et en un voyage vers la réalisation de soi.

Couverture du roman L'arrachée belle, Lou Darsan

Clairement, l’OVNI de ma rentrée littéraire. J’ai acheté ce livre parfaitement par hasard. J’ai demandé conseil à un libraire inconnu parmi les premiers romans de la rentrée, dans le genre original si possible. Il m’en a proposé deux. Le premier me tentait énormément, je l’ai donc pris. Pour celui-ci, j’étais un peu moins sure mais par le plus grand des hasard, l’autrice était là et je me retrouvais beaucoup dans ce qu’elle racontait. Ca a suffi à me convaincre. On a discuté un bon moment et je garde un excellent souvenir de cette rencontre.

Aussitôt acheté, aussitôt lu (l’article quant à lui s’est fait attendre, histoire de changer je ne suis pas exactement en avance sur mes articles…) ! Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce texte est surprenant. Je l’ai trouvé très poétique. C’est assez décousu dans un langage soutenu, qui fait beaucoup appel à des images, des sensations. Soyons honnêtes, ce n’est pas du tout mon genre, je suis bien trop terre à terre pour ce type de littérature. Mais j’ai quand même trouvé que ça avait le mérite de se démarquer. Ca m’a par moments rappelé la plume de Cloé Delaume, avec un sens de la formule moins marqué et un brin plus de douceur à la place.

Le récit est décousu mais ça retranscrit bien la confusion de cette jeune femme qui se cherche. Son changement de vie m’a fait penser à une mue particulièrement difficile. Elle semble s’arracher à elle-même. C’est brutal, confus parfois, mais beau aussi. Si souvent j’ai eu du mal à accrocher avec ce style si particulier, je lui ai aussi trouvé une certaine beauté. Même si je n’ai pas totalement été séduite, je suis contente d’avoir découvert ce premier roman si particulier. Je me suis sentie sans cesse bousculée, dérangée. Un texte dur et poétique, que j’ai eu beaucoup de mal à le lire mais sans nul doute une voix singulière.

Portrait de Lou Darsan

Dans la baignoire fermée, l’eau coule, pas plus haut que ses jambes étendues. Elle ne sait pas ce qu’elle écrirait si elle voulait évoquer l’eau, les mollets, la peau nue, le triangle noir. Les jambes tendues ou parfois repliées, la pointe des pieds.

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Elle aimerait qu’un regard la saisisse. Que cette femme qui lui ressemble soit vue, intégrale. Elle pense qu’elle est la seule spectatrice de son corps et que cela la rend plus forte. Aucune émotion n’est liée à cette image, seulement le sentiment d’existence, d’être concrète, d’être corps.

Mes lectures

Underground Railroad de Colson Whitehead

          Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.

          Je suis un peu absente en ce moment. Je lis peu, je ne vais pas au ciné et je n’ai à vrai dire pas spécialement envie d’écrire. C’est la première fois en quoi ? 7 ans et quelques de blog maintenant. Par contre je vous rassure j’ai envie de faire plein d’autres choses comme boire du thé au coin du feu ou préparer dans sablés de Noël. J’ai juste comme une envie de me déconnecter un peu d’internet (ce que je fais d’ailleurs). Mais il se trouve qu’il reste quand même quelques livres de la rentrée littéraire dont je ne vous ai pas encore parlé il se pourrait bien que ce soit le moment avant que la suivante n’arrive. Eh oui, encore ! J’ai énormément lu en cette rentrée, on n’en voit plus le bout !

Underground Railroad

          C’est un libraire toulousain qui m’a conseillé ce roman dont j’avais déjà un peu entendu parler, en termes fort élogieux. Mais comme ma mémoire me joue des tours, je n’avais pas grande idée de quoi ça pouvait bien parler. Je l’ai pris quand même parce que j’aime bien les surprises. J’avoue que tout ça m’avait l’air bien sérieux et qu’après plusieurs romans assez sombres j’aurais eu envie de plus de légèreté, j’ai donc eu un peu de mal à me plonger dedans. C’est particulièrement bien écrit. J’ai beaucoup aimé le style, très fort. Mais surtout, l’histoire est absolument passionnante. Difficile de le lâcher une fois qu’on l’a commencé, bien que ce soit quand même assez dense.

          Je n’avais jamais entendu parler de l’underground railroad, ce chemin de fer clandestin – parfois souterrain – qui aidait les esclaves à fuir le Sud des Etats-Unis vers le Nord, voire le Canada et à gagner ainsi leur liberté. J’ai vu pas mal de films sur cette période (et lu quelques livres) sans que jamais il ne soit évoqué. J’ai adoré découvrir ce pan de l’Histoire. C’est fascinant. Ca m’a donné envie d’en apprendre plus sur ce réseau et son fonctionnement. Un fond historique fort donc et des personnages qu’on suit avec une certaine angoisse. Le style est assez froid, c’est peut-être le seul « défaut » de ce roman, qui s’attache bien plus au fond historique qu’aux personnages eux-mêmes. Ce n’est à vrai dire pas tellement dérangeant. Un très beau roman, instructif et prenant.

Colson Whitehead

Le maître répétait souvent que la seule chose qui soit plus dangereuse qu’un nègre avec un fusil, leur dit-il, c’était un nègre avec un livre.

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Le Blanc passe ses journées à essayer de vous tuer lentement, et parfois de vous tuer plus vite. Pourquoi lui faciliter la tâche ?

Mes lectures

Lulu femme nue – Une jolie BD d’Etienne Davodeau

          Lulu cherche un travail. Un jour, après s’être rendue une nouvelle fois à un entretien qui n’a pas fonctionné, elle décide de ne pas rentrer chez elle rejoindre son mari et ses enfants. Quelques jours de liberté durant lesquels elle va faire de belles rencontre et retrouver peu à peu le goût de vivre.

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          J’ai beaucoup entendu parler de cette BD mais ne l’avait toujours pas lue. J’ai également raté le film lors de sa sortie. Ma maman l’avait vu et beaucoup aimé, pour la fête des mères, je lui ai donc acheté la BD, bien qu’elle n’en lise pas habituellement. J’en ai profité pour lui emprunter aussi sec et la lire moi aussi (comment ça ça ne se fait pas de piquer les livres qu’on vient juste d’offrir ?). Je dois avouer que j’ai littéralement dévoré cette BD qui se lit vraiment très bien. Pourtant, j’ai eu une pointe déception au début de ma lecture.

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          Je m’attendais à une histoire très émouvante et j’ai été assez surprise par la sobriété du style. Il y a assez peu de texte et j’ai mis un certain temps à m’habituer aux silences qui prennent une grande place dans l’histoire. Mais peu à peu, ce qui m’a d’abord déroutée est finalement apparu comme un des points forts de cette BD tout en sensibilité. Les choses se mettent en place peu à peu et les sentiments sont évoqués avec pudeur et une économie de mots qui finalement lui donne une teinte peut-être un peu nostalgique que j’ai bien aimée. Le dessin, un peu vaporeux et aux couleurs pastel, renforce cette impression.

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          L’histoire de cette femme effacée qui prend goût à la liberté et se redécouvre est touchante. Il y a des moments tantôt drôles, tantôt tendres et la réaction de la famille, entre inquiétude et compréhension, est très bien construite. J’ai de suite imaginé quel film ça pouvait donner, en remplissant les blancs laissés par le texte, ça m’a donné très envie de voir l’adaptation qui en a été faite et qui doit donner une autre dimension à l’histoire. Une BD tout en retenue mais assez touchante dont l’histoire est je pense assez universelle. Une belle découverte.